Ps.. cxLiv. 19. —2.Jos.,\. 11.— S.Exod., xxxii. 9etseq
— 4. /. Cor., xiM. 2. — 5. Apor., il. 'M. m. 21. — 6. /dim, xix. 15.
— l.Joram. IV. Reg.,\ui. 4 et se(i.
EST REFUTEE PAR EUX-MEMES
avait fait vivre le fils*. Il ne l'avait pourtant fait que par ses prières , et je ne crois pas qu'il fut plus puissant que le Fils de Dieu , qui voulant ressusciter Lazare : Mon Père, dit-il-, je vous rends grâces de ce que vous m'a vez exaucé.
Il y a donc toujours une prière secrète dans tous les miracles, et quoiqu'elle ne soit pas toujours exprimée, il la faut sous-entendre, même dans tous ceux qui se font par une espèce de commandement; puisque c'est toujours la foi et l'invocation du nom de Dieu qui fait tout. C'est pourquoi le roi de Syrie écrivait au roi d'Israël : Je vous ai envoyé Naaman, afin que tous le guérissiez de sa lèpre^ ; il voulait dire qu'il le fit guérir par Elisée. Ils entendaient pourtant bien qu'il ne le ferait que par sa prière ; puisque Naaman dit ces paroles : Je })ensais qu'il viendrait à moi, et que s'approchant, il invoquerait le nom de son Dieu, et me toucherait de sa main, et me guérirait''. Ainsi l'effet est attribué à celui qui prie et qui obtient, et si l'on n'exprime pas toujours la prière, c'est que la chose est si claire , qu'on la regarde comme toujours sousentendue. L'Eglise dit tant de fois, dans ses oraisons, que ce qu'elle espère des saints, elle l'espère par leur intercession et par leurs prières , qu'elle sait qu'il n'est pas possible qu'on l'entende jamais autrement, ni qu'on attende autre chose du secours des saints , qu'une puissante intercession auprès de Dieu, par Jésus-Christ. Il n'est pas toujours nécessaire d'exprimer dans les prières ce qu'on sait déjà. Je vous prie, disait Elisée au prophète Elle s, que votre double esprit soit en moi, ou que votre esprit soit en moi avec abondance; et Elle lui tcpondit : Vous demandez une chose difficile : toutefois si vous me voyez lorsque je serai élevé, cela sera; et il avait dit auparavant à Elisée : Que voulez-vous que je vous fasse? comme tout étant en sa main, parce qu'il est en celle de Dieu, qui ne refuse rien à ses amis. Ils ne parlent de Dieu ni l'un ni l'autre. En savaient-ils moins que c'était Dieu seul qui pouvait donner son esprit? A Dieu ne plaise I II ne faut point abuser de ces façons de parler; mais aussi ne faut-il pas tomber dans la petitesse de croire qu'on déplaise à Dieu en sous-entendant une chose claire, comme s'il ne voyait pas les intentions, ou qu'à l'exemple des ministres, il fût toujours attentif à épiloguer sur les paroles. L'Eglise ne manque point de bien instruire le peuple que la puissance des saints est dans leurs prières. Écoutez le concile* : « Il faut enseigner avec soin » que les saints prient ; qu'il est bon de les appeler » à son secours , pour nous obtenir les grâces de » Dieu par Jésus-Christ ; qu'il est bon d'avoir re- » cours à leurs prières ; qu'il ne faut point assurer » qu'ils ne prient pas pour nous, ni que ce soit 1) une idolâtrie de leur demander qu'ils prient en » particulier pour chacun de nous. » Voilà leur prière répétée cinq ou six fois en dix lignes , afin que nous entendions que les saints, encore un coup, ne sont puissants qu'en priant pour nous.
Il n'y a aucun de nos catéchismes où il ne soit exprimé soigneusement que Dieu donne, et que les saints demandent. Si nous leur attribuons du pou-
l.Joram. IV. Reg., t. — 2. Joan., xi. il.— 3. IV. Xeg., v. 6. — 4. IdeiHy 11 . — 5. Ibid.y ii, 9. — 6. Decr. de invoc. SS., sess.
voir auprès de Dieu, c'est que Dieu, qui leur inspire tout ce qu'ils demandent, ne leur peut rien refuser. Nous imputer une autre pensée et nous chicaner sur les mots , c'est faire le procès à l'Ecriture, où il est écrit tant de fois : Que l'aumône éteint le péché' ; que la prière de la foi sauve le malade^, et cent autres choses semblables ; et reprocher à Jésus-Christ même qu'il n'a pas parlé correctement quand il a dit : « Guérissez les ma- » lades, purifiez les lépreux , ressuscitez les morts, » chassez les démons; vous avez reçu gratuitement, )) donnez de mème^. »
V. Prières de saint Augustin , de saint Basile et des autres saints aux saints martyrs. — C'est en cette confiance que saint Augustin , un si sublime docteur, un théologien si exact, loue la prière d'une mère qui disait à saint Etienne : « Saint » martyr, rendez-moi mon fils, vous savez pourquoi » je le pleure, et vous voyez qu'il ne me reste au- » cune consolation". » C'est qu'il était mort sans baptême. Saint Augustin ne s'avisa pas de chicaner cette femme sur ce qu'elle disait au martyr : Rendez-moi mon fils. Il savait bien qu'elle n'ignorait pas à qui c'était à le rendre, et à donner l'efficacité aux prières du saint martyr. Saint Basile demandant les prières des saints quarante Martyrs, les appelle « notre défense et notre refuge , les protec- )> leurs et les gardiens de tout le genre humain^. » Saint Grégoire, évoque de Nysse, son frère, prie saint Théodore « de regarder d'en-haut la fête qui » se célébrait en son honneur". Nous croyons, lui » disait-il, vous devoir le repos dont nous jouissons » à présent ; mais nous demandons la tranquillité >i de l'avenir. » Saint Astère , évèque d'Amase , contemporain et digne disciple de saint Chrysostome, introduit dans son discours un fidèle qui prie ainsi saint Phocas : « Vous qui avez souffert pour « Jésus-Christ, priez pour nos souffrances et nos » maladies; vous avez vous-même prié les martyrs, » avant que de l'être; alors vous avez trouvé en » cherchant; maintenant que vous possédez, don- » nez-nous'. » Saint Grégoire de Nazianze a prié saint Cyprien et saint Athanase « de le regarder » d'en-haut, de gouverner ses discours et sa vie, » de paître avec lui son troupeau , de lui donner » une connaissance plus parfaite de la Trinité, et » enfin de le tirer où ils étaient, de le mettre avec » eux et avec leurs semblables*. « Les autres Pères ont parlé de même. Si ces grands saints ignoraient que Dieu donnait toutes choses, et croyaient les recevoir des saintes âmes autrement que par leurs prières , ils ne sont pas seulement, comme le veut le ministre, des Antechrists commencés, mais des Antechrists consommés, ou quelque chose de pire.
VI. C'est chose claire par la raison, et d'ailleurs expressément révélée de Dieu, que de prier n'est pas un honneur divin. — Revenons donc, et disons : Idolâtrer est rendre à la créature les honneurs divins. Or prier les saints de prier, c'est si peu un honneur divin, que c'est chose qu'il n'est pas possible d'attribuer à d'autre qu'à la créature : ce n'est donc pas un honneur divin, ni enfin rien au-dessus
1. Tob., xii. 9, et in S. Script, passim. —2. Jac, v. 15. — 3. Malth., X, de. — 4. Aug., Serm. cccxxiv. in nat. Mar.aliàs xxxiu de divers., tom. v, col. 1279. — 5. Orat. in xL. Mart. — 6. Orat. in Tluod. — 7. Hom. in Phoc. — S. Orat. xviii, etc.
LA CALOMNIE DES MINISTRES
de la créature , puisqu'aii conlraire son apanage naturel ost qu'on lui demande de prier.
Et cola n'est pas seulement constant par la raison naturelle; c'est une chose expressément révélée de Dieu, puisque saint Paul a dit à la créature, et qu'il a répété souvent : Mes frères, priez pour moi. C'est donc chose révélée de Dieu, en termes formels, que demander des prières ne peut être un honneur divin ni au-dessus de la créature. Il n'en faudrait pas davantage pour confondre M. Jurieu et tous les ministres. Car voilà, en termes précis cette demande : Priez pour nous, déclarée par un apôtre un honneur humain et convenable à la créature : or cet honneur, qui est humain en le faisant aux fidèles qui sont sur la terre, ne peut pas devenir divin en le faisant aux esprits bienheureux , puisqu'on fait l'un et l'autre dans le même esprit de demander la société des prières de nos frères.
VII. Calomnie des ministres, qui veulent noiis faire accroire que nous demandons aux saints autre chose que des prières , ou que nous les prions dans un autre esprit que nos frères qui sont sur la terre. — Il ne reste à vos ministres que de nier, comme ils osent le faire , que nous prions les bienheureux esprits dans le même esprit que nous prions nos frères. Mais c'est là nous contredire dans la chose du monde la plus claire, puisqu'il est clair, et attesté par tous les actes de notre religion , que nous ne demandons aux plus grands saints et même à la sainte Vierge que des prières. C'est ce que démontrent tous nos conciles, tons nos catéchismes, tout notre service, tous nos rituels, et, en un mot, tous les actes de notre religion; et pour en venir à un exemple, c'est ce qui parait dans le Confileor, prière si familière à tous les fidèles, où, après avoir confessé nos péchés à Dieu, à ses anges, à ses saints et à nos frères présents, pour nous humilier non-seulement devant Dieu, mais encore devant toutes ses créatures, nous finissons en disant : Je prie la sainte Vierge, les saints anges, saint Jean- Baptiste , saint Pierre, saint Paul, tous les autres saints, et vous mes frères, de prier pour moi notre Dieu tout-puissant.
Vous le voyez, mes chers frères; nous ne prions point les saints et la sainte Vierge elle-même de prier pour nous autrement que nous en prions nos frères, parmi lesquels nous vivons. Cette prière adressée à nos frères vivant avec nous, se trouve, en termes formels, dans l'Ecriture; donc celle que nous adressons aux saints qui sont avec Dieu, étant de même nature, est clairement autorisée dans l'équivalent.
VIII. Extravagances du ministre Jurieu, lorsqu'il dit qu'il est moins permis de prier et d'honorer les saints dans la gloire , que lorsqu'ils sont en cette vie. — Qui veut voir combien ce raisonnement embarrasse les ministres, n'a qu'à entendre les extravagances où il jette M. Jurieu. Il entreprend de prouver que la glorification des bienheureux est un obstacle à celte prière qu'on leur pourrait faire; et la raison ([u'il en apporte, est, dit-il, « qu'il » serait moins criminel d'invoquer un homme sur » la terre, que d'aller chercher dans les cicux. Sur » la terre, un humine est loin de Dieu; il est où il » parait être quehiue chose étant seul; mais uni à
" Dieu, réuni à sa source, comme un fleuve est » réuni à l'Océan quand il s'y est jeté , il n'est plus » rien , il est englouti et abimô , pour ainsi dire , » dans les rayons de la gloire de Dieu. » Quelle vision do s'imaginer qu'un bienheureux, uni à Dieu, n'est plus rien, qu'il n'agit plus et ne vit plus! C'est du dieu des Siamois que le ministre veut sans doute parler. Que si l'on dit que c'est une exagération qui fait voir qu'à comparaison de la gloire immense de Dieu, celle de la créature doit être comptée pour rien, il faut donc avouer en même temps que le bienheureux, loin d'être elTectivement anéanti et sans action dans ce glorieux étal, est au contraire d'autant plus, vit et agit d'autant plus, qu'il est intimement uni à la source de la vie et à la plénitude de l'être. S'imaginer maintenant qu'il n'est plus permis de l'honorer dans cet état, ce serait dire en même temps qu'on ne le peut plus honorer ni glorifier, à cause qu'il est arrivé au comble de la gloire , ce qui serait la plus grossière de toutes les absurdités.
IX. Vain discours et absurdités du même ministre , lorsqu'il dit qu'il n'est pas permis d'honorer les saints devant Dieu. — Que veut donc dire ce vain discours de votre ministre : « On est obligé » de s'abstenir de rendre tout hommage à un sujet » en présence de son souverain , et l'on ne sera pas » obligé de s'abstenir de rendre un culte religieux » à une créature devant le Créateur? » Quand on tient de pareils discours, où il n'y a qu'un son éclatant et des couleurs spécieuses, on montre bien qu'on ne veut qu'éblouir le monde. Car laissant à part l'équivoque du terme religieux dont on parlera bientôt, demandez, mes frères, à votre ministre, s'il permet de louer et de glorifier les bienheureux esprits dans l'état de gloire où ils sont. Voilà donc cette espèce d'hommage, puisqu'il veut l'appeler ainsi; et pour parler plus correctement, voilà les justes louanges et la glorification rendue aux saints, sous les yeux de Dieu, sans qu'il s'en offense. Niera-t-on que les louanges soient un culte , et les louanges de Dieu la principale partie du culte divin? Donc les louanges des saints sont un honneur qu'on leur rend. On sait bien, et il ne faut pas se tourmenter à nous l'expliquer, qu'on ne les loue pas comme Dieu ; mais enfin en les louant on les honore. Le ministre nous dira, quand il lui plaira, si cet honneur qu'on leur rend, pour l'amour de Dieu, est religieux ou profane. En attendant, il est constant qu'on ne les regarde pas devant Dieu comme des riens, puisqu'on les loue à ses yeux, et que c'est là proprement que nous les devons glorifier, puisque c'est laque Dieu les glorifie.
X. Suite des absurdités du même ministre. — La comparaison des rois de la terre montre bien encore qu'on ne s'entend pas. Car sans parler de certains honneurs qu'on rend tous les jours aux enfants des rois en présence de leurs pères, et qui rejaillissent sur les rois mêmes, ce qui montre qu'on peut honorer les enfants de Dieu devant leur Père céleste; et où est-ce qu'on les honorera, si l'on ne les honore pas devant Dieu et sous ses yeux? Oà est-ce que Dieu n'est pas? Où est-ce que la foi ne nous le représente pas dans sa majesté et dans Fa gloire? Il ne faudrait donc jamais honorer nos frères, ni les prier de prier pour nous. Car nous ne le pouvons
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faire qu'en les regardant sous les yeux de cette suprême Majesté. Et d'ailleurs peut-on ne pas voir que ce qui oblige à supprimer devant les rois certains honneurs qu'on pourrait rendre aux autres hommes en leur absence, c'est qu'après tout, le roi n'est qu'un homme, et l'honneur qu'on lui rend est un honneur fini, qu'un autre honneur peut partager et diminuer; mais l'honneur qu'on rend à Dieu n'ayant point de bornes, puisqu'on y regarde toujours la disproportion de créature à créateur, qui est infinie, Dieu ne peut rien perdre du sien, quand on honore ses serviteurs , qu'on ne regarde au contraire que comme un faible écoulement de sa grandeur infinie , et qu'on regarde toujours comme d'autant plus revêtus de ses bienfaits, qu'ils sont eux-mêmes plus grands. Il n'en est pas ainsi des rois. Les hommes n'en tiennent pas toutes les belles qualités d'esprit et de corps qui leur attirent du respect. Mais tous les avantages que nous révérons dans les saints , leur viennent de Dieu; et dès qu'ils sont connus comme tels, s'ils provoquaient Dieu à jalousie, Dieu serait jaloux de lui-même.
XL Autre raison du ministre qui se détruit ellemême. Intervention des saints : ce que c'est. — Mais voici une autre raison de votre ministre : « Quand » vous dites à un saint vivant : Priez pour nous, » vous n'en faites point un intercesseur qui soit B médiateur auprès de Dieu; car il n'est pas plus » auprès de Dieu que vous ; il n'est point entre « Dieu et vous : ce n'est qu'une jonction de prières » que vous demandez; mais quand vous dites à un » saint qui est au ciel plus près de Dieu que vous, » et tout près de Dieu : Priez pour nous , vous en » faites un intercesseur posé près de Dieu, un mé- « diateur entre Dieu et vous. » Dans quelles subtilités s'embarrasse l'esprit humain , et quel vain tourment il se donne , quand il ne veut pas ouvrir les yeux à la vérité ? L'n bienheureux est uni à Dieu par la charité : un fidèle qui est sur la terre lui est uni par le même nœud , et c'est la même charité partout; puisque saint Paul a prononcé que la charité' ne se perd jamais', et par conséquent ne se perd pas même dans la gloire, comme la foi et l'espérance s'y perdent. Si c'est la même charité, elle nous unit avec Dieu entre nous , tant dans le ciel que sur la terre , en sorte que tous ensemble nous ne faisons qu'un même corps de Jésus-Christ. Les saints voient ce que nous croyons; mais toute la perfection de la gloire est renfermée dans la foi , comme le fruit dans son germe. Les saints ne sont donc pas entre Dieu et nous , à parler dans la précision d'une saine théologie; mais ils sont nos membres et nos frères , qui ont accès comme nous par le même médiateur, qui est Jésus-Christ. De là se forme ce raisonnement tiré des principes du ministre : Ce n'est point offenser Dieu ni Jésus- Christ que de demander au.r saints une jonction de prières. (Ce sont les paroles du ministre qu'on vient de voir.) Or nous ne demandons aux saints qu'une jonction de prières. Ce n'est point mettre les saints entre Dieu et nous , que de les regarder comme unis à nous (c'est encore le principe du même ministre). Or nous ne regardons les saints, qui sont dans la gloire, que comme unis avec nous parla charité en un même corps de Jésus-Christ; nous