‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 506 sur 545 · Lett. XVMI, )), 140. — 2. Lett. xxi.p · texte numérisé non relu

Lett. XVMI, )), 140. — 2. Lett. xxi.p

souverains ou dans les cours de justice, mais qu'elle n'est en sa perfection que dans le peuple; et encore, non pas dans un peuple séditieux, mais comme il l'a défini , dans une assemblée où il fait un ACia juridique et légitime, ne voit-il pas que la question revient toujours? Car qu'est-ce qu'une assemblée, et qu'est-ce qu'un acte juridique? L'acte qu'on passa sous Cromwel pour supprimer l'épiscopat et la chambre haute, et atlrilnier aux Communes la suprême autorité de la nation, jusqu'à celle de juger le roi , n'était-ce pas l'acte d'une assemblée qui prétendait représenter tout le peuple et en exercer le droit? Car qu'est-ce enfin que le peuple selon M. Jurieu , si ce n'est le plus grand nombre? Et si c'est le petit nombre, qui peut lui donner sou droit si ce n'est le grand? L'a-t-il par la loi de Dieu ou par la nature? et s'il l'a par l'institution et la volonté du peuple , le même peuple qui l'a donné ne peut-il pas l'ôter ou le diminuer comme il lui plait? Et quelles bornes M. Jurieu pourra-t-il donner à sa souveraine puissance? Sera-ce les lois du pays et les coutumes déjà établies? Comme si M. Jurieu ne les fondait pas sur l'autorité du peuple, ou que le peuple n'en fût pas autant le maître sous Cromwel, qu'il l'est à présent, et autant cette puissance suprême qui n'a pas besoin d'avoir raison pour rendre ses actes valides et exécutoires de droit. Dira-t-il enfin que Cromwel agissait par la force, et avait les armées en sa main? Quand donc on a une armée, l'acte n'est pas légitime; ou bien est-ce peut-être qu'une armée de citoyens, telle qu'était celle de Cromwel, annule les actes, et qu'une armée d'étrangers rend tout légitime? Avouons que M. Jurieu nous parle d'un peuple qu'il ne saurait définir; et cela, qu'est-ce autre chose que ce peuple sans loi et sans règle , dont il a été parlé au commencement de ce discours?

LX. Les flatteurs des peuples sont les flatteurs des tyrans, et établissent la tyraimie : exemple de nos jours. — M. Jurieu ne rougit pas de fiatter un tel peuple, et il appelle ses adversaires les flatteurs des rois. Mais puisqu'il trouve plus beau d'être le flatteur du peuple, il doit songer que les gens d'un caractère si bas , sous prétexte de flatter les peuples, sont en effet des flatteurs, des usurpateurs et des tyrans. Car en parcourant toutes les histoires des usurpateurs , on les verra presque toujours flatteurs des peuples. C'est toujours ou leur liberté qu'on veut leur rendre, ou leurs biens qu'on veut leur assurer, ou leur religion qu'on veut rétablir. Le peuple se laisse flatter et reçoit le joug. C'est à quoi aboutit la souveraine puissance dont on le lîatte; et il se trouve que ceux qui flattaient le peuple , sont en elTet les suppôts de la tyrannie. C'est ainsi que les Etats libres se font des monarques absolus, et deviennent insensiblement, mais que dis-je? ils deviennent manifestement l'annexe d'une monarchie étrangère. C'est ainsi que les Elats monarchitiucs se font des maîtres plus absolus que ceux qu'on leur fait quitter, sous prétexte de les afl'rancliir. Les lois qui servaient de rempart à la liberté publique s'abolissent, et le prétexte d'afTermir une domination naissante rend tout plausible. Deux peuples se lient l'un l'autre, et concourent ensemble à rendre invincible la p-uissance qui les

LE FONDEMENT DES EMPIRES RENVERSÉ

tient tous également sous sa main : on a fait cet ouvrage en les llattant.

LXI. L'Eglise anglicane convaincue par le ministre Jurieu d'avoir changé les maximes de sa religion. — On a fait beaucoup davantage , et on a changé les maximes de la religion. M. Jurieu en convient; et pour défendre la convention, il attaque directement l'Eglise anglicane. « C'est, dit-il', ici » un endroit à faire sentir à l'Eglise anglicane com- )) bien les principes qu'elle a voulu établir depuis le » retour du roi Charles II , sont incompatibles avec » la droite raison et avec la liberté de l'Angleterre. » C'est donc l'Eglise anglicane qu'il prend à partie directement, et il va lui découvrir ses variations. Il commence par la flatterie; car c'est en la caressant qu'on veut lui faire avaler le poison d'une nouvelle doctrine. « La mort de Charles l^', conti- » nue notre ministre , leur a fait horreur ; et ils ont » eu raison en cela. Ils ont cherché une théologie » et une jurisprudence qui put prévenir de sem- » blables attentats; en quoi ils n'ont pas eu tort. >) Ils ont reconnu que les ennemis des rois d'Angle- » terre étaient aussi les leurs; car les fanatiques et » les indépendants n'en veulent pas moins à l'E- » glise anglicane qu'à la royauté. Ils ont cherché » les moyens de mettre à couvert l'Eglise angli- » cane : on ne saurait les blâmer là dedans. lisent » voulu mettre la souveraine autorité des rois et » leur propre conservation sous un même asile : » c'est la souveraine indépendance des rois , ensei- » gnant que , sous quelque prétexte que ce soit , » soit de religion , soit de conservation de lois ou » de privilèges , il n'est jamais permis de résister » aux princes , et d'opposer la force à la violence. » ■Voilà donc les maximes qu'avait établies l'Eglise anglicane, de l'aveu de M. Jurieu; des maximes directement opposées à celles qu'on a suivies dans la convention, directement opposées à celles que M. Jurieu a établies pour la défendre. Voici maintenant la décision de ce ministre : « Ils ne se sont » pas aperçus » (les évêques et les universités qui ont établi par taut d'actes la maxime de la souveraine indépendance des rois , si contraire aux maximes de la convention et de M. Jurieu qui la défend), « ils ne se sont pas aperçus premièrement , que » cela ne pouvait leur servir de rien; secondement, » qu'ils se mettaient dans un étal de contradiction , » et renversaient toutes les lois de l'Angleterre. » C'est à quoi en voulait venir ce ministre, avec tout ce beau semblant et cet air flatteur : Ils ont eu raison , ils n'ont pas eu tort, on ne saurait les blâmer. Que veul-il conclure par là? Que ces docteurs, qu'il faisait semblant de vouloir louer, se sont mis dans un état de contradiction, et ont renversé toutes les lois de leur pays.

Mais après tout, que veulent dire ces fades louanges qu'il donne à l'Eglise anglicane : « Elle » n'a pas eu tort, elle a eu raison, on no saurait » la blâmer d'avoir cherché les moyens do se mettre » à couvert des fanatiques, qui n'étaient pas moins » ses ennemis que ceux de la royauté, et de mettre » sous un même asile la souveraine autorité des » rois et sa propre conservation? » Que veulent dire, encore un coup, tous ces beaux discours, si ce n'est que les décisions de l'Eglise anglicane n'é-

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