‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 51 sur 545 · Cat. Rom.f part. III, tit. De cuU\i et invoc. Sanct · texte numérisé non relu

Cat. Rom.f part. III, tit. De cuU\i et invoc. Sanct

le secours de Dieu, et celle dont on implore le secours des saints ; « car, dit-il', nous prions Dieu , » ou de nous donner les biens, ou de nous délivrer » des maux : mais parce que les saints lui sont » plus agréables que nous, nous leur demandons » qu'ils prennent notre défense, et qu'ils obtiennent » pour nous les choses dont nous avons besoin. De » là vient que nous usons de deux formes de prier » fort dilTérentes ; puisqu'au lieu qu'en parlant à » Dieu, la manière propre est de dire : Avez pitié B DE NOUS, ÉcouTEZ-Nous ; uous uous contcnlons de » dire aux sainls : Priez tour nous. » Par où nous devons entendre, qu'en quelques ternies que soient conçues les prières que nous adressons aux saints, l'intention de l'Eglise et de ses fidèles les réduit toujours à cette forme , ainsi que ce Catéchisme le confirme dans la suite^.

Mais il est bon de considérer les paroles du concile même , qui , youlanl prescrire aux évoques comme ils doivent parler de l'invocation des saints, les oblige d'enseigner que « les saints qui régnent «avec Jésus-Christ, olïrent à Dieu leurs prières » pour les hommes; qu'il est bon et utile de les in- » voquer d'une manière suppliante, et de recourir » à leur aide et à leur secours , pour impétrer de )i Dieu ses bienfaits, par son Fils Notre Seigneur » Jésus- Christ, qui seul est notre Sauveur et notre » Rédempteur'. » Ensuite le concile condamne ceux qui enseignent une doctrine contraire. On voit donc qu'invoquer les saints , suivant la pensée de ce concile, c'est recourir à leurs prières , pour obtenir les bienfaits de Dieu par Jésus-Christ. En effet, nous n'obtenons que par Jésus-Christ et en son nom, ce que nous obtenons par l'entremise des saints; puisque les saints eux-mêmes ne prient que par Jésus-Christ, et ne sont exaucés qu'en son nom. Telle est la foi de l'Eglise, que le concile de Trente a clairement expliquée en peu de paroles. Après quoi nous ne concevons pas qu'on puisse nous objecter que nous nous éloignons de Jésus-Christ, quand nous prions ses membres, qui sont aussi les nôtres, ses enfants qui sont nos frères, et ses saints qui sont nos prémices , de prier avec nous et pour nous notre commun Maître, au nom de noire commun Médiateur.

Le même concile explique clairement et en peu de mots , quel est l'esprit de l'Eglise , lorsqu'elle oITre à Dieu le saint sacrifice pour honorer la mémoire des sainls. Cet honneur, que nous leur rendons dans l'aclion du sacrifice , consisle à les nommer comme de fidèles serviteurs de Dieu , dans les prières que nous lui faisons, à lui rendre grâces des victoires qu'ils ont remportées, et à le prier humblement qu'il se laisse fiéchir en noire faveur par leurs intercessions. Saint Augustin avait dit, il y a déjà douze cents ans, qu'il ne fallait pas croire qu'on olïrlt le sacrifice aux sainls martyrs ', encore que, selon l'usage pratiqué dès ce temps-là par l'Eglise universelle', on olïrit ce sacrifice sur leurs sainls corps, et à leurs mémoires , c'esl-à-dire , devant les lieux où se conservaient leurs précieuses reliques. Ce même Père avait ajouté qu'on faisait mémoire des martyrs à la sainte table, dans la celé-

1. Part. IV, tit. Qui orandus sil.— 2. Part. IV, lit. Quis oramlus sit. — 3. Sess. xxv, dec. de invoc, etc. — 1. De Civil. Dei, lib. vm, cap. xxvii ; lom. vu, col. 217 et seq.

DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE

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bralion ilu sacrilice , non afin de prier pour eux, comme on fait pour les autres morts , mais plutôt afin qu'ils priassent pour nous'. Je rapporte le senliaieiU de ce saint évêque, parce que le concile de Trente se sert presque de ses mêmes paroles, pour enseigner aux fldèles que « l'Eglise n'offre » pas aux saints le sacrilice, mais qu'elle l'offre ;ï » Dieu seul, qui les a couronnés; qu'aussi le prè- » tre ne s'adresse pas à saint Pierre ou à saint Paul » pour leur dire : Je vous offre ce sacrifice; mais » que, rendant grâces à Dieu de leurs victoires, il » demande leur assistance, afin que ceux dont nous » faisons mémoire sur la terre, daignent prier pour » nous dans le ciel^. » C'est ainsi que nous honorons les saints, pour obtenir par leur entremise les grâces de Dieu : et la principale de ces gn'ices, que nous espérons obtenir, est celle de les imiter; à quoi nous sommes excités par la considération de leurs exemples admirables , et par l'honneur que nous rendons devant Dieu à leur mémoire bienheureuse.

Ceux qui considéreront la doctrine que nous avons proposée , seront obligés de nous avouer, que, comme nous n'otons à Dieu aucune des perfections qui sont propres à son essence infinie, nous n'attribuons aux créatures aucune de ces qualités, ou de ces opérations qui ne peuvent convenir qu'à Dieu; ce qui nous distingue si fort des idolâtres, qu'on ne peut comprendre pourquoi on nous en donne le titre.

Et quand messieurs de la religion prétendue réformée nous objectent qu'en adressant les prières aux saints, et en les honorant comme présents par toute la terre , nous leur attribuons une espèce d'immensité , ou du moins la connaissance du secret des cœurs, qu'il parait néanmoins que Dieu se réserve, par tant de témoignages de l'Ecriture, ils ne considèrent pas assez notre doctrine. Car enfin , sans examiner quel fondement on peut avoir d'attribuer aux saints, jusqu'à certain degré, la connaissance des choses qui se passent parmi nous, ou même de nos secrètes pensées; il est manifeste que ce n'est point élever la créature au-dessus de sa condition, que de dire qu'elle a quelque connaissance de ces choses par la lumière que Dieu lui en communique. L'exemple des prophètes le justifie clairement. Dieu n'ayant pas même dédaigné de leur découvrir les choses futures, quoiqu'elles semblent bien plus particulièrement réservées à sa connaissance.

Au reste, jamais aucun catholique n'a pensé que les saints connussent par eux-mêmes nos besoins, ni même les désirs pour lesquels nous leur faisons de secrètes prières. L'Eglise se contente d'enseigner, avec toute l'antiquité , que ces prières sont trèsprofitables à ceux qui les font, soit que les saints les apprennent par le ministère et le commerce des anges, qui, suivant le témoignage de l'Ecriture, savent ce qui se passe parmi nous, étant établis par ordre de Dieu esprits administrateurs, pour concourir à l'œuvre de notre salut; soit que Dieu même leur fasse connaître nos désirs par une révélation particulière; soit enfin qu'il leur en découvre

1. Tract. Lxxxiv in Joan. n. i; tom. niy part, ii, col. 709. Scrm. xYiideverb. Apost. iiuncscrm. clix; tom. VyCol. 765. — î. Conc. Trid., Sess. xxil, c. 3.

le secret dans son essence infinie , où toute vérité est comprise. Ainsi l'Eglise n'a rien décidé sur les dilTérents moyens dont il plait à Dieu de se servir pour cela.

Mais quels que soient ces moyens, toujours est-il véritable qu'elle n'attribue à la créature aucune des perfections divines, comme faisaient les idolâtres; puisqu'elle ne permet de reconnaître, dans les plus grands saints, aucun degré d'excellence qui ne vienne de Dieu , ni aucune considération devant ses yeux que par leurs vertus, ni aucune vertu qui ne soit un don de sa grâce, ni aucune connaissance des choses humaines que celle qu'il leur communique, ni aucun pouvoir de nous assister que par leurs prières , ni enfin aucune félicité que par une soumission et une conformité parfaite à la volonté divine.

Il est donc vrai qu'en examinant les sentiments intérieurs que nous avons des saints, on ne trouvera pas que nous les élevions au-dessus de la condition des créatures; et de là on doit juger de quelle nature est l'honneur que nous leur rendons au dehors, le culte extérieur étant établi pour témoigner les sentiments intérieurs de l'âme.

Mais comme cet honneur que l'Eglise rend aux saints, paraît principalement devant leurs images et devant leurs saintes reliques, il est à propos d'expliquer ce qu'elle en croit.

\. Les images et les reliques. — Pour les images, le concile de Trente défend expressément d'y croire aucune divinité ou vertu pour laciuelle on les doive révérer, de leur demander aucune grâce , et d'y attacher sa confiance; et veut que tout l'honneur se rapporte aux originaux qu'elles représentent*.

Toutes ces paroles du concile sont autant de caractères qui servent à nous faire distinguer des idolâtres; puisque, bien loin de croire comme eux que quelque divinité habite dans les images, nous ne leur attribuons aucune vertu , que celle d'exciter en nous le souvenir des originaux.

C'est sur cela qu'est fondé l'honneur qu'on rend aux images. On ne peut nier, par exemple , que celle de Jésus-Christ crucifié , lorsque nous la regardons, n'excite plus vivement en nous le souvenir de celui qui 7ious a aimés jusqu'à se livrer pour nous à la mort-. Tant que l'image présente à nos yeux fait durer un si précieux souvenir dans notre âme, nous sommes portés à témoigner, par quelques marques extérieures, jusques où va notre reconnaissance; et nous faisons voir, en nous humiliant en présence de l'image, quelle est notre soumission pour son divin original. Ainsi, à parler précisément, et selon le style ecclésiastique, quand nous rendons honneur à l'image d'un apôtre ou d'un martyr, notre intention n'est pas tant d'honorer l'image, que d'honorer l'apôtre ou lemarlyr en présence de l'image. C'est ainsi que parle le Pontifical romain'; et le concile de Trente exprime la même chose, lorsqu'il dit\ « que l'honneur que » nous rendons aux images , se rapporte tellement » aux originaux , que par le moyen des images que » nous baisons, et devant lesquelles nous nous » mettons à genoux, nous adorons Jésus-Christ, et

1. Conc. Trid.. Sess. xxv, decr. de invoc, etc. — 2. Gai., n. 20. — 3. Pont. Eom., de ben. imag. — 4. Sess. xxv, decr. de invoc, etc.

EXPOSITION DK I.A DOCTRINE

» honorons les saints, donl elles sont la resseiii- » lilance. »

Enlin , on peut connaître en quel esprit l'Eglise honore les images , par l'honneur qu'elle rend à la croix et au livre de l'Evangile. Tout le monde voit bien que devant la croix elle adore celui qui a porté nos crimes sur le bois' ; el que si ses enfants inclinent la tiHo devant le livre de l'Evangile, s'ils se lèvent par honneur (piand on le porte devant eux, et s'ils le baisent avec respect, tout cet honneur se termine à la vérité éternelle qui nous y est proposée.

Il faut ôlre peu équitable, pour appeler idolAlrie ce mouvement religieux qui nous fait découvrir et baisser la léle devant l'image de la croix, en mémoire de celui qui a été crucilié pour l'amour de nous; et ce serait être trop aveugle que de ne pas ajiercevoir l'extrême différence qu'il y a entre ceux qui se conliaient aux idoles, par l'opinion qu'ils avaient que quelque divhiilé ou quelque vertu y était, pour ainsi dire, attachée; el ceux qui déclarent, comme nous, qu'ils ne se veulent servir des images que pour élever leur esprit au ciel, afin d'y honorer Jésus-Christ ou les saints, et dans les saints Dieu même, qui est l'auteur de toute sanctification et de toute grâce.

On doit entendre de la môme sorte, l'honneur que nous rendons aux reliques , à l'exemple des premiers siècles de l'Eglise; et si nos adversaires considéraient que nous regardons les corps des saints comme ayant été les victimes de Dieu par le martyre ou parla pénitence, ils ne croiraient pas que l'honneur que nous leur rendons, par ce motif, pût nous détacher de celui que nous rendons à Dieu même.

Nous pouvons dire, en général, que s'ils voulaient bien comprendre de quelle sorte l'affection que nous avons pour quelqu'un, s'étend, sans se diviser, à ses enfants, à ses amis, et ensuite par divers degrés à ce qui le représente, à ce qui reste de lui, à tout ce qui en renouvelle la mémoire; s'ils concevaient que l'honneur a un semblable progrès, puisque l'honneur, en effet, n'est autre chose qu'un amour mêlé de crainte et de respect; enfin, s'ils considéraient que tout le culte extérieur de l'Église catholique a sa source en Dieu même, et qu'il y retourne, ils ne croiraient jamais rpie ce culte, que lui seul anime, put exciter sa jalousie : ils verraient, au contraire, que si Dieu, tout jaloux qu'il est de l'amour des hommes, ne nous regarde pas comme si nous nous partagions entre lui et la créature, quand nous aimons notre prochain pour l'amour de lui; ce même Dieu, quoique jaloux du respect des fidèles, ne les regarde i)as comme s'ils partageaient le culte qu'ils ne doivent qu'à lui seul, quand ils honorent, par le respect ([u'ils ont pour lui , ceux qu'il a honorés lui-même.

n est vrai néanmoins que, comme les marques sensibles de révérence ne sont pas toutes absolument nécessaires, l'Eglise, sans rien altérer dans la doctrine, a pu étendre plus ou moins ces pratiques extérieures, suivant la diversité des temps, des lieux et des occurrences, ne désirant pas que ses enfants soient servilement assujétis aux choses visibles, mais seulement qu'ils soient excités, et comme avertis par leur moyen de se tourner à

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