VIOLATION DU MARIAGE CHRÉTIEN
que de l'aveu du ministre , on peut se sauver dans l'Eglise romaine ; qu'elle n'est donc ni idolâtre ni antichrétienne : qu'il y faudrait revenir pour assurer son salut , comme à celle à qui ses ennemis mêmes rendent témoignage; puisque les ministres, qui l'attaquent avec tant de haine , qui osent même donner la préférence sur elle à une Eglise arienne , sont forcés par la vérité à la reconnaître; qu'ils sont encore obligés à reconnaître dans certains points l'autorité infaillible de l'Eglise universelle, et les promesses sur lesquelles elle est fondée ; qu'ils n'ont aucune raison de les limiter, et qu'ils n'y apportent que des restrictions arbitraires; que soumettre son jugement à l'Eglise universelle, ce n'est pas se soumettre à l'homme mais à Dieu; que cette soumission est le plus sur fondement du repos et des savants et des simples ; que faute de se soumettre à une autorité si inviolable , on se contredit sans cesse, on renverse tous les principes qu'on a établis, on renverse la Réforme même et tout ce que jusqu'ici on y avait trouvé de plus certain; et qu'eulîn on se jette dans le fanatisme et dans les erreurs des quakers ; au reste , qu'après avoir posé des principes par lesquels on est forcé de recevoir les sociniens dans l'Eglise, jusqu'à mettre des prédestinés parmi eux ; lorsqu'on songe à les exclure du nombre des communions chrétiennes, on ne peut le faire, que par des moyens par où on s'exclut soi-même ; en sorte que d'un côlô on rend témoignage à l'Eglise , de l'autre on tend la main aux sociniens , et de l'autre on ne se laisse à soi-même aucune ressource.
QUATRIÈME AVERTISSEMENT
La sainteté et la concorde du mariage chrétien violées.
I. Dessein des deux Avertisse7ne7Us suivants. — Mes chers frères , il n'y a rien de si sacré dans les mystères de la religion , que M. Jurieu n'ai cru devoir attaquer pour défendre votre cause : vous l'avez vu dans les Avertissements précédents. Les deux suivants vous feront voir qu'il attaque encore les fondements que Jésus-Christ a donnés à l'union des familles et au repos des empires; et ce ministre n'a rien épargné.
II. Permission donnée par les chefs de la Réforme à Philippe, landgrave de Hesse, de tenir deux femmes ensemble : nécessité de défendre cette scandaleuse permission. — C'était pour lui et pour toute la Réforme un endroit fâcheux que le VI'' livre des Variations, où l'on voit la permission donnée â Philippe, landgrave de Hesse, le héros et le soulien de la Réforme, d'avoir deux femmes ensemble, contre la disposition de l'Evangile et la doctrine constante des chrétiens de tous les siècles. Il n'y avait rien de moins convenable à une Réforme et au titre de Réformateurs , que d'anéantir un si bel article de la morale chrétienne , et la réforme que Jésus-Christ même avait faite dans le mariage , lorsque s'élevant au-dessus de Moïse et des pa-
triarches, il régla la sainte union du mari et de la femme, selon la forme que Dieu lui avait donnée dans son origine. Car alors en bénissant l'amour conjugal comme la source du genre humain, il ne lui permit pas de s'épancher sur plusieurs objets , comme il arriva dans la suite lorsqu'un même homme eut plusieurs femmes : mais réduit à l'unité de part et d'autre, il en fit le lien sacré de deux cœurs unis; et pour lui donner sa perfection, et à la fois le rendre une digne image de la future union de Jésus-Christ avec son Eglise, il voulut que le lien en fût éternel comme celui de l'Eglise avec Jésus-Christ. C'est sur cette idée primitive que Jésus-Christ réforma le mariage, et comme disent les Pères, il se montra le digne Fils du Créateur, en rappelant les choses au point où elles étaient à la création. C'est sur cet immuable fondement qu'il a établi la sainteté du mariage chrétien, et le repos des familles. La pluralité des femmes autrefois permise ou tolérée , mais pour un temps et pour des raisons particulières , fut ôtée à jamais, et tout ensemble les divisions et les jalousies qu'elle introduisait dans les mariages les plus saints. Une femme qui donne son cœur tout entier et à jamais , reçoit d'un époux Tidèle un pareil présent , et ne craint point d'être méprisée ni délaissée pour une autre. Toute la famille est unie par ce moyen : les enfants sont élevés par des soins communs; et un père qui les voit tous naître d'une même source , leur partage également son amour. C'est l'ordre de Jésus-Christ, et la règle que les chrétiens n'ont jamais violée par aucun attentat.
Mais Lutlier, Bucer et Mélanchton, trois chefs principaux de la Réforme, ont osé y donner atteinte : ce sont les premiers des chrétiens qui ont permis d'avoir deux femmes à un prince qui confessait son intempérance. On ne pouvait pousser plus loin la corruption; et comme cette permission est inexcusable, il en fallait abandonner les auteurs à la détestation de tous les fidèles. Mais l'endroit est trop délicat. Quel abus oserait-on dorénavant reprocher à l'Eglise catholique, si on en avouait un si criant dès le commencement de la Réforme, sous ses chefs et dans sa plus grande vigueur? C'est pourquoi JI. Jurieu rappelle ici tout son esprit pour excuser les réformateurs le mieux qu'il peut; et lui qui ne fait que courir ou pour mieux dire, voltiger sur les autres variations des protestants, prend un soin particulier de défendre celle-ci.
III. Le ministre Jurieu tente vainement de rendre le fait douteux. — D'abord il voudrait pouvoir douter du fait. « Je dirai, dit-il', quelque chose sur » un fait dont M. Bossuet fait grand bruit : c'est » une consultation véritable ou prétendue du land- » grave : » il n'ose dire qu'elle soit fausse. J'ai fait voir qu'elle était publique il y a douze ans, sans avoir été contredite^ : les actes en sont produits tout entiers en forme authentique dans une histoire' attaquée en mille endroits, même par des auteurs protestants, sans qu'ils aient osé toucher à celui-ci. J'ai ajouté , pour confirmer ce fait important, l'instruction donnée à Bucer par le landgrave lui-même, pour obtenir de Luther et de Mélanchton celte honteuse dispense. •Tout cela a été rendu pu-
1. Lett. vni, p. 56. — 2. Var., lin. vi , n. U. — 3. VdWH-.s , liisc. de VHér., l. 13.
OUAÏRIKME AVERTISSEMENT.
blic, conimo on a vu dans Vllistoire des Variations, \>a.r un électeui' palatin, et par un iirince tic la maison de liesse, un des descendants du landgrave. Nous avons encore jiroduit en conlirmation des lettres de Luther et du landgrave' : et un fait si honteux à la Rélornie est devenu plus clair que le soleil. Il ne faut donc pas s'étonner si le ministre n'a osé le nier. Vous voyez en môme temps qu'il voudrait bien ne pas avouer qu'il soit constant : mais c'est un faible artilice; et s'il y avait quelque chose à dire contre des actes si authentiques que j'ai soutenus de tant de preuves , on l'aurait dit il y a longtemps dans le parti , ou enlln M. Jurieu le dirait maintenant.
IV. Vaines clameurs du ministre, et ses honteuses récriminations. — Passez donc condamnation sur le fait, il faut voir comment on pourra le pallier, et connaître à cette fois pour toujours les vains raisonnements, la vaine science, et en un mot les vains artifices de votre grand défenseur.
Il prend d'abord son air de dédain, comme il fait quand il n'en peut plus ; et voilà, dit-il-, qui revient bien au litre et au but des variations. Quoi! ce n'est pas innover et varier dans la doctrine, que d'en changer un article auquel aucun chrétien , et pas même les réformateurs n'avaient encore osé donner d'atteinte? et le mariage chrétien deviendra semblable à celui des infidèles, sans qu'on puisse imputer de variations aux auteurs d'une si étrange nouveauté? « Mais, dit-il^, » cela ne fait rien pour prouver que les vérités » venues de Dieu obtiennent d'abord toute leur pcr- » fection. » Je l'avoue. Je ne prétends pas prouver ici cette vérité ; je la suppose connue et môme prouvée ailleurs, si elle avait besoin de preuves '' : je fais voir seulement ici que l'Eglise protestante est entraînée par un esprit d'innovation, et ne laisse rien d'inviolable parmi les lidèles, pas même la sainte alliance du mariage. Voyons comme on se défend de ce reproche.
Après les airs de dédain, on vient aux injures; autre marque de faiblesse : et on écrit ce que j'ai honte de répéter, mais ce que néanmoins je ne puis taire , que » l'Eglise romaine donne des dispenses » des crimes les plus atïreux, accorde des indul- » gences à ceux qui ont couché avec leur mère et » avec leur sœur, permet d'exercer la sodomie les » trois plus chauds mois de l'année, et en a signé la » ]iermission par son Pape''. » On ne peut assez s'étonner ni de l'impudence d'un si infâme langage, ni de celle d'avancer sans la moindre preuve des faits si atroces : car il s'agit de dispenses elde permissions ; il s'agit non des indulgences qu'on pourrait donner, après les crimes commis aux pécheurs vraiment repentants, de peur qu'abîmes dans un excès de tristesse, ils ne tombent dans le désespoir; car de telles indulgences n'ont point de dilTiculté, et on sait que l'Apotre môme en a donné de semblables" : les indulgences qu'on veut ici que nos papes aient signées, ne sont pas celles qu'on accorde à un pécheur accablé par la douleur de son crime, mais de celles où on lui permet de le commettre. V^otre ministre ose nous imputer de cette sorte d'indul-
I. Var., liv. VI, H. lu.— 2. /,,•((. m, p. 57. — 3. Idem. — •1. Vit-.. Préf., II. 1 cl suiv. — 5. Jur., Lcli. viii,;). 57. — (i. //. Cor., II. 6,7.
gencc qui nous fait horreur : mais on connaît son artilice. Il ne croit pas que vous puissiez vous imaginer qu'il écrive des faits si étranges sans (pielques preuves : et il est vrai que cela n'est pas croyable : mais néanmoins il est vrai en même temps, qu'il ne cite rien pour prouver ce qu'il avance. Il ne produit point ces décrets honteux signés par les papes : on ne peut pas deviner où il les a pris, non plus que ses autres calomnies. Il n'y a que le père du mensonge, dont le nom propre est celui de calomniateur, qui puisse les avoir inventées. Mais quoi ! plus la raison manque, plus un homme violent répand d'injures ; et il n'y a plus à s'étonner que de ce qu'on l'écoute parmi vous.
V. Ignorance de ce ministre sur la loi des mariages. — Mais venons au fond. Il est question de savoir si Luther, Mélanchlon . Bucer, ces trois piliers de la Réforme, ont eu droit de dispenser le landgrave de la loi de l'Evangile qui réduit le mariage à l'unité; et par-là d'établir une doctrine directement contraire à celle de tout ce qu'il y a jamais eu de chrétiens dans l'univers. Le ministre .s'embarrasse ici d'une si terrible manière, qu'on ne comprendrait rien dans tout son discours, si pour le rendre plus intelligible on ne tâchait de le réduire à quelques principes. Voici donc comme il raisonne ; « Les lois naturelles, dit-il', sontcnticre- » ment indispensables : mais quant aux lois posi- » tives, telles que sont celles du mariage, on en » peut être dispensé, non-seulement par le législa- » teur, mais encore par la souveraine nécessité. » Ainsi continue-l-il, les enfants d'Adam et deNoé se » marièrent au premier degré de consanguinité, » frères et sœurs, quoiqu'ils n'en reçurent dispense, » ni du souverain Législateur, ni de ses ministres : » la nécessité en dispensa. » Dissimulons pour un temps la prodigieuse ignorance de ce ministre, qui premièrement ose avancer que les enfants de Noése marièrent frères et sœurs comme ceux d'Adam. Où a-t-il rêvé cela? L'Ecriture dit expressément et répète cinq ou six fois, que les trois anfants de Noé avaient leurs femmes dans l'arche , dont ils eurent des enfants après le déluge^ : mais qu'elles fussent leurs sœurs , c'est ce qu'on ne voit nulle part. Qui les aurait obligés à épouser leurs sœurs avant que d'entrer dans l'arche, (car ils y entrèrent mariés,) pendant que toute la terre était pleine d'hommes? et où M. Jurieu pourrait-il trouver alors celte souveraine nécessité qu'il nous allègue? Il n'en paraît non plus dans la suite : les enfants de l'un des trois frères pouvaient choisir une femme dans la famille des autres : de cette sorte, sans se marier frères et sieurs au premier degré de consanguinité, comme l'assure M. Jurieu , les mariages pouvaient se faire entre les germains; et on ne sait où le ministre a pris le contraire. Mais celte erreur n'est rien en comparaison de celle où il tombe , lorsqu'il conclut par ses raisons, que le mariage d'entre frères et sœurs n'est pas contre la loi naturelle, sous prétexte qu'il s'en est fait de semblables dans l'origine des choses; par on il montre qu'il ne sait pas môme qu'il y a un ordre entre les lois naturelles , les moindres cédant aux plus grandes. Ainsi, lorsque les enfants d'Adam se marièrent ensemble au premier degré de consanguinité, ce