‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 478 sur 545 · Lill. XI, /'. S3, c. 1. — i. hh-m. — 3. /. Cor., m, U · texte numérisé non relu

Lill. XI, /'. S3, c. 1. — i. hh-m. — 3. /. Cor., m, U

SALUT DANS L'ÉGLISE; FANATISME DANS LA RÉFORME

ment les luthériens, mais encore ceux qui rejettent les articles ([u'on vient de rapporter, ou qui veulent qu'ils n'appartiennent pas à l'essence de la religion : ce n'est point là une idée en l'air; M. Jurieu sait bien que plusieurs ont proposé et proposent encore de semljlables tolérances : les docteurs jugeront-ils seuls cette question , ou seront-ils ini'aillibles à celte foi, et le peuple sera-t-il tenu de les en croire à l'aveugle? Mais si les ministres se trompent, car ils no veulent être infaillibles, ni en particulier, ni en corps, faudra-t-il consentir à leur erreur? Peuple aveugle, où vous mène-t-on,en vous disant que vous voyez tout par vous-mêmes ? Et à qui peut-on mieux appliquer cette parole du Sauveur : Si vous étiez aveugles, vous 7i'auriez point de pe'ché : mais maintenant que vous dites : Xous voyons ; votre péché demeure sur vous ' ?

XXII. M. Jurieu contraint de renvoyer les fidèles à l'autorité de l'Eglise et puis de les retirer de ce refuge. — Mais voici encore une autre illusion. M. Nicole presse le ministre sur l'invincible difficulté où se trouvera une bonne femme dans un article important; lorsque, par exemple (car il m'est permis de réduire la question générale à un cas particulier), lors, dis-je, qu'un socinien viendra lui dire, comme font tous ceux de cette secte, que l'intelligence des paroles, par où on lui prouve la divinité de Jésus-Christ, ou le péché originel, ou l'éternité des peines, dépend des langues originales, dont les versions et même les plus fidèles , ne peuvent jamais égaler la force ni remplir toutes les idées. L'embarras assurément n'est pas petit , lorsqu'avec les protestants on lient pour certain, que dans les points de la foi on ne peut se fier qu'à soimême; et cette femme est agitée d'une terrible manière. Mais M. Jurieu apaise ses troubles , en lui disant 2, « qu'une simple femme qui aura appris » le Symbole des Apôtres, et qui l'entendra dans le » sens de l'Eglise universelle, sera peut-être dans » une voie plus sûre que les savants qui disputent » avec tant de capacité sur la diversité des ver- )) sions. » Le livre des Variations proposait encore à votre ministre ce témoignage tiré de lui-même , où il parait clairement que, pour tirer d'embarras cette pauvre femme, il lui propose l'autorité de l'Eglise universelle, comme un moyen plus facile que celui de la discussion. C'était là parler en catholique; c'était donner à cette femme le même moyen d'affermir sa foi, que nous donnons généralement à tous les lidèles ; et dans un état si embarrassant, votre ministre n'a pu s'empêcher de revenir à notre doctrine. Mais il tâche de se relever contre cet aveu. « Vit-on jamais, répond-il^, une » plus misérable chicanerie? Le ministre dit bien » qu'une femme peut entendre le Symbole dans le » sens de l'Eglise universelle; mais il ne dit pas » qu'elle puisse savoir le sens de l'Eglise univer- » selle. » El un peu après : « Elle ne connaîtra » point le sens de l'Eglise universelle par l'Eglise » universelle elle-même; ce sera par l'Ecriture. » Car elle fera ce raisonnement : C'est ici le vrai » sens de l'Ecriture; et par conséquent c'est celui » de l'Eglise universelle. » Ne voilà-l-il pas un doute bien résolu, et une femme bien contente?

Troublée en sa conscience sur rinlelligence de l'Ecriture, et embarrassée d'un examen où elle se perd, elle trouvait du soulagement lorsque vous la renvoyiez à l'autorité de l'Eglise universelle, comme à un moyen plus connu; et maintenant vous lui faites voir qu'elle ne voit goutte en ce moyen I Pourquoi donc le lui proposer? Qui vous obligeait à lui parler de l'Eglise universelle, pour dans la suite l'embarrasser davantage? Et ne valait-il pas mieux, selon vos principes, sans lui parler de l'Eglise ni dtf Symbole, la renvoyer tout court à l'Ecriture , que d'y revenir enfin par ce circuit embarrassant? Mais c'est que les principes de la Réforme veulent une chose , et que la force de la vérité ou plutôt le besoin pressant d'une conscience agitée en demande une autre.

XXIII. Que le ministre nous donne lui-même un moyen facile pour reconnaître la foi de tous les siècles , et nous démontre que se soumettre à l'autorité de l'Eglise , ce n'est pas se soumettre aux hommes, mais à Dieu. — Que si le ministre nous demande comment on peut s'assurer du consentement de tous les siècles dans certains articles, sans lire beaucoup d'histoires et remuer beaucoup de livres : ce moyen était tout trouvé dans les principes qu'il posait , s'il eût voulu les pousser dans toute leur suite. Il n'avait qu'à se souvenir que Jésus- Christ selon lui promet une Eglise où la vérité sera toujours annoncée , du moins quant aux articles capitaux; infaillible par conséquent à cel égard, comme il en est convenu. Or, une Eglise infaillible n'erre dans aucun moment; qui n'erre point, croit toujours la même chose; et il n'y a dans ce cas qu'à voir ce qu'on croit de son temps pour savoir ce qu'on a toujours cru '. Les principes sont avoués; la conséquence est claire; on nous donne un dénouement sûr à la principale difficulté qu'on nous fait sur l'autorité de l'Eglise. On nous objecte sans cesse , et autant de fois que nous recourons à cette autorité, que c'est recourir aux hommes au lieu de se tourner du côté de Dieu. Que si on avoue maintenant que le consentement de l'Eglise est une règle certaine, et la plus sûre de toutes, il est clair qu'en s'y soumettant, ce n'est pas aux hommes qu'on cède, mais à Dieu; et l'objection que la Réforme nous faisait est résolue par la Réforme même.

XXIV. Les ministres Claude et Jurieu contraints d'abandonner la 7iécessité de la règle de l'Ecriture pour former la foi du chrétieyi. — C'est ce que j'ai dit au ministre-; et sans seulement songer à y répondre, il continue ses plaintes contre l'évéque de Meaux en cette sorte : « Vit-on jamais un plus » étrange exemple de hardiesse, que l'accusation » qu'il fait aux ministres Claude et Jurieu , d'avoir » confessé ou écrit qu'il n'est pas nécessaire aux » simples de lire et d'étudier l'Ecriture sainte? » Dans quel esprit faut-il être pour imputer à des » gens un aveu formellement contraire à toutes » leurs disputes et à leurs sentiments'? » Le ministre change un peu les termes. Je n'accuse ni M. Claude ni lui de nier absolument la nécessité de lire ou d'étudier l'Ecriture sainte : je dis seulement qu'ils ont nié que l'Ecriture fût nécessaire aux

1. Joan., IX. 41, — 2. St/st., liv. m , ih.i, pag. 403. Lett. XI, p. S3.

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