‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 529 sur 545 · liain., l. II, art. vi, ;<. 51S, et Jurieu · texte numérisé non relu

liain., l. II, art. vi, ;<. 51S, et Jurieu

CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE

annonces-lu ma justice , et portes- tu mon alliance (ians la bouche.'' Tu as haï la discipline, et lu as rejeté ma parole loin de loi : tu t'es joint avec les voleurs' : ou ce qui n'est pas moins impie : Tu as augmenté le nombre des rebelles, et tu as allumé dans ta patrie le tlamboau de la guerre civile : Ta bouche a abondé en malice, et ta langue a été adroite à forger des fraudes, pour engager dans la révolte ceux qui écoutaient tes discours. Quoi de plus juste en cet état, que d'abdiquer le ministère dont on aurait abusé contre son prince , et du moins de ne le reprendre qu'avec sa permission '? Mais , ce qui ferait l'édilication d'une vraie Eglise, fait un scandale dans la Réforme : il faut que toutes les Eglises du parti , il faut que la reine même sache qu'on se repent d'avoir eu la guerre civile en horreur; et il ne reste que ce moyen-là d'être maintenu dans le ministère. Voilà comme M. Basnage sauve son Eglise et le synode national de Lyon. M. Jurieu est plus sincère ; il a tâché comme les autres, de déguiser autant qu'il a pu le fait des guerres civiles ; lorsqu'il a vu qu'on savait le décret du synode national, il a reconnu la vérité; mais aussi en même temps il a repris son audace , qu'il n'avait quittée que pour un moment : et , dit-il^, M. de Meaux doit savoir que nous ne nous faisons pas une honte de ces décisions de nos synodes. Voilà deux ministres bien opposés ; l'un accorde ce que l'autre nie : l'un est contraint d'avouer que le synode approuve la prise des armes, et soutient qu'il a eu raison de le faire : l'autre, qui ne s'est pas encore durci le front jusqu'à croire que les synodes doivent autoriser de tels excès, ne se sauve qu'en niant un fait constant: mais la Réforme demeure toujours également confondue, soit qu'elle craigne d'avouer ce fait honteux, ou qu'elle ait l'audace de le soutenir.

XXX. Synodes des Vaudois. Vain triomphe de M. Basnage qui m'accuse d'avoir falsifié M. de Thou et la Popeiinière , pendant que c'est lui-même qui les tronque. — La question est terminée par ces seuls décrets d'un synode si solennel, et si suivi dans tout le parti. Mais j'ai encore d'autres synodes à produire, et ce sont ceux des Vaudois calvinisés, en l'an 1560.

C'est ici que M. Basnage semble triompher, puisqu'il se vante d'avoir prouvé que je cite faux, et voici comment. « On tâche, dit-iP, en passant d'Alle- » magne dans les vallées de Piémont, d'y trouver » quelque ombre de rébellion. » Que le lecteur attentif prenne garde à ces paroles : on lâche, c'est de moi qu'il parle, de trouver dans les vallées quelque ombre de rébellion ; il n'y a donc eu dans ces vallées, selon le ministre, ni aucun attentat contre le prince, ni pas même une ombre de rébellion. D'où viennent donc tant de sièges , tant de combats , et tant de sang répandu '? Mais sans encore entrer dans ce détail , que M. de Thou et la Popeiinière racontent si amplement; que répondra-t-on au traité transcrit mot à mot par ces historiens', dont voici le commencement : Capitulation et articles dernièrement accordés entre M. de Raconis de la part de Son Altesse, et ceux des vallées de Piémont, appelés Vaudois. Il en rapporte les paroles et conclut ainsi ; Que l'on expédiera lettres-patentes de Son Altesse par

1. Ps. xi.ix.— 2. Jiir., Letl. m. — i. BasH., Il.purt., c. VI, ;). -UU. — 4. La Pop., t. I, liv. 7, /". 253.

B. — T. III

lesquelles il constatera qu'il fait rémission et pardon à ceux des vallées d'Angrogne , et des autres qu'il nomme toutes, tant pour avoir pris les armes contre Son Altesse, que contre les seigneurs et gentilshommes particuliers [à qui ces lieux appartenaient], lesquels il reçoit et tient en sa sauvegarde particulière. Voilà, ce me semble, toutes les vallées spécifiées avec assez de soin , qui toutes ensemble demandent pardon d'avoir pris les armes contre leurs seigneurs et contre leur prince souverain. Cependant, à entendre notre ministre, il n'y a pas eu parmi les Vaudois une ombre de rébellion , et c'est en vain que ^L de Meaux tâche d'y en trouver le moindre vestige. Ce traité, que j'ai tiré de la Popeiinière est raconté en un mot, mais toujours dans le même sens, par M. de Thou , puisqu'il dit qu'on fit un traité d'amnistie , par lequel le prince pardonnail à ses sujets des Vallées tout ce qui s'était passé da7is les guerres'. Cependant M. Basnage m'insulte comme si j'avais faussement cité ces deux auteurs.

Je rapporterai ses paroles, afin qu'on voie une fois ce qu'il faut croire de son jugement et de sa sincérité. « Les Vaudois, dit AL de Meaux, avaient » enseigné tout nouvellement cette doctrine (qu'on » pouvait armer contre son prince); et la guerre fut » entreprise dans les Vallées contre les ducs de » Savoie qui en étaient les souverains-. » Je reconnais mes paroles, et il est vrai que je donne pour garants M. de Thou et la Popeiinière, deux historiens non suspects. Ecoutons sur cela M. Basnage : « On cite M. de Thou pour le prouver : mais il dit » précisément le contraire de ce que JL de Aleaux 1) lui fait dire. Il est vrai, poursuit M. Basnage', )i que les ministres permirent aux Vaudois de re- » pousser la violence de quelques soldats qui s'at- » troupaient pour les piller. Car il est permis de » s'armer contre des voleurs. Mais quand les ar- » niées du duc de Savoie commandées par un chef » s'approchèrent , M. de Thou dit qu'on délibéra » s'il était permis de prendre les armes contre son » prince pour la défense de la religion , et que les » syndics et les pasteurs des Vallées décidèrent que » cette défense n'était point permise ; qu'il fallait » se retirer sur les montagnes, et se reposer sur la » bonté de Dieu qui n'abandonnerait pas ses en- » fants : et il remarque comme une espèce de pro- » dige, qu'après cette décision il n'y en eut pas un I) seul qui ne quittât ses maisons et ses biens au » lieu de les défendre. » Ainsi, conclut le ministre, « on ne peut parler d'une manière plus contraire à » M. de Meaux. » Il est vrai , si ces belles résolutions avaient duré. Mais le ministre déguise d'une étrange façon ce qu'ajoute M. de Thou. « Il ajoute , » dit AL Basnage, que dans la suite quelques mi- » nistres varièrent, s'imaginanl qu'on pouvait se » défendre , parce qu'il ne s'agissait point de la re- » ligion , mais de la conservation de ses femmes et » de ses enfants, qui allaient être immolés à la » violence des persécuteurs; et que d'ailleurs on ne » faisait pas la guerre à son souverain , mais au « Pape qui était l'auteur de cette violence. Jlais , «continue M. Basnage, ces raisons, qui étaient » soutenues par les mouvements de la nature, ne » furent point suivies, et on demeura dans la pre-

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