Apol., cup
CINQUIÈME AVRIÎTISSEMENT.
impunémcnl. Avoir de tels sentiments, n'est-ce pas sous un beau semblant d'obéissance et de modestie couver la rébellion et la violence dans le sein ? Mais que serait-ce , s'il fallait trouver cette liypocrisie, non plus dans les discours des chrétiens, mais dans les [U-éceptes des apôtres et dans ceux de Jésus- Christ même? Oui, mes frères, dira un saint Pierre ou un saint Paul , dites bien qu'il faut obéir aux puissances établies de Dieu, et que leur autorité est inviolable; mais c'est tant qu'on sera en petit nombre : à cette condition et en cet état vantez votre obéissance à toute épreuve : croissez cependant; et quand vous serez plus forts, alors vous commencerez à interpréter nos préceptes en disant que nous les avons accommodés au temps : comme si obéir et se soumettre c'était seulement attendre de nouvelles forces et une conjoncture plus favorable, ou que la soumission ne fiil qu'une politique. Entin, il faudra encore faire dire à Jésus-Christ selon ces principes : Vous, Juifs, qui soutïrez avec tant de peine le joug des Romains , rendez à César ce qui lui est dii; c'est-à-dire, gardez-vous bien de le fâcher jusqu'à ce que vous vous sentiez en état de vous bien défendre. Que si cette glose fait horreur dans les préceptes de Jésus-Christ et des apôtres , avouons donc que les chrétiens qui les alléguaient pour prouver qu'il n'y avait rien à craindre d'eux, en quelque nombre qu'ils fussent et quelle que fût leur puissance , ne voulaient pas qu'on les crut soumis par l'effet d'une prudence charnelle, qui, comme dit M. Jurieu, préfère un moindre mal à un plus grand; mais par un principe de fidélité et de religion envers les puissances ordonnées de Dieu, que les tourments, quelque grands qu'ils fussent, n'étaient pas capables d'ébranler.
XV. Les deux gloses de M. Jurieu détruites par un seul mot de saint Paul. — Laissons donc ces gloses impies de M. Jurieu et de Buchanan, qui aussi bien ne peuvent cadrer avec l'Ecriture; car saint Paul nous fait bien entendre que ce n'est pas seulement par la prudence de la chair et pour éviter un plus grand mal , qu'il faut être soumis aux puissances lorsqu'il dit : Soyez soumis parnécessité, non-seulement à cause de la colère, mais encore A cause de la conscience ' : où il semble qu'il ait eu en vue ces deux gloses des protestants pour les condamner en deux mots. Si l'on entreprend de nous faire accroire que les chrétiens demeuraient soumis, mais seulement par conseil, saint Paul détruit cette glose en disant : Sorjez soumis par nécessité. Que si l'on revient à nous dire , qu'on doit à la vérité être soumis par la nécessité ; mais par celle de la crainte, de peur de se voir bientôt accabler par une plus grande puissance : saint Paul tombe sur cette glose encore avec plus de force, en enseignant clairement que cette nécessité n'est pas celle de la crainte, pour laquelle on n'a pas besoin des instructions d'un apôtre, mais celle de la conscience.
En effet, ce ne pouvait être une autre nécessité que saint Paul voulut établir dans ce passage. Celle d'être mis à mort n'est pas la nécessité que les apôtres veulent faire craindre aux chrétiens; au contraire, ils voulaient munir les chrétiens contre une telle nécessité, à l'exemple de Jésus-Christ qui leur avait dit : Se craignez pas ceux qui ne peuvent