‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 484 sur 545 · Var., liv. x, n · texte numérisé non relu

Var., liv. x, n

LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSE

temps de guerres, et il n'en faut plus parler, comme s'ils étaient les seuls qui eussent druit de se plaindre de la violence, et que ce ne fiit pas au contraire une preuve contre leur Réforme, d'avoir entrepris par maximes de religion des guerres dont les elTels ont été si cruels.

VI. Séditieuses explications de l'Apocalypse. — Joignons à toutes ces choses les explications sanguinaires qu'on donnait à l'Apocalypse , où la Rél'orme, en prenant pour elle et interprétant contre Uorae ce commandement : Sortez de Babylone, s'appliquait aussi à elle-même cet autre commandement du même lieu , faites-lui comme elle vous a fait ; d'où nous avons vu qu'elle concluait , qu'il lui était commandé, non-seulement de sortir de Rome, mais encore de l'exterminer à main armée avec tous ses sectateurs, partout où on les trouverait, avec une espérance certaine de la victoire'.

VII. Autres variations de la Réforme : ses vains efforts pour prouver que ces (juerres civiles n'ont pas été des (juerres de religion. — Voilà donc la Réforme convaincue d'avoir entrepris, et encore d'avoir entrepris par maximes, et comme par un précepte divin, les guerres qu'elle semblait détester au commencement. Mais si elle rougissait du dessein de les entreprendre , elle en a encore rougi après l'avoir exécuté. C'est pourquoi, ne pouvant nier le fait , ni faire oublier au monde ses guerres sanglantes ; quand elle a cru que les causes en pouvaient être oubliées par le temps, elle a employé tout ce qu'elle avait de plus habiles écrivains pour soutenir que ces guerres, tant reprochées à la Réforme ne furent jamais des guerres de religion : et non-seulement M. Bayle dans sa Critique de M. Maimbourg , et M. Burnet dans son Histoire de la réformation anglicane-, mais encore M. Jurieu, qui s'en dédit aujourd'hui dans son Apologie de la Réforme, ont épuisé toute leur adresse à soutenir ce paradoxe.

VIII. Paroles remarquables de M. Jurieu qui condamne les guerres civiles de la Réforme. — Il n'y a rien de plus étrange que la manière dont il défend les réformés, de la conjuration d'Amboise , qui est l'endroit par où ont commencé toutes les guerres : « La tyrannie des princes de Guise ne » pouvait être abattue que par une grande effusion » de sang : l'esprit de christianisme ne souffre » POINT CELA ; mais si l'on juge de cette entreprise » par les règles de la morale du monde, elle n'est » point du tout criminelle; » et il conclut « qu'elle » ne l'est en tout cas que selon les règles de l'Evan- » gile^. » Par où l'on voit clairement, en premier lieu , que toutes ces guerres des prétendus réformés selon lui étaient injustes et contraires à l'esprit du christianisme; et en second lieu, qu'il se console de ce qu'elles sont contraires à cet esprit et aux règles de l'Evangile, sur ce qu'en tout cas , à ce qu'il prétend, elles sont conformes auj; règles de la morale du monde ; comme si ce n'était pas le comble du mal de lui chercher des excuses dans le dérèglement du genre humain corrompu, qui ne l'est pourtant pas assez , comme nous l'avons démontré ailleurs*, pour approuver de tels attentats. C'est

1. Explic. de VApoc, Aver. aux Prot.sur l'Ace, des Propk., n. I. — 2. llisl. du In Réf. Ang., II. part., liv. S. Vay., Hv. X, n. 42 el sitiv. — 3. Apol. de ta Réf., I. part., ch. 15. p. 453. Vaf., !iv. X. n. 4y. — 4. Vai-., idem.

B. — T. III

ainsi que M. Jurieu défend la Réforme; et tout cela pour confirmer ce qu'il avait dit, « que la religion » s'est trouvée purement par accident dans ces » querelles, et pour y servir de prétexte'. »

IX. .V. Jurieu n'a rien à répliquer aux preuves par lesquelles on a fait voir que ces guerres de la Réforme y ont été entreprises par maxime de religion. — Il n'a pas été malaisé de le convaincre. Car, outre que c'était à la Réforme une action assez honteuse de vouloir bien donner un prétexte à une guerre que ce ministre avouait alors contraire à l'esprit el aux règles du christianisme; il est plus clair que le jour que la religion était le fond de toutes ces guerres. C'est ce qu'on voit dans le livre des Variations^, par la propre Histoire de Bèze, par les consultations , par les requêtes , par les délibérations et par les traités qu'il rapporte; on voit, dis-je, plus clair que le jour, par toutes ces choses , que la guerre fut entreprise dans la Réforme par délibération expresse des ministres et de tout le parti , et par principe de conscience : en sorte qu'il n'est pas possible de s'empêcher de le voir en lisant le X'^ livre des Variations, où cette matière est traitée, et qu'en effet M. Jurieu n'a rien eu à y répliquer, si ce n'est ce mot seulement : « Ce n'est » point, dit-il', mon affaire de parler de cette ma- » tière; on y répondra si l'on veut : et pour moi ce » que j'en ai dit dans ma Réponse à l'histoire du » jésuite Maimbourg me suffit. » Il est content de lui-même, c'est assez; et il ne veut pas seulement songer que tout ce qu'il a dit sur ce sujet est clairement réfuté , non point par raisonnement, mais par actes; et sans ici répéter tout le reste qui est produit dans ['Histoire des Variations '' , par les décrets très-formels du synode national de Lyon en 1563, dès le commencement des guerres.

X. Décret décisif du synode national de Lyon , qui contraint M. Jurieu à se dédire. — On y accorde par décret exprès la Cène à un abbé réformé à la nouvelle manière, parce que, sans se défaire de son abbaye dont le revenu l'accommodait, « il » en avait brûlé les titres, et n'avait pas permis » depuis six ans qu'on y chantât messe; ainsi s'était

» toujours PORTÉ FIDÈLEMENT, et aVait PORTÉ LES

» ARMES POUR MAINTENIR l'Evangile^. » Ce n'ost pas ici un prétexte : ce sont les armes portées ouvertement pour l'Evangile réformé, et cette action honorée dans le parti jusqu'à y être récompensée et ratifiée par la réception de la Cène.

Oser vous dire après cela que ce n'est pas ici une guerre de religion , c'est vous déclarer, mes frères , qu'on n'a besoin ni de raison ni de bonne foi, ni même de vraisemblance, pour vous persuader tout ce que l'on veut. Mais voici un cas bien plus étrange, el un décret bien plus surprenant du même synode national. Un ministre qui autrement s'était bien comporté, c'est-à-dire , qui avait bien fait son devoir à inspirer la révolte, pour réparer cette faute « avait écrit à la reine-mère, qu'il n'a- » vait jamais consenti au port des armes , jaçoit » qu'il y eût consenti et contribué ; fut obligé à un » jour de Cène de faire confession publique do sa » faute devant tout le peuple; » et, pour pousser

l.Jm-., Apol. de la Réf. ibid.,ch. 10. — 2. Var., liv. x, )!. 25, 2(i et suiv. — 3. Jnr., Lett^ ix. — 4. Var., liv. x , n. 3(j, 37, — 5. Idem.

CINQUIÈME AVERTISSEMENT

l'audace jusqu'au bout, à faire entendre à la reine na pe'nitence; de peur que celle princesse, qui 6lail alors régente, ne s'imaginât qu'on lut capable de garder aucune mesure avec elle et avec le roi. N'est-ce pas là déclarer la guerre, et la déclarer à la propre personne do la régente, et de la part de tout un synode national, alin qu'on ne doute pas ([ue ce ne soil une guerre de religion , et encore de tout le parti? Mais on n'en demeure pas là. Pour éviter le scandale que ce ministre avait donné à son Eglise en se repcnlant de son crime, et marquant ses soumissions à la reine, on permet au synode de sa province de le changer de lieu ; en sorte qu'on ne le voie plus dans celui qu'il avait scandalisé en se montrant bon sujet. Loin de se repentir d'avoir pris les armes, la Réforme ne se repent que de s'être repentie de les avoir prises; et au lieu de rougir de ces excès , M. Jurieu répond hardiment : <i M. de Meaux doit savoir que nous ne nous faisons » pas une honte de ces décisions de nos synodes. » XI. Contradiction de la Réforme : M. Jurieu contraint de soutenir les guerres civiles ciu'il avait condamnées. — Mais si la Réforme n'avait point de honte des guerres qu'elle avait faites pour la religion, pourquoi donc M. Jurieu ne les osail-il avouer il y a quelques années? Et pourquoi écrivait-il que la religion s'y était trouvée purement par accident? C'était une espèce de réparation de ces attentats, que de tâcher de les pallier comme il faisait : mais maintenant il lève le masque. En parlant de ses réformés en l'état où ils sont en France, il déclare « qu'il faut être aveugle pour ne » pas voir que des gens à qui on renfonce la vérité » dans le cœur à coup de barre, ne se relèveront

» PAS LE PLUS TÔT QU'iLS POURRONT ET PAR TOUTES

» SORTES DE VOIES'. » D'où il conclut que « dans » peu d'années on verra un grand éclat de ce feu » que l'on renferme sans l'étouffer. » Ce n'est pas seulement prédire, c'est souffler la rébellion, que de parler de celte sorte. Il ne dissimule point que les prétendus réformés n'aient la fureur et la rage dans le cœur : et c'est, dit-il 2, ce qui fortifie la haine qu'ils avaient pour l'idolâtrie ; donl il rend celle raison, que les passions humaines, telles que sont la rage et la fureur, sont de grands secours aux vertus chrétie7ines. Voici un nouveau moyen de fortifier les vertus et des vertus chrétiennes, que les apôtres ne connaissaient pas. Saint Paul a fondé sur la charité toutes les vertus chrétiennes : mais qu'a-l-il dit de la charité, sinon, « qu'elle est » douce , qu'elle est patiente , qu'elle n'est ni en- » vieuse ni ambitieuse, qu'elle ne s'enorgueillit » point, ni ne s'aigrit point'? » El notre docteur nous dit qu'elle est furieuse. Quelle vertu, quelle vérité , quelle religion est celle-là, qui emploie jusqu'à la rage pour se maintenir dans un cœur? C'est ainsi que sont disposés les réformés selon M. .lurieu , etc'csl ainsi qu'il les veut. Car il n'oublie rien pour nourrir en eux ces sentiments qui les portent à la révolte : et pour les y exciter il fait une lettre entière", où sans pallier comme aujtaravanl le crime des guerres civiles , il cnlreprend ouvertement de les juslilier. Lui qui hésitait auparavant, ou plutôt (pii sans hésiter décidait, conune

1. Accomp. des Proph. Avis à tous les chrét. — 2. Idem. — 3. /. Cor., xm. 4. — 4. Jur., Lett. ix.

on vient de voir, que ces guerres contre son pays et son prince légitime, étaient contraires à l'esprit du cliristianisme et aux règles de l'Evangile, trop heureux <lç pouvoir les excuser par les règles de la morale corrompue du monde, dit maintenant à la face de l'univers et au nom de toute la Réforme ; Nous ne nous faisons pas une honte des décisions de nos synodes, qui ont soutenu qu'on est en droit, pour défendre la religion, de faire la guerre à son roi et à sa patrie. C'est la femme prostituée qui ne rougit plus, qui après avoir longtemps déguisé son crime et cherché de vaines excuses à ses inlidélités, à la fin étant convaincue, se fait un front d'impudique, comme parle l'Ecriture sainte, et dit hardiment : Oui, j'ai aimé des étrangers, et je marcherai après eux'. Il ne faudrait rien davantage que sa honte d'un côté et sa hardiesse d'un autre pour la confondre. Que nous dira donc M. Jurieu , qui après avoir condamné ces guerres , aujourd'hui en entreprend la défense? Et n'est-il pas confondu par ses propres variations? Mais ne laissons pas d'écouter ses faibles raisonnements.

Réponses de M. Jurieu à l'exemple de l'ancienne Eglise. Question : Si la soumission des premiers chrétiens n'était que de conseil, ou en tout cas un précepte accommodé à un certain temps.

XII. Sentiments des martyrs : ce que M. Jurieu y a répondu. — Les réponses de ce ministre sont prises d'un dialogue de Buchanan qui a pour titre : Du droit de régner dans l'Ecosse. Les sentiments en sont si excessifs, qu'il a été détesté par les plus habiles gens de la Réforme : mais aujourd'hui M. Jurieu en prend l'esprit; et aussi ne lui restaitil que ce moyen-là de saper les fondements, et de renverser le droit des monarchies.

Il faut écouler avant toutes choses ce qu'ils répondent à l'exemple des martyrs. Il n'y a personne qui ne soit touché, quand on les voit dans leur passion, entre les mains et sous les coups des persécuteurs, les conjurer j^ar le salut de l'empereur^, et la vie comme par une chose sainte, de contenter le désir qu'ils avaient de souffrir pour Jésus-Christ. « A » Dieu ne plaise, disaient-ils^, que nous olTrions » pour les empereurs le sacrifice que vous nous dc- » mandez pour eux ; on nous apprend à leur obéir, » mais non pas à les adorer. » L'obéissance qu'ils leur rendaient, servait de preuve à celle qu'ils voulaient rendre à Dieu. « J'ai été, disait saint Jules", » sept fois à la guerre : je n'ai jamais résisté aux » puissances, ni reculé dans les combats, et je m'y » suis mêlé aussi avant qu'aucun de mes compa- » gnons. Mais si j'ai été fidèle dans tels combats, » croyez-vous que je le sois moins dans celui-ci, » qui est bien d'une autre importance? » Tout est plein de semblables discours dans les Actes des martyrs; la profession qu'ils faisaient, parmi les supplices, de demeurer fidèles à leurs princes en tout ce qui ne serait pas contraire à la loi de Dieu , faisait la gloire de leur martyre ; et ils la scellaient de leur sang comme le reste des vérités qu'ils annonçaient. Mais écoutons ce que leur répond M. Jurieu'. « A Dieu ne plaise, dit-il *, que je voulusse

1. Jer., II. 25. — 2. Acl., Jul., Ad. Marc, et Nicand., de. — 3. Acl. PIM. Eptsl. Hcracl., etc. — 4. Act. Jul. — 5. Jur., Lett. IX, p. 67, c. 2 et suiv.

LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSE

» diminuer le mérite des martyrs, et rien rabattre » des louanges qu'on leur donne : mais je voudrais » bien qu'on me fit voir qu'ils ont été en état de se » pourvoir contre les violences des empereurs ro- » mains. Que pouvait faire, conlinue-t-il, un si petit » nombre de gens épars dans toute l'étendue d'un » grand empire, qui avait toujours sur pied des » armées nombreuses pour la garde de ses vastes » frontières? Ce n'était donc pas seulement piété, K mais c'était prudence aux premiers chrétiens de 11 souffrir un moindre mal pour en éviter un plus » grand. » C'est sa première raison, qu'il a tirée de Buchanan, son grand auteur : mais voyons celles dont il la soutient'. « Outre cela, on ne saurait » tirer un grand avantage de la conduite des pre- » miers chrétiens au sujet de la prise des armes. Il » y en avait plusieurs qui ne croyaient pas qu'il fût » permis de se servir du glaive en aucune manière, » ni à la guerre ni en justice pour la punition des » criminels : c'était une sévérité outrée, et une » maxime généralement reconnue pour fausse au- 11 jourd'hui; tellement que leur patience ne venait 11 que d'une erreur et d'une morale mal entendue. » Voilà donc la seconde cause de la patience des martyrs : la première était leur faiblesse; la seconde était leur erreur. Voilà d'abord comme on traite ceux dont on dit qu'on ne voudrait diminuer en rien le mérite.

Mais le ministre sait bien en sa conscience , que le sentiment de l'Eglise n'était pas celui de ces esprits outrés qui condamnaient universellement l'usage des armes. Nous venons d'ouïr un martyr qui fait gloire d'avoir bien servi les empereurs à la guerre : cent autres en ont fait autant; et l'Eglise ne les met pas moins parmi les saints. TertuUicn, dont on aurait le plus à craindre ces maximes outrées n'hésite point à dire au sénat et aux magistrats de Rome au nom de tous les chrétiens^ : « Nous 11 sommes comme tous les autres citoyens dans les 11 exercices ordinaires; nous labourons, nous navi- » guons, nous faisons la guerre avec vous. Nous 11 remplissons la ville, le palais , le sénat, le mar- » ché, le camp et les armées; il n'y a que les tem- » pies seuls que nous vous laissons. » C'est-à-dire, que, hors la religion, tout le reste leur était commun avec leurs concitoyens et les autres sujets de l'empire. Il y avait même des légions toutes composées de chrétiens. On connaît celle dont les prières furent si favorables à Marc-Aurèle^ et celle qui fut immolée à la foi sous la conduite de saint Maurice : on entend bien que je parle de cette fameuse légion thébaine, dont le martyre est si fameux dans l'empire de Dioclétien et de Maximien.

M. Jurieu n'ignorait pas ces grands exemples; et c'est pourquoi il ajoute : « Dans le fond ce n'é- » tait point cette délicatesse de conscience qui a 1) empêché les premiers chrétiens de se défendre 11 contre leurs persécuteurs : car ces dévots, dont 11 la murale était si sévère, étaient en petit nombre » en comparaison des autres''. » Il eût donc mieux fait de supprimer cette raison, qui lui parait sans force à lui-même. Mais c'est qu'il est bon d'embrouiller toujours la matière, en entassant beaucoup d'inutilités , et à la fm d'alfaiblir un peu

l.Jur., Lett. IX, p. 68. — 2. Apoi,, c. 37, 40. — 3. Idem, c.iâ. — 4. Jui-., Lett. IX.

l'autorité de l'ancienne Eglise dont les exemples l'accablent.

Il poursuit; et pour montrer que le nombre de ces faux dévots , qui croyaient les armes défendues aux chrétiens, était petit, il nous dit ceci pour toute preuve : « Par les plaintes que les Pères nous font 11 des maux des chrétiens de leur siècle , il est bien 11 aisé à comprendre que des gens aussi peu régu- » liers dans leur conduite, qu'étaient plusieurs » chrétiens d'alors , ne se laissaient pas tuer par 11 conscience, mais par faiblesse et par impuis- » sance. » C'est ce que diraient des impies, s'ils voulaient affaiblir la gloire des martyrs et les témoignages de la religion. Au reste , il est évident que tout cela ne servait de rien à M. Jurieu. Il avait, comme on vient de voir, assez de moyens pour justifier les chrétiens des premiers siècles, sans en alléguer les mauvaises mœurs : mais il n'a pu se refuser à lui-même ce trait de chagrin contre l'Eglise primitive, dont on lui objecte trop souvent l'autorité.

« Enfin, conclut-il, quand les premiers chrétiens » par tendresse de conscience n'auraient pas pris le » parti de se défendre, en cela sans doute ils n'au- 11 raient pas mal fait ; il est toujours permis de se 11 relâcher de son droit; car on fait de son bien ce 11 qu'on veut : mais on ne pèche pourtant pas en se » servant de ses droits. Il y a , continue-t-il , de la » différence entre le mieux et le bien. Celui qui 11 marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie » pas fait mieux. Supposé que les chrétiens aient » mieux fait , en ne prenant pas les armes pour se 11 garantir de la persécution (car c'est de quoi le » ministre doute), il ne s'ensuit pas que ceux qui » font autrement ne fassent bien, et que peut-être 11 ils ne fassent mieux en certaines circonstances. » Il ne restait plus au ministre que de proposer un moyen de mettre la Réforme armée, et non-seulement menaçante , mais encore ouvertement rebelle à ses rois, au-dessus de l'Eglise ancienne, humble et souffrante, qui ne connaissait d'autres armes que celles de la patience.

XIII. Première glose de M. Jurieu , que l'obéissance proposée aiu: chrétiens durant les persécutions, était de perfection et de conseil , et non d' obligation et de commandement. Preuve du contraire. — Telles sont les réponses de M. Jurieu. Pour commencer par la dernière, qu'il fonde sur la distinction de perfection et de conseil , et du bien de nécessité et d'obligation, le ministre nous allègue le mot de saint Paul : Celui qui marie sa fille fait bien, mais celui qui ne la marie pas fait mieux'. Mais, pour appliquer ce passage à la matière dont il s'agit, il faudrait qu'il fût écrit quelque part, ou qu'on pût attribuer aux apôtres et aux premiers chrétiens cette doctrine : C'est bien fait à des sujets persécutés de prendre les armes contre leurs princes; mais c'est encore mieux fait de ne pas les prendre. M. Jurieu oserait-il bien attribuer celte doctrine aux apôtres'? Mais en quel endroit de leurs écrits en trouvera-t-il le moindre vestige ? Quand les premiers chrétiens nous ont fait voir qu'ils étaient fidèles à leur patrie quoiqu'ingrate , et aux empereurs quoiqu'impies et persécuteurs , ont-ils laissé échapper la moindre parole pour faire entendre

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