L:tt. }i\i,p. V2l
rellement la charge de régent. Lorsqu'Ozias, frappé de la lèpre par un coup manifeste de la main de Dieu, prit la fuite tout hors de lui-même; on enlendit bien que la volonté de Dieu était qu'on le séquestrai selon la loi de la société du peuple; el Joalhan son fils aîné, qui était en état de lui succéder s'il fût mort, prit en main le gouvernement du royaume. On conserva le nom de roi au père : le fils gouverna sous son autorité; et on n'eut pas besoin d'avoir recours à cette chimérique souveraineté dont on veut flatter tous les peuples.
LVIII. Selon M. Jurieu, on ne sait ce que c'est que le peuple : confusion de sa politique , qui retombe dans ce quelle a voulu éviter. — ilais après tout où veut-on aller par cet empire du peuple? Ce peuple, à qui on donne un droit souverain sur ses rois, en a-t-il moins sur toutes les autres puissances? Si, parce qu'il a fait toutes les formes de gouvernement, il en est le maître; il est le maître de toutes, puisqu'il les a toutes faites également. M. Jurieu prétend par exemple que la puissance souveraine est partagée en Angleterre entre les rois el les parlements, à cause que le peuple l'a voulu ainsi. Mais si le peuple croit être mieux gouverné dans une autre forme de gouvernement , il ne tiendra qu'à lui de l'établir; et il n'aura pas moins de pouvoir sur le parlement, qu'on veut lui en attribuer sur le roi. Il ne sert de rien de répondre que le parlement c'est le peuple lui-même. Car les évèques ne sont pas le peuple, les pairs ne sont pas le peuple, une chambre-haule n'est pas le peuple : si le peuple est persuadé que tout cela n'est qu'un soutien de la tyrannie , et que les pairs en sont les fauteurs, on abolira tout cela. Cromwel aura eu raison de réduire tout aux Communes, elde réduire les Communes mêmes à une nouvelle forme. On établira si l'on veut une république, si l'on veut l'état populaire, comme on en a eu le dessein , el que tant de gens l'ont peut-être encore. Si les provinces ne conviennent pas de la forme du gouvernement , chaque province s'en fera un comme elle voudra. Il n'est pas de droit naturel que toute l'Angleterre fasse un même corps. L'Ecosse, dans la même île, fait bien encore un royaume à part. L'Angleterre a été autrefois partagée entre cinq ou six rois : si on en a pu faire plusieurs monarchies, on en pourrait faire aussi bien plusieurs républiques, si le parti qui l'entreprendrait était le plus fort ; le peuple , qui est le vrai souverain , l'aurait voulu. Mais le sage Jurieu, qui a établi l'empire du peuple, a prévu cet inconvénient, el a bien voulu remarquer que le peuple peut abuser de son pouvoir. Je l'avoue : il l'a dit ainsi. Il semble même donner des bornes à la puissance du peuple, « qui, dil-il', ne » doit jamais résister à la volonté du souverain, » que quand elle va directement et pleinement à la » ruine de la société. » Mais qui ne voit que de tout cela c'est encore le peuple qui en est le juge, c'est, dis-je, au peuple à juger quand le peuple abuse de son pouvoir. Le peuple , dit ce nouveau politique , est cette puissance qui seule n'a pas besoin d'avoir raison pour valider ses actes"^. Qui donc dira au peuple qu'il n'a pas raison? Personne n'a rien à lui dire; ou bien il en faut venir, pour le bien du peuple , à établir des puissances contre lesquelles le