‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 527 sur 545 · Var., liv. X · texte numérisé non relu

Var., liv. X

CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE

» vinces et dans toutes ses armées durant sa mino- » rilé. » C'est ce que portait l'acte de tutelle arrêté dans les Etats généraux : le fait est constant par l'histoire'. Cette réponse ferme la bouche aux protestants : aussi M. Basnage , qui avait promis de répondre à mes réflexions, demeure muet à celle-ci, comme il le fait dans tout son ouvrage à celles qui sont les plus décisives : on appelle cela répondre à {'Histoire des Varialio7is, comme si répondre était faire un livre, et lui donner un vain titre.

XXV. Le minisire impose à Vauleur des Variations, et ne répond rien à ses preuves. — Le ministre, qui passe sous silence un endroit si essentiel de ma réponse, en touche un autre, mais pour le corrompre. M. de Meaux soutient que le duc de Guise ne faisait rien que par l'ordre du roi'-. Il m'impose : il n'était pas même question des ordres du roi , qui était mineur, et qui avait à peine douze ans : je parle du roi de Navarre , et je dis , ce qui est certain , que le duc de Guise ne fit rien que par les ordres du roi^, comme il devait. Le ministre, qui n'a rien à dire à une réponse si précise, change mes paroles ; est-ce là répondre , ou se moquer et insulter à la foi publique? Il poursuit : « Maini- » bourg ne chicane point , et il avoue que la reine 1) écrivit coup sur coup quatre lettres extrêmement » fortes, où elle conjure le prince de Condé de con- » server la mère , les enfants et le royaume , en dé- » pit de ceux qui voulaient tout perdre*. » On dirait, à entendre le ministre, que je dissimule ces lettres; mais j'en rapporte tous les termes qu'il a relevés, et je reconnais que la reine les écrivit pour prier ce prince de vouloir bien conserver la mère et les enfants , et tout le royaume contre ceux qui voulaient tout perdre^. Est-ce chicaner sur ces lettres que de les rapporter de si bonne foi? Mais j'ajoute ce que vous taisez , M. Basnage : que la reine, qui écrivait en ces termes, et qui semblait vouloir se livrer avec le roi et ses enfants au chef d'un parti rebelle et aux huguenots, n'en avait pas le pouvoir : répondez, si vous pouvez; et si vous ne pouvez pas, comme vous l'avouez assez par votre silence , cessez de tromper le monde par une vaine apparence de réponse.

XXVI. Autre remarque sur les lettres de Catherine de Médicis : M. Basnage fait semblant de ne pas savoir l'état des choses. — J'avais fait une autre remarque qui n'était pas moins décisive ; que « ces » sentiments de la reine ne durèrent qu'un mo- » ment : qu'après qu'elle se fût rassurée, elle ren- » tra de bonne foi dans le sentiment du roi de Na- » varre, et qu'elle fit ce qu'elle put par de con- » tinuelles négociations avec le prince de Condé , » pour le ramener à son devoir. » Tous ces faits , que j'avais rapportés dans l'Histoire des Variations'', sont incontestables, et en ellet ne sont pas contestés par M. Basnage. J'ajoute encore, dans le môme endroit, que la reine écrivit ces lettres « en » secret par ses émissaires, de peur qu'en favori- » sant la nouvelle religion, elle ne perdit l'amitié » des grands et du peuple, et qu'on ne lui olàt » enfin la régence. » Ce sont les propres lermes de M. de Thou : et voilà ce qui fit prendre de meil-

1. T/man., l. i, lib. xxvi. "19. Edit. 1606. — 2. Basn., idem, 517.-3. Var., liv.^.n.iS—i. Basil. ,p 518. — 5. Var., liv. y.. — 6. Idem,- Thuan., t. ii, lib, xxix.

leurs conseils à cette princesse, que son ambition avait jetée d'abord dans des conseils désespérés. M. Basnage n'a rien à répondre , sinon que la reine changea , parce qu'elle se vit opprimée par les Guises qu'il fallut flatter^. Il dissimule que tout se faisait par les ordres du roi de Navarre, selon l'acte de tutelle autorisé par les Etats; et qu'à la réserve du prince de Condé et de l'Amiral, ce roi avait avec lui les autres princes du sang , les grands du royaume, le connétable et les principaux offlciers de la couronne, la ville et le parlement de Paris, les parlements, les provinces, et en un mot toutes les forces de l'Etat. M. Basnage oublie tout cela, et il appelle oppression les ordres publics : tout cela était les rebelles et les ennemis de l'Etat : et le prince de Condé fut le seul fidèle , à cause qu'il avait pour lui les huguenots seuls, et qu'il était à leur tète. Peut-on s'aveugler soimême jusqu'à cet excès, sans être frappé de l'esprit d'élourdissement?

XXVII. Suite des attentats de la Réforme, ml M. Basnage se tait. — Si l'on se souvient maintenant de ce qu'entreprit peu de temps après, et dans les secondes guerres , ce parti fidèle et si obéissant à la reine, on sera bien plus étonné. Il appela l'étranger au sein du royaume : il livra le Hàvre-de- Gràce, c'est-à-dire, la clef du royaume aux Anglais, anciens ennemis de l'Etat , et les consola de la perte de Calais et de Boulogne. Il n'y avait point là de lettres de la régente : elle fut contrainte de prendre la fuite avec le roi devant ce parti fidèle : on les attaqua dans le chemin au milieu de ce redoutable l>ataillon de Suisses : il fallut fuir pendant la nuit, et achever le voyage avec les terreurs qu'on sait : cependant ceux qui poursuivaient le roi et la reine, sans garder aucune mesure , étaient les fidèles sujets; et ceux qui les gardaient étaient les rebelles.

M. Basnage, qui se tait à tous ces excès, croit excuser la Réforme en nous alléguant en tout cas d'autres rébellions : il n'a que de tels exemples pour se soutenir. Mais toutes les rébellions sont faibles à comparaison de celle de la Réforme : les rois , pour ne pas répéter ici le reste, s'y sont vus assiégés dans leur palais , comme François II à Amboise, et au milieu de leurs gardes, comme Charles IX dans la fuite de Meaux à Paris. Quelle rébellion poussa jamais plus loin son audace? Oubliera-t-on cette réponse de Montbrun à une lettre où Henri III lui parlait naturellement avec l'autorité convenable à un roi envers son sujet? Que lui répondit ce fier réformé : « Quoi, dit-iP, le roi m'écrit » comme roi, et comme si je devais le reconnaître? » Je veux bien qu'il sache que cela serait bon en » temps de paix, et que lors je le reconnaîtrais » pour tel; mais en temps de guerre, qu'on a le » bras armé et le cul sur la selle, tout le monde est » compagnon. » C'est l'esprit qui régnait dans le parti; et je ne finirais jamais, si je commençais à raconter les paroles, et ce qui est pis, les actions insolentes des héros de la Réforme.

Si ce ne sont là des rébellions et des félonies manifestes, je n'en connais plus dans les histoires. Encore pour les autres révoltes, on en rougit; mais

1. Basn., p. 518. — 2. Brant. L. Lab., Add.it. aux Mém. de Casteln., tom. il, p. 643.

DEFENSE j)i; ]: Il istoihe des vmiimfoxs

pour celles-ci, on les soutient, on les loue, on les imite : il le faut bien , puisqu'elles ont été faites par religion , et autorisées par les synodes.

XXVIII. Le ministre lâche d'excuser lesijiwde national de Lyon. Deux articles de ce synode : le dernier, qui ne souffre pas la moindre réplique, est dissimulé par M. liasnaije. — M. Basnage ose le nier, et nous avons déjà dit que par-là il se réfute lui-même. Car si ces conjurations et ces guerres sont légitimes, pourquoi en rougir, et n'oser y faire entrer les synodes ! ilais c'est que l'iniquité se dément toujours elle-même : ces révoltes couvrent de honte ceux qui les soutiennent : ce sont de lionnes actions, disent les ministres, mais que chacun serait plus aise de n'avoir point faites , et dont on voudrait du moins pouvoir laver les synodes.

Le ministre le tente vainement , et il est encore plus faible et plus faux dans cet endroit de sa Réponse que dans tous les autres : on le va voir. La pièce la plus décisive contre la Réforme est un décret du synode national de Lyon en 1563, dès l'origine des guerres. Nous en avons produit deux articles, que, malgré leur ennuyeuse longueur, je ne craindrai pas de remettre encore devant les yeux du lecteur. Car il faut une fois confondre ces infidèles écrivains, qui osent nier les faits les plus constants. J'ai donc produit deux articles de ce synode' : le XXWIII'-', où il est écrit « qu'un mi- » nistre de Limosin , qui autrement s'était bien » PORTÉ, a écrit à la reine-mère, qu'il n'avait jamais » consenti au port des armes, jaçoit qu'il y ait con- » senti et contribué : item , qu'il promettait de ne » plus prêcher, jusqu'à ce que le roi le lui permet- » trait. Depuis, connaissant sa faute, il en a fait » confession publique devant tout le peuple , et un » jour de Cène en la présence de tous les ministres » du pays et de tous les fidèles : on demande s'il » peut rentrer dans sa charge? On est d'avis que » cela suffit ; toutefois : il écrira à celui qui l'a fait » tenter, pour lui faire connaître sa pénitence : et » le priera-t-on qu'on le fasse entendre a la reine, » et là où il adviendrait que le scandale en arrivât » à son Eglise : et sera en la prudence du synode » de Limosin de le changer de lieu. »

L'autre article du même synode, qui est le XLVIII'^, n'est pas moins exprès : « Un abbé venu, » dit-on, à la connaissance de l'Evangile, a brûlé » ses titres, et n'a pas permis depuis six ans qu'on » ait chanté messe en l'abbaye , ains s'est toujours » porté fidèlement, et a porté les armes pour inain- » tenir l'Evangile : il doit être reçu à la Cène, » conclut tout le synode national.

Voilà qui est clair : il n'y faut point de notes, ni de commentaires : c'est le décret d'un synode national, qu'on a en forme authentique avec tous les autres; c'est l'acte d'un de ces synodes, où, selon la discipline de nos réformés, se fait la suprême et finale résolution, tant au dogme qu'en la discipline; et il n'y a rien au-dessus dans la Réforme : tout y enseigne, tout y autorise, tout y respire la guerre et la désobéissance. Que fera ici M. Basnage? ce que font les avocats des causes déplorées : ce que lui-même il fait partout dans sa Réponse, comme on a vu , et comme on verra dans toute la suite. C'est de passer sous silence ce qui ne souf-

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