Cr(£., r- 37. — a. Idem, p. 3i
mal que celles de France. Addition notable à l'ilis- ToiRE DES V.^EiATiONs. — Il ne peut rester aucun doute sur les révoltes de la Réforme en France : et les palliations de M. Burnet sont aussi faibles pour les excuser, que celles de M. Basnage; mais peutêtre qu'il aura mieux réussi à colorer les rébellions de son pays. C'est ce qu'il est bon d'examiner pendant que nous sommes sur cette matière. Il est constant dans le fait, que l'esprit de sédition et de révolte parut en Ecosse comme en France et partout ailleurs , dés que la nouvelle Réforme y fut portée. Elle se contint comme en France sous les règnes forts, tel que fut celui de Jacques V. Comme en France, elle s'emporta aux derniers excès sous les faibles règnes et dans les minorités, telle que fut celle de Marie Stuart, qui avait à peine six jours lorsqu'elle vint à la couronne. Une si longue minorité, et l'absence de la jeune reine qui était en France , où elle épousa le dauphin François , donnèrent lieu aux réformés de son royaume de tout entreprendre contre elle. Ils commencèrent à s'autoriser par l'assassinat du cardinal David Béton, archevêque de Saint-André, et primat du royaume. Il est constant, de l'aveu de tous les auteurs, et entre autres de M. Burnet*, que le prétendu martyre de Georges Vischard , un des prédicants de la Réforme, donna lieu à la conjuration par laquelle ce cardinal perdit la vie. On répandit une opinion qu'il était digne de mort pour avoir fait mourir Vischard contre les lois^; que si le gouvernement n'avait pas assez de force alors pour punir, c'était aux particuliers à prendre ce soin, et que les assassins d'un usurpateur avaient de tout temps été estimés dignes de louanges. C'est ce que raconte M. Burnet. On reconnaît le génie de la Réforme , qui a toujours de bonnes raisons pour se venger de ses ennemis , et usurper la puissance publique. Les conjurés, prévenus de ces sentiments, entrèrent dans le château du cardii'ial , et l'ayant engagé à leur ouvrir la porte de sa chambre où il s'était barricadé , ils le massacrèrent sans pitié. Ainsi ils joignirent la perfidie à la cruauté. « La mort de Béton, dit M. Bur- » net, fit porter des jugements assez opposés. Il se » trouva des personnes qui voulurent justifier les » conjurés, en disant qu'ils n'avaient rien fait que » tuer un voleur insigne. D'autres , bien aises que » le cardinal fût mort, condamnaient pourtant la i> manière dont on l'avait assassiné , et y trouvaient » TROP DE PERFIDIE ct dc cpuauté. » S'il y en eut eu un peu moins , l'alfaire aurait pu passer. C'est sur , cet acte sanguinaire que la Réformation a été fondée en Ecosse : et il est bon de remarquer, comment il est raconté dans un livre imprimé à Londres, qui a pour titre : Histoire de la Réformation d'Ecosse^. Après s'être saisis du château et de la chambre du cardinal, par la perfidie qu'on vient de voir, les conjurés « le trouvèrent assis » dans une chaire qui leur criait ; Je suis prêtre, i> je suis prêtre, ne me tuez pas! Jean Leslé sui- » vanl ses anciens vœux , frappa le premier, et lui » donna un ou deux coups, comme fit aussi Pierre « Garmichaelle. Mais Jacques Malvin, homme d'un
«NATUREL DOUX ET TRÈS -MODESTE , CroyaUt qu'ils
» étaient tous deux en colère, les arrêta en disant :
1. Hist. de la Réf.. t. i, liv. m, p. 461 el suiv. — 2. Burn., idem. — 3. Hisl. de la Réf. d'Ecosse. A Londres, 1614, p. 72.
DHFKNSK DE L'IIISTOIRE DES VARIATlOyS
I) (Jet œuvre cl jugemeiil de Dieu doil éli-e fail avec » une plus grande gravilé. Alors prcsenlant la » pointe de l'épte au cardinal, il lui dit : Repens- » loi de la mauvaise vie passée , et en particulier » d'avoir répandu le sang de ce notable instrument » de Dieu, Georges Vischard, qui, consumé par le » feu devant les hommes , crie néanmoins ven- » geance contre loi; et nous sommes envoyés de » Dieu pour en faire le châtiment. Car je proleste » ici en présence de mon Dieu, que ni la haine de » la personne , ni l'amour de tes richesses , ni la » crainte d'aucun mal que lu m'aurais pu faire en » particulier, ne m'ont porté ou ne me portent à » te frapper; mais seulement parce que tu as été » et que lu es encore un ennemi obstiné de Jésus- » Christ et de son Evangile. Ensuite il lui donna » deux ou trois coups d'épée au travers du corps. » On n'avait jamais vu encore de douceur ni de modestie de celte nature, ni la pénitence prèchée à un homme en cette forme , ni un assassinat si religieusement commis. On voit combien sérieusement tout cela est raconté dans l'Histoire de la Réformation d'Ecosse. C'est en effet par cette action , que les réformés commencèrent à prendre les armes; et on lui donne partout dans cette histoire, l'air d'une action inspirée pour l'honneur de l'Evangile. Tout le monde fut persuadé que les ministres étaient du complot : mais pour ne raconter ici que les choses dont M. Burnel demeure d'accord , il est certain que les conjurés s'étant emparés du château où ils avaient fait le meurtre, et y ayant soutenu le siège pour éviter la juste vengeance de leur sacrilège , quelques nouveaux prédicateurs allèrent s'y réfugier avec eux'. Cette marque d'intelligence et de complicité est manifeste. Les coupables du même crime cherchent naturellement un môme refuge. Mais il faut voir de quelle couleur M. Burnel a voulu couvrir celte honteuse action de ses prédicants. « Ces nouveaux prédicateurs, dit-iP, » lorsque le coup eût été fait , allèrent véritable- » ment se réfugier dans le château où les assassins » s'étaient mis à couvert; mais aucun d'eux n'é- » tait entré dans cette conjuration , pas même par » un simple consentement; et si plusieurs tâchè- » rent ensuite de pallier l'énormilé de ce crime, je » ne trouve point qu'aucun entreprit de le jusli- » fier. » On voit déjà deux faits constants : l'un , que ces nouveaux prédicateurs eurent le môme asile que les meurtriers; et l'autre qu'ils pallièrent l'énormité du meurtre. Voilà, de l'aveu de M. Bur- ' net, les premiers fruits de la Réforme : on y pallie selon lui les crimes les plus énormes. Hé! que voulaient-ils qu'ils fissent? qu'ils donnassent ouvertement leur approbation , pour se rendre exécrables à tout le genre humain? C'est ainsi que la Réforme commence. Tout ce qu'on peut dire en faveur de ses auteurs , c'est qu'en palliant les assassinats les plus barbares , ils n'en étaient pas venus jusqu'à l'excès de les approuver ouvertement. M. Burnel ajoute que « comme ces nouveaux » prédicateurs appréhendèrent que le clergé ne » vengeât sur eux la mort de Béton , ils se retirè- » rent dans le château » où ils s'étaient réfugiés. C'est, en voulant les excuser, achever de les convaincre. Car Je demande, quand a-l-on vu des in-