‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 490 sur 545 · Hist., liv. VI. — 2. /. Pet., n · texte numérisé non relu

Hist., liv. VI. — 2. /. Pet., n

GINQUIÈMl!; AVERTISSEMENT.

vrir senlcnienl la bouche pour se iléfendre'. Mais voyons cuinnie le ministre argumenle. « L'Evan- » gilc, dit-il- , n'a ôlé à, personne le droit de se dé- » fendre contre de violents agresseurs ; et c'est » sans doute ce que le Seigneur a voulu signi- » fier, quand allant au jardin oi^i il savait que les » Juifs devaient venir l'eidevcr avec violence; et » comme on lui eût dit : V'oici deux é[)ées, il répon- » dit : ('/est assez : >> Sur quoi le ministre fonde ce raisonnement : « Ce n'est pas assez pour repousser » la violence : car deux hommes armés ne pouvaient » pas résister à la troupe qui accompagnait Judas : » mais c'était assez pour son but, qui était de faire » voir que ses disciples dans une telle occasion ont » le droit de se servir des armes ; car autrement, » quel sens cela aurait-il : Prenez vosépées? » Il ne fallait rien changer aux paroles du Fils de Dieu qui n'a point parlé en ces termes. Mais, pour en venir au sens et à l'esprit, le ministre songc-t-il bien à ce qu'il dit, lorsqu'il lient un tel discours? Songe-t-il bien, dis-je, que ceux qui venaient prendre Jésus-Christ étaient les ministres de la justice, et que le conseil ou le sénat de Jérusalem, qui les envoyait^, avait en main une partie de la puissance publique? Car il pouvait faire arrêter qui il voulait, et il avait la garde du temple, et d'autres gens armés en sa puissance pour exécuter ses décrets. C'est pourquoi on voit si souvent dans les Actes, que les apôtres ont été arrêtés par les pontifes et les magistrats du temple, et mis dans la prison publique pour comparaître devant le conseil'', où en elTet ils répondent juridiquement sans en contester le pouvoir. Aussi lorsqu'ils prirent le Sauveur, sans les accuser d'usurper un droit qui ne leur appartenait pas, il se contente de leur dire : Vous venez me prendre à main armée comme un voleur : j'étais tous les jours au milieu de vous enseignant dans le temple, et vous ne m'avez pas arrêté''; reconnaissant clairement qu'ils en avaient le pouvoir, et dans la suite reprenant saint Pierre qui avait frappé un des soldats, dont aussi il guérit la plaie par un miracle". Au lieu donc qu'il faudrait conclure de ce lieu , comme fait aussi saint Chrysostome, qu'ii faut souffrir les persécutions avec patience et avec douceur, et que c'est là ce que le Sauveur a voulu montrer par cette action'' : M. Jurieu conclut au contraire qu'il a voulu montrer qu'en cette occasion , on a droit de se servir des armes. Mais qui lui donne la liberté de tourner ainsi l'Ecriture à contre-sens, et de porter son venin jusque sur les actions de Jésus-Christ même? « Quel » sens, dit-il*, aurait cela : Prenez vos épées? et de » quel usage seraient-elles, si on ne pouvait s'en » servir? » Et il ne veut pas seulement entendre cette parole de Jésus-Christ, lorsqu'il ordonne à ses apùtres d'avoir une épée : car je vous dis qu'il faut encore ciue ce qui est écrit de moi soit accompli : Il a été compté au nombre des scélérats^. Tel était donc le but de Jésus-Christ, non, comme dit M. Jurieu, d'instruire les chrétiens à prendre les armes contre la puissance jinblique, lorsi|u'ils en seraient maltraités; mais d'accomplir la prophétie où il était dit, qu'on le mettrait au rang des scélérats. En

1. /s. LUI. 7. — 2. Lett. IX, p. 69. — 3. Matth., xxvi. 17. — 4. Ac(., IV. •!; V. 18. — 5. Mutth., xxvi. S.'i. —6. ,;oan., xvni. 38. — 7. Hom. 83, in Joan., t. vu, p. 498. — 8. Jur., ibid. — 9. Luc , XXII. 37.

quoi? si ce n'est que, comme un voleur, il se faisait accompagner de gens violents pour s'empêcher d'être pris, et qu'il employait les armes conire les ministres de la justice pour ne point tomber entre ses mains? Jésus-Christ regardait donc cette résistance qu'il prévoyait qu'on ferait en sa faveur, non pas, à la manière de M. Jurieu, comme une défense légitime, mais comme une violence et un atlenlat manifeste, qui aussi le ferait mettre par le pcuide au nombre des scélérats. C'est pourquoi il reprend saint Pierre de s'être servi de son épée , et dit à lui et aux autres qui se mettaient en étal de l'imiter : Demeurez-en là; qui prend l'épée, périt de l'épée' : non pour défendre de s'en servir légitimement, mais pour défendre de s'en servir dans de semblables occasions, et surtout contre la puissance publique. M. Jurieu ose dire que Jésus-Christ ne reprit saint Pierre de s'être servi de l'épée , qu'à cause du temps où il le lît^, qui était celui où, selon l'ordre de son Père, il fallait qu'il mourût : comme si, dans une autre occasion, Jésus-Christ eût voulu permettre à ses disciples d'opposer la force aux puissances légitimes. Voilà ce que M. Jurieu ose attribuer à Jésus-Christ. Socrale , un païen, aura bien connu qu'on est obligé d'obéir aux lois et aux magistrats de son pays , quand même ils vous condamnent injustement^; autrement, dit-il, il n'y aurait plus, ni peuple, ni jugement, ni loi, ni Etat : par ces solides maximes ce philosophe aura consenti à périr, plutôt que d'anéantir les jugements publics par sa résistance, et n'aura pas voulu s'échapper de la prison contre l'autorité de ces lois, de peur de tomber après cette vie, entre les mains des lois éternelles, lorsqu'elles prendront la défense des lois civiles leurs sœurs (car c'est ainsi qu'il parlait); et Jésus-Christ, qui rejette ceux dont la justice n'est pas au-dessus de celle des païens'', aura été moins juste et moins patient qu'un philosophe, et aura voulu montrer à ses disciples que la défense contre le public est légitime? Qui vit jamais un semblable attentat? et n'est-ce pas faire prêcher la révolte à Jésus-Christ même? mais qui ne voit manifestement que ce qu'il blâme en cette occasion, n'est pas seulement une résistance dans le temps où son Père voulait qu'il mourut, ce qui n'eût regardé que ses disciples à qui il avait api)ris ce secret de Dieu, mais en général une résistance qui le faisait mettre au rang des méchants et des scélérats ? en un mot, une résistance contre la puissance publique, contre laquelle un particulier, un sujet, qui était le personnage que Jésus-Christ voulait faire alors sur la terre, n'a i)oint de défense. C'est pourquoi il répond juridiquement au conseil de Jérusalem, comme nous l'avons déjà dit, et il demeure d'accord que la puissance de vie et de mort, dont Pilate le menaçait^, lui ve7iait d'en-haut comme étant légitime et ordonnée de Dieu, ainsi que son ApOtre le dit après lui" : et il ajoute que son royaume n'est pas de ce monde'', non plus que les ministres dont la force le pourrait défendre contre l'injustice des hommes : alin que ses disciples entendent qu'il veut bien en tout et partout se laisser traiter comme un sujet, et leur enseigner en même temps ce qu'ils doi-

1. Luc, XXII. 49,50; Matth., xxvi. 53; .tonn., xvm. U. — 2. Jur., idum. — 3. Plat. Criio. — 4. Matth., v. 20. — 5 Joan., XIX. 10, 11. —6 Rom., xiii. — 7. Joan., xvm. 3U.

LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSE

vent aux magistrats même injustes et persécuteurs. M. Jurieu ne rougit pas de nous alléguer cet exemple , et de mettre la défense de sa religion dans un attentat manifeste, dans un attentat déclaré tel par les prophètes qui l'ont prédit; que Jésus-Christ qui l'a vu a réprouvé, et qu'il a même réparc par un miracle, de peur qu'on ne pût jamais le lui imputer. Un tel exemple, qu'est-ce autre chose qu'une parfaite démonstration de la doctrine opposée à celle que le ministre voulait soutenir? et le tour qu'y donne M. Jurieu , une manifeste profanation des paroles de Jésus-Christ?

Second exempk. Les Machabées.

XXIV. Six circonstances de l'histoire des Mâchabces, qui font voir que leurs guerres e'taient légitimes et entreprises par une inspiration particulière. — Mais ce ministre se promet une victoire plus assurée de l'exemple des Machahées ou des Asmonéens; puisqu'il est certain qu'ils secouèrent le joug des rois de Syrie , qui les persécutaient pour leur religion. Il n'en faut pas davantage à notre ministre pour égaler la Réforme, et la nouvelle république des Pays-Bas, au nouveau royaume de Judée érigé par les Asmonéens'. Mais pour se désabuser de cette comparaison, il ne faut que lire l'histoire-, et bien comprendre l'état du peuple de Dieu.

Premièrement , il est constant qu'Antiochus et les autres rois de Syrie ne se proposaient rien de moins que d'exterminer les Juifs , en faire passer toute la jeunesse au fil de l'épée , vendre tout le reste aux étrangers , en même temps donner à ces étrangers la terre que Dieu avait promise aux patriarches pour toute leur postérité , détruire la nation avec la religion qu'elle professait, et en éteindre la mémoire, profaner le temple, y effacer le nom de Dieu, et y établir l'idole de Jupiter Olympien^. Voilà ce qu'on avait entrepris, et ce qu'on exécutait contre les Juifs, avec une violence qui n'avait point de bornes.

Secondement, il n'est pas moins assuré que la religion et toute l'ancienne alliance était attachée au sang d'Abraham , à ses enfants selon la chair, à la terre de Chanaan , que Dieu leur avait donnée pour y habiter, au lieu choisi de Dieu pour y établir son temple, au ministère lévitique et au sacerdoce attaché au sang de Lévi et d'Aaron , comme toute l'alliance en général l'était à celui d'Abraham : en sorte que sans tout cela , il n'y avait ni sacrifice, ni fôte , ni aucun exercice de la religion. C'est pourquoi le peuple hébreu , selon les anciennes prophéties, ne devait être tiré de cette terre que deux fois ; l'une sous Nabuchodonosor et dans la captivité de Babylone, par un ordre exprès de Dieu, que le prophète Jéréniie leur porta, et avec promesse d'y être rappelés bientôt après pour n'en être jamais chassés , selon que le môme Jérémie et les autres prophètes le leur promettaient". Telle est la première Iransportation du peuple de Dieu hors de sa terre. La seconde et la dernière, est celle qui devait leur arriver selon l'oracle de Daniel après avoir mis à mort l'Oint de Dieu et le Saint des saints 5; qui devait être perpétuelle , et emportait aussi avec

1 . Lelt. IX, p. 67. — 2. ir. Mach., ii, m. — 3. Idem , v , vi. — i. Jer.. XXI, XXV, XXVIII, xxix, xxx, xxxi, etc. — 5. Van., ix.

elle l'entière réprobation de l'alliance et de la religion judaïque.

Troisièmement, il était constant par là, que tant que l'ancienne alliance subsistait , il n'était non plus permis aux Juifs de se laisser transporter hors de leur terre , que de renoncer à tout le culte extérieur de leur religion ; et que consentir à la perte totale de la famille d'Abraham où celle d'Aaron était comprise , c'était consentir en même temps à l'extinction de la religion, de l'alliance cl du sacerdoce. D'où il s'ensuit manifestement.

En quatrième lieu , que lorsque Dieu ne leur donnait aucun ordre d'abandonner la terre promise, où il avait établi le siège de la religion et de l'alliance, ni ne leur montrait aucun moyen de conserver la race d'Abraham, que celui d'une résistance ouverte , comme il leur arriva manifestement dans cette cruelle persécution des rois de Syrie, c'était une nécessité absolue, et une suite indispensable de leur religion, de se défendre.

Et néanmoins, en cinquième lieu , ils n'en sont venus à ce dernier et fatal remède qu'une seule Tois , et après une déclaration manifeste de la volonté de Dieu. Car auparavant, en quelque oppression qu'on les tint dans le superbe et cruel empire de Babylone , ils y demeurèrent paisibles et soumis, offrant à Dieu des vœux continuels pour cet empire et pour ses rois, selon l'ordre qu'ils en avaient reçu de Dieu par la bouche de Jérémie , et de Baruch'. Quand ils virent paraître Cyrus, qui devait être leur libérateur, encore qu'il leur eût été non-seulement prédit, mais encore expressément nommé par leurs prophètes , ils ne se remuèrent pas en sa faveur, et attendirent en patience sa victoire, d'où dépendait leur délivrance : et quand Assuérus, un de ses successeurs, séduit par les artifices d'Aman , entreprit de détruire toute la nation , et de fermer par toute la terre la bouche de ceux qui louaient Dieu-, ils ne firent aucun effort pour lui résister; parce que Mardochée , un prophète et un homme manifestement inspiré de Dieu, leur faisait voir une espérance assurée de protection en la personne de la reine Esther; en sorte qu'il ne leur restait qu'à prier Dieu dans le sac et dans la cendre, qu'il conduisit les desseins de cette reine. Que si dans la suite, ils prirent les armes pour punir l'injustice de leurs ennemis, ce fut par un édit exprès du roi'; et Dieu leur permit ainsi pour montrer que les fidèles naturellement ne troublaient point les Etats, et n'y entreprenaient rien qu'avec l'ordre de la puissance souveraine. Ils seraient donc demeurés aussi humbles et aussi soumis à Antiochus, si Dieu leur avait donné une semblable espérance, et un moyen aussi naturel de (léchir le roi. Mais le temps était arrivé où il avait résolu de les sauver par d'autres voies , ainsi qu'il était marqué dans Daniel et Zacharie''. Alors donc il inspira Mathathias, qui, poussé du môme esprit que son ancêtre Phinéês, c'est-à-dire, manifestement de l'esprit de Dieu^; du même esprit dont Moïse avait été poussé à tuer l'Egyptien qui maltraitait les enfants d'Israël", selon qu'il est expliqué dans les actes '; du même esprit qui avait incité Aod

1. jL-rem., xxix. 7; Bar., i. 11, 12. — 2. Eslh., ni, iv, xiil, etc. — 3. Idi-^m, V. VI, VII , VIII. — 4. Ban., vu, vin, x, xi, xii; Zacli., XI, 7 et seq. — .5. /. Mach., il. 34, etc. — C. Exod,, ii, 12. — 7. Act., VII. S4, 25.

CINQUIÈME AVERTISSEMENT

à enfoncer un couteau dans le sein d'Eglon , roi de Moub ', et Jaliel, femme d'IIéijcr, àattirer Sisara dans sa maison |)our lui percer les tempes avec un clou'-; du même esprit dont Judilli était animée lorsciu'clle coupa la tète d'Holophernc'' : Mathathias donc, poussé de cet esprit, perça d'un coup de poij,'nard un Juif qui se présentait pour sacrilier aux idoles , et l'immola sur l'aulel où il allait sacrilier au dieu étranger'. Il enfonça le même poignard au sein de celui qui, par l'ordre d'Anliochus , contraignait le peuple à ces sacrilices impies , et il leva l'étendard de la liberté en disant : Quiconque a le zèle de la loi, qu'il me suive^. C'est donc ici manifestement une inspiration extraordinaire, telle que celles qu'on voit paraître si souvent dans l'Ecriture et ailleurs. Il n'y a que des impies qui puissent nier de semblables inspirations extraordinaires; et si les hypocrites ou les fanatiques s'en vantent à tort, il ne s'ensuit pas que les vrais prophètes et les hommes vraiment poussés par l'esprit de Dieu , se les attribuent vainement. Mathathias fut du nombre de ces hommes vraiment inspirés : il en soutint le caractère jusqu'à la mort, et il distribua entre ses enfants, les fonctions auxquelles Dieu les destinait, avec une prédiction manifeste des grands succès qui leur étaient préparés". La suite des événements justifia clairement que Mathathias était inspiré : car, outre qu'il parut des signes et des illuminations surprenantes et miraculeuses dans le ciel , on vit paraître dans les combats, des anges qui soutenaient le peuple de Dieu , et en foudroyant les ennemis, jetaient le désordre et la confusion dans leur armée''. Le prophète Jérémie apparut à Judas Machabée dans un songe digne de toute croyance , et lui mit en main l'épéo par laquelle il devait défaire les ennemis de son peuple , en lui disant : Recevez cette sainte épée et ce présent de Dieu , par lequel tous renverserez les ennemis de mon peuple d'Israël". Tant de victoires miraculeuses , qui suivirent cette céleste vision , firent bien voir qu'elle n'était pas vaine ; et la vengeance divine fut si éclatante sur Antiochus, que lui-même la reconnut, et fut contraint d'adorer, mais trop lard, la main de Dieu dans son supplice'. Que si nos réformés ne veulent pas reconnaître ces signes divins , à cause qu'ils sont tirés des livres des Machabées qu'ils ne reçoivent pas pour canoniques ; sans leur opposer ici l'autorité de l'Eglise, qui les a mis dans son canon il y a tant de siècles , je me contente de l'aveu de leurs auteurs qui respectent ces livres, comme contenant une histoire véritable et digne de tout respect, où Dieu a étalé magnifiquement la puissance de son bras et les conseils de sa providence, pour la conservation de son peuple élu. Que si M. Jurieu ou quelque autre aussi emporté que lui refusaient à des livres si anciens la vénération qui leur est due, il n'y aurait qu'à leur demander d'où ils ont donc pris l'histoire des Machabées qu'ils nous opposent'? Que s'ils sont contraints d'avouer que les livres que nous leur citons sont les véritables originaux d'où Josèphe et tous les Juifs ont tiré cette admirable

1. Judic, III. — 2. Idiim, iv, 17 et aeq: v, 21 el serj. —3. Judith., -viii , etc. — 4. /. Miich., II. 23, 24.— 5. Idem, 27 et seq. — C. Ibid., II. 49, B4 et seq. — 7. //. Miich., X. 2Ù, .TO. — 8. Idem, xv. U, 15. etc. — 9. /. Mach., vi ; //. Mach., IX, 12.

histoire , il faut ou la rejeter comme fabuleuse, ou la recevoir avec toutes les merveilleuses circonstances dont elle est revêtue. Et il ne faut point s'étonner que Josèphe en ait supprimé une partie, puisqu'on sait qu'il dissimulait ou qu'il déguisait les miracles les jilus certains, de peur d'épouvanter les gentils pour qui il écrivait. Si les protestants veulent se ranger parmi les infidèles, et refuser leur croyance aux miracles dont Dieu se servait pour déclarer sa volonté à son peuple , nous ne voulons pas les imiter; et nous soutenons avec l'histoire originale de la guerre des Machabées , qu'elle ne fut entreprise qu'avec une manifeste insi)iration de Dieu.

Enfin, en sixième lieu. Dieu, qui avait résolu d'accumuler tous les droils pour établir le nouveau royaume qu'il érigea en Judée sous les Machabées, fit concourir à ce dessein les rois de Syrie, qui accordèrent à Jonathas et à Simon , avec l'entier affranchissement de leur peuple, non -seulement toutes les marques, mais encore tous les effets de la souveraineté : ce qui fut aussi accepté et conllrmé par le commun consentement de tous les Juifs'.

XXV. Différence extrême des Machabées et des protestants dans l'état de la religion el dana celui des personnes. — Je veux bien accorder à M. Jurieu et aux Provinces-Unies, si elles veulent, qu'elles ont eu en quelque chose un succès pareil à ce nouveau royaume de Judée, puisqu'à la fin les rois d'Espagne, leurs souverains, ont consenti à leur alïranchissement. Bien plus , afin que les choses soient plus semblables, puisqu'en regardant ces provinces comme imitatrices du nouveau royaume de Judée, il faut aussi regarder les princes d'Orange comme les nouveaux Machabées qui ont érigé cet Etat, je n'empêche pas qu'on ne dise qu'à l'exemple des Asmonéens, ces princes se sont faits les souverains du peuple qu'ils ont alïranchi, et qu'ils peuvent s'en tlire les vrais rois, comme ils y ont déjà de gré ou de force l'autorité absolue. Si les Provinces-Unies donnent enfin leur consentement à celle souveraineté, il sera vrai que la fin des princes d'Orange sera à peu près semblable de ce côté-là à celle des Machabées : mais il y aura toujours une différence infinie dans les commencements des uns et des autres. Car, quelque dévoué qu'on soit à la maison d'Orange , on ne dira jamais sérieusement ni que le prince d'Orange, Guillaume I'"', ait été un homme manifestement inspiré, un Phinôès, un Mathathias, un Judas le Machabée, qui ne respirait que la piété; ni que la Hollande, dont il conduisait les troupes, fùl le seul peuple, où par une alliance particulière Dieu eût établi la religion et ses sacrements; ni que la religion qu'il soutenait fut la seule cause qui lui fit prendre les armes, puisque, sans parler de ses desseins ambitieux si I)ien marqués dans toutes les histoires , il cacha si longtemps lui-même sa religion, et donna tout autre prétexte à ses entreprises; ni que lui cl ses successeurs n'aient jamais rien attenté pour subjuguer ceux qui leur avaient confié la défense de leur liberté. Il faudrait donc laisser là l'exemple des Machabées; et pour ne plus parler ici de la vaine fiatlerie que le ministre Jurieu l'ait aux Pro-

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