‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 539 sur 545 · Pag. 210,211, 2U. -2. Avis, p. SSi ,i suiv · texte numérisé non relu

Pag. 210,211, 2U. -2. Avis, p. SSi ,i suiv

DEFENSE DE LHISTOIHK DES VARIATIONS

les égarements du ministre Jiirieu sur ce sujet, si étranges et si excessifs, ([ue [ilusicurs Ijons protestants en ont eu lionte. J'ai vu les écrits do M. de Beauval , ([ueM. Jurieu l:\che d'accabler par son autorité ministrale; j'ai vu la Lettre imprimée d'un ministre sur ce sujet. J'ai cru que c'était M. Basnage , confrère de M. Jurieu dans le ministère de Rotterdam : on m'assure que c'est un autre, je le veux; et quoi qu'il en soit, ce ministre, qui m'est inconnu pousse vigoureusement M. Jurieu, qui de son coté ne l'épargne pas. Le mariage du landgrave et l'erreur prodigieuse des réformateurs a excité ce tumulte parmi les ministres. M. Basnage lui-même, qui ne veut pas être l'auteur de la Lettre publiée contre son confrère, prend un autre tour que le sien dans sa Réponse aux Variations ; voyons s'il réussira mieux ; et poussons encore ce ministre par cet endroit-li : ce sera autant d'avancé sur la réponse générale qu'il lui faudra faire, et elle sera déchargée de celte matière. Voici donc comme il commence' : « Il faut rendre justice aux grands hommes autant » que la vérité le permet; mais il ne faut pas dissi- » muler leurs fautes. J'avoue donc que Luther ne » devait pas accorder au landgrave de Hesse la per- » mission d'épouser une seconde femme , lorsque » la première était encore vivante : et M. de Meaux » a raison de le condamner sur cet article. » C'est quelque chose d'avouer le fait, et de condamner le crime sans chicaner; mais il en fallait davantage pour mériter la louange d'une véritable et chrétienne sincérité : il fallait encore rayer Luther, Bucer et Mélanchton , ces chefs des réformateurs, du rang des grands hommes. Car encore que les grands hommes en matière de religion et de piété, qui est le genre où l'on veut placer ces trois personnages, puissent avoir des faiblesses , il y en a qu'ils n'ont jamais, comme celle de trahir la vérité et leur conscience, de llatter la corruption, d'autoriser l'erreur et le vice connu pour tel ; de donner au crime le nom de la sainteté et de la vertu ; d'abuser pour tout cela de l'Ecriture et du ministère sacré; de persévérer dans cette iniquité jusqu'à la fin, sans jamais s'en repentir ni s'en dédire, et d'en laisser un monument authentique et immortel à la postérité. Ce sont là manifestement des faiblesses incompatibles, je ne dis pas avec la perfection des grands hommes, mais avec les premiers commencements de la piété. Or tels ont été Luther, Bucer et Mélanchton : ils ont trahi la vérité et leur conscience : c'est de quoi M. Basnage demeure d'accord, et en pensant les excuser il met le comble à leur honte. « Je remarquerai, dit-il-, trois choses : » la première, (' qu'on arracha cette faute à Luther; il en » eut honte, et voulut <iu'elle fut secrète. » Bucer et Mélanchton ont la même excuse ; mais c'est ce qui les condamne. Car ils n'ont donc pas péché par ignorance : ils ont donc trahi la vérité connue : leur Conscience leur reprochait leur corruption ; ils en ont étouffé les remords, et ils tombent dans ce juste reproche de saint Paul : Leur esprit et leur conscience sont souillés^. Voilà les héros de la Réforme et les chefs des réformateurs. Si c'est une excuse de cacher les crimes ([ui ne peuvent pas même souffrir la lumière de ce monde, il faut

1. Uasn., t. 1, II. pctyl.,c/i. ii[, p. H3. — 2. Idem. I, 15.

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