Lett. XV
ment, quelque petite difîérence; mais ou nous n'en pouvons trouver aucune, ou celle que nous trouvons est infinie. Car, je vous prie , quelle différence avons-nous trouvée entre le secours de Dieu et celui des saints, entre la manière de prier Dieu et celle de prier les saints? C'est, avons-nous dit, que Dieu donne , et les saints obtiennent : on prie Dieu , comme la source de tout bien, de donner ses grâces quelles qu'elles soient, temporelles ou spirituelles , et on prie les saints de les demander. Or ce n'est pas là quelque différence, c'est une dilTérence immense, infinie; puisque c'est une différence, qui d'un côté fait Dieu être parfait, et de l'autre la créature être indigent, tiré du néant, et le néant même; une ditïérence en un mot, qui met d'un côté l'indépendance absolue, et de l'autre la dépendance sans bornes. Ce n'est pas là quelque difiërence; mais c'est toute la différence qu'on peut établir entre Dieu et la créature , et l'on ne peut en imaginer une plus grande ni une plus essentielle. Ici votre ministre se tourmente en vain à prouver aux catholiques, « qu'il n'y a point de biens et de » grâces pour le temps et pour l'éternité, qu'ils ne » demandent à leurs saints directement, et sansdé- 1) tour. » Veut-il dire qu'on les leur demande, comme à ceux qui les donnent? Il n'y aurait donc aucune difiërence. Or est-il qu'il ne peut nier que nous n'y en mettions quelqu'une; et nous venons de lui prouver, ou que nous n'en mettons aucune , ou que nous en mettons une aussi grande qu'on la puisse mettre, et en un mot une infinie. Qu'il enfle donc son discours de tant d'exagérations qu'il lui plaira, et qu'il raconte toutes les grâces qu'on demande à la sainte Vierge; il demeure lui-même d'accord qu'on ne les demande que par voie d'intercession; puisque même, selon lui, on n'en attend pas davantage de Jésus-Christ. La difficulté n'est donc plus que de l'intercession de Jésus-Christ. Il s'agit de voir si celle des saints est de même nature que la sienne; et il est essentiel à cette cause, que vous compreniez que c'est en cela précisément, que votre ministre met le nœud de cette question. C'est ce qu'il déclare par ces paroles : « Pour moi, " poursuit-il', plus j'étudie le culte qu'on rend à » Jésus-Christ , plus je le trouve semblable à celui » des saints. Nous adressons à Jésus-Christ deux » sortes de prières, l'une indirecte, en lui disant : » Priez pour nous; l'autre directe, en lui demandant » directement la grâce , la rémission des péchés , la » vie éternelle. Dans l'Eglise romaine , on fait pré- » cisément la même chose à l'égard des saints. » Cela laisse une diiTérence , je l'avoue , entre l'a- » doration qu'on rend à Dieu le Père, et celle qu'on » rend aux saints. » La voilà donc encore une fois établie, de son aveu, cette différence, qui, comme on voit, est infinie. « Car, continue-t-il , jamais on » ne dit au Père ; Seigneur, priez pour nous, inter- » cédez pour nous auprès de votre Fils. Cela serait » insensé , et peut-être impie ; et je crois que Rome » ne pratique pas cette impiété. » Il y a donc pour la troisième fois une différence essentielle entre la prière que l'Eglise romaine fait au Père , et celle qu'elle fait aux saints, de l'aveu de votre ministre. « Mais il n'y a, continue-t-il , aucune différence du » culte rendu à Jésus-Christ , et de celui qu'on