‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 518 sur 545 · III · texte numérisé non relu

III

LA CALOMNIE DKS MINISTRES

Jôsus-Clirist, selon saint Pierre, parliciper à la nature divine', nous ])ouvons aussi en quelque façon, quoiciue très-imparl'ailemenl , participer par la charité rralernelle à la qualité de médiateur. Mais, à parler proprement, il n'y a que Jésus-Christ seul qui la porte et qui fasse cet office, ce que saint Augustin a expliqué à fond en ce peu de mots : <' Les chrétiens, dit- il ^, se recommandent aux » prières les uns des autres; mais celui qui inter- » cède pour tous, sans avoir besoin que personne » intercède pour lui, est le seul et véritable média- » tour.

Les prétendus réformés se servent de ce passage contre la jH-ière des saints, au lieu qu'ils devraient comprendre que, si un Père qui a si parfaitement entendu la doctrine de la médiation de Jésus-Christ, n'a pas laissé de les prier, comme les ministres l'avouent, il parait qu'il n'a jamais seulement pensé que ces deux choses soient incompatibles. J'en dis autant de saint Grégoire de Nazianze, qui d'un côté constamment a prié les saints, comme nous, et qui aussi constamment n'en a pas moins bien entendu la doctrine de la médiation de Jésus- Christ, comme on vient de le voir; en sorte qu'en toutes manières , il n'y a rien de plus faux que de confondre deux choses dont la ditTérence est infinie.

XX. Que la manière dont on interprète dans l'Eglise les mérites des saints envers Dieu, de l'aveu des ministres mêmes , est infiniment différente de la manière dont on interpose ceux de Jésus-Christ. — Après cela, en reviendra-t-on à cette objection cent fois résolue, mais que M. Jurieu répète encore, comme si l'on n'y avait jamais répondu? Vous offrez à Dieu, dit-il^, les mérites des saints, conmie vous lui offrez ceux de Jésus-Christ; vous priez Dieu par les mérites des saints, comme vous priez par les mérites de Jésus-Christ : c'est donc en tout et partout la môme chose. Mais sans nous donner la peine de répondre , Bucer, un des chefs de la Réforme , répondra pour nous. Le passage en est connu, et M. Jurieu l'a lu dans l'Histoire des Variations''. « Pour ce qui regarde ces prières publi- » ques qu'on appelle collectes, où l'on fait mention » des prières et des mérites des saints; puisque » dans ces mêmes prières, tout ce qu'on demande » en cette sorte est demandé à Dieu , et non pas » aux saints, et encore qu'il est demandé par Jésus- » Christ , dès là tous ceux qui font celte prière , re- » connaissent que tous les mérites des saints sont » des dons gratuitement accordés. » Et un peu après : « Car d'ailleurs nous confessons et nous » prêchons avec joie que Dieu récompense les bon- » nés œuvres de ses serviteurs; non-seulement en » eux-mêmes, mais encore en ceux pour qui ils » prient; puisqu'il a promis qu'il ferait du bien à » ceux qui l'aiment jusqu'à mille générations. » Voilà ce fiu'un reste de bonne foi fit avouer à Bucer, en l.")'i(), dans la conférence de Ratisbonne. Je ne demande pas au ministre dédaigneux qu'il cède à l'autorité de Bucer; mais qu'il imite sa bonne foi, en reconnaissant que le mérite que nous attribuons à Jésus-Christ est bien d'une autre nature que celui que nous attribuons aux saints; puisque le mérite

1. //. Petr.. 1. J. — 2. Conl. lipist. Parmen., lib. n, n. 10; (0)71. rx. roi. lit. — 3. Jur., Lett. XV, ;). IM, 115, etc. — 4, T.iv. m, n. 43.

de Jésus-Christ est inlini, à cause qu'il est Dieu el homme; et celui des saints fini, à cause qu'ils sont des hommes purs; d'où suit une autre différence qui n'est pas moins essentielle, savoir que le mérite de Jésus-Christ a sa valeur par lui-même auprès de Dieu, au lieu que les mérites des saints n'en ont que par celui de Jésus-Christ ; ce qui fait qu'en priant Dieu d'avoir agréables les mérites de ces saints, l'Eglise finit toujours en demandant que ce soit par Jésus-Christ : Per Dominum noslrum Jesum Chrislum, elque le concile de Trente, en définissant qu'il est utile de prier les saints de nous obtenir les grâces de Dieu, ajoute, par Jésus-Christ, et décide ([ue c'est par là qu'ils nous les obtiennent.

XXI. Qu'il n'y a nulle difficulté dans les objections du ministre Jurieu. — Ainsi il ne reste plus de difficulté dans la question que nous traitons. Il s'agit de savoir si nous sommes idolâtres en priant les saints, c'est-à-dire, en d'autres mots, si nous égalons les saints ou à Dieu ou à Jésus-Christ : et le ministre est déjà demeuré d'accord que nous mettons une différence très-essentielle du côté de la prière qu'on adresse à Dieu. Restait celle qu'on adressait à Jésus-Christ; et la différence n'est pas moins essentielle, de l'aveu même, et par les principes de Daillé et de Bucer; par conséquent la question est vidée. C'est en vain que le ministre triomphe, et qu'il provoque l'évèque de Meaux à lui répondre. Cet évoque lui a répondu; mais s'il restait quelque bonne foi à votre ministre, il n'y avait rien de plus aisé pour lui que de prévenir cette réponse, puisqu'il l'aurait pu trouver dans ses propres théologiens, aussi claire et aussi distincte que l'aurait pu faire un des nôtres.

XXII. Différence infinie de la doctrine et du culte des paiens d'avec le nôtre. — En etfet, quoi qu'il puisse dire, il sait bien que le vrai Dieu que nous adorons n'est pas le Jupiter des païens. Les anges et les âmes bienheureuses dont nous demandons la société dans nos prières ne sont ni des dieux , ni des demidieux, ni des génies, ni des héros, ni rien enfin de semblable à ce que les gentils imaginaient. Notre Dieu est le Dieu qui seul a fait toutes choses par sa parole, qui n'a pas commis à ses subalternes une partie de l'ouvrage, comme on disait dans le paganisme. Le monde n'est pas un arrangement d'une matière que Dieu ait trouvée toute faite; les âmes et les esprits ne sont pas une portion de son être et de sa substance. Il a tout également tiré du néant, et tout également par lui-même. Vos ministres n'oseraient nier que ce soit là constamment notre doctrine. Qu'ils entreprennent de nous montrer ce caractère dans le paganisme. Ne sait-on pas que Jupiter y était le père des dieux, à peu près dans le même sens qu'un père de famille l'est de ses enfants, et qu'il en était le maître, à peu près comme un roi l'est de ses ministres, sans leur avoir donné le fond de l'être? Mais Dieu qui l'a donné à tous les esprits bienheureux, ou plutôt qui le leur donne sans cesse par une inffuence toujours nécessaire , leur donne en môme temps toute leur ijuissance, inspire tous leurs désirs, ordonne toutes leurs actions, et il est lui seul toute leur félicité ; choses que les païens, je dis môme les philosophes, ne songeaient pas seulement à attribuer à leur Jupiter. Celte dilférence infinie de leur théolugie et de la nô-

EST REFUTEE PAR EUX-MEMES

tre en produiL une qui n'usl pas moins grande dans le culte. C'est qu'au fond, tout notre culte se renferme en Dieu. Nous n'honorons dans les saints que ce qu'il y met : en demandant la société de leurs prières, nous ne faisons qu'aller h Dieu dans une compagnie plus agréable; mais enfin c'est à lui que nous allons, et lui seul anime tout notre culte.

XXIII. — Horrible calomnie du ministre , qui compare noire doctrine avec celle des paiens. — Votre ministre nous fait ici une horrible calomnie , mais qui seule devrait servir à vous désabuser de toutes les autres. « Les dieux supérieurs des païens, i> dit-il ', étaient si célestes, si sublimes et si purs, » qu'ils ne pouvaient pas eux-mêmes avoir aucun » commerce avec les hommes, ni s'abaisser jus- » qu'aux soins des affaires, pour les gouverner im- » médiatement et par eux-mêmes. C'est pourquoi » ils établirent les démons comme des médiateurs » et des agents entre les dieux souverains et les » hommes mortels, disait Platon. » Il est vrai, c'est la doctrine de Platon; et c'est aussi ce qui met une différence infinie entre lui et nous. Car qui jamais a ouï dire dans l'Eglise qu'il fût indigne de Dieu de se mêler par lui-même des choses humaines, ou qu'il fallût mettre entre lui et nous celte nature mitoyenne ou médiatrice des démons? C'est pourtant ce qu'on nous impute. Car écoutons le ministre : « Or, dit-iP, une goutte d'eau n'est pas plus » semblable à une goutte d'eau que celte théologie » païenne à la théologie du papisme. Dieu et Jésus- » Christ, disent-ils, qui sont nos grands dieux, » sont trop sublimes pour nous adresser droit à » eux. » Je ne sais comment on ne rougit pas d'une si grossière calomnie. Car ce ministre sait bien en sa conscience, qu'outre que Dieu etJésus-Christ ne sont pas nos grands dieux , puisqu'ils ne sont pour nous qu'un seul et même Dieu, avec le Saint- Esprit , et que c'est une trop hardie imposture de nous faire parler ainsi, contre toute notre doctrine, ce n'en est pas une moindre de nous faire dire , qu'on ne peut aller droit à eux; puisque constamment toutes les collectes, toutes les secrètes, toutes les post-communions, toutes les prières du sacrifice, le Gloria in excelsis, le Te Deum, toutes les autres prières du service ou du bréviaire s'adressent ou à Dieu par Jésus-Chrisl ou à Jésus-Christ lui-même, et que dans celles qu'on adresse aux saints, dans les litanies et dans quelques autres endroits, dès-là qu'on les prie de prier pour nous , on ne fait que s'unir à eux par la charité , pour aller à Dieu. On ne les regarde donc pas comme des natures mitoyennes et médiatrices; mais on entre en société avec eux, pour aller également à Dieu; puisque si Dieu nous a donné un médiateur nécessaire en Jésus-Christ, il est pour eux comme pour nous , et qu'ils n'ont d'accès qu'en ce seul nom et comme membre de ce même Chef. Qu'on nous montre ce caractère dans le paganisme? Mais on vient de nous montrer un caractère tout contraire, en nous disant que les grands dieux du paganisme sont trop sublimes pour se mêler par eux-mêmes de nos affaires , ou avoir aucun commerce avec nous. Votre ministre sait bien que nous ne disons, ni ne croyons rien de semblable. Quand donc il ose avancer qu'une goutte d'eau

isi

1. Arcord des TAitliériens , I. part., p. 183. — 2, [dem , p.

n'est pas plus semblable à une autre goutte d'eau , que notre doctrine à celle des paiens, il parle contre sa conscience et contre ses propres paroles , et l'iniquité se dément visiblement elle-même.

X.XIV. Que notre culte intérieur est infiniment différent de celui des païens. — Achevons : le culte est intérieur ou extérieur, l'intérieur est le sentiment qu'on vient de voir. Pour donc montrer notre culte intérieur dans les païens , il y faut montrer nos sentiments, qu'on les y montre tels que nous venons de les exposer. Que si l'on prétend que ce n'est pas là notre doctrine, et qu'on répôle les calomnies cent fois réfutées; qu'on nous attaque du moins une fois dans ce fort, et qu'on y découvre le moindre trait d'idolâtrie.

XXV. Démonstration de la même différence dans le culte extérieur. — Mais si le culte intérieur des païens est si essentiellement différent du noire , donc le culte extérieur n'étant que le signe de l'intérieur, il s'ensuit qu'il y a la même différence. En effet les païens, qui regardaient tous leurs dieux , et les plus grands, et les médiocres, et les plus petits comme des natures à peu près semblables, leur offraient aussi à tous également le même culte du sacrifice , que nous réservons à Dieu seul , quoi qu'en dise le minisire. A lui seul appartient la souveraine louange , à lui seul la reconnaissance d'un empire absolu et tout-puissant , et l'hommage de l'être reçu , tant de celui qui nous fait hommes , que de celui qui nous fait saints et agréables à Dieu. Si l'on croit trouver tout cela dans le paganisme , on croit trouver la lumière dans les ténèbres; et si l'on croit seulement y en voir quelque ombre , c'est qu'il faut bien trouver dans l'erreur le fond de la vérité qu'elle gâte, et dans le culte des démons, ce qu'ils imitent, et ce qu'ils dérobent du culte de Dieu.

XXVI. Source de l'idolâtrie , d'où nous sommes éloignés jusqu'à l'infini. — L'idolâtrie a eu plusieurs formes , et s'est accrue ou diminuée par divers degrés; mais parmi ces variétés, c'est une chose constante que tous ceux qu'on a jamais vus rendre sérieusement à la créature quelque partie des honneurs divins, ont erré dans la pensée qu'ils ont eue de Dieu. Les fausses idées qu'on a de Dieu, comme dit souvent saint Augustin , sont les premières idoles que les hommes se sont forgées , et c'est là le vrai principe de l'idolâtrie. Que si nous remontons jusqu'à la source de l'erreur, nous trouverons que l'idolâtrie vient au fond de n'avoir pas bien connu la création.

Elle n'était connue que du peuple hébreu. Parmi tons les autres peuples on croyait que la substance et le fond de l'être était indépendant de Dieu , et que tout au plus il n'était auteur que de l'ordre , et que sans avoir fait l'univers , il n'en était que le moteur.

C'est de là qu'est venue l'erreur qui a fait adorer le monde, soit qu'on le regardât comme Dieu luimême , ou qu'on le considérât comme le corps dont Dieu était revêtu. On en adorait le tout , on en adorait toutes les parties, c'est-à-dire, le ciel , la terre, les astres, les éléments, les rivières et les fontaines, et enfin on adorait toute la nature. Tout avait part à l'adoration , parce que tout en un certain sens avait part à l'indépendance : tout était coéternel à

LA CALOMNIE DES MINISTRES

Dieu : tout était une partie de l'être divin : l'âme était dérivée de là, selon quelques-uns'. C'est pourquoi ils le regardaient comme étant ingénérable cl incorruptible en sa substance. C'était une portion de la divinité. Celait un Dieu elle-même, disait cet empereur philosophe^, après plusieurs autres. C'est ce qui a donné lieu à l'erreur qui a consacré tant de mortels, cl qui leur a fait rendre les honneurs divins. Les biens qu'ils avaient procurés au monde ont fait regarder leur àme comme ayant quelque chose de plus divin que les autres, et tout cela enfin était fondé sur ce que rien n'était regardé comme absolument dépendant d'une volonté souveraine, ni comme tenant d'autre que de soi le fond de son être.

XXVII. Ce que c'était, selon les platoniciens , que la mcdiaiion des démons, et combien nous sommes éloignés de cette doctrine. — Le ministre, qui nous parle tant de ces natures médialriccs, et de ces esprits médiateurs , introduits par le platonisme , ne sait pas, ou ne songe pas, ou ne veut pas avouer de bonne foi , qu'on les y faisait médiateurs de la création de l'homme, comme ils l'étaient de sa réunion avec Dieu. Ainsi la nature divine était inaccessible pour les hommes, et ils n'en pouvaient approcher que par les demi-dieux, qui les avaient faits, qu'on appelait aussi démons. Il est certain que ces démons ou ces demi-dieux de Platon^, furent adorés sous le nom des anges, par un Simon le Magicien , par un Ménandre , par cent autres , qui, dès l'origine du christianisme, mêlaient les rêveries des philosophes avec une profession telle quelle du christianisme''. Mais si ces hommes, aussi mauvais philosophes que mauvais chrétiens , avaient compris que Dieu lire également du néant toutes les natures intelligentes, et les anges comme les hommes , ils n'auraient jamais pensé que les uns eussent besoin d'aller à Dieu par les autres, ni que, pour approcher de lui, il fallût mettre tant de ditïôrence entre ceux qu'il avait formés de la môme main. La religion chrétienne ne connaît point ces entremetteurs, qui empêchent Dieu de tout faire, de tout gouverner, île tout écouter par lui-même; et s'il a donné aux hommes un médiateur nécessaire, qui est Jésus-Christ, ce n'est pas qu'il dédaigne leur nature qu'il a faite; mais c'est que leur péché, qu'il n'a pas fait, a besoin d'être expié par le sang du juste. C'est par là que nous avons besoin de médiateur. Mais alin que nous connussions que c'était notre péché et non pas notre nature (|ui nous éloignait de Dieu, il a voulu que ce médiateur fiit homme; et il a si peu dédaigné la nature humaine, qu'il l'a même unie à la personne de son Fils.

X.WIII. Moyens que Dieu a trouvés pour fermer parmi les fidèles toute voie à l'idolâtrie. Il est impossible de rien égaler à Dieu ni à Jésus-Christ. — Parce mystère, l'idolàlrie devient comme impossible au chrétien, et il ne peut y tomber qu'en oubliant jusfju'aux ijremiers principes de sa religion. Il ne peut jjliis, connue faisaient les païens, égaler les hommes à Dieu; puisqu'il voit que le' genre humain était si éloigné de Dieu par son péché, qu'il

1. Platon. — 2. Marc-Aur-i-le. — 3. Plat, in Tim. —4. Tertull. de Prœser., n. 33; Hieron., udv. Liicif. Ei.ipli. lucr. 00. Tlieoil., Itxv. Fab., îib. v, c. vu.

avait besoin d'un médiateur pour en approcher. Mais ce médiateur est homme; et quand il ne serait que cela, aux merveilles qu'il a faites et aux grâces qu'il réi)and sur nous, le genre humain, porté à diviniser ses bienfaiteurs, aurait tenté d'en faire un Dieu , et de lui rendre les honneurs divins. Pour prévenir cette erreur. Dieu , en incarnant son Fils unique, en le faisant homme comme nous, a su faire ce médiateur, qu'il nous donne, un Dieu égal à lui: en sorte qu'on ne se trompe pas de l'adorer comme tel. Mais de peur qu'on n'étendit le même honneur à d'autres hommes excellents, on apprend que pour faire un Dieu de Jésus-Christ, il a fallu lui donner outre la nature humaine , une nature plus haute, et qu'il ne fût rien moins qu'une des Personnes divines, à laquelle on rendit avec Dieu en unité un même culte suprême. Car si l'on avait attribué notre rédemption ou notre réconciliation à la nature angélique, l'on aurait pu adorer les anges; maison ne peut plus depuis qu'on adore en Jésus-Christ celui-là môme qui a fait les anges, et que les anges adorent. Il n'y a donc plus moyen de lui rien égaler dans sa pensée, ni par conséquent de rien égaler à son Père et au Saint-Esprit , auxquels seuls on le rend égal. Mais ne peut-il pas arriver qu'en le regardant en sa qualité de médiateur, t|ui l'approche si fort de nous , on lui donne des égaux par cet endroit-là, et des médiateurs à même titre? Point du tout, puisqu'on ne le fait médiateur qu'au titre d'un mérite et d'une dignité inhnie : ce qu'il ne pourrait avoir, s'il n'était Dieu et fils unique de Dieu, de même nature que lui. Car s'il exerce sa médiation par une nature humaine, et par des actions humaines, on reconnaît tout ensemble que tout cela serait inférieur à cet emploi, si tout cela n'était pas élevé par la divinité même de cette personne; et c'est ce qui nous est déclaré dans le mystère de l'Eucharistie , où Jésus-Christ exerce très-parfaitement son office de médiateur; puisqu'il nous y consacre et nous y sanctifie par son corps et son sang. l\Iais en même temps nous voyons qu'on ne nous sanctifie dans ce sacrement , ni par le corps d'un apôtre , ni par le corps d'un martyr, ni par le corps de la sainte Vierge, ni enfin par le corps d'aucun autre saint, si ce n'est par le corps de celui qui est reconnu pour le Saint des saints. Ainsi l'Eucharistie même nous dévoue et nous consacre à Dieu seul; non-seulement parce que l'objet à qui nous nous dévouons est Dieu, mais encore par le moyen qui nous y unit , en même temps qu'il s'approche de nous en tant qu'homme, consomme notre unité en tant que Dieu. Cela est cru dans l'Eglise, et y est cru très-distinctement, et y est soigneusement enseigné à tous les fidèles, dès l'enfance jusqu'à la vieillesse et jusqu'à la mort. Tous vos ministres le savent; et si vous savez les presser, vous leur en arracherez l'aveu , malgré qu'ils en aient. Qu'on s'imagine , après cela, par quel endroit l'idolâtrie pourrait s'introduire dans un tel culte, et comment il serait possible de rien égaler ou à Dieu ou à Jésus-Christ, qui seul est un avec Dieu môme. A cela qu'opposet-on? Des chicanes que j'ai honte de rapiiorter, tant elles sont vaines, et qu'il faut néanmoins encore que je réfute, puisqu'on ne cesse de les objecter, quoique cent fois réfutées.

EST REFUTEE PAR EUX-MÊMES

XXIX. Les fêtes des saints , ce que c'est : doctrine de l'Eglise anglicane protestante. — Vous égalez , dit-on, vos saints à Dieu , puisque vous leur érigez des temples, puisque vous leur consacrez des jours de fêtes. Quoil n'y aura-t-il point quelque ministre assez officieux pour nous décharger de l'ennui de répéter cent l'ois la même chose, sans qu'on veuille nous écouler? Mais je n'ai pas besoin d'un ministre offîcieux. Toute l'Angleterre plaide notre cause, puisqu'elle célèbre comme nous les fêtes des saints; et pour ne manquer à aucun, même la fête de la Toussaint. Le calendrier où elles sont marquées, et l'office qu'on y fait ne sont pas encore abolis. Ils pourront l'être avec le temps, et tout cela peut devenir une idolâtrie, s'il plaît au vainqueur' (car il faudra bien subir la loi): mais on ne fera jamais qu'on ne les ait célébrées, ni que Burnet, qui, sans doute, n'eut jamais dessein de nous obliger, n'ait écrit qu'on devait les célébrer, même par principe de conscience ; o parce qu'aucun de » ces jours n'est proprement dédié à un saint; mais » qu'on les consacre à Dieu, en la mémoire des » saints , dont on leur donne le nom 2; » ce qui est de mot à mot notre doctrine , comme il parait en tout et partout, par nos catéchismes; et tout ce qu'on nous impute au delà est une manifeste calomnie.

XXX. Les églises dédiées aux saints justifiées par la même voie : remarque envenimée de Baillé sur le mot Divus ou divi. — Venons aux temples ; mais ici toute l'Angleterre nous justifie encore. Qui ne connaît à Londres l'église de Saint-Paul, et toutes les autres qui portent les noms des saints? On nous dira que c'est pour en conserver la mémoire; mais que les temples sont proprement dédiés à Dieu, comme les fêtes. C'est encore notre doctrine. Toutes les églises et toutes les fêles sont également dédiées à Dieu.

1. Bossuet désigne ici le prince d'Orange, qui venait d'usurper la couronne d'Angleterre sur le roi Jacques II, son beau-père (Edit. de Paris\.

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