Theodor., in c. i. Ep. ad Rom. n. 25: t. m, pag
DU CULTE DU A DIEU
011 eux, le Verbe était l'un et l'autre selon sa propre nature ; il fallait que Dieu lui-môme le tirit premièrement du néant, pour en tirer ensuite par lui toutes les autres créatures; clinse ([u'on ne peut penser sans brouiller toutes les idées que l'Ecriture nous donne de la création et de la Divinité.
Cependant à les ouïr parler, il n'y avait qu'eux qui connussent Dieu: les catholiques étaient charnels et grossiers, qui prenaient tout à la lettre, et n'entraient point dans les inlerprétations profondes et spirituelles : tant il est vrai que les hommes qui se mêlent de corriger les sentiments de l'Eglise , s'éblouissent et éblouissent les autres, par des paroles qui n'ont qu'un son éclatant, et qui au fond sont destituées de bon sens et de vérité.
On sait au reste que ces hérétiques avaient pris une grande partie de leurs opinions dans les écrits des platoniciens, qui ne connaissant qu'à demi la vérité, l'avaient mêlée de mille erreurs. Les ariens trop charmés de l'éloquence de ces philosophes, et de quelques-uns de leurs sentiments, beaux à la vérité, mais mal soutenus, avaient cru qu'ils embelliraient la religion chrétienne , en y mêlant les idées de la philosophie platonicienne , quoique souillée en mille endroits des erreurs de l'idolâtrie; et c'est par là qu'ils nous ont donné ce composé monstrueux du christianisme et du paganisme.
IV. Origine du faux culte des anges, condamné par l'apàlre saint Paul, par les anciens docteurs et par le concile de Laodicéc. — M. Noguier nous avoue ' « que les chrétiens qui servaient les anges, » comme entremetteurs entre Dieu et nous, avaient » puisé ce sentiment dans la môme source de l'école » de Platon. » Il est certain que dans cette école on n'entendait non plus la création , que dans les autres écoles des païens. Dieu avait trouvé la matière toute faite, et s'en était servi par nécessité; c'est pour cela qu'ensuivait dans cette école le sentiment (d'Anaxagore) qui mettait pour cause du monde la nécessité et la pensée. Dieu donc avait seulement paré et arrangé la matière, comme ferait un architecte ou un artisan. Encore n'avait-il pas jugé digne de sa grandeur de former et d'arranger par lui-même les choses sublunaires (d'ici-bas); il en avait donné la commission à de certains petits dieux, dont l'origine est fort difficile à démêler. Quoi qu'il en soit, ils avaient eu ordre de travailler au bas monde, c'est-à-dire, de former les hommes, et les autres animaux; ce qu'ils avaient exécuté en joignant à quelque portion de la matière, je ne sais quelles particules de l'àme du monde, que Dieu avait trouvées toutes faites, aussi bien que la matière, mais qu'il avait fort embellies. Voilà ce que nous voyons dans le Timt'e de Platon, et dans quelques antres de ses Dialogues. Je n'empêche pas que ceux rjui adorent toutes les i)onsées des anciens ne sauvent ce philosophe à la faveur de l'allégorie, ou de quekpie autre ligure : toujours est-il certain que la plupart do ses disciples ont pris ce qu'il a dit de la formation de l'univers au pied de la lettre. Au reste, on peut bien juger que s'il n'est pas digne de Dieu de faire les hommes, il n'était pas moins au-dessous de lui de se mêler de leurs affaires, et de recevoir par lui-môme leurs prières et leurs sacrilices. Aussi, dans cette opinion des Platoniciens,
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Dieu était inaccessible pour les hommes, et ils n'en pouvaient approcher que jiar ceux qui les avaient faits.
La religion chrétienne ne connaît point de pareils entremetteurs, (\ui empêchent Dieu de tout faire, de tout régir; île tout écouler jjar lui-même. Si elle donne aux hommes un médiateur nécessaire pour aller à Dieu, c'est-à-dire, Jésus-Christ, ce n'est pas que Dieu dédaigne leur nature qu'il a faite; mais c'est que leur péché, qu'il n'a pas fait, a besoin d'être expié par le sang du Juste. Mais le monde n'est sorti que par degrés de ces opinions du paganisme, qui avait fasciné tous les esprits. Ainsi quelques-uns de ceux qui reçurent l'Evangile , dans les premiers temps , ne pouvaient entièrement oublier ces petits dieux de Platon, et les servaient sous le nom des anges. Il est certain par saint Epiphane, et par Théodorel, que Simon le Magicien, que Ménandre et tant d'autres, qui à leur exemple mêlaient les rêveries des philosophes avec la vérité de l'Evangile, ont attribué aux anges la création de l'univers. Nous voyons môme dans saint Epiphane une secte qu'on appelait la secte des angéliques , ou « parce que, dit ce Père', quelques hérétiques » ayant dit que le monde a été fait par les anges, » ceux-ci l'ont cru avec eux; ou parce qu'ils se 1) mettaient eux-mêmes au rang des anges : » et Théodorel, au livre V contre les fables des hére'tiques, exposant la doctrine de l'Eglise contre les hérésies qu'il a rapportées, parle ainsi dans le chapitre des Anges- : « Nous ne les faisons point auteurs de » la création ni coéternels à Dieu, comme font les » hérétiques : » et un peu après : « Nous croyons » que les anges ont été créés par le Dieu de tout » l'univers. » Il le prouve par le Psalmiste, qui ayant exhorté les anges à louer Dieu, ajoute qu'il a parlé, et que par cette parole ils ont été faits^. Il produit encore pour le faire voir, un passage de l'Epitre aux Colossiens'', où saint Paul assure que « tout l'univers, les choses visibles et invisibles, les » trônes, les dominations, les principautés et les » puissances ont été créés par le Fils de Dieu. » Il est raisonnable de croire que le soin que prend saint Paul en ce lieu, d'expliquer si distinctement que tous les esprits célestes doivent leur être au Fils de Dieu, marque un dessein de combattre ceux qui les égalaient à lui, et qui les faisaient créateurs plutôt que créatures : et quand le même saint Paul condamne encore, dans la môme Epitre^, ceux qui par une fausse humilité s'adonnaient au service des anges, il avait en vue quelque erreur semblable; car comme il n'explique point en quoi consiste l'erreur de ces adorateurs des anges, nous ne pouvons rien faire de mieux que de rapporter ces paroles aux fausses opinions que nous voyons établies dès l'origine du christianisme.
Il faut dire la môme chose du canon xxxv du concile de Laodicée", où il est porté, « qu'il ne faut » point que les chrétiens abandonnent l'Eglise de » Dieu , et se retirent, et qu'ils nomment les anges, » et qu'ils fassent des assemblées illicites, lesj) quelles sont choses défendues. Que si on découvre
1. Hi'rcs. LX; tom. i,p. TiGô. Tortullien dit la même chose : De Prescrip.. ex qtio Hier., aUv . Lucif. — 2. Lib. v. herelic. fab. c. l.de angelis;t. iv,/). 266. —3. Pi-. c.\Lviii. 2, 5. — 4. Coloss., I. 16. — 5. Idem, u. 18. — G. Conc. Laod.,c. 35; Labb., tom. I, col. 1303.
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» quelqu'un qui soit altaché à cette idolâtrie cachée, » qu'il soit analhème, parce qu'il a laissé Notre » Seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu , et s'est » adonné à l'idolâtrie. »
Ce concile n'ayant non plus expliqué que saint Paul, les sentiments de ces idolâtres, les interprètes des canons ont rapporté celui-ci aux erreurs qui couraient en ce temps. Nous avons dans le Synodicon des Grecs, imprimé depuis peu à Londres, les doctes et judicieuses remarques d'Alexius Aristenus, ancien canoniste grec, Irès-estimé dans l'Eglise orientale. Voici comme il explique ce canon da Laodicée. « Il y a , dit-il , une hérésie des angé- » tiques, appelée ainsi, ou parce qu'ils se vantent » d'être de même rang que les anges, ou parce » qu'ils ont rêvé que les anges ont créé le monde. » Il y en avait aussi qui enseignaient, comme il pa- » rait par l'Epitre aux Colossiens, qu'il ne fallait 9 pas dire que nous eussions accès auprès de Dieu 9 par Jésus-Christ; car Jésus-Christ, disaient-ils, » est trop grand pour nous; mais seulement par » les anges. Dire cela, c'est renoncer, sous prétexte » d'humilité, à l'ordre que Dieu a établi pour notre 1) salut. Celui donc qui va à des assemblées illicites, » ou qui dit que les anges ont créé le monde , ou » que nous sommes introduits par eux auprès de » Dieu, qu'il soit anathème, comme ayant aban- » donné Jésus-Christ, et approchant des sentiments ') des idolâtres. »
Tout le monde sait le passage de Théodoret, oii il explique celui de saint Paul, et. à l'occasion de celui-là , le canon de Laodicée. « Ceux qui soute- » naient la loi , dit-il ', leur persuadaient aussi d'ho- )) norer les anges, disant que la loi avait été donnée " par leur entremise. Celte maladie a duré long- » temps en Phrygie, et en Pisidie. C'est pourquoi » le concile de Laodicée en Phrygie défendit par » une loi de prier les anges; et encore à présent on » voit parmi eux et dans leur voisinage des oratoires » de saint Michel. Ils conseillaient ces choses par » humilité; disant que le Dieu de l'univers était in- 1) visible, inaccessible, incompréhensible, et qu'il » fallait ménager la bienveillance divine par le 1) moyen des anges. »
Quand on verra dans la suite les passages de Théudoret, où, de l'aveu des ministres, il soutient avec tant de force l'invocation des saints telle qu'elle se pratique parmi nous, on ne croira pas qu'il veuille défendre d'invoquer les anges dans le même sens. On voit assez, par ces paroles, quelle était l'invocation qu'il rejette. C'était d'invoquer les anges comme les seuls qui nous pouvaient approcher de la nature divine, inaccessible par ellemême à tous les mortels. Cette vision est connue de ceux qui ont lu les platoniciens , et ce que saint Augustin a écrit, dans le livre de la Cité de Dieu, contre la médiation qu'ils attribuaient aux démons. C'est une erreur insupportable de faire la divinité naturellement inaccessible aux hommes , plutôt qu'aux anges. Les chrétiens , qui, séduits par une vaine philosophie, ont embrassé cette erreur, soit qu'ils aient regardé les anges comme leurs créateurs particuliers, soit qu'ayant corrigé peut-être (car personne n'a expliqué toute leur opinion) cette erreur des platoniciens, ils en aient retenu les suites,
I- Theodor . in Epist. ad Cotoss., cap. n. IS; tom, m, p. 355.
n'ont connu comme il faut ni la nature divine, ni même la création. C'est ignorer l'une et l'autre que de reconnaître quelqu'un qui ait plus de bonté pour nous, ou qui ait un soin plus particulier et une connaissance plus immédiate de nous et de nos besoins, que celui qui nous a faits. Si ces adorateurs des anges avaient bien compris que Dieu a tout également tiré du néant, jamais ils n'auraient songé à étalilir ces deux ordres de natures intelligentes, dont les unes soient par leur nature indignes d'approcher de Dieu, et les autres par leur nature si dignes d'y avoir accès , que personne ne puisse l'avoir que par leur moyen. Au contraire, ils auraient vu que ce grand Dieu, qui de rien a fait toutes choses, a pu à la vérité distinguer ses créatures en leur donnant dill'érents degrés de perfection; mais que cela n'empêche pas qu'il ne les tienne toutes à son égard dans un même état de dépendance, et qu'il ne se communique immédiatement, quoique non toujours en même degré, à toutes celles qu'il a fait capables de le connaître. En effet, si on présuppose que les hommes soient par leur nature indignes d'approcher de Dieu , ou que Dieu dédaigne de les écouter; on doit croire, par la même raison, qu'il dédaigne aussi et de les gouverner et de les faire. Car il ne méprise pas ce qu'il fait, ou plutôt il n'aurait pas fait ce qu'il aurait jugé digne de mépris. Aussi voyons-nous que quand le péché dont la nature humaine a été souillée, a fait qu'elle a eu besoin nécessairement d'un médiateur auprès de Dieu, il a voulu que ce Médiateur fût homme, pour montrer que ce n'était pas notre nature , mais notre péché qui le séparait de nous. Il a si peu dédaigné la nature humaine, qu'il n'a pas craint de l'unir à la personne de son Fils. C'est ce que devaient entendre ces adorateurs des anges, et croire qu'il n'y avait que le seul péché qui put empêcher les hommes d'avoir accès par eux-mêmes auprès de Dieu; la nature humaine étant capable de le posséder aussi bien que la nature angélique, et tenant sa félicité avec son être, non des anges ou de quelques autres esprits bienheureux, mais de celui qui les a faits.
Ainsi on peut bien attribuer aux anges un amour sincère envers les hommes, et un soin particulier de les secourir dans un esprit de société et de charité fraternelle, comme leurs chers compagnons, destinés au même service, et appelés à la même gloire. Mais on ne peut point-en faire , comme faisaient ces philosophes et ces hérétiques, des médiateurs nécessaires entre Dieu et nous, sans rompre la sainte union que Dieu même a voulu avoir avec l'homme, qu'il a créé aussi bien que l'ange à son image et ressemblance.
Après cela , je n'ai que faire de rapporter ce qu'ont dit et les catholiques et les protestants, touchant ces adorateurs des anges. Il me sutTit que si on remonte à la source de leurs erreurs, qui , de l'aveu de M. Noguier, se trouve dans le platonisme, on verra qu'ils y sont tombés pour avoir ignoré la création, ou pour ne l'avoir pas entendue dans toutes ses suites, et pour avoir mieux aimé en croire Platon et ses sectateurs, que Moïse et les prophètes.
V. Dans la doclrine calholique , selon laquelle on croit tout ce qu'il faut croire sur la nature divine et la création, il n'y peut avoir aucun sentiment
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qui reasenle l'idolâtrie. — Ainsi en paixoiiranl loules les opinions qui ont tenu quelque chose de rieiol;Ui-ie , on voit qu'on ne peuleii montrer aucune où il n'y ail quelque erreur louchant la nature de la divinité, et où la doctrine de la création ne soit obscurcie; ce qui l'ail voir clairement que parmi nous, où l'on croit tout ce qu'il faut croire sur la nature divine et sur la création , il n'y peut avoir aucun sentiment qui ressente l'idolâtrie.
Nous descendrons en particulier à tous les actes par lesquels on nous accuse de vendre à la créature ou en tout ou en partie les honneurs divins. Mais déjà, en attendant, on peut voir par une raison générale, qu'en croyant ce que nous croyons du néant de la créature, il ne peut jamais nous arriver de lui donner aucune partie de l'être divin; d'où il s'ensuit qu'il n'est pas possible que nous l'égalions à Dieu, par quelque endroit que ce soit, ni dans notre eslime, ni dans notre culte.
En elTet , si nous voyons que partout où on a rendu à plusieurs quelque partie des honneurs divins, on y a aussi présupposé quelque partie de l'être de Dieu; par une raison contraire; il faut conclure nécessairement que parmi nous, où on ne suppose l'être divin qu'en un seul , on ne peut rendre qu'à un seul les honneurs divins.
Si après cela on nous objecte (et on nous l'objecte souvent) que les honneurs que nous rendons aux saints ne sont pas des honneurs divins dans notre pensée, mais qu'ils le sont en efl'el; c'est ce qui ne fui jamais et qui ne peut être. Car tous ceux qui ont jamais rendu à quelqu'un les honneurs divins , l'ont senti, et l'ont connu , et l'ont voulu faire. Il esl inouï dans tous les siècles qu'on ait jamais rendu les honneurs divins à d'autres qu'à ceux qu'on a crus des dieux par erreur, ou qu'on aï fait semblant de tenir pour tels par crainte ou par flatterie. Pour nous, tout le monde sait que nous ne tenons point les saints pour des divinités , à moins (|u'on veuille nous faire admettre des divinités avec cette idée distincte qu'elles sont tirées du néant; ce qui n'est jamais tombé dans la pensée de personne. Que si ce sentiment parait si absurde qu'on n'ose pas même nous l'attribuer, il est encore plus étrange et plus incroyable que nous rendions les honneurs divins à ceux que nous ne tenons pas pour des dieux, et qu'au contraire nous regardons comme de pures créatures.
Et ce serait certainement un prodige incompréhensible et inouï, si nous, (\m savons si bien que la créature quelle qu'elle soil, ne peut, abandonnée à elle-même, et destituée de tout secours de la part de Dieu , trouver en son fond que le néant et le péché ;
VI. Fausses imputations du minisire Daillé, sur les honneurs que les catholiques rendent aux saints. — Le fameux M. Daillé, que l'anonyme va bientôt ranger parmi les Tores de l'Eglise, et en qui il ne désire jiour cela que la durée de quelques siècles, fonde sur celte fausse présupposition tout ce ([u'il dit dans le livre le plus recherché qu'il ait fait sur celte matière. Car dès le premier chapitre où il propose l'état de la question'; il l'a fait consislcr en ce point que ceux de sa religion n'approuvent pas les Latins, c'est ainsi qu'il nomme les calholi-