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comparaison de celle qu'on vil sous cet empereur, parut pclilu. Ce ([ui fait dire à saint Grégoire de Nazianze* : « Julien ne songea pas que les persé- » cutions précédentes ne pouvaient pas exciter de » grands troubles, parce que notre doctrine n'avait » pas encore toute son étendue, et que peu de gens » connaissaient la vérité; » ce qu'il faut faire toujours entendre en comparaison du prodigieux accroissement arrivé durant la paix, sous Constantin et sous Constance : « mais maintenant, poursuit ce » saint docteur, que la doctrine salutaire s'était » étendue de tous côtés, et qu'elle dominait princi- » paiement parmi nous, vouloir changer la religion » chrétienne, ce n'était rien moins entreprendre que 1) d'ébranler l'Empire romain et mettre tout en ha- » sard. »
L'Eglise n'était pas faible puisqu'elle était dominante et en état de faire trembler l'empereur; l'Eglise était attaquée d'une manière si formidable, que tout le monde demeure d'accord que jamais elle n'avait été en plus grand péril : l'Eglise cependant fut aussi soumise en cet étal de puissance, qu'elle avait été sous Néron et sous Domitien, lorsqu'elle ne faisait que de naître. Concluons donc que la soumission des chrétiens était un elTel des maximes de leur religion; sans quoi ils auraient pu obliger les Sévère, les "Valérien, les Dioclétien à les ménager, et Julien jusqu'à les craindre comme des ennemis plus redoutables que les Perses : de sorte que toutes les bouches qui attribuent la soumission de l'Eglise à la faiblesse ou à la prudence de la chair, plutôt qu'à la religion , sont fermées par cet exemple.
Et il ne faut pas s'imaginer que la religion ne fut dominante que parmi le peuple , et qu'elle fût plus faible dans l'armée; car il paraît au contraire qu'après la mort de Julien les soldats ayant déféré l'empire à Jovien qui le refusait, parce qu'il ne voulait commander qu'à des chrétiens, toute l'armée s'écria : Nous sommes tous chrétiens et élevés da7is la foi sous Constantin et Constance^ : et encore six mois après, cet empereur étant mort , l'armée élut en sa place Valentinien, non-seulement chrétien , mais encore confesseur de la foi , pour laquelle il avait quitté généreusement les marques du commandement militaire sous Julien.
On voit aussi combien les soldats étaient afleclionnés à Jésus-Christ, par le repentir f|u'ils témoignèrent d'avoir brûlé do l'encens devant la statue de Julien et aux idoles, plutôt par surprise que de dessein. Car alors, comme le raconte saint Grégoire de Nazianze', ils rapportèrent à cet apostat le don qu'ils venaient d'en recevoir pour prix de ce culte ambigu , en s'écriant : « Nous sommes, nous >' sommes chrétiens; et le don que nous avons reçu » de vous n'est pas un don, mais la mort. » Des soldats si fidèles à Jésus-Christ, furent en même temps très-obéissants à leur empereur. « Quand » Julien leur disait : Offrez de l'encens aux idoles, » ils le refusaient : quand il leur disait : Marchez, » combattez, ils obéissaient sans hésiter, comme » dit saint Augustin' : ils distinguaient le Roi éter- » nel du roi lcm[iorel , et demeuraient assujétis au
1. Oral. iri. in Jul., lom. i, p. 80. — 2. Soc, m, 22; Soi., vi,3; Tlieodur., III , I. — 3. Oyat, m , ;/. 85. — 4. S. Aug., in Ps. 124, «. 7; tom. IV, col. 1416.
i> roi temporel pour l'amour du Roi éternel : parce » que, dit le même Père, lorsque les im])ies de- » viennent rois, c'est Dieu qui le fait ainsi pour » exercer son peuple; de sorte qu'on ne peut pas » ne pas rendre à celte puissance, l'honneur (|ui lui » est dii : » ce qui détruit en un mot toutes les gloses de M. Jurieu; puisiiue dire qu'on ne peut pas faire autrement, ce n'est pas seulement exclure la notion d'un simple conseil , mais c'est encore introduire un précepte dont l'obligation est constante et perpétuelle.
11 ne faut non plus répondre ici que Julien n'était pas persécuteur; puisqu'outre qu'il autorisait et animait secrôlemenl la fureur des villes qui déchiraient les chrétiens, et que lui-même, pour ne point parler de ses artifices plus dangereux que ses violences, il eût répandu beaucoup de sang chrétien sous de faux prétextes; on savait qu'il avait voue à ses dieux le sang des fidèles après qu'il aurait vaincu les Perses : et cependant ces fidèles, destinés à être la victime de ses dieux , ne laissaient pas de combattre sous ses étendards, et de promouvoir de toute leur force la victoire dont leur mort devait être le fruit. Lui-même n'entra jamais dans aucune défiance de ses soldats qu'il persécutait, parce que, bien instruit qu'il était des commandements de Jésus-Christ et de l'esprit de l'Eglise , il savait que la fidélité des chrétiens pour les puissances suprêmes était à toute épreuve; et comme nous disait saint Augustin*, qu'if ne se pouvait pas faire qu'on ne rendit à cette puissance l'honneur qui lui était dû. C'est aussi ce que ce tyran expérimenta , lorsque faisant tourmenter jusqu'à la mort deux hommes de guerre d'une grande distinction parmi les troupes, nommés Juventin et Maximin, ils moururent en lui reprochant ses idolâtries, et lui disant en môme temps, qu'il n'y avait que cela qui leur déplût dans son empire- : montrant bien qu'ils dis tinguaient ce que Dieu avait mis dans l'empereur, de ce que l'empereur faisait contre Dieu, et toujours prêts à lui obéir en toute autre' chose.
Ainsi, soit que l'on considère les préceptes de l'Ecriture, ou la manière dont on les a entendus et pratiqués dans l'Eglise, la maxime qui prescrit une obéissance à toute épreuve envers les rois, ni ne peut être un simple conseil , ni un précepte accommodé aux temps de faiblesse; puisqu'on la voit établie sur des principes qui sont également de tous les temps; tels que sont l'ordre de Dieu et le respect qui est dii pour l'amour de lui et pour le repos du genre humain aux puissances souveraines : principes qui , étant tirés des préceptes de Jésus- Christ, devaient durer autant que son règne; c'està-dire, selon l'expression du Psalmiste, autant que le soleil et que la lune, et autant que l'univers.
XMIL Sous Constance. — Ce qui a paru dans l'Eglise sous les princes infidèles, ne s'est pas moins soutenu sous les princes hérétiques. Il est aise de montrer, et nous-mêmes nous l'avons fait dans le premier Avertissement , que le nombre des catholiques a toujours été sans comparaison plus grand que celui des ariens. L'empereur Constance se mit à la tète de ce malheureux parti, et ijcrsécula si cruellement les catholiques par conliscations de
1. s. Aug., in Ps. 124, «.7; tom. iv, col. UIG — 2. Tluoilor.,
LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSÉ
biens, par bannissements, par emprisonnements , par de sanglantes exécutions, et même par des meurtres; tels que furent ceux qu'un Syrien et ses autres ofîlciers tirent sous ses ordres et de son aveu; que cette persécution était regardée comme plus cruelle que celle des Dèce et des Maximien , et en un mot comme un prélude de celle de l'Antéchrist'. Et toutefois dans le même temps qu'on lui reprochait à lui-même ses persécutions, sans aucun ménagement , il n'en passait pas moins pour constant qu'il n'était pas permis de rien entreprendre contre lui, « parce que le régne et l'autorité de ré- » gner vient de Dieu, et qu'il faut rendre à César » ce qui appartient à César. » C'est ce qu'enseignait saint Hilaire^; c'est ce qu'enseignait Osius , non pas dans le temps de sa faiblesse, mais dans la force de sa glorieuse confession, lorsqu'il écrivait à l'empereur au nom de tous les évèques^ : « Dieu » vous a commis l'empire et à nous l'Eglise; et » comme celui qui atl'aiblit votre empire par des » discours pleins de haine et de malignité s'oppose » à l'ordre de Dieu; ainsi vous devez prendre » garde , que tâchant de vous attirer ce qui appar- » tient à l'Eglise, vous ne vous rendiez coupable » d'un grand crime. Rendez à César ce qui est à » César, et à Dieu ce qui est à Dieu ; ainsi ni l'era- » pire ne nous appartient, ni l'encensoir et les » choses sacrées ne sont à vous. » Peut-on établir plus clairement , comme un principe certain , par l'Evangile , la nécessité d'obéir à un prince , même hérétique et persécuteur"? Saint Athanase n'avait point d'autre sentiment, lorsqu'il protestait au même empereur de lui être toujours obéissant , et lui déclarait que lui et les catholiques dans toutes leurs assemblées lui souhaitaient une longue vie et un règne heureux^. Tous les évèques lui faisaient de pareilles déclarations et même dans les conciles. Ce courageux confesseur de Jésus-Christ, saint Lucifer de Cagliari , adressa à cet empereur un livre , dont le titre était : Qu'il ne faut point épargner ceux qui offensent Dieu en reniant son Fils^ ; et toutefois y établit comme un principe constant, « qu'on » demeure toujours débiteur envers les puissances » souveraines selon le précepte de l'Apôtre; » de sorte qu'il n'y a rien à faire contre l'empereur, que « de mépriser les ordres impies qu'il donne contre » Jésus-Christ, et tout au plus lui dénoncer libre- » ment qu'il est anathème. »
On peut ajouter ici avec les anciens historiens ecclésiastiques", qu'au commencement de la persécution de Constance , pendant qu'il persécutait saint Athanase et les autres évoques orthodoxes jusqu'à les bannir et leur faire craindre la mort , le parti catholique était si fort , qu'il avait pour lui deux empereurs, qui étaient Constantin et Constant, les deux frères de Constance, dont le premier le menaça de lui faire la guerre s'il ne rétablissait saint Athanase : et cependant les catholiques qui vivaient sous l'empire de Constance ne songèrent pas seulement à remuer; et saint Athanase , accusé d'avoir aigri contre Constance l'esprit de ses
1. Hil., lib. cont. Const.^ col. 1240. Athan., Apol. Ed. Ben. Hist. Arian., ti. 74, t. i, p. 3SS. Ibid. Apol. ad imp. Consc, n.
3, p. 296. — 2. Hil., Fragm. l, n. 5. col. 1282. — 3. .-Ipwd Athan., His. Arian. ^ n. 44, t.i, p. 371. Apol. ad Const. —
4. Apol. ad Const., etc., sup. cit. — 5. Athan., Ep. de Syn., t.
I, part. II, p. 716 efseg. — 6. Soc, vi. 22. 5oj., in. 2. Theodor.,