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LA CALOMNIE DES MINISTRES
» rend aux saiiils; car, ot à celui-là, cl à celui-ci, » on dil indilïcremment : Priez pour nous, afin que » Dieu nous donne; ou bien : Donnez-nous vous- » même, par voie d'intercession et d'i.mpétration » de son Père, «comme il l'explique lui-môme et le répcle dix fois. Il ne reste donc plus qu'à faire voir qu'il y a encore une différence infinie entre l'intercession de Jésus-Christ, et celle des saints; et c'est là, comme vous voyez, que votre ministre fait consister notre question. Mais elle est si aisée à résoudre, que je n'y veux employer que M. Daillé. C'est un ministre que je prends pour juge entre M. Jurieu et moi.
XVI. Le minifttre réfute par Daillé. La médiation de Jésus-Christ expliqiiée, et les catholiques justifiés. — Daillé étant obligé, par une objection du cardinal du Perron, de parler de cette matière, et d'expliquer comment on peut croire que Jésus- Christ prie pour nous, commence en celte sorte : « Ni nous, ni les anciens, ni aucun chrétien vrai- » ment pieux , n'avons jamais prié Jésus-Christ de » prier son Père pour nous'. » D'abord il apprend bien à M. Jurieu, qu'il ne sait pas sa théologie, quand il dit qu'on prie Jésus-Christ de prier pour nous : « Ni nous, dit-il, ni les anciens, ni aucun » chrétien vraiment pieux , ne l'a jamais fait. » M. Jurieu n'est donc pas de ces pieux chrétiens, selon le ministre Daillé. Il poursuit : « Du Perron pense- » t-il que Jésus-Christ ne fasse pour nous autre » chose que de se prosterner devant Dieu , afin de » prier comme ferait un des saints de ce cardinal? » Assurément il se trompe, s'il a une semblable » pensée. » Tout en s'emportant contre nous, Daillé nous accorde ce que nous voulons. Les saints du cardinal du Perron, c'est-à-dire, les saints des catholiques, sont prosternés devant Dieu comme d'humbles suppliants : Jésus-Christ n'agit pas de cette manière, et nous en convenons avec le ministre; l'intercession de Jésus-Christ n'est donc pas de même nature que celle des saints. Prenons encore la chose d'une autre manière. Daillé dit, et il dit vrai, qu'on n'a jamais prié Jésus-Christ de prier pour nous. Il n'y en a aucun exemple , ni aucun précepte, ni aucun conseil, ni dans l'Ecriture, ni dans la Tradition. Quand donc on prie les saints, comme fait l'Eglise romaine , on no demande rien de semblable à ce qu'on attend de Jésus-Christ. Voilà qui est clair; mais la suite le sera beaucoup davantage; et plus Daillé s'étudie à nous expliquer la dignité de la médiation de Jésus-Christ, plus il justifie les catholiques. Car écoulons ce qu'il ajoute : « Jésus-Christ, Père de l'éternité, est sei- » gneur et dispensateur de toutes les grâces que » son sang nous a méritées. Ce puissant Roi del'u- » nivers nous les donne ainsi qu'il lui plaît : ses » sujets n'e le tiennent pas pour un simple interces- » seur, mais pour leur Roi , pour leur Seigneur, » pour leur Dieu, et ils souhaitent que ce qu'ils » demandent leur soit accordé par sa volonté et par » sa puissance. » Notre cause se fortifie visiblement, par le discours de Daillé. Il ne permet i}as qu'on regarde Jésus-Christ comme un simple intercesseur. Il est, dit-il, dispensateur et distributeur des grâces de Dieu; mais il les donne avec autorité, et comme Seigneur, parce qu'il les a méritées par son sang :