Dur.. Hist. delà Kéf. — 2. Idem
nocenls se ranger volontairement avec les coupables? et si, au lieu de se disculper ou de se mettre à couvert de la vengeance publique, ce n'est pas là au contraire en se déclarant complice, l'irriter davantage? Quel exil ne devait-on pas plutôt choisir qu'un asile si infâme, et pouvait-on s'éloigner trop de gens si indignes de vivre? Cependant M. Burnel raconte lui-même qu'un nommé Jean Rnugh , un de ces nouveaux prédicateurs de l'Evangile , prit sa roule en Angleterre' ; mais ce fut à cause qu'il ne put souffrir la licotce des soldats de la garnison, de qui la vie faisait honte à la cause dont ils se couvraient : c'est-à-dire à la Réforme. Ce ne fui ni l'assassinat commis avec perfidie sur la personne d'un cardinal et d'un archevêque, ni l'audace de le défendre par les armes contre la puissance publique, qui liront horreur à ce prédicant, mais seulement la licence des soldats : il aurait toléré en eux l'assassinai et la rébellion , si le reste de leur vie eût un peu mieux soutenu le titre de réformés qu'ils se donnaient. Au surplus, et lui et les autres docteurs de la Réforme se joignirent aux meurtriers, et ils cherchèrent des excuses à leur crime.
Je trouve au nombre de ceux qui se joignirent à ces assassins, Jean Knox, ce fameux disciple de Jean Calvin, et le chef des réformateurs de l'Ecosse-. On le croit auteur de l'Histoire de la Réformation d'Ecosse , où l'on vient de voir l'assassinat étalé avec autant d'appareil et d'aussi belles couleurs qu'on aurait pu faire les actions les plus approuvées. Il est bien constant d'ailleurs que Jean Knox se rétira comme les autres prédicants dans le château avec les meurtriers; et tout ce qu'on dit pour l'excuser, c'est qu'il ne s'y mit avec eux qu'après la levée du siège : comme si , en quelque temps que ce fût, je ne dis pas un réformateur, mais un homme de bien, n'eût pas dû avoir en horreur les auteurs d'un crime si énorme, et les éviter comme des monstres. Les plus zélés défenseurs de ce chef de la Réforme d'Ecosse demeurent d'accord que cette action est insoutenable. M. Burnet n'a osé la remarquer, et il dissimule encore ce que raconte Buchanan, et après lui ^L de Thou', que Jean Knox reprenait ceux du château, des viols et des inlleries qu'ils faisaioit dans le voisinage : mais sans qu'on ailreraarquc que jamais, non plus que Jean Rough, il leur ait dit le moindre mot de leur assassinat.
Il aurait trop démenti sa propre doctrine. Car c'est lui qui dans ce fameux Avertissement à la noblesse et au peuple d'Ecosse , ne craint point d'écrire ces mots* : « J'assurerai hardiment que les genlils- » hommes, les gouverneurs, les juges et le peuple » d'Angleterre, devaient non-seulement résister à » Marie, leur reine, celle nouvelle Jézabel, dès lors » qu'elle commença à éteindre l'Evangile, mais en- » core la faire mourir avec tous ses prêtres cl tous » ceux qui entraient dans ses desseins. » Qui doute donc qu'avec ces principes un tel homme ne dût approuver le meurtre du cardinal Béton , puisqu'il aurait même approuvé celui de la reine d'Angleterre et de tous ses prêtres, non-seulement depuis qu'elle eût puni du dernier supplice les auteurs de la Réforme, mais encore dès le moment qu'elle commença à la vouloir supprimer?
1. But:, p. 463. — 2. Buch., l. xv; Thuan., t. in. — 3. Thuan., idem. —i. Jo. Knox Admon. ad nob. ei pop. Scoi.
CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE
Tels ont été les sentiments des auteurs, et, comme on les appelle dans le parti, des apôtres de la Réforme, bien éloignés en cela comme en tout le reste, des apôtres de Jésus-Christ. Ce Jean Knox est encore celui dont le violent discours anima tellement le peuple réformé de Perlh à la sédition , qu'il en arriva des meurtres et des pilleries par toute la ville, que l'autorité de la régente ne put jamais apaiser. Depuis ce temps, la révolte ne cessa de s'augmenter : la reine n'eut plus d'autorité, qu'autant, dit M. Burnet, qu'il plut à ses peuples de dépendre de ses volontés : ils secondèrent les desseins de la reine Elisabeth, et on sait jusqu'où ils poussèrent leur reine Marie Sluart.
On trouve, dans V Histoire d'Ecosse, qu'après qu'elle eût été condamnée à mort, le roi , son flls , ordonna des prières pour elle; mais tous les ministres refusèrent de les faire. Il crut que la religion dont la reine faisait profession pouvait les empêcher d'obéir à ses ordres, et dressa lui-même cette formule de prière : Qu'il plût à Dieu l'éclaircir par la lumière de la vérité , et la délivrer du péril où elle était. Il n'y eut qu'un seul ministre qui obéit, à la réserve de ceux qui étaient domestiques du roi : les autres aimèrent mieux ne prier pas pour la conversion de leur reine, que de demander à Dieu qu'il la délivrât du dernier supplice auquel ils la voyaient condamnée.
Ils ne furent pas plus tranquilles, sous le roi Jacques , son fils , qui crut être échappé des mains de ses ennemis, plutôt que de ses sujets , lorsque l'ordre de la succession l'appela de la couronne d'Ecosse à celle d'Angleterre. Tout le monde sait ce qu'il dit des puritains ou presbytériens, et de leurs maximes toujours ennemies de la royauté. Enfin il eût cru trouver la paix dans son nouveau royaume d'Angleterre , s'il n'y eût pas trouvé cette secte, et le môme esprit que Jean Knox et Buchanan avaient inspiré aux Ecossais. Mais enfin, les puritains qui en étaient pleins, ont dominé en Angleterre comme en Ecossej ils ont fait souflrir au fils et au petit-fils de ce roi, ce qu'on sait et ce qu'on voit. L'Angleterre a oublié ce qu'elle avait conservé de meilleur de l'ancienne religion ; et il a fallu, comme nous l'avons montré ailleurs', que la doctrine de l'inviolable majesté des rois cédât au puritanisme. Toutes les conjurations que nous avons vu s'élever en Angleterre contre les rois et la royauté ont été notoirement entreprises par des gens de ce parti. Le même parti a renouvelé de nos jours l'assassinat du cardinal Béton, en la personne d'un de ses successeurs, archevêque de Saint-André , et primat d'Ecosse comme lui. Les proclamations du meurtrier^, et celles des autres fanatiques contre les rois et l'Etat, n'ont point eu d'autres fondements que ceux que Jean Knox et Buchanan ont établis en Ecosse contre les rois et contre ceux qui en soutenaient l'autorité; et tout ce qu'ont fait ces fanatiques plue que les autres, a été de prêcher sur les toits, ce que les autres se disaient mutuellement à l'oreille. Tels ont été, encore un coup, les fruits de la Réforme et de la prédication de Jean Knox et des Calvinistes; et M. Burnet, qui les imite, a donné lieu à cette addition de VHistoii-e des Varialions de la Réforme.