Daitt. De cuit. Lan.,!, m, c. l'J, ;>. aS
elles sont à lui; il les a acquises; il les a achetées, et cela par un prix infini, qui est celui de son sang; et si M. Daillé rapporte cela à la nature divine de Jésus-Christ, c'est que c'est là qu'est la source de la dignité et du mérite infini qui se trouve dans les actions de Jésus-Christ, et dans toute sa personne : ce qui est indubitable; mais en même temps il ne l'est pas moins que ceux qui, comme nous, regardent les saints, non comme distributeurs de la grâce, mais comme de simples intercesseurs, ne les égalent en aucune sorte avec Jésus-Christ. Mais le ministre, en continuant de plaider sa cause, va donner'comme un dernier trait à la bonté de la nôtre. « Que si on » dit, poursuit-il, que Jésus-Christ prie pour nous, » il faut entendre cela, non d'une manière basse, » mais d'une manière relevée et convenable à la » majesté d'un si grand roi. Ce n'est point en se » prosternant, en tendant les mains, ni en disant » des paroles de suppliant qu'il intercède pour » nous; c'est qu'il apaise son Père, par le prix et » la bonne odeur toujours présente de la victime » qu'il a une fois oITerte, et fait qu'il nous donne » les grâces que nous demandons , lui-môme con- » sentant aussi et voulant que nous les ayons. Telles » sont les prières que Jésus-Christ fait pour nous. » Elles sont dignes de sa personne; et saint Paul » nous le fait entendre, lorsqu'il dit, que l'épan- 1) chement du sang de Jésus crie plus haut que le » sang d'Abel. » Nous sommes d'accord avec les ministres de cette manière d'expliquer la médiation de Jésus-Christ. On la peut voir très-bien expliquée dans saint Thomas, et l'on n'en connaît point d'autre dans nos écoles. On y enseigne constamment, que Jésus-Christ intercède par son sang répandu pour nous , et par la vertu éternelle de son sacrifice. Il n'a besoin ni de paroles ni de postures suppliantes; il suffit, comme dit l'Apôtre, qu'il paraisse pour nous devant Dieu, afin de nous obtenir tout ce qu'il lui plaît. Ce qu'on appelle prier, dans cet état glorieux de Jésus-Christ, c'est dans sa sainte âme une perpétuelle volonté de nous sanctifier, conformément à cette parole qu'il a prononcée : Je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient saints en vérité' ; et à celle-ci : 0 mon Père, je veux que ceux que vou^ m'avez donnés soient avec moi^. Il a droit de dire, Je i^eux, d'une façon particulière, qui ne convient qu'à lui seul : il peut disposer de nous, et des grâces qu'il nous distribue, comme de choses qui sont siennes, qu'il a achetées, qu'il s'est rendues propres. Nous ne donnons rien de semblable aux saints. Ce n'est point leur sangcfui nous sauve, ni qui est une source de grâces pour nous : ils n'ont point olïert le sacrifice, dont l'efficace infinie et toujours présente, sanctifiera les pécheurs, jusqu'à la fin des siècles : ils sont humbles suppliants devant la majesté divine, serviteurs agréables à leur maître; mais enfin simples serviteurs, non seigneurs, ni rédempteurs, ni dispensateurs des grâces, comme Jésus-Christ. Ainsi ni nous ne faisons faire à Jésus-Christ ce que font les saints, ni nous ne faisons faire aux saints ce que fait Jésus- Christ. Leur intercession laisse en son entier tout ce qui convient, selon les ministres, aussi bien que selon nous, à celle du Fils de Dieu, et nous ne leur en donnons aucune partie.