‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 512 sur 545 · Cwr., xm. S · texte numérisé non relu

Cwr., xm. S

ne les mettons donc pas entre Dieu et nous, comme nous y mettons Jésus-Christ; et à proprement parler, il n'y a que Jésus-Christ seul à qui nous rendions cet honneur; puisqu'il n'y a que lui seul que nous regardions comme écouté par lui-même; tous les autres, qui prient dans le ciel ou sur la terre, ne l'étant uniquement que par lui, ainsi qu'on vient de le voir par le concile de Trente , et qu'on le verra encore plus évidemment dans la suite.

XII. Que les prières qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu, nous y unissent. Exemple de saint Basile et de saint Chrysostome. — Il s'ensuit de là clairement que les prières qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu, nous y unissent, ce qui se démontre en cette sorte. La prière, dont Dieu est toujours le premier et le principal objet, ne nous peut détourner de Dieu; or est-il que Dieu est toujours le premier et le principal objet de la prière que les catholiques adressent aux saints , puisqu'ils ne les prient que de prier Dieu ; par conséquent la prière adressée aux saints ne peut jamais détourner de Dieu ceux qui la font dans l'esprit de l'Eglise catholique.

En efl'et , le but de cette prière n'est pas tant de s'adresser aux saints comme priés, que de nous unir à eux comme priants ; et c'est pourquoi saint Basile ne croyait pas détourner les peuples de prier Dieu, en les invitant à prier les saints; parce que les invitant à prier les saints, selon l'esprit du christianisme, c'était leur dire en d'autres paroles, comme il l'interprète lui-même : Que vos prières se répandent devant Dieu acec celles des martyrs'. Le dessein de glorifier Jésus-Christ est toujours le principal et le plus intime motif qui anime ces prières; c'est aussi ce qui faisait dire à saint Chrysostome* : « Où » est le sépulcre d'Alexandre le Grand? Mais les « tombeaux des serviteurs de Jésus-Christ sont » illustres dans la ville maîtresse , et personne n'i- » gnore les jours de leur mort , qui sont devenus

» des jours de fêtes par tout l'univers Les tom-

» beaux des serviteurs du Crucifié sont plus magni- 11 fiques que les palais des rois, non tant par la 11 beauté de la structure, quoique cela ne leur man- 11 que pas , que par le concours des peuples. Car » celui qui porte la pourpre, y accourt lui-même » pour embrasser ces tombeaux; et ayant déposé » son faste, il est debout, priant les saints qu'ils 11 l'aident par leurs prières. Celui qui porte le dia- II dème choisit un pêcheur et un faiseur de tentes, » même après leur mort, pour ses patrons. Direz- 1) vous que Jésus-Christ soit mort , lui dont les ser- 11 viteurs , même après leur mort , sont les patrons 11 et les protecteurs des rois de la terre? » C'est dans la gloire qu'il les regarde, comme vous voyez, et loin d'être rebuté de les honorer, sous prétexte qu'il les regarde avec Jésus-Christ , c'est au contraire pour cette raison qu'il les juge dignes des plus grands honneurs. C'est ainsi que ces grands hommes faisaient servir la gloire des saints à celle de Jésus-Christ. Le même saint Chrysostome dit encore ailleurs^ : « Allons souvent visiter ces saints » martyrs, touchons leurs châsses, embrassons avec » foi leurs saintes reliques, afin d'en attirer quel- » ques bénédictions sur nous; car comme de braves

1. OraC. I. in xl. Mart. — 2. Hom. xxvi. l'n ii. ad Cor. — 3. Hom. XL. de SS. Juvent. et Max.

LA CALOMNIE DES MINISTRES

» soldais montrant aux rois les iilaics qu'ils ont » rcaies pmir leur service leur parlent avec con- » fiance , de même ceux-ci, en montrant leurs tMes » coupées, obtiennent tout ce qu'ils veulent du Roi » du ciel. »

XIII. Passage d'Œcolampade. — Ce beau passage de saint Chrysoslome a tellement louché (Ecolampade, un des prétendus rélormaleurs, qu'il l'oblige à parler ainsi dans les notes (ju'il a faites sur cette Homélie : « Je ne voudrais pas nier que les saints » ne prient pour nous ; je ne voudrais pas dire non » plus qu'il lut assuré que ce fut une impiété et » une idolâtrie d'implorer leur protection. Les saints » sont tout embrasés de charité dans le ciel : ils ne » cessent de prier pour nous. Quel mal y a-t-il donc » de leur demander qu'ils fassent ce que nous » croyons que Dieu a très-agréable , quoiqu'il ne » nous ait pas commandé de le faire ? » Un ministre nous justifie contre les ministres ; et malgré les préventions de la secte , lorsqu'il entend les Pères parler comme nous , il n'ose pas assurer que nos prières se ressentent de l'idolâtrie.

XIV. Qu'on n'aUribue rien de dicin aux anges ni aux saints, en leur attribuanl la connaissance de nos prières. Preuve par l' Ecriture, par les saijits Pères, par la raison et par Daillé même. — Mais, dit-on, et voici le fort des prétendus réformés, on présuppose, en priant les saints de tant d'endroits de la terre, qu'ils ont l'oreille partout, et qu'ils connaissent le secret des cœurs; ce qui est leur attribuer une prérogative divine. Qu'un autre ministre réponde pour nous. Les prétendus réformés n'ont pas dessein d'élever les anges, non plus que les autres saints, au-dessus de la créature. Cependant que nous disent-ils de ces créatures bienheureuses? « Les anges, dit M. Daillé', » voient ce qui touche chacun de nous en particu- » lier. Ils voient le péril de chacun de nous, ce » que chaque fidèle craint, ce qu'il désire, ce qu'il )i demande , parce qu'ils sont présents sur la terre » et mêlés au milieu de nous. » Daillé en fait-il des dieux , en leur donnant tant de connaissance , et de nos besoins, et de nos désirs, et de tout ce qui nous touche en particulier? Mais c'est, dit-il, qu'ils sont sur la terre au milieu de nous : comme si la connaissance de tant de secrets dépendait des lieux, et non d'une lumière céleste , que Dieu communique à qui il lui plaît. Quoi qu'il en soit, on peut dire, sans blesser la foi , que les anges connaissent ce qui se passe sur la terre, et môme nos secrets désirs. Ce qui fait que cette opinion qu'on a de leurs connaissances ne nous empêche pas de les reconnaître pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire, pour des créatures , c'est que nous savons d'où leur viennnent toutes leurs lumières, d'où ils reçoivent leurs ordres, et où ils mettent leur félicité. Nous n'avons donc pas besoin d'égaler les saints à Dieu , pour leur faire entendre nos vœux. Il ne faut que les égaler aux anges qui savent nos prières, qui les présentent à Dieu , qui les mettent sur l'autel céleste devant le trône de Dieu-, comme un présent agréable. Lisez le cha|)ilre vni de l'Apocalypse; et ne dites pas que l'ange qui y otïre à Dieu les prières des saints, soit Jésus-Christ; saint Jean ne l'a[>pcllc qu'un autre ange'', un ange comme les

1 . lAb. 3, c. xxiii,/j. 4SI. — 2. A2>oc., viii. 3. — 3. Idem.

autres (jui paraissent dans ce divin livre; un ange comme les sept anges dont il venait de parler. Cet ange , qui n'est qu'une créature, entend nos vieux, puisqu'il les offre. Qu'on répèle tant qu'on voudra, que c'est une idolâtrie que d'égaler par quelque endit)il ([uc ce soit les saints à Dieu : j'en conviens; mais sera-ce encore une idohUrie de les égaler aux anges, à qui Jésus-Christ môme nous apprend que sa grâce nous rendra semblables? Ils seront, dit-il', comme les anges de Dieu. Mais qui empoche qu'ils ne le soient dès à présent, puisqu'ils voient, comme les anges, la face du Père? Un ange présente nos prières^, et les lioles qui sont pleines de ce céleste parfum. Mais les vingtquatre vieillards, qui nous représentent l'universalité des saints, assis devant le trône de Jésus- Christ, revêtus de blanc, et couronnés, c'est-à-dire, avec la couleur et les ornements de la gloire', n'apportent -ils pas aussi dans leurs mains ces lioles pleines de parfums , qui sont les prières des saints? Si les anges sont appelés à la participation des secrets divins , et s'ils en font le sujet des louanges qu'ils donnent à Dieu, ne voit-on pas les âmes des martyrs sous l'autel, où elles sont en Jésus-Christ, dans lequel elles sont cachées, qui connaissent l'état de l'Eglise, en savent les persécutions dont elles demandent la On , et apprennent qu'elle est différée pour peu de temps , el pourquoi'*? N'est-ce donc pas blasphémer, que de les ranger parmi les morts qui ne savent rien de ce qui se passe sur la terre ; et quand Babylone tombe, les apôtres et les martyrs ne sont-ils pas invités à louer Dieu de ses jugements, et n'entendon pas en effet, aussitôt après, des cantiques d'admiration, dans le ciel, sur ce sujet ^; ne voit-on pas que l'exécution des justes jugements de Dieu , fait une fête dans le ciel , pour tous les esprits bienheureux, et autant pour les âmes saintes, que pour les saints anges? Pourquoi donc ces âmes saintes n'entreraienl-elles pas dans les actions particulières, el dans la fêle qu'on fait dans le ciel, pour la conversion d'un pécheur? Qu'on ne nous dise donc plus que c'est en faire des dieux, que de leur faire connaître ce qui se passe ici-bas , et en particulier les prières que nous envoyons au ciel? Suivons de plus hauts principes, el apprenons à connaître en quoi consiste la grandeur de Dieu. Il fait entendre à ses prophètes, aux âmes saintes, à ses anges , et à tel autre qu'il lui plail de ses serviteurs, non-seulement les pensées des hommes, mais encore ses propres pensées , el ce qu'il a résolu des peuples et des nations dans son conseil éternel. Il les élève plus haut, lorsqu'il leur montre son essence à découvert. El sans doute, c'est quelque chose de plus de le voir lui-môme face à face , que de connaître ses desseins, quelque hauts (|u'ils soient ; à plus forte raison , que de connaître les desseins et les pensées des hommes mortels. Dieu mène ses serviteurs aulanl qu'il lui plail, ainsi qu'il lui plaît , par tous les degrés de connaissance; et à quelque perfection qu'il les élève, il se montre toujours leur Dieu , parce qu'ils ne sont éclairés que par sa lumière.

1. Malt/i., XXII. 30. — 2. Apoc, vni. 3. — 3. Idem, iv. 4; Ihùl., V. S; n^id., VI. 1, II. — 4. Ibid., vi. 9, 10, 11. — 5. Ibid., xviu. 20; XIX. 1.

EST REFUTEE PAR EUX-MEMES

C"est pourquoi les saints docteurs n'ont point hésité à attribuer la connaissance de nos prières aux âmes saintes. Nous avons ouï saint Grégoire de Nysse, dire au martyr saint Théodore : 0 saint martyr, regardez -nous du plus haut des deux. Nous avons ouï saint Augustin louer la prière d'une mère chrétienne , qui avait perdu son fils sans être baptisé : 0 saint martyr, vous savez pourquoi je le pleure, disait cette mère"; et parce qu'elle avait dit, xous savez , « Dieu, continue même le Père, voulut » montrerquelle avait été sa pensée. Elle porta l'en- » faut ressuscité aux prêtres, il fut baptisé, il fut » sanctifié, il fut oint, on lui imposa les mains; tous » les sacrements étant achevés, il mourut. Sa mère » accompagna son enterrement avec un visage qui « faisait paraître qu'elle ne croyait pas tant mettre » son fils dans le tombeau que le mener dans le » propre sein du martyr. » Que d'articles de la nouvelle Réforme sont condamnés par ce récit; et qu'on doit être fâché, s'il reste quelque sentiment de piété véritable , d'être d'une religion qui oblige à rejeter des choses si saintes, et à la fois si bien attestées par de si grands hommes? Mais quelque opinion qu'on en ait, j'ai toujours gagné ce que je voulais; et il est bien assuré que, ni la femme qui fit cette prière à saint Etienne , ni saint Augustin qui la loue , ne voulaient pas faire un Dieu de ce saint martyr. Les autres Pères ne voulaient pas non plus attribuer aux saints, dont ils demandaient les prières , aucune perfection divine; puisque , quelque intelligence qu'ils y reconnussent de nos besoins, ou en général des choses du monde, ils savaient bien qu'ils ne voyaient rien que dans une lumière empruntée. « Vous savez tout, disait saint » Paulin à saint Félix- : V^ous voyez dans la lumière » de Jésus-Christ les choses les plus secrètes et les » plus éloignées , et vous comprenez tout en Dieu, » où tout est renfermé. »

XV. Aveu du ministre, que nous n'égalons pas les saints à Dieu par nos invocations : il se réduit à dire que nous les égalons à Jésus-Christ et comment. — Il faut que le ministre succombe sous des vérités si constantes. Il en a senti le poids : il a , dis-je, bien senti que ni les saints Pères, qu'il accuse comme nous d'idolâtrie, ni nous, qui ne faisons que les suivre, n'attribuons rien de divin aux bienheureux esprits; et vous le pouvez entendre par ces paroles : « Nous pouvons défier l'Eglise » romaine de nous montrer aucune difiërence entre » le culte qu'elle rend au Fils de Dieu, et celui » qu'elle rend aux saints. Ils en peuvent trouver » quelqu'une entre le culte du Père et celui des » saints; mais entre le culte des saints et du Fils, « je les défie d'en montrer aucune'. » Tout cela se réduit à dire que Jésus-Christ homme , fait tout le bien qu'il nous fait par voie d'intercession , comme les saints. Au nom de Notre Seigneur, et par le soin que vous devez avoir de votre salut, arrêtezvous ici, mes très-chers frères. Vous voyez à quoi votre ministre réduit principalement la difficulté. « Ils peuvent, dit-il, trouver quelque différence » entre le culte du Père éternel et celui des saints. » Il n'ose découvrir tout ce qu'il sent. Nous pouvons trouver quelque différence; c'est-à-dire, naturelle-

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