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eiïacer de l'Ecriture ces redoutables sentences : Nous rejetons les crimes honteu.c qu'un est contraint de cacher^. Et encore : Ce qui se fait parmi eux, et qui pis est, ce qu'on y approuve , ce qu'on y autorise , est honteux même à dire'^ : et cnlin cette parole de Jésus-Christ même : Celui qui fait mal hait la lumière^. Ainsi qui veut découvrir le faux de la Réforme , et la faible idée qu'on y a du vice et de la vertu, n'a qu'à entendre les vaines excuses dont elle tâche de diminuer ou de pallier les faiblesses les plus honteuses de ses prétendus grands hommes.
LVII. Démonstration manifeste du crime des réformateurs en celte occcasion. — Mais ils ne connaissaient peut-être pas toute l'horreur du crime qu'ils commettaient'? C'est ce qu'on ne peut pas dire en cette rencontre. Car ils savaient que leur crime était d'autoriser une erreur contre la foi, de pervertir le sens des Ecritures, d'anéantir la réforme que le Fils de Dieu avait faite dans le mariage. Ils savaient la conséquence d'une telle erreur, puisqu'ils reconnaissaient expressément que si leur déclaration venait aux oreilles du public, ils n'auraient rien de moins à craindre que d'être mis au rang des mahométans et des anabaptistes qui se jouent du mariage''. C'est en effet en ce rang qu'ils ne craignent pas de se mettre, pourvu que le cas soit secret. L'erreur qu'ils autorisent est quelque chose de pis qu'un adultère public, puisqu'ils aiment mieux que la femme qu'ils donnent au landgrave passe pour une impudique et lui pour un adultère, que de découvrir l'infâme secret de son second mariage. Pour leur consultation ils ne justifient pas ce prince. Car un aveugle qui se laisse conduire par d'autres aveugles n'est est pas quitte pour cela, et il tombe avec eux dans l'abime. Ils damnent donc celui qui leur confiait sa conscience , et ils se damnent avec lui. Ils le damnent, dis-je, d'autant plus inévitablement, qu'il se fiatte du consentement et de l'autorité de ses pasteurs , qui n'étaient rien de moins dans le parti que les auteurs de la Réforme. Je ne vois rien de plus clair ni ensemble de plus affreux que tous ces excès.
LVIII. .Si M. Basnage a pu dire que cette faute fut arrachée aux réformateurs. — On leur arracha cette faute, dit M. Basnage. Quoi I leur fit-on violence, pour souscrire à cet acte infâme qui ternit la pureté du christianisme , où un adultère public est appelé du saint nom de mariage? Leur lit-on voir des épées tirées? Les enferma-t-on du moins? Les menaçat-on de leur faire sentir quelque mal ou dans leurs personnes ou du moins dans leurs biens? C'est ce qu'on eût pu appeler en quelque façon leur arracher une faute; quoique dans le fond on n'arrache rien de semblable à un parfait chrétien , et il sait bien mourir plutôt que de céder à la violence. Mais il n'y eut rien de tout cela dans la souscription des réfornuUours : on leur promit des monastères à piller^ ; que la Réforme en rougisse : le landgrave, l'homme tlu monde qui avait le plus conversé avec ces réformateurs, et qui les connaissait le mieux, les gagne par ces promesses : et voilà toute la violence qu'il leur fait. Il est vrai qu'il leur l'ait aussi entrevoir qu'il pourrait les abandonner, et s'adresser ou à l'empereur ou au pape môme. A ces mots, la
1. //. Cor.. IV. 2. — 2. Eph., v. 12. — 3. .loan., m. 20.— 4. Consutt., n. 10,11; Var., (io. vi, «. 8. — 5. Var., liv. vi, n. i.
CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE
Réforme tremble : « Notre pauvre petite église, mi- » sérable et abandonnée, a besoin, dit-elle', de » princes-régents vertueux » : de ces vertueux qui veulent avoir ensemble deux épouses : il faut tout accorder à leur intempérance, de peur de les perdre : une Eglise qui s'appuie sur l'homme, et sur le bras de la chair, ne peut résister à de semblables violences. C'est ainsi que Luther, Bucer et Mélanchton, ces colonnes de la Réforme, sont violentés selon M. Basnage; et cela qu'est-ce autre chose qu'avouer en autres termes qu'ils sont violentés par la corruption de leur cœur?
LIX. Etrange corruption dans ces chefs de réformateurs. — Elle fut si grande et leur assoupissement si prodigieux, qu'ils ne se réveillèrent jamais : ils sentaient qu'ils laissaient un acte de célébration de mariage , la première femme vivante , où il était énoncé qu'on le faisait : « en présence de Mélancli- » ton, de Bucer et de Mélander^ le propre pasteur » et prédicateur du prince, » et de l'avis de plusieurs autres prédicateurs, dont la consultation était jointe au contrat de mariage, signée en effet des sept docteurs, à la tête desquels étaient Luther, Mélanchton et Bucer, et à la lin le même Denis Mélander, le propre pasteur du landgrave'. Ces deux actes furent déposés dans les registres publics attestés authentiquement par des notaires, « pour » éviter le scandale et conserver la réputation de la • lille que le landgrave épousait et de toute son » honorable parenté''. » Ces actes étaient donc publics, et on supposait qu'ils devaient paraître un jour comme regardant tout ensemble et l'honneur . d'une famille considérable, et même l'intérêt d'une maison souveraine. Cependant, loin de les avoir jamais révoqués, Luther et ses compagnons y persistent. Ce secret honteux ne fut pas si bien gardé , qu'on n'en ait fait le reproche et au landgrave et à Luther de leur vivant : ils s'en sauvent par des équivoques, et Luther y ajoute fièrement à son ordinaire que le landgrave est assez puissant , et a des gens assez savants pour le défendre'^ : ce qui est joindre la menace au crime , et insulter à la raison à cause que le mépris en est soutenu par la puissance. Tout cela est démontré si clairement dans V Histoire des Variations , qu'on n'a rien eu à y répliquer : telle a été la conduite de ces grands hommes , et il faut du moins avouer qu'il n'y en a de cette figure que dans la Réforme.
LX. Si M. Basnage a raison de comparer la polygamie accordée par Luther, à la dispense de Jules II sur le mariage de Henri VIII avec la veuve de son frère. — Grâce à Dieu , ceux que nous reconnaissons parmi nous pour de grands hommes ne sont pas tombés dans des excès où l'on voie de la perfidie, de l'impiété, une corruption manifeste, et une lâche prostitution de la conscience. Mais sans parler des grands hommes , je pose en fait , parmi tant de fautes dont les protestants ont chargé quelques papes à tort ou à droit, qu'ils n'en nommeront jamais un seul, dans un si grand nombre, et dans la suite de tant de siècles, qui soit tombé dans un abus de cette nature. Qu'ainsi ne soit M. Basnage , qui pousse en cette occasion la récri-
l.ConsuU.,n.3; Var., liv. vi, n.7. — 2. Var.,liv. vi, n. 9; Inslrum. copul. à la fin du même liv., «om. xix, ^j. 396 e« suit). — 3. Idem, p. 394. — 4. Ibid., p. 39S, 399. — 5. Var., liv. vi, n. lu.
mination le plus loin qu'il peut, n'a eu à nous objecter que deux décrets des papes : l'un de Grégoire II , et l'autre de Jules II. Or pour commencer avec lui par le dernier, il nous objecte la dispense que ce Pape accorda à Henri Vllh , pour épouser la veuve de son frère Arthus; et comme s'il avait prouvé qu'il fût constant que cette dispense fut illégitime, il s'écrie en cette sorte : « Faut-il moins de » sainteté pour être vicaire de Jésus-Christ, et le » chef de l'Eglise , que pour réformer quelque » abus? ou l'inceste est-il un crime moins énorme » qu'un double mariage? » Il renouvelle ici le fameux procès du mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon; mais visiblement il n'y a nulle bonne foi à comparer ces deux exemples. Afin qu'ils fussent égaux, il faudrait qu'il fut aussi constant que le mariage contracté avec la veuve de son frère est réprouvé dans l'Evangile, qu'il est constant que le mariage contracté avec une seconde femme , la première encore vivante , y est rejeté. Mais M. Basnage sait bien le contraire, il sait bien, dis-je, qu'il est constant entre lui et nous que la polygamie est défendue dans l'Evangile, et qu'une femme surajoutée à celle qu'on a déjà ne peut être légitime. Oserait-il dire qu'il soit de môme constant entre nous, que l'Evangile ait défendu d'épouser la veuve de son frère, ou que le précepte du Lévitique, qui défend de tels mariages, ait iieu parmi les chrétiens? Mais il sait, loin que cela soit constant parmi nous, qu'il ne l'est pas même parmi les protestants. Nous en avons rapporté , dans l'Histoire des Variations- , les témoignages favorables au mariage de Henri VIII, et à la dispense de Jules II. Mélanchton et Bucer ont approuvé cette dispense, et conséquemment ont improuvé le divorce de Henri VIII. Castelnau, dont nous avons vu l'autorité alléguée par M. Basnage , dit expressément que « ce » roi envoya en Allemagne et à Genève, ofl'rant de » se faire chef des protestants , mener dix mille » Anglais à la guerre, et contribuer cent mille li- » vres sterlings , qui valent un million de livres » tournois; mais ils ne voulurent jamais approuver » la répudiation^. » Selon le témoignage de ce grave auteur, la répudiation fut improuvée non-seulement en Allemagne, mais encore à Genève même : c'est-à-dire dans les deux partis de la nouvelle Réforme. Si Calvin a introduit depuis ce temps un autre sentiment parmi les siens, il ne laissa pas de demeurer pour constant que la dispense de Jules II était si favorable , qu'elle fut même approuvée de ceux qui cherchaient le plus à critiquer la conduite des papes.
M. Basnage reproche à Jules II d'avoir accordé cette dispense hautement et à la face du soleil, au lieu que Luther a eu honte de celle qu'il a donnée, et tâcha de la cacher ; ce qui est, selon ce ministre, bien moins criminel. Sans doute quand le crime est manifeste, l'audace de le publier en fait le comble. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Jules II n'avait garde de rougir de sa dispense, ou de la cacher à l'exemple des chefs de la Réforme, puisqu'au contraire il la donnait hautement comme légitime; qu'elle fut publiquement acceptée par tout le royaume d'Angleterre, où elle demeura sans con-
1. Basn., p. 443. — 2. Va>\, liv. vu, n. 54 el suiv. — \ 3. Métn. de Castelnau , l. i, ch. 11, p. 29. Le Lab.
DEFENSE DE L'HISTOIRE DES VARIATIONS
Iradiction durant vingt ans , et qu'en effet les fondemonls s'en trouvèrent si solides, que les plus passionnés ennemis des papes les crurent inébranlables. Voilà ce que l'on compare à la scandaleuse consultation de Luther.
LXI. Si M. Basnage a raison de dire que l'Eglise prétend dispenser des lois de Dieu. — Le ministre nous objecte que « le concile de Trente prononce » anathème contre ceu.K qui lui disputeront le pou- » voir de dispenser dans les degrés d'alTmité défen- » dus par la loi de Dieu'. » D'où il conclut « que « l'Eglise romaine se donne l'autorité de faire des » choses directement contraires h la loi de Dieu. » Il dissimule qu'il s'agit ici de l'ancienne loi et de sa police, et que dans ce décret du concile, la question n'était pas, si l'Eglise pouvait dispenser de la loi de Dieu, ce que les Pères de Trente n'ont jamais pensé; mais si Dieu lui-même avait abrogé la loi ancienne à cet égard. Nous prétendons qu'une partie des empêchements du mariage portés par le Lévitique sont de la loi positive et de la police de l'ancien peuple , dont Dieu nous a déchargés : en sorte que ces empêchements ne subsistent plus que par des coutumes et des lois ecclésiastiques. Ce n'est qu'en cette manière et dans cette vue que l'Eglise en dispense : et c'est par conséquent une calomnie de dire qu'elle s'élève au-dessus de la loi de Dieu, ou qu'elle en prétende dispenser.
LXn. Réponse de Grégoire II rapportée mal à propos par le ministre. — M. Basnage nous oppose un second décret de pape , et il est bon d'entendre avec quel air de décision et de dédain il le fait. « M. de Meaus se trompe, dit-il-, quand il » assure si fortement (au sujet de la consultation 1) de Luther), que ce fut la première fois qu'on dé- » Clara que Jésus-Christ n'a point défendu de sem- >i blables mariages (où l'on a deux femmes ensem- « ble) : il faut le tirer d'erreur en lui apprenant ce » que fit Grégoire II, lequel étant consulté , si l'E- » glise romaine croyait qu'on pût prendre deux i) femmes , lorsque la première détenue par une » longue maladie ne pouvait souffrir le commerce » de son mari, décida » selon la vigueur du Siège apostolique, que lorsqu'on ne pouvait se contenir, il fallait prendre une autre femme, pourvu qu'on Iburnît les aliments à la première. On voit déjà en passant, que ce n'est pas là prendre deux femmes, comme M. Basnage veut le faire entendre , mais en quitter une pour une autre : ce qui est bien éloigné de la bigamie dont il s'agit entre nous. Au reste, ce curieux décret, que M. Basnage daigne bien m'apprendre, n'est ignoré de personne : toutes nos écoles en retentissent, et nos novices en théologie le savent par cœur. Après deux autres passages aussi vulgaires que celui-là, M. Basnage, avec un ton fier et avec un air magistral , nous avertit qu'il ne les rapporte que « pour apprendre à M. de » Meaux qu'il ne doit pas se faire honneur de l'an- » tiquilé qu'il n'a pas examinée'. » Je lui laisse faire le savant tant qu'il lui plaira, et il aura bon marché de moi, tant qu'il ne me reprochera que de l'ignorance ; je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les honmies que de se piquer de science; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup
1. Bam-, p. 443. Cotic. Trid., Sess. xxiv, Can. S. — 2. Paq. 113. — 3. Piiij. 414.
pour répondre à M. Basnage. Cette décision de Grégoire II se trouve parmi ses Lettres', et encore dans le décret de Gratien avec cette note au bas : Illud Gregorii sacris canonibus , imo evangelicw et apostolicœ doctrinœ penitus repetilur adversum^ : c'est-à-dire, « cette réponse de Grégoire est con- » traire aux saints canons, et môme à la doctrine » évangélique et apostolique. » Les Papes ne sont donc pas si jaloux qu'on pense de maintenir comme inviolables toutes les réponses de leurs prédécesseurs, puisqu'on trouve celle-ci avec cette note dans le décret imprimé par l'ordre de Grégoire XIII, et que les réviseurs qu'il avait nommés n'y trouvent rien à redire. Ainsi , sans nous arrêter à ce que d'autres ont dit sur ce passage, contentons-nous de demander à M. Basnage ce qu'il en prétend conclure? Quoi ! que ce pape a approuvé comme Luther qu'on eût deux femmes ensemble pour en user indifféremment? C'est tout le contraire : c'est autre chose de dire , avec ce Pape , que le mariage soit dissous en ce cas, autre chose de dire, avec Luther, que sans le dissoudre on en puisse faire un second; l'un a plus de difflculté, l'autre n'en eut jamais la moindre parmi les chrétiens; et Luther est le premier et le seul à qui la corruption a fait naître un doute sur un sujet si éclairci. Que si parmi les prolestants, d'autres ou devant ou après lui ont soutenu en spéculation la polygamie , il est le seul qui ait osé pousser la chose jusqu'à la pratique.
Mais enlin, dira-t-on, quoi qu'il en soit, un pape se sera trompé? Est-ce là de quoi il s'agit? M. Basnage connait-il quelqu'un parmi nous qui entreprenne de soutenir que les papes ne se soient jamais trompés, pas même comme docteurs particuliers? et quand il voudrait conclure que celui-ci se serait trompé même comme pape, à cause qu'il parle comme il dit lui-même : Vigore Sedis apostolicœ : avec la force et la vigueur du Siège apostolique : sans examiner s'il est ainsi , et si c'est là tout ce qu'on exige pour prononcer comme on dit ex cathedra : enfin tout cela n'est pas notre question. Ce n'est pas une ignorance , ou une surprise de Luther que nous objectons à la Réforme; il n'y aurait rien là que d'humain : c'est une séduction faite de dessein, dans un dogme essentiel du christianisme, par une corruption manifeste, contre la vérité et sa conscience. Il n'en est pas ainsi de Grégoire II; ce n'est point pour flatter un prince qu'il a écrit de cette sorte : c'est dans une dilTiculté assez grande une résolution générale : on ne lui a fait espérer, pour le corrompre, ni le pillage d'un monastère , ni de secourir son parti; il ne se croit pas obligé de cacher sa réponse : s'il s'est trompé , aussi ne le suit-on pas , et on le reprend sans scrupule : mais enfin il a dit naturellement ce qu'il pensait : M. Basnage n'a pu le convaincre , ni lui ni les autres papes , d'avoir décidé contre leur conscience, comme Luther et ses compagnons sont convaincus de l'avoir fait, et par les reproches de la leur, et de l'aveu de M. Basnage; et ainsi les réformateurs de la papauté n'y ont pu trouver aucun abus qui égalât ceux qu'ils ont commis.
L.XIII. De la prétendue bigamie de Valentinien I", et de la loi faite en faveur de cet abus. — Le mi-
1. Gregor. II, ep. ix, t. i; Conc. Gall. — 3. Dec. II. part. aus. 32, quœsl. vu, cap. 18 : Quod proposuisti.
CONTRE LA REPONSE DE M. BASNAGE
nistre n'a point trouvé de pape : il a cru trouver un empereur. « Valentinien , dit-il', fit publier » dans toutes les villes de l'empire une loi en fa- » veur de la bigamie; et en eiïet il eut deux femmes » sans encourir l'excommunication de son clergé.» Qu'appelle-t-il son clergé? Ce sont les évèques du quatrième siècle, n'est-ce pas aussi le clergé de M. Basnage, et veut-il, à l'exemple de M. Jurieu, livrer à l'Antéchrist ce clergé auguste, qui comprend les colonnes du christianisme? Veut-il dire que tant de saints, et un siècle si plein de lumière aient approuvé une loi si étrange et si inouïe, je ne dis pas seulement dans l'Eglise catholique , mais dans l'Empire romain, ou qu'on ait pu douter un seul moment que la polygamie fût défendue? Il n'oserait l'avoir dit, et il sait bien qu'on l'accablerait de passages qui lui prouveraient le contraire. Mais entin il y a eu une loi? Je n'en crois rien, non plus que Baronius et M. Valois, et tous nos habiles critiques. Socrate, qui le dit seul 2, ne mérite pas assez de croyance pour établir un fait si étrange : M. Basnage sait bien qu'il en hasarde bien d'autres dont il est dédit par tous les savants. Sozomène, qui le suit presque partout, se lait ici : Théodore! de même : en un mot, tous les auteurs du temps ou des temps voisins gardent un pareil silence , et on ne trouve ce fait que dans ceux qui ont copié Socrate quatre à cinq cents ans après. Il ne faut pas oublier deux auteurs païens qui ont écrit vers les temps de Valentinien. C'est Ammian Marcellin et Zozime ; le premier est constamment peu favorable à ce prince, qu'il semble même vouloir déprimer, en haine du mépris qu'il témoignait pour Julien l'Apostat, le héros de cet historien-' ; et néanmoins, parmi toutes ses fautes, qu'il maique avec un soin extrême , non-seulement il ne marque point celle-ci , mais il semble même qu'il ait dessein de l'exclure, puisqu'il rend ce témoignage à Valentinien ; que ce prince « toujours at- » taché aux règles d'une vie pudique , a été chaste » au dedans et au dehors de sa maison , sans avoir » jamais souillé sa conscience par aucune action » malhonnête et impure, ce qui même le rendait » sévère à réprimer la licence de la Cour^. » Aurait-on rendu ce témoignage à un prince qui eut entrepris de faire une loi, et de donner un exemple pour autoriser la polygamie que les Romains , même païens , ne jugeaient digne que des Barbares; que Valérien, que Dioclélien et les autres princes avaient réprimée par des lois expresses qu'on trouve encore dans le code.
Si Valentinien en avait fait une contraire, Zozime n'aimait pas assez cet empereur, pour nous le cacher. En parlant de Valentinien et du dessein qu'il avait de composer un corps de loi , il en remarque une qu'il fut contraint d'abolir^; c'était le cas de parler de celle-ci, si elle avait jamais été. Aussi ne se trouve-t-elle ni dans le code ni nulle part : ni on ne voit qu'elle ait jamais été reçue, ni on n'écrit qu'elle ait été abolie : il n'en est resté ni aucun usage dans l'empire, bien qu'on prétende qu'elle ait été publiée dans toutes les villes, ni aucune marque parmi les jurisconsultes, ni enfin
1. Basn., p. 444. — 2. Socr., lib. iv, cap. 31. — 3. Ainm. Marc , lib. xxxvi, sub fin. xxvit. — 4. Idem, xxx.— 5. Lib iv, init.
aucune mémoire parmi les hommes. Jamais les Pères ne l'ont reprochée, ni durant la vie ni après la mort, ni à Valentinien, ni à Justine, celte prétendue seconde femme, quoique, devenue arienne et persécutrice des catholiques, elle n'avait pas mérité d'être flattée. Quand nous n'aurions aucune autre preuve contre cette fable, le nom même d'un empereur si grave , si sérieux , si chrétien y résisterait : il n'aurait pas déshonoré son empire , si glorieux d'ailleurs, par une loi non-seulement si criminelle môme dans l'opinion des païens , mais encore si impertinente. Qui en voudra voir davantage sur ce sujet peut consulter Baronius, qui même convainc de faux cette historiette de Socrate en plusieurs de ses circonstances, comme par exemple lorsqu'il nous donne cette Justine pour fille dans le temps que Valentinien l'épousa, elle qu'on sait avoir été veuve du tyran Magnence. C'est Zozime qui le rapporte au quatrième livre de son Histoire : « Le jeune fils de Valentinien que ce » prince avait eu de la veuve de Magnence, fut, » dit-il', fait empereur à l'âge de cinq ans. » Et encore vers la fin du même livre : « Le jeune Va- » lentinien se retira auprès de Théodose avec sa » mère Justine, qui, comme nous avons dit, avait » été femme de Magnence, et épousée après sa » mort par Valentinien pour sa beauté. » 'Trouver deux fois dans un historien, plutôt ennemi que favorable à Valentinien, ce mariage avec Justine, sans qu'il en marque cette honteuse circonstance, ce serait, quand nous n'aurions autre chose, une preuve plus que sulTisante de sa fausseté. Etait-il permis à M. Basnage de dissimuler toutes ces choses : de nous donner comme un fait constant ce qu'il sait avoir été rejeté par tant d'habiles gens , et par des raisons si solides; et encore de me reprocher l'ignorance de l'antiquité , parce que lorsque j'en marquais les sentiments sur la pluralité des femmes, je n'avais daigné tenir compte, ni d'un fait si mal fondé , ni de cette prétendue loi de Valentinien? Et après tout, que peut- il conclure de tout ce fait , quand il serait aussi véritable qu'il est manifestement convaincu de faux? Le public n'en verrait pas moins de quelle absurdité il était à trois prétendus réformateurs de remettre en usage après tant de siècles une loi entièrement oubliée d'un empereur.
LXIV. Erreur de M. Basnage, qui sur une froide équivoque , objecte à toute l'Eglise et aux premiers siècles, d'avoir approuvé l'usage des concubines. — M. Basnage nous cite pour dernier passage celui des Constitutions apostoliques, où il est ordonné, dit-iP, de recevoir paisiblement à la communion la concubine d'un infidèle qui n'a commerce qu'avec lui. Il croit donc que les Eglises de Jésus-Christ ont approuvé de tels commerces hors du mariage , et ne craint point de souiller la sainteté des mœurs chrétiennes, et dans les temps les plus purs, par ces indignes soupçons. Faut-il apprendre à ce faux savant la distinction triviale des femmes épousées solennellement, et d'autres femmes qu'on appelait concubines, parce qu'elles étaient épousées avec moins de solennité , quoiqu'elles fussent vraies femmes sous un nom moins honorable? Toutes les lois en sont pleines, tous les jurisconsultes en con-