I. /. Mach., c. XI, XII et seq
LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSÉ
vinces-Unies , je soutiens que l'aclion des Alacliabées el des Juifs qui les ont suivis, étant extraordinaire et venant d'un ordre spécial de Dieu dans un cas et un état particulier, ne peut être tirée à conséquence pour d'autres cas et d'autres Etats. En un mot , il n'y a rien de semblable entre les Juifs d'alors et nos réformés, ni dans l'état de la religion, ni dans l'état des personnes. Car, dans la religion chrétienne, il n'y a aucun lieu ni aucune race qu'on soit obligé de conserver à peine de laisser périr la religion et l'alliance. Au lieu de dire, comme pouvaient faire les Juifs ; il faut sauver notre vie pour sauver la religion; il faudrait dire au contraire, selon les maximes de Jésus-Christ : il faut mourir pour l'entendre : c'est par Ja mort et la corruption que ce grain se multiplie; et ce n'est pas le sang transmis à une longue postérité qui fait fructilier l'Evangile; mais c'est plutôt le sang répandu pour le confesser : ainsi la religion ne peut jamais être parmi nous en l'étal et dans la nécessité où elle était sous les Machabées. L'état des personnes est encore plus dissemblable que celui de la religion. Les Machabées voyaient toute leur nation attaquée ensemble , et prête à périr tout entière comme par un seul coup : mais nos réformés, loin de combattre pour toute la nation dont ils étaient, n'en faisaient que la plus petite partie, qui avait entrepris d'accabler l'autre et de lui faire la loi. Les Machabées et les Juifs qui les suivaient, loin de vouloir forcer leurs compatriotes à corriger la religion dans laquelle ils étaient nés , ne demandaient que de vivre dans le même culte où leurs pères les avaient élevés : mais nos rebelles condamnaient les siècles passés, et ne cherchaient qu'à détruire la religion où leurs pères étaient morts, quoiqu'eux-mèmes ils l'eussent sucée avec le lait. Les Machabées combattaient, afin qu'on leur laissât la possession du saint temple où leurs pères servaient Dieu ; nos rebelles renonçaient aux temples et aux autels de leurs pères, quoique ce fût le vrai Dieu qu'ils y adorassent ; ou s'ils les voulaient avoir, c'était en les enlevant à leurs anciens et légitimes possesseurs , et encore en y changeant tout le culte pour lequel la structure même de ces édiOces sacrés faisait voir qu'ils étaient bâtis : en quoi ils étaient semblables , non point aux Machabées défenseurs du temple, mais aux gentils qui en étaient les profanateurs; puisque si ceux-ci profanaient le temple en y mettant leurs idoles, nos réformés pour avoir occasion de profaner aussi les temples de leurs pères, faisaient semblant d'oublier qu'ils étaient dédiés au Dieu vivant; et autant qu'il était en eux, ils en faisaient des temples d'idoles, en appelant de ce nom les images érigées par nos pères pour honorer la mémoire des mystères de Jésus-Christ et celle de ses saints. Bien loin qu'on puisse dire que le ministère de la religion fût corrompu et interrompu par les Machabées , ils étaient eux-mêmes revêtus de l'ancien sacerdoce de la nation, où ils étaient élevés par la succession naturelle el selon les lois établies : nos rebelles disaient au contraire que sans égard à la succession, ni à ceux qu'elle mettait en possession du ministère sacré, il en fallait dresser un autre : ce qui était renoncer à la ligne du sacerdoce el à la suite de la religion, ou plutôt à la religion dans son fond, puisque la religion ne peut subsis-
ter sans cette suite. On voit bien, selon ces principes, qu'il y a pu avoir dans les Machabées, qui venaient dans la succession légitime et dans l'ordre établi de Dieu, un instinct particulier de son Saint- Esprit pour entreprendre quelque chose d'extraordinaire; mais au contraire l'esprit dont étaient agites ceux qui menaient nos réformés au combat el en commandaient les armées, étant entièrement détaché de l'ordre établi de Dieu et de la succession du sacerdoce, ne pouvait être qu'un esprit de rébellion et de schisme. Aussi l'esprit de Dieu parait-il si peu dans les capitaines de la Réforme, que loin d'oser dire qu'ils fussent des hommes pleins de Dieu , comme étaient un Mathathias et ses enfants, M. Jurieu n'a osé dire que ce fussent de vrais gens de bien selon les règles de l'Evangile, ni autre chose tout au plus selon lui-même , que des héros à la manière du monde : de sorte que ce serait se jouer manifestement de la foi publique , de reconnaître ici la moindre apparence d'un instinct divin et prophétique. Aussi n'y en avait-il ni marque ni nécessité; ni, en un mot, rien de semblable entre les Machabées el les protestants, que le simple extérieur d'avoir pris les armes.
XXVL Exemples du respect de l'ancien peuple envers les rois impies et persécuteurs ; el que ce sont là les seuls exemples que l'Eglise s'est propose's, comme ceux qui établissaient la conduite ordinaire. — C'est pourquoi nous ne voyons pas que l'Eglise, persécutée par les princes infidèles ou hérétiques, se soit jamais avisée de l'exemple des Machabées pour s'animer à la résistance. Il était trop clair que cet exemple était extraordinaire , dans un cas et dans un étal tout particulier, manifestement divin dans ses effets et dans ses causes; en sorte que , pour s'en servir, il fallait pouvoir dire et justifier qu'on était manifestement et particulièrement inspiré de Dieu. Mais pour connaître la vraie tradition de l'ancien peuple, qui devait servir de fondement à celle du nouveau, il ne fallait que considérer sa pratique continuelle dès son origine : car à commencer par le temps de sa servitude en Egypte , il est certain qu'il n'employa pour s'en délivrer que ses gémissements et ses prières'. Que si Dieu employa des voies plus fortes, ce furent tout autant de coups de sa main toute-puissante et de son bras étendu, comme parle l'Écriture, sans que ni le peuple, ni Mo'ise qui le conduisait, songeassent jamais ni à se défendre par la force , ni à s'échapper de l'Egypte d'eux-mêmes ou à main armée; en sorte que Dieu les laissa dans l'obéissance dés rois qui les avaient reçus dans leur royaume, se réservant de les délivrer par un coup de sa souveraine puissance. Nous aurons lieu dans la suite d'examiner leur conduite sous leurs rois, et les droits de la monarchie que Dieu avait établie parmi eux. Mais on peut voir, en attendant, quelle obéissance eux et leurs prophètes crurent toujours devoir à ces rois; puisque sous des rois impies, tels qu'étaient un Achab, un Achaz, un Manassès, quoiqu'ils fissent mourir les prophètes, et qu'ils contraignissent le peuple à un culte impie, en sorte que les fidèles étaient contraints de se cacher; pendant que toutes les villes et Jérusalem elle-même regorgeaient de sang innocent , comme il arriva sous