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DEFENSE DE L'HISTOIRE DES VMilATIONS
» soulenuos ]iar la majesté de la religion, était un » moyen d'alVaiblir les autres. » C'est précisément ce qui arriva dans la révolte de ces paysans : ils commencèrent par les princes ecclésiastiques, comme il parait par Sleidan'; et la révolte attaqua ensuite sans mesure et sans respect tous les seigneurs. C'en est trop pour faire voir qu'on avait raison de prétendre que livre de la Liberté chrétienne n'avait pas peu contribué à inspirer la rébellion^.
LUI. Etrange discours de Luther, où tout ce qu'on vient de dire est corifirmé. Autre addilioyi aux Variations : l'esprit de sédition et de meurtre sotis prétexte d'interpréter les prophéties. — Et puisque M. Basnage nous met sur cette matière, il faut encore qu'il voie un beau discours de Luther. Lorsque les séditieux semblaient n'en vouloir qu'aux ecclésiastiques , et qu'ils n'avaient même pas encore pris les armes, Luther leur parlait en cette sorte : Ne faites point de sédition : il fallait bien commencer par ce bel endroit; car sans cela ^ui aurait pu le supporter? Mais voici comme il » continue^ : « Bien que les ecclésiastiques parais- » sent en évident péril , je crois ou qu'ils n'ont rien » à craindre, ou qu'en tout cas leur péril ne sera » pas tel , qu'il pénètre dans tous leurs Etats , ou » qu'il renverse toute leur puissance. Un bien » autre péril les regarde : et c'est celui que saint » Paul a prédit après Daniel , qui est que leur ty- » rannie tombera, sans que les hommes s'en mè- » lent , par l'avènement de Jésus-Christ et par le » souffle de Dieu : c'était là, poursuit-il , son fon- » dément : c'est pour cela qu'il ne s'était pas beau- » COUP OPPOSÉ à ceux qui prenaient les armes : car » il savait bien que leur entreprise serait vaine, et » que si on massacrait quelques ecclésiastiques, » cette BOUCHERIE ne s'étendrait pas jusqu'à tous. »
On voit en passant l'esprit de la Réforme dès son commencement : chaque temps a son prophète, et Luther faisait alors ce personnage : tout était alors dans saint Paul et dans Daniel, comme tout est présentement dans l'Apocalypse : sur la foi de la prophétie, il n'y avait qu'à laisser faire les séditieux contre les ecclésiastiques : ils n'en tueraient guère : et Luther se consolait de les voir périr d'abord en si petit nombre, parce qu'il était assuré d'une vengeance plus universelle qui allait éclater d'en-haut sur eux. Si c'est dans cette vue qu'il les épargne , que deviendront-ils, liélas! pour peu que tarde la prophétie? Quoi ! le saint nom des prophètes seral-il toujours le jouet de la Piéforme, et le prétexte de ses violences et de ses révoltes? Mais laissons ces plaintes, et renfermons-nous dans celles de notre sujet. On nous demande quelquefois la preuve des séditions causées par la Réforme, et poussées dès son commencement contre les catholiques et contre les prêtres jusqu'à la pillerie : les voilà poussées jusqu'au meurtre ; et c'est Luther, témoin non suspect, qui le dépose lui-même. On l'accuse d'y avoir du moins connivé : on n'a pas besoin de preuve, el c'est lui-même qui nous avoue qu'it ne s'y est opposé que faiblement, sans se mettre beaucoup en peine d'rrrèter le cours de la sédition armée. Il lui laissait massacrer un petit nombre d'ecclésiastiques , et c'était assez que la boucherie ne s'étendît
l. aieid., liv. V. — 2. Var., liv. ii. — .3. Sleid., lia. v.
pas sur tous. Peut-on nier, sous couleur de réprimer la sédition, que ce ne soit là lui lâcher la bride? Je n'avais point rapporté cet étrange discours de Luther dans Vllistoire des Variations : on pense me faire accroire que j'y exagère les excès de la Réforme : on voit, loin d'exagérer, que je suis contraint de supprimer beaucoup de choses; el on verra dans tous les endroits qu'on attaquera de celte histoire , qu'on a si peu de moyens d'en affaiblir les accusations, que la Réforme, au contraire, paraîtra toujours plus coupable que je ne l'ai dit d'abord , à cause que j'étais contraint à donner des bornes à mon discours.
LIV. Réjlexion sur ces Variations de la Réforme. — Cependant on ne rougit pas de m'accuser de mauvaise foi', et même de calomnie. Ces reproches m'ont fait horreur; je l'avoue : j'écris sous les yeux de Dieu; et on a pu voir que je tâche de mesurer toutes mes paroles, en sorte que mes expressions soient plutôt faibles qu'outrées. S'il faut user ' de termes forts, la force de la vérité me les arrache. M. Basnage m'objecte une contradiction sensible-, en ce que je veux que Luther, dès l'an 1525, ait soulevé ou entretenu la rébellion des paysans pen dant que j'avoue ailleurs^ que jusqu'à la ligue de Smalcalde, qui se fit longtemps après , il 71'y avait rien de plus inculqué dans ses écrits que cette maxime : qu'on ne doit jamais prendre les armes pour la cause de l'Evangile. Je reconnais mes paroles. Certainement je n'avais garde d'accuser Luther d'avoir au commencement rejeté l'obéissance due au magistrats et môme au magistrat persécuteur : puisqu'au contraire j'avoue que bien éloigné d'en venir d'abord à cet excès, il enseigna les bonnes maximes : el c'est par où je le convaincs d'avoir varié lorsqu'il en a pris de contraires. Il fallait que la Réforme fût confondue par elle-même dés son principe, et que la loi éternelle la forçai d'abord à établir l'obéissance qu'elle devait rejeter dans la suite. Le bien ne se soutient pas chez elle; il n'y prend point racine, pour ainsi parler, parce qu'il n'y a jamais toute sa force : de là vient aussi qu'elle se dément dans le même temps qu'elle dit la vérité. Luther fomentait la rébellion qu'il semblait vouloir éteindre, et en un mot, comme on vient de voir, il ins[)irait plus de mal qu'il n'en conseillait en ell'et dans ce lemps-là. Mais dans la suite il ne garda point de mesure : il enseigna ouvertement qu'on peut armer contre les souverains, sans épargner ni rois, ni césars : toute l'Allemagne protestante entre dans ces sentiments : la contagion gagne l'Ecosse et l'Angleterre : la France ne s'en sauve pas : la Réforme remplit tout de sang et de carnage ; dans les vains efforts qu'elle fait pour effacer de dessus son front ce caractère si visiblement antichrélien , elle succombe , el ne trouve jilus de ressource qu'à chercher même parmi nous de mauvais exemples : comme si réformer le monde était seulement prendre un beau titre , sans valoir mieux que les autres.
Mais si on ne voulait pas éviter soi-même les abus qu'on reprenait dans l'Eglise, il ne fallait pas du moins approuver ses propres égarements , ni s'en faire honneur. Nous délestons parmi nous tout ce que nous y voyons de mauvais exemple, en