Terlitl., Apol., c. 36 et seq
rebelle, c'est de voir d'un coté naître l'Eglise avec l'esprit de lîdélilé et d'obéissance au milieu de l'oppression la plus violente , et de voir de l'autre l'esprit contraire, c'est-à-dire l'esprit de sédition et de révolte, prendre naissance et se perpétuer dans les hérésies. Les premiers des chrétiens qui ont pris séditieusemenl les armes avec une ardeur furieuse, sous prétexte de persécution, ont été les donalistes : c'est une vérité constante. Il n'est pas moins assuré que les premiers qui ont fait des guerres réglées à leurs souverains pour la même cause, ont été les manichéens, les plus insensés et les plus impies de tous les hommes. Pour ce qui regarde les donatisles , il n'y a personne qui ne sache les fureurs de leurs circuracellions, rapportées en tant de lieux de saint Augustin ' , qui montre même que les violences de ce parti séditieux ont égalé les ravages que les Barbares faisaient alors dans les plus belles provinces de l'empire. Et quant aux manichéens, nous en avons raconté les guerres sanglantes dans le livre XI des Variations^. Les albigeois ont suivi ce mauvais exemple : aussi avonsnous vu qu'ils étaient de dignes rejetons de cette abominable secte. Les wiclétiles n'ont point eu de honte de marcher sur leurs pas : les hussites et les taborites les ont imités; et puisqu'enfm il en faut venir aux sectes de ces derniers siècles, on sait fhistoire des luthériens et des calvinistes.
C'était un terrible préjugé contre la Réforme naissante, de n'avoir pu prendre l'esprit de l'ancien christianisme qu'elle se vantail de rétablir, et d'avoir pris au contraire l'esprit turbulent et séditieux qui avait été conçu, et qui s'était conservé dans fhérésie. Car c'était d'un coté ne pouvoir prendre l'esprit de Jésus-Christ; et de l'autre prendre l'esprit opposé, c'est-à-dire, l'esprit de sédition, que Jésus-Christ nous fait voir être l'esprit du démon et de son empire'; d'où suit aussi selon sa parole la désolation des royaumes cl de toule la société humaine, que Dieu a formée par ses lois, et qu'il a prise en sa proteclion.
IV. Variations de la Réforme sur ce sujet. — Sur une si pressante accusalion , il n'est pas aisé d'exprimer combien la Réforme a été déconcertée. Tantôt elle a fait profession d'être soumise et obéissante; tantôt elle a étalé les sanguinaires maximes qui exhortaient à prendre les armes sans se soucier du nom ni de l'autorité du prince. Elle a fait d'abord la modeste ; il le fallait bien quand elle était faible; et d'ailleurs comment soutenir sans ce caractère, le nom et le caractère du christianisme réformé? C'est pourquoi au commencement, à l'exemple des premiers chrétiens, on ne nous vantait que douceur, que patience, que lidélilé. Il vaut mieux souffrir, disait Mélanchton", toutes sortes d'extrémités , que de prendre les armes pour les affaires de l'Ecangile (c'est du nouvel Evangile qu'il voulait parler) et d'e.tciter des guerres civiles : tout bon chrétien, tout homme de bien, continuait-il, doit empêcher les ligues qu'on trame secrètement sous prétexte de religion. Luther, tout violent qu'il était, défendait les armes dans cette cause, et fit même un sermon exprès dont le tilre était : Que les abus
1 Episl. CXI. ad Victorian., tom. n. col. 319. — 2. Var., Hv. xi, n 13 14. — 3. Mail., XII. 25, 26. — 4. Lib. m , Ep., 16; Lib. iv, £p., 35, 110, lit; Var., liv. V, )i. 32, 33.
LllNOUIKMR AVERTISSEMENT.
doircnt être ôtés , non par la main , mais par la parole'. La papauli' dcYiiiL toiiihor dans |ieu de temps; mais seuleineiil par le souille de la jjrédicalion de Luther, pendant qu'il boirait sa bière et tiendrait de doux propos au coin de son feii, avec son cher Mélanchton et arec Amsdorf. Les calvinistes n'étaient pas moins doux en apparence. Il ne faut qu'écouler Calvin écrivant à François I'"' en ir).'iO, à la tôle de ce fameux livre de VInsUlution , où il se plaint à ce prince qu'on lui faisait immoler à la vengeance publique ses pins fidèles sujets, avec de solennelles protestations de l'inébranlable fidélité de lui et des siens. II ne faut, trente ans après, et jusqu'à la veille des guerres civiles, qu'écouter Bèze et sa magnifique comparaison de l'Eglise avec une enclume, qui n'était faite que pour recevoir des coups, et non pas pour en donner; mais qui aussi en les recevant brisait souvent les marteaux dont elle était frappée^. Voilà des colombes et des brebis qui n'ont en partage que d'humbles gémissements et la patience : c'était le plus pur esprit et la parfaite résurrection de l'ancien christianisme; mais il n'était pas possible qu'on soutint longtemps ce qu'on n'avait pas dans le cœur. Au milieu de ces modesties de Luther, il échappait des paroles de menaces et de violence qu'il ne pouvait retenir : témoin celles qu'il écrivit à Léon X , après la sentence où ce Pape le citait devant lui; qu'il espérait bientôt y comparaître avec vingt mille hommes de pied et cinq raille chevaux, et qu'alors il se ferait croire^ Ce n'était là encore que des paroles; mais on en vint bientôt aux effets''. Ces ligues tant détestées par Mélanchton se formèrent à son grand regret par les conseils de Luther^. Le landgrave et. les protestants prirent les armes sur de vains ombrages : Mélanchton en rougissait pour le parti; mais Luther jjrit en main la défense des rebelles; et il osa bien menacer Georges de Saxe, prince de la maison de ses maîtres, de faire tourner contre lui les armes des princes pour l'exterminer lui et ses semblables , qui n'approuvaient pas la Réforme. Enlln, il n'oublia rien de ce qui pouvait animer les siens; et irriter contre Rome, qui, malgré ses prédications et ses prophéties, avait bien osé subsister au-delà du terme qu'il lui donnait ; il mit au jour la thèse sanguinaire , où il soutenait que le Pape était « un loup enragé, » contre lequel il fallait assembler les peuples, et » ne pas épargner les princes qui le soutiendraient, » fût-ce l'empereur lui-même''. » L'effet suivit les paroles. L'électeur de Saxe et le landgrave prirent les armes contre Charles V; mais l'électeur, plus consciencieux que ne voulait la Réforme , ne savait comment concilier avec l'Evangile cette guerre contre le chef de l'emiiire. On trouva l'expédient dans le manifeste de traiter Charles V, non comme emijcreur (car c'était précisément cette qualité qui troublait la conscience de l'électeur), mais comme se portant pour empereur'' ; comme si c'était un usurpateur, ou qu'il fût au pouvoir des rebelles de le (lé[juuiller de l'empire. Tout devint permis par cette illusion; cl la propre déclaration des princes ligués
1. Var., liv. 1, n. 31; liv. ii, n. 9. — 2. Hisl. de Béze , Hv. vi. Var., Hv. X, n. -17. — 3. Var., liv. i, n. 23; l,utli. adv. Anl. Bull., T. II. — -i. Var., liv. iv, n. i et stiiv. — 5. Var., liv. n , n. 44 et suit). — 6. Disp., 1540, pro/i. 39 et serj., T. l ; Vid. Sleid., l. 16; Var., liv. I, n. 25,- Liv. viii , n. 1. — 7. Sleid., lib. 17; Var., liv. viii, n. 1, 8, 3.
fut un témoignage éternel , (|iie ceux qui enireprenaient cette guerre , la lenaient injuste contre un emiiercur reconnu de tout le monde.
V. Malheurs de la France par la Reforme. — Je n'ai pas besoin de parler de la France : on sait assez que la violence du parti réformé , retenue sous les règnes forts de François I»"' et de Henri II, ne manqua pas d'éclater dans la faiblesse de ceux de François II et de Charles IX. On sait , dis-je , que le parti n'eut pas plus tôt senti ses forces, qu'on n'y médita rien de moins que de partager l'autorité, de s'emparer de la personne des rois, et de faire la loi aux catholiques. On alluma la guerre dans toutes les villes et dans toutes les provinces : on appela les étrangers de toutes parts au sein de la France, comme à un pays de conquête; et on mit ce florissant royaume, l'honneur de la chrétienté, sur le bord de sa ruin-e, sans presque jamais cesser de faire la guerre, jusqu'à ce que le parti dépouillé de ses places fortes fut dans l'impuissance de la soutenir.
Ceux qui n'ont que les dragons à la bouche, et qui pensent avoir tout dit pour la défense de leur cause quand ils les ont seulement nommés, doivent souffrir à leur tour qu'on leur représente ce que le royaume a soulïert de leurs violences, et encore presque de nos jours. Ils sont convaincus par actes et par leurs propres délibérations qu'on a en original, d'avoir alors exécuté en elïot par une puissance usurpée, plus qu'ils ne se plaignent à présent d'avoir souffert de la puissance légitime. Le fait en a été posé dans l'Histoire des Yariatio7is', et n'a pas été contredit. On y a dit qu'on avait en main en original les ordres des généraux et ceux des villes à la requête des consistoires , pour contraindre les pajnsles à embrasser la Réforme par taxes , par logements , par démolitions de leurs maisons , et par découverte de leurs toits. Ceux qui s'absentaient pour éviter ces violences étaient dépouillés de leurs biens. Les registres des hotels-de-ville de Nimes , de Montauban, d'Alais, de Montpellier, et d'autres villes du parti, sont pleines de telles ordonnances. On a été bien plus avant, une infinité de prêtres, de religieux, de catholiques de tous les états ont été massacrés dans le Béarn par les ordres de la reine Jeanne, sans autre crime que celui de leur religion ou de leur ordre. Il y a encore des actes authentiques des habitants de La Rochelle, où il est porté que la guerre fut renouvelée à l'occasion des prêtres qu'ils précipitèrent dans la mer jusqu'au nombre de vingt-six ou de vingt-sept : de sorte que ceux qui nous vantent leur patience et leurs martyres sont en effet les aggresseurs, et le sont de la manière la plus sanguinaire. Ces dragons , dont on fait sonner si haut les violences, ont-ils approché de ces excès"? Et tout ce qu'on leur reproche d'avoir entrepris sans ordre, de combien est-il au-dessous des violences , où les protestants se sont emportés par des ordres bien délibérés et bien signés? On a avancé ces faits publiquement : M. Jurieu ou quelqu'autrc les ont-ils niés, ou ont-ils dit un seul mot pour les affaiblir? Rien du tout; parce qu'ils savent bien qu'ils sont connus par toute la chrétienté, écrits dans toutes les histoires, et de plus prouvés par actes publics. Mais c'étaient, disaient-ils, des