Jur., Lett. XTi et xvii. — 2. Jur.^ idem
- 3. Dan., ix.
CINQUIÈME AVERTISSEMENT
donneront Ip royaume à llérode, sous qui sans doule on ne songeait pas que la souveraine puissance résidât dans le pcu[)le. Quand les Romains la reprirent sous les césars, le peuple ne songeait non jilus qu'il lui restât le moindre pouvoir pour se gouverner, loin de l'avoir sur ses maîtres, et c'est cet état de souveraineté si indépendante sous les césars, que Jésus-Christ autorise , lorsqu'il dit : Rendez à César ce qui est à César.
Il n'y a donc rien de plus constant que ces monarchies où l'on ne peut imaginer que le peuple ait aucun pouvoir, loin d'avoir le pouvoir suprême sur ses rois. Je ne prétends pas disputer qu'il n'y en puisse avoir d'une autre forme , ni examiner si celle-ci est la meilleure en elle-même; au contraire sans me perdre ici dans de vaines spéculations , je respecte dans chaque peuple le gouvernement que l'usage y a consacré, et que l'expérience a fait trouver le meilleur. Ainsi je n'empêche pas que plusieurs peuples n'aient excepté, ou pu excepter contre le droit commun de la royauté, ou si l'on veut imaginer la royauté d'une autre sorte, et la tempérer plus ou moins, suivant le génie des nations et les diverses constitutions des Etats. Quoi qu'il en soit, il est démontré que ces exceptions ou limitations du pouvoir des rois, loin d'être le droit commun des monarchies , ne sont pas seulement connues dans celle du peuple de Dieu. Mais celle-ci n'ayant rien eu de particulier, puisqu'au contraire on la voit établie sur la forme de toutes les autres ou de la plupart, la démonstration passe plus loin, et remonte jusqu'aux monarchies les plus anciennes et les plus célèbres de l'univers ; de sorte qu'on peut conclure que toutes ces monarchies n'ont pas seulement connu ce prétendu pouvoir du peuple , et qu'on ne le connaissait pas dans les empires que Dieu môme et Jésus-Christ ont autorisés.
Principes de la politique de M. Jitrieu, et leur absurdité.
XLIX. Définition du peuple que le ministre fait souverain : qu'il met la souterainelé dans l'anarchie. — J'ai vengé le droit des rois cl de toutes les puissances souveraines; car elles sont toutes également attaquées, s'il est vrai, comme on le prétend, que le peuple domine partout , et que l'état populaire , qui est le pire de tous , soit le fond de tous les Etats. J'ai répondu aux autorités de l'Ecriture qu'on leur oppose. Celles-là sont considérables; et toutes les fois que Dieu parle, ou qu'on objecte ses décrets, il faut répondre. Pour les frivoles raisonnements dont se servent les spéculatifs pour régler le droit des puissances qui gouvernent l'univers , leur propre majesté les en défend; et il n'y aurait qu'à mépriser ces vains politiques, qui, sans connaissance du monde ou des affaires publiques, pensent pouvoir assujélir les trônes des rois aux lois qu'ils dressent parmi leurs livres, ou qu'ils dictent dans leurs écoles. Je laisserais donc volontiers discourir M. Jurieu sur les droits du peuple; et je n'empêcherais pas qu'il ne se rendit l'arbitre des rois, à même titre qu'il est prophète : mais afin que le monde , qui est étonné de son audace , soit convaincu de son ignorance, je veux bien , en Unissant cet Avertissement, parmi les absurdités inlinies
de ses vains discours, en relever quatre ou cinq des plus grossières.
Dans le dessein qu'avait M. Jurieu de faire l'apologie de ce qui se passe en Angleterre, il paraissait naturel d'examiner la constitution particulière de ce royaume; et s'il s'était tourné de ce côté-là, j'aurais laissé à d'autres le soin de le réfuter. Car je déclare encore une fois que les lois particulières des Etats, non plus que les faits personnels, ne sont pas l'objet que je me propose. Mais ce ministre a pris un autre tour; et soit que l'Angleterre seule lui ait paru un sujet digne de ses soins, ou qu'il ait trouvé plus aisé de parler en l'air du droit des peuples, que de rechercher les histoires qui feraient connailre la constitution de celui dont il entreprend la défense, il a bâti une politique également propre à soulever tous les Etats'. En voici l'abrégé : « Le " peuple fait les souverains et donne la souverai- » noté : donc le peuple possède la souveraineté , et » la possède dans un degré plus éminent; car celui » qui communique, doit posséder ce qu'il commu- » nique d'une manière plus parfaite : et quoiqu'un » peuple qui a fait «n souverain ne puisse plus i> exercer la souveraineté par lui-même, c'est pour- » tant la souveraineté du peuple qui est exercée par » le souverain ; et l'exercice de la souveraineté qui » se fait par un seul , n'empêche pas que la souve- » raineté ne soit dans le peuple comme dans sa » source, et même comme dans son premier sujet, u Voilà les principes qu'il pose dans la XVP lettre; et il en conclut, dans les deux suivantes, que le peuple peut exercer sa souveraineté en certains cas, même sur les souverains, les juger, leur faire la guerre, les priver de leurs couronnes, changer l'ordre de la succession, et môme la forme du gouvernement.
Ce qui d'abord se fait sentir dans ce discours, ce sont les contradictions dont il est plein. Le peuple, dit-on, donne la souveraineté : donc il la possède. Ce serait plutôt le contraire qu'il faudrait conclure; puisque si le peuple l'a cédée, il ne l'a plus ; ou en tout cas, pour parler avec M. Jurieu, il ne l'a que dans le souverain qu'il a créé. C'est ce que le ministre vient d'avouer en disant, qu'un peuple qui a fait un souverain ne peut plus exercer la souverai7ielé jJar lui-même, et que sa souveraineté est exercée par le souverain qu'il a fait.
Il n'en faut pas davantage pour renverser tout le système du ministre. Car tout ce où il veut venir par ses principes, c'est que le peuple peut faire la loi à son souverain en certains cas, jusqu'à lui déclarer la guerre, le priver, comme on l'a dit, de sa couronne, changer la succession et môme le gouvernement. Or tout cela est contre la suiqjosition que le ministre vient de faire. Car sans doute ce ne sera pas pur le souverain que le peuple fera la guerre au souverain même et lui ôtera sa couronne; ce sera donc par lui-môme que le peuple exercera ces actes de souveraineté, encore qu'on ait supposé qu'il n'en peut exercer aucun.
Mais, sans encore examiner les conséquences du système, allons à la source , et prenons la politique du ministre par l'endroit le plus spécieux. Il s'est imaginé que le peuple est naturellement souverain ; ou, pour parler comme lui , qu'il possède naturel-