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DEFENSE DE ];il[STOIliE DES VAIUATWNS
qu'il a rappnrli'' dans lo môme endroit, « les dis- >' cours licencieux qu'on répandait artiliciousemcnl " parmi le peuple, sous prétexte de détendre la » liberté publique. » Voilà les jurisconsultes de M. Burnel, et les sources où il a puisé les maximes du droit public des Français.
XXXVII. Suite de la conviction de M. Burnet, qui vient au secours de la Réforme. — Mais puisque cent ans après que tous ces petits écrits sont dissipés, et que l'histoire en a reconnu la malignité, M. Burnet se met encore à la tète de ses réformés pour les défendre, venons au fond. C'est un fait constant que François II était reconnu pour majeur dans tout le royaume : la reine sa mère présidait à ses conseils : Antoine, roi de Navarre, premier prince du sang, qui fut sollicité de troubler le gouvernement, ne se laissa pas ébranler, non plus que les autres princes du sang ' : le seul prince de Condé, que ses liaisons avec l'Amiral et les huguenots rendaient suspect dès lors, lit quelques démarches qui n'eurent aucun effet, et qu'on traita de séditieuses : tout était tranquille : on murmurait contre les princes de Guise , comme on fait contre les autres favoris bons ou mauvais : que sert ici de parler des prétextes dont on se servit? le fond était que les mécontents voulaient obliger le roi à former son conseil à leur gré. Cependant on ne niait pas que le duc de Guise n'eût sauvé l'Etat en plusieurs rencontres, et qu'au grand bonheur de la France il n'eût été bien avant dans les afl'aires, sous le règne précédent. Metz et Calais sont des témoins immortels de son zèle pour le bien de l'Etat : on s'obstinait néanmoins à lui trouver le cœur étranger malgré ses services, et encore que la branche d'où il était issu eût fait tige en France. Quoi qu'il en fût , ce qui décidait contre les auteurs du libelle, c'est que le gouvernement était reconnu par les armées et par les provinces, dans toutes les compagnies et dans tous les ordres du royaume ; en sorte que les affaires allaient leur train sans contradiction jusqu'au tumulte d'Amboise, auquel tous ces libelles préparaient la voie.
Tous ces faits sont bien constants dans notre histoire, et en particulier dans celle de M. de Thou. Disons plus : M. Burnet ne nie pas lui-même que dès l'an 1.374 il n'y eût une ordonnance de Charles V, surnommé le Sage, et en elTet le plus avisé et le plus prévoyant de tous nos rois, qui réglait les majorités à quatorze ans, ou pour mieux dire à la quatorzième année. Notre auteur fait semblant de croire que cette ordonnance ne fût pas suivie; mais c'est nier, non quelques faits particuliers, mais une suite de faits si conslanls, qu'il n'y a pas moyen de les désavouer; puis(|u'on sait non-seulement que cette ordonnance de Charles V a été souvent conlirmée par ses successeurs , mais encore dans le fait que toutes les minorités arrivées depuis, ont été réglées sur ce pied-là. Et d'abord Charles VI, fils de Charles V, fut déclaré majeur à l'âge qui y était porté. Les autres rois jusqu'à Charles VIII étaient venus à la couronne en âge viril : mais Charles VIII avait seulement treize ans et demi à la mort de Louis XI son père. Cependant il fut ordonné dans les Etats de Tours^, qu'il n'y aurait au-
1. Thuan., xxiii , p. 620. — 2. Du Tillet , Chron. abrei). des rois de France.
cun régent en France : sa personne fut confiée à madame de Beaujcu sa sœur aînée, de quoi Louis, duc d'Orléans, ne fut pas content; mais la majorité du jeune roi n'en fut pas moins reconnue. Après les règnes de Louis XII, de François I«r et de Henri II, François II fut le premier qui tomba dans le cas de l'ordonnance de Charles V, et encore qu'il n'eût que quinze ans, il fut naturellement et sans aucune contradiction reconnu majeur, conformément aux derniers exemples de Charles VI et de Charles VIII, où l'autorité des Etats généraux avait passé. La maxime était si constante, qu'elle fut suivie sans difficulté sous Charles IX, frère et successeur de François II, qui fut aussi sans contradiction, déclaré majeur dans sa quatorzième année, et gouverna son royaume par les conseils de la reine sa mère, qui avait été régente. Car pour les reines, que l'auteur sans nom du libelle séditieux voulait exclure absolument du gouvernement, il en était démenti par les exemples des siècles passés. Les régences, quoique malheureuses, de Frédegonde et de Brunehaud, ne laissent pas de faire connaître l'ancien esprit de nos ancêtres dès l'origine de la monarchie; et sans ici alléguer les autres régences, celle de la reine Blanche était en vénération à tous les peuples. Il y avait tant d'autres exemples anciens et modernes d'une semblable conduite, qu'on ne pouvait les nier sans impudence. Ainsi le gouvernement n'eut rien d'extraordinaire ni d'irrégulier sous François II, et M. Burnet n'a pu l'improuver qu'en préférant les libelles aux ordonnances, et les cabales aux conseils publics.
XXXVIII. M. Burnet falsifie le passage de M. de Thou dont il se prévaut contre Du Tillet. — C'est ainsi que Du Tillet, reconnu par tous les Français pour le plus savant et le plus tidèle interprète du gouvernement de France , est devenu odieux à cet auteur, à cause qu'il était du parti royal : il voudrait même nous faire accroire que M. de Thou censure Du Tillet, et favorise son adversaire^ ; mais il ne faut que ce seul endroit pour découvrir la mauvaise foi de M. Burnet, puisque, loin d'avoir censuré le livre de Du Tillet, M. de Thou lui donne au contraire ce grand éloge : n que ce livre qu'on » avait blAmé dans le temps qu'il fut publié , en » haine de ceux de Guise pour qui il fut fait, fut rap- » pelé en usage par le chancelier de l'IIospital du- » rant la minorité de Charles IX , et élevé à un si 1) haut point d'autorité, qu'on lui donna rang parmi » les ordonnances de nos rois^. » Ce qu'il dit, que ce livre de Du Tillet fut rappelé en usage, c'est qu'ayant été imprimé d'abord par ordre du roi , les cabales le décrièrent ; mais la face des choses étant changée, connue parle M. de Thou', et l'expérience ayant fait voir que ceu.T qui voulaient s'attirer l'autorité (durant la minorité des rois), avaient ■mis par leur ambition dans un extrême péril l'Etat divisé de factions; tout le monde connut clairement qu'il en fallait revenir aux maximes que Du Tillet avait établies par tant d'ordonnances et tant d'exemples : et en effet, après la décision d'un aussi grave chancelier que Michel de l'Hospilal , ce qu'avait écrit cet auteur passa pour inviolable parmi nous , comme tiré des archives et des registres publics , i|u'il avait maniés longtemps avec autant de lidôlilé