Basil., p. 506.— 2. Melch., lib. iv, ev. 111. — 3. Idem
DEFENSE DE ]; I[ I :>rOI HE DES VARIATIONS
forme par les armes' : El encore : Tous les yens de bien doircnl s'opposer à ces ligues^. On dil que Mélanchton éluil faible et timide ; mais que n'q)ondre à Lullier, qui ne voulait que souiller pour détruire rAntcchrist romain sans guerre, sans violence, en dormant à son aise dans son lit, et en discourant doucement au coin de son feu? Tout cela était bien changé , quand il sonnait lo tocsin contre l'empereur, et qu"il donnait le sitrnal pour former les ligues qui lirent .nager toute l'Alleniagne dans le sang.
Mais après tout, à quoi aboutit tout ce discours du ministre'? Si on a eu raison de faire ces ligues, comme il le soutient' : pourquoi tant excuser Luther de les avoir approuvées? N'oserait-on approuver une bonne action? Ou bien est-ce, malgré qu'on en ait, qu'on sent en sa conscience que l'action n'est pas bonne, et que la Réforme, qui la défend le mieux qu'elle peut, ne laisse pas dans le fond d'en avoir honte?
XLIX. Si l'auteur des Variations a eu tort d'attribuer à Luther les excès des anabaptistes. M. Basnage prouve très-bien ce qu'on ne lui conteste pas , et dissimule le reste. — Il ne me reste qu'à dire un mot sur les guerres des paysans révoltés, et sur celles des anabaptistes qui se mêlèrent dans ces troubles. Le ministre s'échaulTe beaucoup sur cette matière, et se donne une peine extrême pour prouver que Luther n'a point soulevé ces paysans ; qu'au contraire il a improuve leur rébellion; qu'il a défendu l'autorité du magistrat légitime , même dans son livre de la Liberté chrétienne , et ailleurs, jusqu'à soutenir qu'il n'est pas permis de lui résister, lors môme qu'il est injuste et persécuteur; qu'il a toujours déteste les anabaptistes et leurs fausses prophéties qu'il a traitées de folles visions; qu'il a combattu de tout son pouvoir Muncer, Plifer, et les autres séducteurs de celte secte. Il emploie un long discours à celte preuve ; en un mot, il est heureux à prouver ce que personne ne lui conteste. Il a voulu avoir le plaisir de me reprocher deux ou trois fois hardiment mes calomnies ; mais ça été en me faisant dire ce que je ne dis pas, et en laissant sans réplique ce que je dis.
Et d'abord pour ce qui regarde les anabaptistes, pourquoi s'étendre à prouver que Luther les a délestés, et s'opposa avec chaleur à leurs visions^? Je le savais bien, et je l'ai marqué en plus d'un endroit de l'Histoire des Variations'''. Comment Luther n'aurail-il pas rejeté Muncer et les siens, qui le traitaient de second pape et de second anlechrist, autant à craindre que le premier contre lequel il se soulevait? J'ai reconnu toutes ces choses, et je n'ai pas laissé pour cela d'appeler les anabaptistes un rejeton de la doctrine de Luther'^' : non en disant qu'il ait approuvé leurs sentiments, à quoi je n'ai pas seulement songé; mais parce qu'encore qu'il les improuvàt , il était vrai néanmoins que les anabaptistes ne s'étaient formés qu'en poussant à bout ses maximes.
C'est ce qu'il fallait attaquer; mais on n'ose. Car qui ne sait que les anabaptistes n'ont condamné le baptême des pelils enfants, et le baptême sans immersion, qu'en poussant à bout cette maxime de
1. L. m, ep. 16. — 2. L. iv, ep. 85. — 3. Basn., idem. — 4. Idem, p. iW, —5. Var.,tiv.ti,n.2S,etc.—6. Idem, n. il.
Luther : que toute vérilé révélée de Dieu, est écrite, et qu'en matière de dogmes, les traditions les plus anciennes ne sont rien sans l'Ecriture? Disons i)lus : Luther a reproché aux anabaptistes, de s'être faits pasteurs sans mission : il s'est bien déclaré évangélisle par lui-même'; et il n'a fait non plus de miracles jiour autoriser sa mission extraordinaire, que les anabaptistes à qui il en demandait^. Si Muncer et ses disciples se sont faits prophètes sans inspiration , c'est en imitant Luther qui a pris le même ton sans ordre; et on n'a qu'à lire les Variations pour voir qu'il est le premier des fanatiques'.
L. Si M. Basnage a raison de reprocher à l'auteur des Variations d'avoir dit qu'on ne croTjait pas Luther innocent des troubles de l'Allemagne , et en particulier de ceux des anabaptistes et des paysans récoltés. — M. Basnage me fait dire que Luther n'était pas innocent des troubles de l'Alleinagtie'^. Déjà, ce n'était pas dire qu'il les eût directement excités; mais j'ai dit encore quelque chose de moins; voici mes paroles : « On ne croyait pas Luther in- » nocent des troubles de l'Allemagne* : » il fallait me faire justice en reconnaissant que je ménageais les termes envers Luther comme envers les autres, et que je prenais garde à ne rien outrer. Car, au reste, on croyait si peu Luther innocent de ces troubles , je veux dire de ceux des paysans révoltés comme de ceux des anabaptistes , que l'empereur en fit le reproche aux prolestants en pleine diète , leur disant, « que si on avait obéi au décret de » Worms, où le luthéranisme était proscrit du com- » mun consentement de tous les Etats de l'empire , » on n'aurait pas vu les malheurs dont l'Allemagne » avait élé affligée, parmi lesquels il mettait au » premier rang la révolte des paysans et la secte » des anabaptistes. » C'est ce que raconte Sleidan que j'ai pris à garant de cette plainte". M. Basnage est si subtil, qu'il ne veut pas que Charles V ait chargé Luther des désordres qu'il imputait au luthéranisme. « M. de Meaux, dit-il', ajoute du sien » que Luther fut chargé particulièrement de ce » crime dans l'accusation de l'empereur; ce qui » n'est pas : » et sur cela il s'écrie : « Est-il permis » d'ajouter et de retrancher ainsi à l'histoire? » Sans doule, lorsqu'on trouve dans l'histoire les malheurs attribués au luthéranisme, il sera toujours permis d'ajouter que c'est à Luther qu'il s'en faut prendre. Quoi qu'en dise M. Basnage, les protestants répondirent mal à ce reproche de l'empereur, lorsqu'ils se vantèrent d'acoir condamné et puni les anabaptistes, comme ils firent les paysans révoltés; car l'empereur ne les accusait pas d'avoir tre^npé dans leur récolte, comme le veut notre ministre*; mais d'y avoir donné lieu en rejetant le décret de Worms, et en soutenant Luther et sa doctrine que l'empire avait proscrite. Les ell'els parlaient plus que les paroles : l'empire était tranquille avant Luther : depuis lui on ne vil que troubles sanglants, que divisions irrémédiables. Les paysans, qui menaçaient toute l'Allemagne, étaient ses disciples; et ne cessaient de le réclamer. Le fait est constant par Sleidan". Les anabaptistes étaient sortis de son sein, puisqu'ils s'étaient élevés en sou-
1. Var., liv. i, n. 27, 20. — 2. Idem, n. •2S. — 2. Ihid., n. 31. — 4. Basn., p. 497. — 5. Var., liv. n, n. 15. —6. Sleid., lib . vil ; Var., idem. — 7. Basn., par/. 497. — S. Idem. — 9. Sleid., l v; Var., liv. u, n. 19, 15.
CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE
tenant ses maximes et en suivant ses exemples : qii"y avait-il à répondre, et que répondront encore aujourd'hui les protestants?
LI. M. Basnage lâche en vain d'excuser Luther dans le trouble des paysans révoltés. — Diront-ils que Luther réprimait les rebelles par ses écrits, en leur disant que Dieu défendait la sédition? On ne peut pas me reprocher de l'avoir dissimulé dans l'Histoire des Variations, puisque j'ai expressément rapporté ces paroles de Luther'. Jlais j'ai eu raison d'ajouter en même temps, « qu'au commencement 1 de la sédition il avait autant llatté que réprimé » les paysans soulevés^ : » c'est-à-dire en les réprimant d'un coté, qu'il les incitait de l'autre, tant il écrivait sans mesure. Est-ce bien réprimer une populace armée et furieuse, que d'écrire publiquement qu'on « exerçait sur elle une tyrannie qu'elle » ne pouvait, ni ne voulait, ni ne devait plus souf- » frir^? » Après cela, prêchez la soumission à des gens que vous voyez en cet état, ils n'écoutent que leur passion , et l'aveu que vous leur faites , qu'ils ne peuvent ni ne doivent pas souffrir davantage les maux qu'ils endurent. Mais Luther passe plus avant, puisqu'après avoir écrit séparément aux seigneurs et à leurs sujets rebelles, dans un écrit qu'il adressait anx uns et aux autres, il leur criait qu'ils avaient « tort tous deux, et que s'ils ne po- » saient les armes, ils seraient tous damnés*. » Parler en celte sorte, non pas aux sujets rebelles seulement comme il fallait, mais aux sujets et aux seigneurs indifféremment , à ceux dont les armes étaient légitimes, et à ceux dont elles étaient séditieuses; c'est visiblement enfler le cœur des derniers , et alïaiblir le droit des autres. Bien plus , c'est donner lieu aux rebelles de dire : Nous désarmerons quand nous verrons nos maîtres désarmés : c'est-à-dire qu'ils ne désarmeront jamais : à plus forte raison les princes et les seigneurs ne désarmeront pas les premiers. Ainsi cet avis bizarre de Luther était propre à faire qu'on se regardât l'un l'autre, et que loin de désarmer, on en vint aux mains; ce qui en etïet arriva bientôt après. Qui ne voit donc qu'il fallait tenir un autre langage, et en ordonnant aux uns de poser les armes, avertir les autres d'en user avec clémence , même après la victoire? Mais Luther ne savait parler que d'une manière outrée : après avoir flatté ces malheureux jusqu'à dire les choses que nous venons d'entendre, il conclut à les passer tous dans le combat au fil de l'épée, même ceux qui auront été entraînés par force dans des actions séditieuses^, encore qu'ils tendent les mains ou le cou aux victorieux. On en pourra voir davantage dans l'Histoire des Variations. Il y fallait répondre ou se taire, et ne se persuader pas que Luther eût satisfait à tous ses devoirs en parlant en général contre la révolte. Mais encore d'où lui venaient des mouvements si irréguliers? si ce n'est qu'un homme enivré du pouvoir qu'il croit avoir sur la multitude fait paraître partout ses excès , ou pour mieux dire, qu'un homme qui se croit prophète, sans que le bon esprit du Seigneur soit tombé sur lui, s'imagine qu'à sa parole les bataillons hérissés baisseront les armes, et que tous, grands et petits, seront atterrés.
1. Var., litt. H, n. 1-2. — 2. IJem, 15; Sleid.,ibid. — 3. Var., /if. II, n. 12. — 4. Sleid., idem ; Var., ibid. — 5. Ibid.
LIL Le ministre défend mal le livre de Luther DE LA Liberté chrétienne. — Pour ce qui regarde le livre de la Liberté chrétienne , je reconnais avoir « écrit, qu'on prétendait que ce livre n'avait pas peu » contribué à inspirer la rébellion à la populace'. » M. Basnage s'en otfense^, et entreprend de prouver que Luther, y a bien parlé de l'autorité des magistrats. Loin de le dissimuler, j'ai remarqué en termes exprès, qu'en parlant indistinctement en plusieurs endroits de son livre « contre les législateurs et les » lois, il s'en sauvait en disant qu'il n'entendait « point parler des magistrats , ni des lois civiles. » Mais cependant dans le fait deux choses sont bien avérées , tant par les demandes des rebelles , que par Sleidan qui les rapporte^, l'une que ces malheureux , entêtés de la liberté chrétienne que Luther leur avait tant prèchée , se plaignaient « qu'on » les traitait de serfs , quoique tous les chrétiens » soient affranchis par le sang de Jésus-Christ. » Il est bien constant qu'ils appelaient servitudes beaucoup de droits légitimes des seigneurs; et quoi qu'il en soit, c'était pour soutenir cette liberté chrétienne qu'ils prenaient les armes. Il n'en faudrait pas davantage pour faire voir comment ils prenaient ces belles propositions de Luther : « Le » chrétien est maître de tout : le chrétien n'est su- » jet à aucun homme : le chrétien est sujet à tout )) homme-*. » On voit assez les idées que de tels discours mettent naturellement dans les esprits. Ce n'est rien moins que l'égalité des conditions : c'està-dire la confusion de tout le genre humain. Quand après on veut adoucir par des explications ces paradoxes hardis , le coup est frappé, et les esprits qu'on a poussés dans des excès n'en reviennent pas à votre gré. M. Basnage excuse ces propositions en disant que selon Luther « le chrétien selon l'àme , » est libre, et ne dépend de personne, mais qu'à » l'égard du corps et de ses actions , il est sujet à » tout le monde. » Tout cela est faux à la rigueur; car ni tout homme n'est sujet à tout homme selon le corps; puisqu'il y a des seigneurs et des souverains, sur le corps desquels les sujets ne peuvent attenter sans crime en quelque cas que ce soit : ni l'indépendance de l'àme n'est si absolue , qu'il ne soit vrai en môme temps, que toute âme doive être soumise aux puissances supérieures et à leurs commandements: jusqu'au point d'en être liée même dans la conscience selon saint PauP. Ce n'est donc point enseigner, mais tromper les hommes, que de leur tenir en cette sorte de vagues discours ; et on peut juger de ce qu'opéraient ces propositions toutes crues, comme Luther les avançait, puisqu'elles sont encore si irrégulières avec les excuses et les adoucissements de M. Basnage.
Mais le livre de la Liberté chrétienne produisit encore un autre elTet pernicieux. Il inspirait tant de haine contre tout l'ordre ecclésiastique, et même contre les prélats qui étaient en même temps souverains, qu'on croyait rendre service à Dieu lorsqu'on en secouait le joug, qu'on appelait tyrannique. L'erreur passait aisément de l'un à l'autre : je veux dire, comme il a été remarqué dans l'Histoire des Variations^, « que mépriser les puissances
1. Var., liv. ii, n. 11.— 2. Basn., p. 507. — 3. Sleid., lib. v. — 4. Luth., de Lib. christ. — 5. Rom., xiii. 1, 5. — 6. Liv. il, n. 11.