Pcir., II
Dieu, pour lui offrir en esprit cl en vérité, le service raisonnable qu'il attend de ses créatures.
On peut voir, par celte doctrine, avec combien de vérité j'ai dit qu'une grande partie de nos controverses s'évanouirait par la seule intelligence des termes, si on traitait ces matières avec charité : cl si nos adversaires considéraient paisiblement les explications précédentes, f]ui com|H'ennent la doctrine expresse du concile de Trente , ils cesseraient de nous objecter que nous blessons la médialion de Jésus-Christ, cl que nous invoquons les saints, ou que nous adorons les images d'une manière qui n'est jiropre qu'à Dieu. Il est vrai rpie comme, en un certain sens, l'adoration, l'invocation, et le nom de médiateur ne convient qu'à Dieu et à Jésus-Christ, il est aisé d'abuser de ces termes, pour rendre notre doctrine odieuse. Mais si on les réduit de bonne foi au sens que nous leur avons donné, ces objections perdront toute leur force; et s'il reste à messieurs de la religion prétendue réformée quelques autres difficultés moins importantes, la sincérité les obligera d'avouer qu'ils sont satisfaits sur le principal sujet de leurs plaintes.
Au reste, il n'y a rien de plus injuste, que d'objecter à l'Eglise ([u'elle l'ail consister toute la piété dans cette dévotion aux saints; puisque, comme nous l'avons déjà remarqué, le concile de Trente se contente d'enseigner aux lidèles que cette pratique leur est bonne et, utile', sans rien dire davantage. Ainsi l'esprit de l'Eglise est de condamner ceux ijui rejellent cette pratique par mépris ou par erreur. Elle doit les condamner, parce qu'elle ne doit pas souO'rirque les pratiques salutaires soient méprisées, ni qu'une doctrine, que l'anlicpiité a autorisée, soit condamnée par les nouveaux docteurs.
VI. La justification. — La matière de la justification fera paraître encore dans un plus grand jour, combien de difficultés peuvent être terminées par une simple exposition de nos sentiracnls.
Ceux qui savent tant soit peu l'histoire de la réformation prétendue, n'ignorent pas que ceux qui en ont été les premiers auteurs, ont proposé cet article à tout le monde comme le principal de tous, et comme le fondement le plus essentiel de leur rupture; si bien que c'est celui qu'il est le plus nécessaire de bien enlendre.
Nous croyons premièrement que nos pMu's nous sont remis gratuitement par la miséricorde divine, à cause de Jésus-Christ-. Ce sont les propres termes du concile de Trente, qui ajoute-'' que nous sommes dits justifiés gratuitement, parce qu'aucune de ces choses qui précèdent la juslilication, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter celte grâce.
Comme l'Ecriture nous explique la rémission des péchés, tantôt en disant que Dieu les couvre, el tantôt en disant qu'il les oie, cl qu'il les efface par la grâce du Saint-Esprit, qui nous fait de nouvelles créatures"; nous croyons qu'il faut joindre ensemble ces expressions, pour former l'idée parfaite de la juslificalion du pécheur. C'est pourquoi nous croyons que nos péchés, non-seulement sont couverls, mais qu'ils sont entièrement effacés par le sang de Jésus-Christ, et par la grâce qui nous ré-
1. Sess. XXV, dccr. de invoc, etc. — J. Conc. Trid., Sess. vi, c. 9. — 3. Idem, c. 8. — 4. TU. m, 5, 6, 7.
DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE
génère; ce qui, loin d'oliscurcir ou de diminuer l'idée qu'on doit avoir du mérite de ce sang, l'augmente au contraire, et la relève.
Ainsi la justice de Jésus-Christ est, non-seulement imputée , mais actuellement communiquée à ses fidèles par l'opération du Saint-Esprit, en sorte que non-seulement ils sont réputés, mais faits justes par sa grâce.
Si la justice qui est en nous n'était justice qu'aux yeux des hommes, ce ne serait pas l'ouvrage du Saint-Esprit : elle est donc justice même devant Dieu, puisque c'est Dieu même qui la fait en nous, en répandant la charité dans nos cœurs.
Toulefois il n'est que trop certain que la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair', et que nous manquons tous en beaucoup de choses^. Ainsi, quoique notre justice soit véritable par l'infusion de la charité, elle n'est point justice parfaite à cause du combat de la convoitise ; si bien que le continuel gémissement d'une àme repentante de ses fautes, fait le devoir le plus nécessaire de la justice chrétienne. Ce qui nous oblige de confesser humblement avec saint Augustin, que notre justice en cette vie consiste plutôt dans la rémission des péchés , que dans la perfection des vertus.
VU. Le mérite des œuvres. — Sur le mérite des œuvres, l'Eglise catholique enseigne que « la vie » éternelle doit être proposée aux enfants de Dieu , » et comme une grâce qui leur est miséricordieuse- » ment promise par le moyen de Notre Seigneur » Jésus-Christ, et comme une récompense qui est » fidèlement rendue à leurs bonnes œuvres et à » leurs mérites, en vertu de cette promesse^. » Ce sont les propres termes du concile de Trente. Mais de peur que l'orgueil humain ne soit llatté par l'opinion d'un mérite présomptueux, ce môme concile enseigne que tout le prix et la valeur des oîuvres chrétiennes provient de la grâce sanctifiante, qui nous est donnée gratuitement au nom de Jésus- Christ, et que c'est un elTet de l'inlluence continuelle de ce divin chef sur ses membres.
Véritablement les préceptes , les exhortations , les promesses , les menaces et les reproches de l'Evangile font assez voir qu'il faut que nous opérions notre salut par le mouvement de nos volontés avec la grâce de Dieu qui nous aide : mais c'est un premier principe, que le libre arbitre ne peut rien faire qui conduise à la félicité éternelle, qu'autant qu'il est mù et élevé par le Saint-Esprit.
Ainsi, l'Eglise sachant que c'est ce divin Esprit, qui fait en nous, par sa grâce, tout ce que nous faisons de bien; elle doit croire que les bonnes œuvres des fidèles sont très-agréables à Dieu, et de grande considération devant lui : et c'est justement qu'elle se sert du mot de mérite avec toute l'antiquité chrétienne, principalement pour signifier la valeur, le prix et la dignité de ces couvres que nous faisons par la grâce. Mais comme toute leur sainteté vient de Dieu qui les fait en nous, la même Eglise a reçu dans le concile de Trente , comme doctrine de foi catholique, cette parole de saint Augustin, que Dieu couronne ses do7is en couronnant le mérite de ses serviteurs.
Nous prions ceux qui aiment la vérité et la paix , de vouloir bien lire ici un peu au long les paroles