Proc. Pers.t i. 12; ii
Avcrl., n. ao. — 4. Soz., u. S p. 19.
, 15. — 2. Idem , u. 15. — 3. F« — 5. Theop. Cftroïiojï-., a«. 5S17,
contredire eux-mêmes; et c'est ce qui a causé dans la Réforme , les variations infinies qu'on a vues dans cette matière. La loi de la vérité gravée dans les cœurs l'avait forcée à ne montrer au commencement, que douceur et que soumission envers les puissances. Aussitôt qu'elle s'est senti de la force, elle a mis en évidence ce qu'elle portait dans le sein; elle a changé de langage comme de conduite : et le même esprit de vertige et de variation, qui a paru dans tout le parti, s'est fait sentir en particulier dans les auteurs qui ont écrit pour sa défense.
Nous avons vu dans V Histoire des Variations', que la Réforme si souvent vaincue et tellement désarmée, que la révolte était impossible, s'est tournée à faire voir, si elle pouvait, que ces guerres qu'on lui reprochait étaient guerres de politique, où la religion n'avait aucune part; et c'est à quoi les meilleures plumes du parti, les Bayle, les Burnet, les Jurieu même ont consumé leur esprit; mais on ne veut plus maintenant s'en tenir là : on veut que la Réforme arme de nouveau, si elle peut; et le même Jurieu , qui a condamné les guerres civiles, comme contraires à l'esprit du christianisme , sonne maintenant le tocsin , et n'oublie rien pour montrer que ces guerres sont légitimes : il méprise l'ancienne Eglise; il profane l'Ecriture en cent endroits; il dogmatise; il prophétise : tout lui est bon, pourvu qu'il vienne à son but de porter le fiambeau de la rébellion dans sa patrie qu'il a renoncée.
XV. M. Basnage entraîné par le même esprit .• on le prouve par les deux moyens de sa réponse qui se contredisent l'un l'autre. — Qu'on ne s'imagine pas que le ministre Basnage soit moins agité de cet esprit de la secte , sous prétexte qu'il parait plus modéré. Il a fait plus que le ministre Jurieu, puisqii'il n'a pas craint d'attribuer non-seulement des révoltes, mais encore des parricides à l'ancienne Eglise, ce que l'autre n'avait osé. Il ne faut pas s'étonner après cela , s'il excuse toutes les guerres civiles, et jusqu'à la conjuration d'Amboise"; mais il ne peut pas demeurer ferme dans un sentiment si insoutenable : en môme temps qu'il trouve justes tous ces attentats, il fait les derniers efforts pour en défendre la Réforme et ses synodes; c'est-à-dire que toutes ces bonnes actions au fond lui paraissent dignes d'être désavouées; et pendant que sa plume les justifie, sa conscience lui dicte au dedans que ce sont des crimes. C'est ce qui jette l'esprit de vertige et de contradiction dans sa défense, puisque les deux moyens qu'il y emploie, se combattent l'un l'autre : il soutient que toutes les guerres des prétendus réformés sont justes; et en même temps il fait violence à toutes les histoires, pour nous faire accroire que la religion n'y a point de part. Mais quelle difficulté de lui donner part à ce qui est juste? C'est ce qu'on ne comprend pas; et cependant, sans nous contenter de cet avantage, nous montrerons dans le reste de ce discours, non-seulement que ces deux moyens sont incompatibles, mais encore que chacun des deux est mauvais en soi.
XVI.- Vaines défenses de ce ministre sur la conjuration d'Amboise. Castelnau qu'il cite le con-
1. Var., l. X, n. 26 e( suiv. — i. T. i, l. n, cit. 6, p. 512,513.
DEFENSE DE h' lllSTOinE DES VARIATIONS
damne. — « 11 est aisé, dit M. Basnagc', do justilier » noire premier allentat, malgré les démonslralions » que M. de Meaux a produites : car un prinec du » sang était l'auteur de l'entreprise d'Amboise, qui » fut formée par tous les ennemis de la maison y> de Guise, sans aucune distinction de religion. Je 1) ne sais, conclut-il ensuite, si cela se doitapj)elcr » rébellion. » Mais d'abord , et sans encore entrer plus avant dans le fond, où trouve-l-il qu'un prince du sang, qui après tout est un sujet, puisse autoriser les ennemis du duc de Guise et du cardinal, son frère, à attenter sur leurs personnes, et à les enlever dans le palais du roi et entre ses bras? « Le » roi faible et jeune , dit-il , ne gouvernait pas lui- » même. » S'il est permis sous ce prétexte, de faire des coups de main , quels Etats sont en sûreté dans la jeunesse des rois? Le ministre, qui est né français, et qui doit savoir les lois du royaume, n'ose nier que François II n'y fût reconnu majeur selon ces lois. Etait-ii donc permis d'usurper sur lui l'autorité souveraine, et de lui arraclier l'épée que Dieu lui avait mise en main, pour la mettre entre les mains d'un prince du sang, qui n'était que plus obligé par sa naissance à respecter l'autorité royale? M. Basnage cite par deux fois Castelnau qui fut employé, dit-il-, pour savoir le secret de la conjuralion, et qui assure qu'on avait dessein de procéder contre ceux de Guise par toutes les formes de la justice. Mais il supprime ce que dit le même auteur, « que les protestants conclurent qu'il fallait 1) se défaire du cardinal de Lorraine et du duc de » Guise par forme de justice, s'il était possible, » pour n'être estimés meurtriers'. » C'est dire assez clairement que le nom de la justice était le prétexte, et qu'à quelque prix que ce fût, on les voulait faire périr; mais puisqu'on allègue cet auteur, digne en efTet de toute croyance par son désintéressement et son grand sens, écoutez, mes frères, comme il parle de vos ancêtres : écoutez vous-même, M. Basnage , qui en faites un de vos témoins, comme il explique les causes de la conjuration d'Amboise'' : « Les protestants de France se mettant devant les » yeux l'exemple de leurs voisins, c'est à savoir des » royaumes d'Angleterre, de Danemarck, d'Ecosse, » de Suéde, de Bohême, etc., où les protestants » tiennent la souveraineté, et ont été la messe; à » l'imitation des protestants de l'empire se voulaient » rendre les plus forts, pour avoir pleine liberté de » leur religion : comme aussi espéraient- ils, et )) pratiquaient leur secours et appui de ce côté-là, » disant que la cause était commune et insépa- » rable. » Ainsi les protestants de France pratiquaient dès lors le secours de ceux d'Allemagne^, sous prétexte que la cause était commune. C'est ce qui avait déjà éclaté en diverses occasions, et depuis peu très-clairement, lorsque les princes de la Confession d'Augsbourg, sollicités par les huguenots à se mêler du gouvernement de ce royaume, les obliyèrunt à demander qu'on donnât au roi François II un léfjitime conseil. Etrange hardiesse ])our des sujets, de voulciir ([u'on gouvernât le royaume au gré des étrangers! mais ce n'était là ([u'un commencement, et ce ((ui parut dans la suite, où les armes des étrangers furent ouvertement appelées ,
1. Sam., p. 112. — 2. M.;m,}). 513,511.-2. Casl., l. i. c. 7, cdil. de Lab., p. 15.-4. Idem. — ô.Tliu. xxiii, t. i, p.OZT.
lit bien voir ce que la Réforme méditait dés lors. Voilà donc, selon Castelnau, quel fut le dessein des protestants lorsqu'ils ourdirent ce noir attentat de la conspiration d'Amboise. Ils voulaient se rendre les maîtres, et pratiquaient déjà secrètement pour cela le secours des étrangers. Par quelle autorité , et de quel droit? Mais continuons la lecture de Castelnau : « Les chefs du parti du roi, poursuit » cet auteur, n'étaient pas ignorants des guerres » avenues pour le fait de la religion es lieux sus- » dits : mais les peuples ignorants pour la plupart » n'en savaient rien , et beaucoup ne pouvaient » croire qu'il y en eût une telle multitude en France, » comme depuis elle se découvrit, ni que les pjro- » testants osassent ou pussent faire tête au roi, et » mettre sus une armée, et avoir secours d'Alle- » magne comme ils eurent : » Remarquez tous ces desseins, M. Basnage, et osez dire qu'il n'y a pas là de rébellion. Vous voyez en termes précis le contraire dans votre auteur : il prend soin de vous expliquer la disposition du peuple ignorant qui ne connaissait ni le pouvoir ni les desseins des protestants : ce qui leur donnait espérance de pouvoir engager le peuple dans leurs attentats sous d'autres prétextes; mais au fond, le dessein était de rendre leur religion maîtresse en France, en opprimant, comme vous voyez, le parti du roi : car c'est ainsi que le nomme cet historien. Il poursuit : « Aussi » ne s'assemblaient-ils pas seulement (les protes- » tants) pour l'exercice de leur religion, ains aussi » pour les affaires d'Etat , et pour essayer tous les » moyens de se défendre et assaillir, de fournir » argent à leurs gens de guerre, et faire des entre- » prises sur les villes et forteresses pour avoir quel- » ques retraites. » Après cela vous ne voulez pas qu'on ait tenu , ni qu'on tienne encore leurs assemblées pour suspectes, pendant que, sous prétexte de religion , ils font des menées secrètes contre l'Etat. Osez dire que tout cela n'est pas véritable, et qu'il ne fut pas résolu dans l'assemblée de Nantes, de lever de l'argent et des troupes, et d'allumer la guerre civile par tout le royaume : dites que tout cela ne se fit pas à l'instigation de la Renaudie ensuite des résolutions de celte assemblée : dites encore que la Renaudie, huguenot lui-même, ne fut pas établi par les huguenots et par leur chef, pour être le conducteur de la conjuration d'Amboise qui éclata quelques mois après. Par quelle autorité et par quel droit faisait-on toutes ces menées? La loi éternelle et l'ordre public les soulTrcnt-ils dans les Etats? Mais écoutez comme conclut Castelnau : Après donc avoir levé nombre de leurs adhérents par toute la France (c'est toujours les protestants dont il parle) et connu leurs forces et leurs enrôlements : voilà, ce me semble, assez clairement prendre l'épée , contre le précepte de saint Paul , (jui la met uniquement en la main du prince, ou qui assure plutôt que c'est Dieu qui l'y a mise : mais continuons : Ils conclurent qu'il fallait se défaire du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, et par forme de justice, s'il était possible, pour n'être pas estimés meurtriers. Voilà la lielle justice des protestants , selon cet auteur tant cité par M. Basnage : mais voilà, ce qui est pis, le fond du dessein; et sous le prétexte de punir les princes de Guise, c'était au parti du roi et à sa souveraineté
CONTRE LA RÉPONSE DE M. BASNAGE
qu'on en voulait, puisqu'on levait malgré lui des troupes et de l'argent dans tout le royaume , pour occuper ses places et ses provinces.
XVII. Suite de la même matière : caines défaites de M. Basnage et de la Reforme. — M. Basnage croit tout sauver en dissimulant le fond du dessein, et en disant « qu'il s'y agissait seulement de savoir » si les lois divines et humaines permettaient d'ar- » rèter un ministre d'Etat, avant que d'avoir fait » son procès : défaut de formalité, continue-t-il', » qui se trouvait dans l'entreprise d'Amboise, au- » quel on tâcha de suppléer par des informations » secrètes. » Mais s'il ne veut pas écouter la loi éternelle, qui lui dira dans le fond du cœur, que ces informations secrètes faites sans autorité, par les ennemis de ces princes , étaient de manifestes attentats; qu'il écoute du moins son auteur, qui lui déclare que telles informations et procédures , si aucunes y en avaient, étaient folies de gens passionnés contre tout droit et raison -.
Telles sont les défenses de M. Basnage, et celles de tout le parti, car il n'y en a point d'autres; et ce ministre en explique le mieux qu'il peut les raisons. Mais si ces raisons sont bonnes, il ne faut point parler de gouvernement, ni de puissance publique; et il n'y aura , pour tout oser, qu'à donner un prétexte au crime.
Mais en tout cas , nous dit-iP, ce n'est pas un crime de la Réforme, puisque « l'entreprise fut 1) formée par tous les ennemis de la maison de » Guise, sans aucune distinction de religion. » Son auteur le dément encore; et si ce n'est pas* assez do ce qu'on en a rapporté , pour montrer que les protestants étaient les auteurs de l'entreprise, le même historien raconte^ « qu'il fut envoyé par Sa Majesté, » pour apprendre quelle était la délibération des » conjurés; et qu'il fut vérilié qu'une assemblée de » plusieurs ministres, surveillants, gentilshommes » et autres protestants de toute qualité, s'était faite » en la ville de Nantes. » On voit donc plus clair que le jour, que c'est l'entreprise et l'assemblée des protestants. Il continue : LaRenaudie, protestant lui-même , par dépit et par vengeance, comme on a vu'' « communiqua le secret à des Avenelles, qui » trouva cet expédient fort bon; aussi était-il pro- » testant. » C'est donc, encore une fois, l'aflaire de la secte. Dans la suite de l'entreprise , Castelnau parle toujours du rendez-vous des protestants , et de la requête que les conjurés devaient présenter au roi , « pour être assurés par le moyen de cette re- » quête , qui se devait présenter pour la liberté de » leurs consciences , de quelque soulagement au » reste de la France^. » C'était donc pour la dernière fois une requête des protestants; mais il ne faut pas oublier que cette requête se devait présenter à main armée, et par des gens soutenus d'un secours de cavalerie, dispersée aux environs' : ce que le même Castelnau trouve avec raison « fort » étrange , et du tout contre le devoir d'un bon » sujet, principalement d'un Français obéissant et « fidèle à son prince , de lui présenter une requête » à main armée*. » Mais enfin le fait est constant, non-seulement par Castelnau , mais encore unani-
1. Sasn., t. 1, p. 514. — 2. Casteln., ch. 7, p. 16. — 3. Basn., 1. 1, p. 012. — 1, Idem, p. S. — 5. Vnr., liv. X, »i. 30. — 6. Ch. 8, 9. — 7. Th. xxiii, t. I. p. 675. — 8. Liv. il, c. 1, p. 25.
moment parmi les auteurs, sans en excepter les protestants; et cependant ce n'est pas là une rébellion, ni une entreprise de la Réforme, si nous en croyons M. Basnage.
Mais, dira-t-il , dans cette requête, on demandait aussi le soulagement du peuple. Il n'y a donc qu'à le demander à main armée, pour être innocent, et la Réforme sera lavée d'une rébellion si ouverte, à cause qu'à la manière des autres rebelles, ceux-ci l'auront revêtue d'un prétexte du bien public? Mais qui ne voit au contraire que les plus noirs attentats deviendraient légitimes par ce moyen, et que le comble de l'iniquité c'est de donner un beau nom au crime"?
Mais, dit-on, il y entra quelques catholiques. Quoi donc? quelques mauvais catholiques entraînés dans un parti de protestants le feront changer d'esprit , de dessein et de nom même ? On oubliera que le chef du parti était un prince huguenot; que la Renaudie huguenot en était l'âme ; que le ministre Chandieu était son associé; que ceux à qui on se fiait étaient de même secte ; que les huguenots composaient le gros du parti ; que l'action devait commencer par une requête pour la liberté de conscience'; qu'après la conjuration découverte, l'Amiral , interrogé par la reine sur ce qu'il y avait à faire pour en prévenir les suites, ne lui proposa que la liberté de conscience^? On oubliera tout cela , et on aura tant de complaisance pour les protestants, qu'on croira la conjuration entreprise pour toute autre fin.
Mais l'affaire fut découverte par deux protestants, qui se repentirent d'y être entrés'? Il y eut deux hommes fidèles dans tout un parti. Donc il est absous. Qui fit jamais un raisonnement si pitoyable?
Il ne sert de rien de nous dire encore que les conjurés avaient protesté de ne point attenter sur la vie du roi, ni des personnes royales'. Car aussi aurait-on pu espérer de trouver autant qu'il fallait de conjurés, en leur\déclarant un dessein si exécrable? Mais enfin , sans attenter sur la vie du roi , n'étaitce pas un crime assez noir que d'entrer dans son palais à main armée , soulever toutes ses provinces, le mettre en tutelle, se rendre maître de sa personne sacrée et de celle des deux reines , sa mère et sa femme , jusqu'à ce qu'on eût fait tout ce qu'on voulait? M. Basnage dissimule toutes ces cboses, parce qu'elles ne souH'rent point de repartie , et croit la Réforme assez innocente , pourvu qu'elle soit exempte d'avoir attenté sur la vie du roi. Mais qui répondait aux complices, de ce qui pouvait arriver dans un si grand tumulte, et de toutes les noires pensées qui auraient pu entrer dans l'esprit d'un prince devenu maître de son roi et de tout l'Etat? Gomment peut-on justifier de tels attentats? et n'est-ce pas se rendre sourd à la vérité éternelle, qui établit l'ordre des empires, et consacre la majesté des souverains?
C'est se moquer ouvertement après cela , que de dire qu'on voulait tout faire contre les princes de Guise et dans tout le reste par l'ordre de la jiistice et par les Etats genérau.v'^. Mais si le roi ne voulait pas les convoquer? si les Etats, plus religieux que les protestants, refusaient de s'assembler au nom
1. Liv. II, T-h., XXV, 675. — 2. Thuan., p. 676. Casl., l. ii, )i. 24. B«:., 111,264. — 3. Basn., rtîrf. —4. /litm. — 5. Bam-, 514, 515.
DEFENSE DE i:i[[STOIItE DES VAIUATIONS
ilii prince de Gondô, qui ne pouvait les convoquer (ju'en se faisant roi; qu'aurail-on fait? Les conjurés auraient-ils posé les armes et remis non-seulement le roi et les reines, mais encore les princes de Guise en liberté? On insulte à la foi publi(iue, lorsqu'on s'imagine pouvoir persuader au monde de tels contes. Aussi l'histoire dit-elle nettement, que sans hésiter on aurait massacré le duc de Guise et son frère le cardinal , s'ils ne promettaient de se retirer de la Cour et des alTaires'. On sait le nom de celui qui s'était chargé de tuer le duc- : et après un si beau commencement, qui peut répondre de tous les excès où se serait emporté un peuple appAté de sang? Telle fût la résolution que fit prendre la Renaudie dans l'assemblée de Nantes, après avoir invoqué le nom de Dieu. Car Bèze sait bien remarquer que c'est par là qu'il commença' : après cela tout est permis; et pourvu qu'on donne à l'assemblée un air de Réforme, on peut destiner des assassins il qui l'on veut, fouler aux pieds toutes les lois , forcer le roi dans son palais , et mettre en feu tout le royaume.
XVIII. La conjuration expressément approuvée par la Réforme. Témolgnaçje de Bèze, dissimulé par M. liasnaije, comme toutes les autres choses oîi il n'a rien à répondre. — Que si à la fin on est forcé d'avouer que celte conjuration est un crime abominable , il faut avouer encore avec la même sincérité que c'est un crime de la Réforme , un crime entrepris par dogme, par une expresse délibération de jurisconsultes et de théologie7is protestants , comme l'assure M. de Thou en termes formels''; un crime approuvé des ministres et en particulier de Bèze , qui en fait l'éloge dans son Histoire ecclésiastique^. Les passages en sont rapportés dans le livre des Variations^ : le prince de Gondé , selon Bèze', est un héros chrétien pour avoir en cette occasion postposé toutes choses au DEVOIR qu'il acait à sa patrie, à Sa Majesté et à son sang : la province de Saintonge est louée d'avoir fait so.N DEVom comme les autres : combien qu'une si JUSTE entreprise, par la déloyauté de quelques hommes, ne succédât comme on le désirait. Ainsi ces réformateurs renversent tout : ils appellent justice une affreuse conspiration; et déloyauté le remords de ceux qui se repentent d'un crime ; ils sanctifient les attentats les plus noirs, et ils en font un decoir, tant pour les princes du sang, que pour les autres sujets.
M. Basnage a vu cet endroit de Bèze dans Vllistoire des Variations, et il fait semblant de ne le pas voir. C'est sa perpétuelle coutume : ce ministre croit tout sauver, en dissimulant ce qui ne souffre point de repartie; en récompense, il soutient que parmi les consultants qui autorisèrent la conjuration , il y avait des jurisconsultes papistes : du moins il n'ose avancer qu'il y eut des théologiens de notre religion, ni démentir M. de Thou qui n'y admet que des prolestants. Mais si le minisire veut mettre des nôtres parmi les jurisconsultes, i|u'il les nomme : qu'il nomme un seul autour catholique qui ail approuvé celle entreprise , comme nous lui nommons Bèze qui en fait l'éloge. Mais pourquoi lui nommer
1. r/iwan.,675. — 2. Brant., Vie de Guise. LeTMbour. Addit. à Casleln., T. i, l. i, p. 39S.— 3. Liv. ui ,i5i. — 4. Thunn., 670. —5. Hisl. eccles., m, p. 251. — fi. Var., liv. x, n. 26. — 7. Idem, p. 31.3.
ce réformateur et les autres de môme temps? Je nomme à M. Basnage, M. Basnage lui-même, et je lui demande devant Dieu quel intérêt il peut prendre à excuser, comme il fait, une si noire entreprise, si la Réforme , comme il le prétend , n'y a point de part?
XIX. Dernière défaite de la Réforme : Calvin mal justifié par M. Basnage. — Enlin, pour dernière excuse , on nous dit que plusieurs des chefs du parti improuvôrenl ce dessein. M. Bayle nomme l'Amiral, à qui on n'osa jamais le confier, et s'il l'eût su, dit Brantôme, il aurait bien rahravé les conjurateurs et révélé le tout'. Calvin même, qui sut l'entreprise, dit M. Basnage^, déclara une et deux fois qu'il en avait de l'horreur, et il le prouve par ses lettres que j'ai aussi alléguées dans VHisloire des Variations^ : mais si Calvin et l'Amiral ont en effet el de bonne foi détesté un crime si noir, comment ose-t-on aujourd'hui le justifier? Qui ne voit ici qu'on se moque , et qu'il n'y a dans les réponses des ministres, ni sincérité ni bonne foi? Calvin, je l'avoue, improuva beaucoup l'entreprise, après qu'elle eût manqué , el s'en disculpe autant qu'il peut : mais si Bèze avait remarqué dans le fond el dès l'origine qu'elle lui eut paru criminelle plutôt que mal concertée , en aurait-il entrepris si hautement la défense? Y avait-il si peu de concert entre ces deux chefs de la Réforme sur la règle des mœurs, et sur le devoir des sujets? Bèze aurait-il proposé comme une chose approuvée par les plus doctes théologiens , ce que Calvin aurait délesté jusqu'à en avoir de l'horreur? Calvin tenait-il un si petit rang parmi les théologiens de la Réforme? M. Basnage , selon sa coutume , dissimule tout cela , el se contente de dire que M. de Meaux fait éclater soji injustice contre Calvin d'une manière trop sensible''. Pourquoi? Parce que je dis que ce prélenilu réformateur, à prendre droit par luimême, agit trop mollement en cette occasion, el qu'il devait dénoncer le crime ^. Mais l'Amiral lui en donnait l'exemple, puisqu'on vient de voir qu'il était en disposition de tout révéler, s'il l'eut su : il ne fallait pas qu'un réformateur sut moins son devoir qu'un courtisan. M. Basnage devait répondre à celle raison , avant que de m'accuser d'une injustice si sensible envers Calvin. Mais il ne pénètre rien , et ne fait que supprimer les difilcultés. Cependant, comme s'il avait satisfait à celle-ci, qui esl si pressante et si clairement exposée dans ['Histoire des Variatio7is, il demande avec un ton de confiance : Que pouvait faire Calvin qu'il n'ait fait? Ce qu'W pouvait! Rompre absolument l'entreprise , en la faisant déclarer au roi ou à la justice. L'ordre des empires le veut : la loi éternelle l'ordonne : si Calvin en ignorait les règles sévères, pourquoi prenait-il le litre de réformateur ? Il était Français, et faisait semldant de conserver dans Genève, les sentiments d'un bon citoyen et d'un bon sujet". Quand donc il l'en faudrait croire, et se |)crsuader sur sa parole qu'il a fait véritablement tout ce qu'il raconte après que le coup a failli, toujours de son aveu propre il demeurera impliqué dans le crime , puisqu'il Fa su sans le révéler. Lorsqu'on sait un complot d'assassinat, on n'en est
1. Var.,liv. x, n. 33. —2. P. 516. — 3. Var., liv. x, n. 33. — 1. Baan., ibid. — 5. Var., ibid.— 0. V' A«er(., n. fil.
CONTRE LA REPONSE DE M. RASNAGE
pas quille pour l'iuiprouver : il faut avertir celui qui est en péril; et en matière d'Elat, il faut du moins faire entendre au coupable que s'il ne se désiste d'un si noir dessein contre son roi et sa patrie, on en avertira le magistrat : autrement on y participe. El voilà le chef de la Réforme, quoi qu'en dise M. Basnage, complice nianifeslemenl, selon la loi éternelle, du crime des conjurés.
XX. Que Cakiii a autorise les guerres civiles et la rébellion, et que M. Basnage l'en défend mal. — Il l'a été beaucoup davantage des guerres civiles. Que diriez-vous d'un docteur, si écrivant à un chef de rebelles ou de voleurs , qui se glorifierait d'être son disciple; au lieu de lui faire sentir l'horreur de son crime, il lui prescrivait seulement comme à un homme autorisé par le public, les lois d'une milice légitime? C'est précisément ce qu'a fait Calvin. J'ai rapporté une lettre qu'il écrit au baron des Adrets ', le plus ardent et le plus cruel de tous les chefs de la Réforme. Dans cette lettre il ne blâme que les violences, la déprédation des reliquaires, et les autres choses de celle nature faites sans l'autorité publique. Mais il se garde bien de lui dire que le titre même du commandement qu'il usurpait, était destitué de cette autorité : par conséquent que la guerre, entreprise de cette sorte, était non-seulement dans ses excès , mais encore dans son fond , une révolte, un attentat, et en un mot un brigandage plutôt qu'une guerre légitime. Au lieu de lui reprocher son impiété à tourner ses armes intldèles contre sa patrie et contre son prince , il se contente de lui dire , comme saint Jean faisait aux soldats légitimement enrôlés sous les étendards publics : -Ye faites point de violence , et contentez-vous de votre paie-. Les catholiques et les protestants concluent d'un commun accord de cette décision de saint Jean, avec saint Augustin elles autres Pères, que la guerre sous un légitime souverain est permise : puisque saint Jean n'en reprenant que les excès, il s'ensuit qu'il en approuve le fond. Mais, par la même raison, on démontre manifestement à Calvin qu'il autorisait la guerre civile. I\L Basnage répond premièrement, qu'on ne dit pas toujours tout dans une lettre^, et que Calvin avait assez expliqué ailleurs^ qu'il fallait obéir aux rois lors même qu'ils étaient méchants et indignes de porter le sceptre. Le ministre voudrait nous donner le change. La question n'était pas s'il fallait obéir aux mauvais rois. La Réforme ne prenait pas pour prétexte de sa révolte leur injustice en général, mais en parliculier la seule persécution : c'était donc contre cette erreur que Calvin la devait munir pour lui ôler les armes des mains, et il fallait lui montrer qu'à l'exemple de l'ancienne Eglise, on doit obéir même aux princes persécuteurs. C'est ce que devait faire un réformateur : mais c'est de quoi Calvin ne dit pas un mot dans le passage allégué par notre ministre; et s'il eut eu ce sentiment dans le cœur, il le fallait expliquer en écrivant à un chef de la révolte; car c'est le cas d'appliquer les grandes maximes au fait particulier, et d'instruire à fond de ses ^devoirs, celui qu'on entreprend d'enseigner.
Mais M. Basnage répond en second lieu'' : « que
1. Var., liv. X, n. 35. — 2. Luc, m. U. — 3. Idem , 516. — 4. Coin., Insl. IV, c. 20, arl. 23. — 5. Mem.
1) c'était assez entreprendre conlre le baron des » Adrets, que de vouloir d'abord réprimer sa fu- » reur. On n'obtient rien, poursuit-il, quand on » demande beaucoup. » Je vous entends, iL Basnage : en effet , c'est trop demander à la Réforme que de lui prescrire de poser les armes qu'elle a prises contre sa patrie. Mais si Calvin n'eût rien obtenu , si ses disciples avaient persisté contre son avis dans une guerre criminelle, la protestation qu'il eut faite contre leur infidélité, eût servi de témoignage à son innocence. Je crois ici que M. Basnage se moque en son cœur de notre simplicité, de demander à Calvin de semblables déclarations. Ce n'est pas le style des ministres; nous trouvons bien dans Bèze les protestations qu'ils firent contre la paix d'Orléans : afin que la postérité fût avertie comme ils s'étaient portés dans celte affaire'. Mais des protestations conlre la guerre civile , on n'en trouve point dans leur histoire : ce n'était pas là leur esprit , ni celui de la Réforme.
XXL Protestation des ministres contre la paix d'Orléans : raison de M. Basnage pour la soutenir. — T*L Basnage ose soutenir cette protestation des ministres; mais la raison qu'il en rend, est admirable. « Les ministres, dit-il ^, avaient raison de » s'opposer à ce traité, puisque le prince voulait » les sacrifier à sa grandeur. «Sans doute, il valait bien mieux que les ministres le sacrifiassent à leurs intérêts avec toute la noblesse et le peuple qui le suivaient, et que toute laFrance fut en sang, plutôt que de blesser la délicatesse de ces docteurs, qui voulaient être les maîtres de tout. L'aveu au moins est sincère, « mais, poursuit M. Basnage, leurs » demandes étaient justes dans le fond , puisqu'ils » souhaitaient seulement qu'on observât un édit » qu'on leur avait donné : il ne s'agissait pas de » décider si la guerre était juste ou non. » Quelle erreur de prêcher la guerre , sans avoir auparavant décidé qu'elle était juste ! M. Basnage se moque-l-il, d'alléguer de telles raisons? Mais les ministres Jie songaient , continue-t-il, qu'à pourvoir à la sûreté de leurs troupeaux. Nous avons fait voir ailleurs' que le prince y avait pourvu , et que toute la question n'était que du plus au moins ; mais, en quelque façon qu'on le prenne, c'était donc un point résolu parle sentiment des ministres, que la guerre était légitime, puisqu'à quelque prix que ce fût , et aux dépens du sang de tous les Français , ils voulaient qu'on la continuât.
XXIL Trois raisons du ministre pour justifier les guerres de la Réforme : la première, qui est tirée du prétendu massacre de Vassy, est insoutenable. — Voyons maintenant les raisons par lesquelles notre auteur ose soutenir que cette guerre était juste : il les réduit à trois principales : la première, <( qu'il s'agissait de la punition du massacre de » Vassy commis par le duc de Guise, laquelle la » reine avec son conseil avait solennellement pro- » mise, malgré les oppositions du roi de Navarre » et du cardinal de Ferrare ; et qu'ainsi les protes- I) tants avaient droit de la demander, et de se plain- » dre si on ne la faisait pas\ » La seconde raison de M. Basnage, « c'est qu'on ne s'unissait que I' pour un édit que les parlements de France et les
1. Hist., t. II, liv. VI, p. 2S2; Var., liv. x, n. 47. — 2. Hist., t. II, liv. VI, p. 520. — 3. Var., liv. x, n. 47. — 4. P. 519.
DEFENSE DE L'HISiOUtE DES VAIiIATin.\S
» Etals avaient vériliô'. » La troisième, qui parait la plus vraisouililahlo, c'est que le prince, sous la conduite duquel la Uélornie se réunit, agissait par les ordres de la reine-régente : c'était donc lui qui était muni de l'autorité publique, cl il ne regardait le duc do Guise, qui était le chel'du parti contraire, que comme un }mrticulier contre lequel on avait droit de s'élever, comme contre un ennemi de l'Etal 2. Au reste , M. Basnage déclare d'abord « qu'il ne » prétend pas traiter cette matière épuisée par d'au- » très auteurs, et qu'il touchera seulement les ré- » llexions que M. de Meaux a faites. » Mais c'est justement ce qu'il oublie, sur le prétendu massacre de Vassij, ma principale remarque a été que ce n'était pas une entreprise préméditée , ce que j'établis en un mot^, mais d'une manière invincible, par le consentement unanime des historiens non suspects. Ma preuve est si convaincante, que M. Burnet s'y est rendu. Je lui avais fait le reproche d'avoir pris le désordre de Vassij pour une entreprise préméditée'' , et voici comme il y ré|)ond : « Il m'accuse » (M. de Meaux) de m'étre mépris sur le but du » massacre de "Vassy. Mais il n'y a rien dans l'an- » glais qui marque que j'aie cru que ce fût un des- » sein formé, et je ne suis responsable que de l'an- » glais^. » Je n'en sais rien, puisqu'il a donné à la version française une approbation si authentique. Quoi qu'il en soit, je le prends au mot, et je le loue de désavouer de bonne foi ce qu'il dit que son traducteur avait ajouté du sien. M. Basnage n'a qu'à l'imiter : puisqu'il le comble de tant de louanges, en lui dédiant sa Réponse, il ne doit pas avoir honte de suivre son exemple. Qu'il avoue donc de bonne foi que ce qu'on appelle le massacre de Vassy, ne fut qu'une rencontre fortuite, et que c'est un fait avéré par l'histoire de M. de Thou , et par celle de la Popelinière, auteurs non suspects : qu'il ajoute sur la foi des mêmes auteurs, que le duc de Guise lit ce qu'il put pour empêcher le désordre , et qu'ainsi c'était à la Réforme une manifeste injustice d'exiger par tant de clameurs, ensuite par une guerre déclarée, que, sans connaissance de cause et sur la seule accusation de ses ennemis, on le punit d'un crime dont il était innocent. Mais après tout , quand le duc de Guise serait aussi criminel que les protestants le publiaient, le faible du raisonnement de M. Basnage n'en est pas moins clair, puisque , mèrne en lui accordant tout ce qu'il demande, on voit qu'il ne conclut rien, et qu'enfin tout ce qu'il conclut, c'est que la reine avec son conseil ayant promis la punition de ce prétendu massacre, les protestants avaient droit de la demander, et de se plaindre , si nn ne la faisait. Mais qu'ils eussent droit de la demander par la force ouverte et par une guerre déclarée , ou de se plaindre les armes à la main; c'est précisément de quoi il s'agit : c'est ce qu'il fallait établir, pour justifier la Réforme. Mais M. Basnage lui-même ne l'a osé dire : il a senti la loi éternelle cjui lui criait dans sa conscience, qu'on renverse l'ordre du monde, lorsque des sujets entreprennent de se faire justice à eux-mêmes contre les plus criminels, et à plus forte raison contre un innocent.