‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 530 sur 545 · Tliuan., t. 11, Ub. xxvii.p. IS. —2. Pag. 410. —3. Idem · texte numérisé non relu

Tliuan., t. 11, Ub. xxvii.p. IS. —2. Pag. 410. —3. Idem

DEFENSE DK I/HISTOIUK DES VARIATIONS

» mièrc décision. La Popelinière rapporte précisé- I) nient la même chose que M. de Thou : et ces » deux historiens font voir que M. de Mcaux est » souvcraincmcnl injuste dans ses accusations. »

Où me cachcrai-je, si j'ai falsifié si honteusement les deux iiisloriens que je produis? Mais aussi que répondra M. Basnage, si c'est lui qui les a tronqués? La chose n'est pas douteuse , puisqu'il ne fallait que continuer un moment la lecture de M. de Thou, pour y trouver, trois pages après', « que les pas- » leurs d'Angrogne changèrent d'avis, et résolu- » rent d'un commun consentement qu'on défendrait >> dorénavant la religion par les armes. »

Après une si honteuse dissimulation de M. Basnage , où un passage si clair est entièrement retranché de l'histoire de M. de Thou , il n'y aura plus que les aveugles, qui ne verront pas que les ministres, lorsqu'ils nous répondent , ne songent qu'à faire dire qu'ils ont répondu, et entretenir la réputation du parti, sans au reste se mettre en peine de répliquer rien de sincère ni de sérieux. Ne laissons pas de faire voir à M. Basnage la conduite des nouveaux martyrs dont il nous vante la constance. M. de Thou lui apprendra que celte courageuse résolution de tout perdre jusqu'à sa vie-, plutôt que de résister à son souverain, ne dura que peu de jours, puisqu'un peu après l'armée du duc de Savoie s'élanl avancée sous la conduite du comte de la Trinité , les habitants prirent les armes qu'ils avaient auparavant rejetées; qu'ils combattirent jusqu'à la nuit, résolus de maintenir leur religion jusqu'au dernier soupir; qu'ils envoyèrent demander secours à ceux de Pérouse , et même à ceux de Pragelas dans le royaume de France : que le comte de la Trinité, craignant de les pousser au désespoir, les porta à entrer en quelque accommodement; qu'ils présentèrent une requête au prince , où ils lui promettaient une prompte et inviolable fidélité, et lui demandaient pardon pour ceux qui avaient pris les armes par une extrême nécessité et comme par désespoir, le suppliant de leur laisser la liberté de leurs consciences' ; que les députés n'ayant rapporté de la part du duc , que des ordres qui parurent trop rigoureux à ceux de Lucerne et de Bobbio, ils écrivirent à Pragelas et aux autres vallées du royaume de France , pour leur demander conseil et secours'' : qu'il se fit un traité entre eux de s'entresecourir mutuellement, sans jamais pouvoir traiter d'accommodement les uns sans les autres : que les habitants enllés du succès de ce traité, résolurent de refuser les conditions imposées par le duc, et désavouèrent leurs députés qui les avaient accordées : que pour confirmer l'alliance par quelque entreprise mémorable, ils pillèrent les Vallées voisines, et sous prétexte d'aller entendre le sermon dans une église, en renversèrent les autels et les images; qu'un corps de troupes du duc, qui venaient exécuter le traité que les députés des Vallées avaient conclu , trouvèrent au lieu de la jtaix qu'ils attendaient, tous les habitants armés, qui les poussèrent jusque dans la citadelle, où ils les contraignirent de se rendre à discrétion; et qu'enfin le comte de la Trinilé étant venu à Luccrnc avec son armée, et ayant mis garnison dans Saint-Jean , ce

1. Tlinan., l. ii, lilj. xxvir, ?>■ IS- — 2- Tdem, p. \2. — 3. Il,iit., p. 13. —\.lljid.,p. 14.

fut alors qu'on chanoea d'avis, comme on a vu, et qu'après avoir conclu qu'on prendrait les armes contre le duc, on confirma l'accord arrêté avec ceux de Pragelas.

M. Basnage a raison de dire que la Popelinière a raconté précisément la même chose'. Voilà comme ces deux auteurs disent positicement le contraire de ce que M. de Meaux en a rapporté. Les Vaudois de l'obéissance de Savoie, par le commun avis de leurs pasteurs, ont renoncé à la patience et au martyre, dont d'abord ils avaient eu quelque idée : ceux de Pragelas, sujets du roi, qui font de telles confédérations avec des étrangers sans la permission de leur prince, ne sont pas moins criminels; et voilà tout ce qui restait de Vaudois, coupables manifestement de la rébellion, dont le ministre avait entrepris de les excuser, jusqu'à dire qu'on n'en trouva pas même l'ombre parmi eux.

XXXI. Réflexion importante sur ces falsifications du ministre. — Cependant c'était ici cette réponse dont on me menaçait il y a deux ans; et qui devait me convaincre d'énormes infidélités. Les ministres ne manquent pas de se vanter les uns les autres, et ils éblouissent les simples par cet artifice. M. Jurieu a publié qu'on saurait IJien me montrer que j'avais falsifié beaucoup de passages dans ['Histoire des Variations , sans néanmoins en marquer un seul. Dans sa petite critique de trente-six pages, M. Burnet, qui se vante d'avoir détruit toute mon histoire, ajoute qu'une belle plume, et trop belle à son gré pour la matière oïl elle s'emploie, me fera voir mon peu de sincérité. A la vérité ces messieurs n'ont pas voulu se charger de cette recherche , et M. Burnet me passe tous les faits que j'ai rapportés sur sa Réforme anglicane et sur son Granmer, aussi bien que sur ses autres héros ^, sans en contredire aucun : aussi ne le peut-il pas , puisque je les ai pris de lui-même. La gloire de découvrir mes prétendues faussetés dans la conduite variable, dont j'ai convaincu la Réforme, était laissée à M. Basnage, qui répète aussi à toutes les pages que je n'ai rien vu par moi-même : que j'ai suivi en aveugle mes compilateurs, en relisant tout au plus les endroits qu'ils m'avaient marqués, sans considérer tout le reste, et qu'aussi je suis convaincu de faux par tous les auteurs que je produis : mais c'est principalement dans le fait des guerres civiles, qu'il prétend m'avoir convaincu de ces honteuses falsifications; et son frère, qui fait ce qu'il peut dans son Histoire des ouvrages des savants, pour lui préparer un théâtre favorable , a remarqué en particulier que c'est sur les guerres de France et d'Allemagne, qu'on accuse M. de Meaux de bien des infidélités^. On a vu les principales dont on m'accusait, et on peut juger maintenant de la sincérité de M. Basnage.

Ce ministre, trop aisément ébloui par la belle résolution que les Vaudois avaient fait paraître , n'a pas voulu passer outre, ni pousser plus loin son récit. La décision des Vaudois était en elïet plus forte encore que M. Basnage ne nous l'a représentée ; puisqu'au lieu de dire simiilemenl que la défense n'était pas permise contre son prince ,

1. /'();)., liv. vu. — 2. Burn., Crit. di;s Var , n. xi , p. 32. — .'i. Hist. des ouv. des sav., mois de Dec, 1089, Janvier et Fév. loao, p. 250.

CONTRE LA UÉPONSE DE M. BASNAGE

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M. de Thou leur fait dire : loin qu'on put défendre sa maison et ses biens, qu'il n'était pas même permis de défendre sa vie contre son souverain. Mais ces courageuses maximes , si promptement démen- i lies par des maximes contraires, ne servent qu'à justifier ce que j'ai dit des variations de la Réforme, qui, d'une part, a été forcée par la vérité, à reconnaître ce qu'on doit au prince et à la patrie, et de l'autre y a renoncé par d'expresses décisions.

On peut voir encore en cette occasion ce qu'on doit attendre de notre ministre sur l'Histoire des Albigeois et des Vaudois, où il prend le ton de vainqueur, d'une manière qui, à ce qu'on dit, a ébloui tout le parti : mais j'espère qu'il faudra bientôt déposer cet air superbe; et dès à présent on peut voir combien l'histoire vaudoise est inconnue à cet auteur, en la reprenant dès son origine , puisqu'il en ignore même ce qui s'est passé du temps de nos Pères , jusqu'à nous donner les Vaudois de ce dernier temps, comme des gens où l'on cherche en vain une ombre de rébellion, et leurs Barbes comme des docteurs qui n'ont jamais varié dans une partie si essentielle de la doctrine chrétienne.

XXXII. Autres synodes et assemblées ecclésiastiques dans la Réforme pour autoriser la révolte. — Après leur décision qui fut prononcée en 1561, toute la Réforme retentit de décrets semblables, où la domination fut ravilie, et la majesté blasphémée. En 1562 une assemblée tenue à Paris , où étaie?it les principaux de l' Eglise, résolut qu'on prendrait les armes, sila nécessité amenait les Eglises à ce point*. C'est Bèze qui le raconte dans son Histoire ecclésiastique^. Pour excuser l'Eglise de cet attentat, M. Basnage fait semblant de vouloir douter, si ces principaux de l'Eglise étaient ecclésiastiques , ou plutôt laïques^. Sans doute, il y avait beaucoup de laïques, puisque les assemblées de la Réforme les plus ecclésiastiques sont composées d'anciens, c'està-dire de purs laïques, plus que de ministres. Mais enfin s'il y eût de l'ordre dans cette assemblée, où la question proposée regardait la religion et la conscience, les ministres y devaient tenir le premier rang : et sans s'arrêter à ces chicanes de M. Basnage, Castelnau , dont il loue l'histoire, nous apprend qu'au commencement de la guerre civile, « les huguenots firent assembler le synode général » en la ville d'Orléans, où il fut délibéré des moyens » de faire une armée, d'amasser de l'argent, lever 1) des gens de tous côtés , et enrôler tous ceux qui ■) pourraient porter les armes. Puis ils firent pu- » blier jeûnes et prières solennelles par toutes leurs » églises, pour éviter les dangers et persécutions » qui se présentaient contre eux*. »

Qu'on dise encore que ce synode général n'était pas une assemblée ecclésiastique, ou qu'on n'y approuva pas la prise des armes contre le roi et la patrie. On n'en demeura pas là : il se tint encore un synode à Saint-Jean-d'Angély où la question étant proposée « s'il était permis par la parole de Dieu » de prendre les armes pour la liberté de conscience, » et pour délivrer le roi et la reine, contre ceux qui 0 violaient les édits, et contre les perturbateurs du 1) repos public, il fut décidé qu'on le pouvait^. »

1. Var., liv. x, n. 47. — 2. Liv. vi, p. 6. —3. T. i, //. part., ch. VI, p. 519. — 4. Mém. de Caslttnau, l. m. — 5. Thu., t. ii , l. XXX, 7). 101, an. 1562.

Laissons à part les prétextes qui ne manquent jamais à la révolte, et dont aussi nous avons vu la vanité. Enfin le fait est constant, et un synode résolut, par la parole de Dieu, que des sujets peuvent armer sans ordre du prince, et se soulever contre lui, sous prétexte de le délivrer. Car on voulait le tenir captif entre les bras des princes du sang, à qui les Etats généraux l'avaient confié , et dans le sein, pour ainsi parler, de son parlement et de sa ville capitale. C'était là qu'il était captif selon la Réforme , et il eût été entièrement libre entre les mains du prince de Condé et des huguenots. Le synode le décide ainsi , et afin que rien ne manque à l'iniquité, la parole de Dieu y est employée. La même chose fut résolue dans un synode de Saintes, pour raffermir ceux qui doutaient « si cette guerre » était licite, attendu que le roi et la reine sa mère » ayant l'administration du royaume par les Etats , » et le roi de Navarre, lieutenant général représen- » tant la personne du roi, tenaient le parti con- » traire'. » Voilà du moins le fait bien posé, et on supposait la régente bien revenue de l'erreur, où son ambition inquiète l'avait plongée. Elle tenait le parti contraire, et demeurait bien unie avec le roi de Navarre , représentant la personne du roi par l'autorité des Etats. Mais le prince de Condé son cadet, avait lui seul plus d'autorité que tout cela, parce qu'il se disait réformé, et qu'il était le chef du parti : en sorte que ce synode, où il y avait soixante ministres, résolut par la parole de Dieu (sans laquelle on ne résout rien dans la Réforme) que la guerre n'était pas seulement permise et légitime , mais encore absolument nécessaire : ce qui fut ainsi décidé, pour user de leurs propres termes, toutes objections et doutes bien débattus par tout droit divin et humain. Voilà, ce me semble , assez de synodes , assez d'assemblées , et assez de décrets pour autoriser la guerre civile; et néanmoins on en vint encore à la résolution du synode national de Lyon, que nous avons rapportée, qui confirma et exécuta toutes les résolutions précédentes, en leur donnant la dernière force qu'elles pouvaient recevoir dans le parti. Et après cela je suis un faussaire d'accuser toute la Réforme d'avoir entrepris la guerre civile par principe de religion, et en corps d'Eglise.

XXXIII. Bèze et les autres ministres inspirent la guerre et la révolte au parti. — Il n'y a encore qu'à se souvenir des décisions de Calvin : Il n'y a qu'à rappeler celles de Bèze, qui se glorifie « d'a- » voir averti de leur devoir, tant en public par ses » prédications, que par lettres et de parole, tant i> M. le prince de Condé , que M. l'Amiral et tous » autres seigneurs et gens de toutes qualités , fai- » saut profession de l'Évangile, pour les induire à » maintenir par tous moyens à eux possibles, l'au- » torité des édits du roi et l'innocence des pauvres » opprimés : et depuis, poursuit ce réformateur, il )) a toujours continué dans la même volonté, exlior- » tant toutefois un chacun d'user des armes en la » plus grande modestie qu'il est possible, et de » chercher après l'honneur de Dieu , la paix sur » toutes choses, pourvu qu'on ne se laisse déce- » voiR^. » C'est assez, en autorisant la révolte, que

1. Thu., ibid. La Pop., l. vin , f. 332. — 2. Ci-dessus, n. 20. Var., liv. X, n. 47. Bti., Hist., liv. vi.

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DEFENSE DR i:i[ISTOIHI' DES VAlilATIOXS

d'y recommander la modeslie; comme si on pouvait èlre à la t'ois el modeste et rebelle contre son roi.

Les ministres étaient si ardents à prêcher la guerre, que les Rochelois, résolus au commencement à demeurer dans l'obéissance , furent contraints de chasser Ambroise Faget, dont les prêches séditieux les animaient à prendre les armes. Le l'ait est constant par Aubigné' et par d'autres historiens. Il l'allail bannir les ministres, lorsqu'on voulait demeurer dans son devoir; et nous avons vu qu'on ne put conclure la paix après le siège d'Orléans, qu'en excluant les ministres de toutes les délibérations-. Il ne faut donc plus demander si l'assemblée de Paris, où l'on résolut de prendre les armes , était gouvernée par les ministres; et la protestation qu'ils publièrent contre celte paix, fit bien voir de qui venaient les conseils de la guerre.

X.XXIV. Lettre de la prétendue Eglise de Paris à la reine Catherine. — Je ne dois pas omettre ici la lettre que la prétendue Eglise de Paris écrivit à la reine Catherine^, parce qu'elle est d'un style extraordinaire envers une reine , et confirme admirablement tout ce qu'on a vu de l'esprit de la Réforme. Elle fut écrite en 156,0, un peu avant la condamnation d'Anne du Bourg : et la lettre porte « que si on attentait plus outre contre lui et les » autres chrétiens, il y aurait grand danger de trou- » blés et émotions, et que les hommes pressés par « trop grande violence, ne ressemblassent aux eaux » d'un étang, la chaussée duquel rompue, les eaux Il n'apportaient par leur impétuosité, que ruine et 1' dommage aux terres voisines ; non , poursui- » valent-ils, que cela avlnt par ceux qui dessous 1) leur ministère avaient embrassé la réformation de » l'Evangile; car elle devait attendre d'eux toute I) obéissance, mais pour ce qu'il y en avait d'autres » en plus grand nombre cent fois, qui connaissant » les abus du Pape , et ne s'étant encore rangés à la • discipline ecclésiastique, ne pourraient souffrir » la persécution; de quoi ils avaient bien voulu » l'avertir, afin qu'avenant quelque méchef, elle ne .) pensât icelui procéder d'eux. »

Bèze nous a conservé cette lettre, et on y remar- ((ue deux choses contraires. En apparence , on y promettait une obéissance inviolable. Le royaume n'a rien à craindre , disent les ministres , de ceux qui se sont soumis à leur ministère : il n'y a que ceux des Réformés qui ne se sont pas encore rangés ;\ la discipline, qui 7ie pourront sou/frir la persécution : les autres , à les ouïr, sont à toute épreuve. Voilà parler en sujets , à qui la loi éternelle fait sentir leur devoir. Mais ils ne demeurent pas longtemps sur ce ton soumis : on les aurait crus trop endurants; et ils ajoutent aussitôt après qu'il y en a beaucoup d'autres parmi eux, de qui tout est à craindre, jusriu'aux plus grands excès et jusqu'aux débordements les plus furieux : ainsi, ils diront si vous voulez avec saint Paul, pour exagérer leur patience : Nous sommes comme des brebis destinées à la boucherie* : mais, si vous les pressez , ils tiendront bientiH un autre langage, et vous diront hardiment : Ne vous y trompez pas : nous ne sommes pas si brebis ni si patients que vous pourriez croire : il est vrai qu'il y en a parmi nous dont vous

1. ti». m, c. 6. — 2. Ci-dessus, H. 20, 21. —3. De:., liv. ui, II. 227. —4, Rom-, viii, 30.

n'avez rien à craindre : mais le nombre en est petit : le nombre des emportés est cent fois plus grand. Que ne devait-on craindre de cette Réforme? Au lieu que les premiers chrétiens disaient aux empereurs et à tout l'empire, comme on a vu dans le précédent Avertissement' : Vous n'avez rien à craindre de nous : ceux-ci écrivent à la reine ; Tout est à craindre. Leurs menaces ne furent pas vaines : tôt après on les vit suivies de la conjuration d'Amboise , de la prise universelle des armes , des décrets de trente synodes qui les autorisaient : tout, et peuples et ministres mômes, et synodes et consistoires, passa aux rangs de ces âmes indisciplinées dont on avait menacé la reine : on vit cette prétendue Eglise de Paris, qui promettait selon l'Evangile une soumission à toute épreuve, sonner le tocsin pour animer toutes les autres à la guerre; et les ministres qui avertissaient que les peuples comme les eaux d'un étang, pourraient enfin rompre leurs digues, furent les premiers à les lever.

Cette seule lettre est capable de pousser à bout les Jurieu, les Burnet, les Rasnage, et en un mettons les écrivains delà Réforme. Car d'un côté, la prétendue Eglise de Paris promet une obéissance à toute épreuve et malgré la persécution; ce qu'elle n'aurait pas fait, si elle ne s'y fût sentie obligée par la règle de la vérité : de l'autre elle menace le roi en la personne de la reine sa mère , et lui fait en effet la guerre un an ou deux ans après. Que diront donc les ministres? qu'il est permis de prendre les armes contre son roi"? la prétendue Eglise de Paris les confond par ses promesses : que leur parti est demeuré dans la soumission? la même prétendue Eglise les dément par ses menaces : que la Réforme n'a point varié dans ce dogme si essentiel à la tranquillité publique? on voit toutes les variations dont nous l'avons convaincue, ramassées dans une seule lettre, où, en même temps qu'elle établit la loi de l'obéissance, elle y déroge d'abord par ses discours menaçants , toute prête à l'anéantir par les actions les plus sanguinaires.

XXXV. Pratique des assassinats dans la Réforme autorisée par les ministres. — M. Basnage entreprend de justifier la Réforme de l'assassinat du duc de Guise; et d'abord il réussit mal pour l'Amiral. « On lui fait un crime, dit-iP, d'avoir ouï quelque- » fois parler du dessein d'assassiner le duc de » Guise , sans s'y être opposé fortement. » Il supprime le principal chef de l'accusation. L'Amiral n'est pas seulement convaincu d'avoir ouï quelquefois parler de cet assassinat ; il avoue lui-même que l'assassin lui a découvert lui-même son dessein en partant d'auprès de lui pour l'exécuter; et que loin de l'en détourner, il lui donna de l'argent pour se monter, et pour vivre dans l'armée du roi, où il allait le commettre. C'est une complicité manifeste : c'est non-seulement nourrir l'assassin, mais lui fournir des moyens pour exécuter son traître attentat. Bèze nous a conservé la déclaration où se trouve cet aveu formel de l'Amiral ^ M. Basnage le tait parce qu'il n'a rien à y ré|iondre; mais avec tous ses artifices, il n'a pu dissimuler deux faits décisifs : l'un que l'Amiral a su le crime : l'autre qu'il n'a voulu ni détourner ni découvrir le criminel.

1. V' Avertis., n. 13. — 2. Basn.,n. 522. — 3. Bêze , liv. vi; Var., liv. x, n. 54, 55.

CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE

C'en est assez pour le condamner, selon la loi éternelle qui met au rang des coupables ceux qui consentent au crime , et ne prennent aucun soin de l'empêcher. L'Amiral, dit M. Basnage', l'avait fait autrefois : je le veux, quoique je ne le sache que de la bouche de l'Amiral même qui s'en vante; mais en tous cas, il devait donc continuer à bien faire, et à satisfaire à une loi dont il avait reconnu la force. Mais, ajoute M. Basnage, ce qui l'empêcha de découvrir cet assassinat, c'est que le duc de Guise aiait attenté à sa personne. C'est l'Amiral qui le dit, et le dit seul et le dit sans preuve : je l'ai fait voir dans l'Histoire des Variations^ : M. Basnage le dissimule, et il croit le crime du duc de Guise sur la seule déposition de son ennemi'. Ce n'est pas ainsi que je procède, et j'ai convaincu l'Amiral par l'aveu de l'Amiral même. Mais après tout, et quoi qu'il en soit , la justice chrétienne soulTre-t-elle qu'on permette d'attenter sur son ennemi, ni qu'on laisse périr son frère pour qui Jésus-Christ est mort , en lui permettant de courir à la trahison et au meurtre, sans seulement se mettre en peine de l'en détourner, pour ne pas dire, en lui fournissant de l'argent et du secours ? Mais je fais nos prétendus réformés d'une conscience trop délicate sur l'assassinat. On sait assez que d'Andelot ne s'excusa que faiblement du meurtre commis en la personne de Charri ; l'Amiral son frère n'en fut non plus ému qne lui* : ces messieurs voulaient bien qu'on sût qu'il ne faisait pas bon s'attaquer à eux, et que leurs amis ne leur manquaient pas dans le besoin ; et le meurtre ne leur était rien, pourvu qu'on ne put pas les en convaincre dans les formes. Ce ne sont pas là des soupçons , ce sont des assassinats bien avérés dans l'histoire. La prédiction d'Anne du Bourg coûta la vie au président Minard^. M. Basnage m'a demandé si j'étais assez crédule pour m'imaginer que Julien l'Apostat ait été tué par un ange ; je pourrais bien à mon tour lui demander, s'il est si crédule que de croire que du Bourg ait été prophète, ou que quelqu'un des esprits célestes ait tué Minard. La Réforme était toute pleine d'anges semblables. Les deux compagnons du président n'échappèrent à leurs mains que par hasard : mais Julien Freme ne s'en sauva pas : « il portait, dit Castelnau^, des » mémoires et papiers pour faire le procès à plu- » sieurs grands protestants et partisans de cette » cause. » Il en mourut : les anges de la Réfirme ne manquèrent pas leur coup à cette fois, et l'envoyèrent avec le président Minard.

Je me suis senti obligé à remarquer ces assassinats dans l'Histoire des Variations , et je suis encore contraint de répéter : si la Réforme s'en fâche, je veux bien m'en taire à jamais, pourvu enfin qu'elle cesse de nous tant vanter ses héros et sa feinte douceur. M. Basnage nous veut faire accroire que tous ces meurtres infâmes, et même celui de Poltrot, fut hautement désavoué par les chefs du parti'' : il ne fut que faiblement désavoué, comme on a vu*, puisque l'Amiral en avoue assez pour se déclarer complice. Il n'y a qu'à revoir l'Histoire des Variations, pour en demeurer convaincu. Pour Bèze, je lui fais justice, et je reconnais que

1. Basil. — 2. Var., idem. — 3. Basn., idem. — 4. Brant., Le Lab., addit., l. i, (. i, p. 388. — 5. Tar., liv. x, «. 51. — 6. Cast., l, I, ch. 5, i>. 9. —7. Basn., n. 521. — 8. Var., liv. x, n. 54, 55.

Poltrot, après l'atoir accusé d'abord, persista jusqu'à la mort à le décharger ' . M. Basnage le répète, et prouve parfaitement bien ce que personne ne lui conteste; mais en récompense il ne dit mot sur ce qui charge la Réforme de tous ces crimes : c'est que Poltrot et les autres s'en expliquaient hautement, sans que personne les en reprit : ce qui montre combien la Réforme était indulgente à ces pieux assassinats. J'ai aussi reproché à Bèze l'approbation qu'il avait donnée à l'entreprise d'Amboise, sans comparaison plus criminelle que le meurtre de Poltrot^. Ce traître pouvait-il croire que ce fût un crime de massacrer le duc de Guise , après avoir vu tout le parti entrer par conjuration dans un semblable dessein contre ce prince, avec l'approbation des plus doctes théologiens de la Réforme, et de Bèze lui-même, qui en trouve, comme on a vu', le dessein très-juste? C'est à quoi il fallait répondre; mais le ministre ne l'entreprend pas. J'avais encore ajouté, ce qui est hors de tout doute, que Bèze devant l'action , ne fit rien pour l'empêcher, encore qu' il ne pût pas l'ignorer, puisque la déclaration en était publique ; et qu'après qu'elle eût été faite , il n'oublia rien pour lui donner toute la couleur d'une action inspirée. Pour en être entièrement convaincu , il ne faut que lire l'Histoire des Variations , et voir en même temps le profond silence de M. Basnage.

XXXVI. M. Burnet critique en vain les Variations : son ignorance sur le droit français est de nouveau démontrée. — J'ai satisfait ce ministre sur ce qui regarde la France, et le lecteur peut juger si son livre, où il laisse sans réplique ce qu'il y a de plus convaincant, et où il déguise le reste avec des faussetés si évidentes , mérite le nom de Réponse. Il ne faut pas laisser croire à M. Burnet , que sa petite critique sur l'Histoire des Variations soit meilleure. Il s'ofTense du juste reproche que je lui ai fait , de parler des affaires de France comme un protestant entêté et un étranger mal instruit. Je fais plus, car je lui fais voir qu'il a pris pour le droit français, les murmures et les libelles des mécontents. Gomment s'en peut-il laver, puisqu'après avoir été si bien averti , il tombe encore dans la même faute? Il ne faut qu'entendre sa critique, où il parle ainsi : « Si, dit-il''. M. de » Meaux s'était donné la peine de parcourir le » XXIIP livre de M. de Thou, qui traite de l'admi- » nistration desaflaires sous François II, il y aurait » trouvé tout ce que j'ai allégué concernant les opi- » nions des jurisconsultes français. » Sans doute, je l'aurais trouvé, mais dans des libelles sans nom. Car, continue notre docteur, « M. de Thou fait un » long extrait d'un livre écrit sur la fin du mois » d'octobre de l'an 1559 contre la part qu'une » femme et des étrangers , prenaient au gouverne- » ment du royaume. » Il est vrai que tout cela se trouve dans cet extrait, et on y trouve encore « que » les rois de France ne sont en âge de régner par « eux-mêmes qu'à vingt-cinq ans^. » Mais on y trouve en même temps , que ce livre qu'on fait tant valoir, est un libelle sans nom d'auteur, qu'on sema parmi le peuple pour l'émouvoir, et que M. de Thou a rapporté comme un fidèle historien, de même

1. Var., liv. x, n. 55. — 2. Idem. ■ 4. Cril., p. 35. — 5. Idem , 634.

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