‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 538 sur 545 · Basn., idem. — 2. Idem, p. 500. —3. Var., l. iv, n. I · texte numérisé non relu

Basn., idem. — 2. Idem, p. 500. —3. Var., l. iv, n. I

CONTRE LA RÉPONSE DE M. BASNAGE

quelque lieu qu'il paraisse, et de quelque nom qu'il s'autorise : les rébellions des protestants sont passées en dogmes et autorisées par les synodes ; ce n'est point un mal qui soit survenu à la Réforme vieillie et défaillante : c'est dès son commencement et dans sa force, c'est sous les réformateurs et par leur autorité qu'elle est tombée dans cet excès; et des abus si énormes ont les mêmes auteurs que la Réforme.

LV. On touche en passant les égarements de la Réforme marqués par d'autres auteurs , et en particulier dans i'Avis aux réfugiés , imprimé en Hollande en 1690. '— On peut voir beaucoup d'autres choses également convaincantes sur cette matière dans un livre intitulé : Avis aux réfugiés, qui vient de tomber entre mes mains, quoiqu'il ait été imprimé en Hollande au commencement de l'année passée. Cet ouvrage semble être bâti sur les fondements de l'Apologie des catholiques , qui n'a laissé aucune réplique aux protestants; mais, pour leur ôter tout prétexte, on y ajoute en ce livre non-seulement ce qui s'est passé depuis, mais encore tant d'autres preuves de ces excès de la Réforme , et une si vive réfutation de ses sentiments, qu'elle ne peut plus couvrir sa confusion. Si l'auteur de ce bel ouvrage est un protestant, comme la préface et beaucoup d'autres raisons donnent sujet de le croire, on ne peut assez louer Dieu de le voir si désabusé des préventions où il a été nourri, et de voir que sans concert nous soyons tombés lui et moi dans les mêmes sentiments sur tant de points décisifs. .Je ne dois pas refuser cette preuve de la vérité; elle se fait sentir à qui il lui plait; et lorsqu'elle veut faire concourir les pensées des hommes au même but, nulle diversité d'opinions ou de pensées ne lui fait obstacle. Les protestants peuvent voir dans cet ouvrage', avec quelle témérité M. Jurieu les vantait il y a dix ans, comme les plus assurés et les plus fidèles sujets^. On leur montre dans cet ouvrage l'atïreuse doctrine de leurs auteurs contre la majesté des rois et contre la tranquillité des Etats. Toute la ressource de la Réforme était autrefois de désavouer, quoiqu'avec peu de sincérité , tous ces livres que l'esprit de rébellion avait produits, ceux d'un Buchanan, ceux d'un Paré, ceux d'un Junius Brutus, et tant d'autres de cette nature; mais maintenant on leur ôte entièrement cette vaine excuse , en leur montrant qu'ils ont conlirmé, et qu'ils confirment encore par leur pratique constante , cette doctrine qu'ils désavouaient; et que l'Eglise anglicane, qui de toutes les protestantes avait le mieux conservé la doctrine de l'inviolable majesté des rois, se voit contrainte aujourd'hui do l'abandonner'. On n'oublie pas que ]\I. Jurieu, le même qui nous vantait il y a dix ans la fidélité des protestants à toute épreuve, jusqu'à dire que « tous » les huguenots étaient prêts à signer de leur » sang que nos rois ne dépendent pour le temporel » de qui que ce soit que de Dieu , et que sous quel- » que prétexte que ce soit les sujets ne peuvent être » absous du serment de fidélité \ » à la fin a embrassé le parti de ceux qui donnent tout pouvoir aux peuples sur leurs rois : qu'il leur laisse par conséquent le pouvoir de s'absoudre eux-mêmes ,

1. Avis, p. 77. — 2. Polit, du Clergé. — 3. Avis. p. 219 et suiv. — 4. Avis, p. 81 et suiv. ; Poliliq. du Clerg.,p. 217.

et sans attendre personne , de tout serment de fidélité et de toute obligation d'obéir à leurs souverains; et qu'il s'est par ce moyen réfuté lui-môme, plus que n'auraient jamais pu faire tous ses adversaires ensemble. Par-là on découvre clairement que la Réforme n'a rien de sincère ni de sérieux dans ses réponses, qu'elle les accommode au temps, et les fait au gré de ceux qu'elle veut flatter. Ce qui donnait prétexte aux protestants de préférer leur fidélité à celle des catholiques, était la prétention des papes sur la temporalité des rois. Mais outre qu'on leur a fait voir dans ce livre que toute la France, une aussi grande partie de l'Eglise catholique, fait profession ouverte de la rejeter'; on montre encore plus clair que le jour que s'il fallait comparer les deux sentiments, celui qui soumet le temporel des souverains aux papes, et celui qui le soumet au peuple; ce dernier parti, où la fureur, où le caprice, où l'ignorance et l'emportement dominent le plus, serait aussi sans hésiter le plus à craindre. L'expérience a fait voir la vérité de ce sentiment, et notre âge seul a montré, parmi ceux qui ont abandonné les souverains aux cruelles bizarreries de la multitude, plus d'exemples et plus tragiques contre la personne et la puissance des rois , qu'on n'en trouve durant six à sept cents ans parmi les peuples, qui en ce point ont reconnu le pouvoir de Rome. Enfin la Réforme poussée à bout pour ses révoltes, produisait pour dernière excuse l'exemple des catlioliques sous Henri le Grand : mais on l'a encore forcée dans ce dernier retranchement^, nonseulement en lui faisant voir combien il était honteux, en se disant réformés, de faire pis que tous ceux qu'on était venu corriger; mais encore en montrant dans le bon parti, qui était celui du roi, des parlements tout entiers composés de catholiques, une noblesse infinie de même croyance, et presque tous les évèques, desquels nulle autorité et nul prétexte de religion n'avait rien pu obtenir contre leur devoir ; au lieu que, parmi les protestants, lorsqu'on y a attaqué les souverains, la défection a été universelle et poussée jusqu'aux excès qu'on a vus. Joignez à toutes ces choses, si évidemment démontrées par un protestant dans VAvis aux réfugiés, ce que j'ai dit dans ces deux derniers Avertissements en me renfermant, comme je devais, dans la Défense des Variations contre M. Jurieu et M. Basnage qui les attaquaient; l'histoire de la Réforme paraîtra aiïreuse et insupportable, puisqu'on y verra toujours l'esprit de révolte en remontant depuis nos jours jusqu'à ceux des réformateurs.

LVI. Ré/lexions sur le mariage du landgrave : s'il permet à M. Basnage de mettre Luther et les autres réformateurs au rang des grands hommes. — Ainsi , par un juste jugement, Dieu livre au sens réprouvé et à des erreurs manifestes, ceux qui prennent des noms superbes contre son Eglise, et entreprennent de la réformer dans sa doctrine. Témoin encore le mariage du landgrave, l'éternelle confusion de la Réforme, et l'écueil inévitable où se briseront à jamais tous les reproches qu'elle nous fait des abus de nos conducteurs. Car y en a-t-il un plus grand que de flatter l'intempérance , jusqu'à autoriser la polygamie, et d'introduire parmi les chrétiens des mariages judaïques et mahométans? Vous avez vu

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