‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 78 sur 545 · Dull., Advers. latin. Iradit., t. i. cap. i · texte numérisé non relu

Dull., Advers. latin. Iradit., t. i. cap. i

DU CULTE DU A DIEU

dans les actes particuliers par lesquels la créature peut rendre hommage à son Créateur, que les ministres nous disent eux-mêmes ce qu'il faut faire pour cela.

Ils nous diront qu'il y a des actes intérieurs et extérieurs : et nous voulons biea les suivre dans l'examen qu'ils feront de nos sentiments sur les uns et sur les autres.

Le premier acte intérieur par lequel nous adorons Dieu , c'est que nous reconnaissons qu'il est lui seul Celui qui est, et que nous ne sommes rien que par lui, ni dans l'ordre de la nature, ni dans l'ordre de la grâce, ni dans l'ordre de la gloire. En veulent-ils davanlage? Et ne voient-ils pas que cet acte ne peut jamais avoir pour objet la créature?

Tout le reste dépend de là; et ce premier sentiment de religion fait que nous nous attachons à Dieu comme à la cause de notre être et de notre bonheur, par la foi, par l'espérance, et par la charité : nous croyons sur sa parole les choses les plus incroyables; nous appuyons sur sa promesse l'espérance de notre salut et de notre vie : nous l'aimons de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre entendement, de toutes nos forces, et nous aimons notre prochain pour l'amour de lui. Les ministres savent-ils d'autres actes intérieurs par lesquels il faille adorer Dieu en esprit et en vérité selon la doctrine de l'Evangile? Ignorent-ils que ces trois vertus, la Foi, l'Espérance et la Charité , auxquelles seules aboutit toute la doctrine de l'Ancien et du Nouveau Testament, sont appelées parmi nous les vertus théologales; parce que les autres vertus peuvent avoir des objets humains , et que le propre de celles-ci, c'est de n'avoir pour objet que Dieu? Ne savent-ils pas que nous enseignons ce fondement essentiel de toute la religion, non-seulement dans l'Ecole à tous les théologiens, mais encore dans le Catéchisme à tous les enfants; et que par là nous leur apprenons à distinguer Dieu, Père , Fils , et Saint-Esprit , de toutes les créatures visibles et invisibles, corporelles et spirituelles?

Voilà donc la diflerence essentielle entre Dieu et la créature, entre les honneurs de l'un et de l'autre, solidement établie par les actes intérieurs. Venons aux extérieurs. Mais comme ces derniers sont le témoignage des autres, on ne doit pas croire que distinguant Dieu au dedans d'avec toutes les créatures, nous le confondions avec elles dans ce que nous faisons paraître au dehors.

Considérons toutefois ces actes extérieurs. Le culte extérieur est double. Il y a celui de la parole; il y a celui de tout le corps, qui comprend les génuflexions , les prostrations , et les autres actions et cérémonies extérieures qui marquent du respect.

Ces deux sortes de culte extérieur ont une grande afiînité. Car les génuflexions et autres actions de cette nature , après tout , ne sont autre chose qu'un langage de tout le corps, par lequel nous expliquons, de même que par la parole, ce que nous sentons dans le cœur.

Nous parlons de Dieu conformément à nos sentiments; et si ce que nous pensons de sa grandeur et de sa bonté le distingue jusqu'à l'infini de toutes les créatures, ce que nous en disons n'est pas moins fort.

Les actions extérieures de respect que nous avons appelées le langage de tout le corps s'accordent avec le langage de la voix. On ne prétend expliquer par ces actions, que la même chose qu'on dit; et l'un de ces langages doit être entendu par l'autre : de sorte que si l'un est bon, on ne doit pas présumer que l'autre soit mauvais.

C'est par là néanmoins qu'on nous attaque le plus. On dit qu'en ce qui regarde les actions extérieures de respect, nous n'avons rien qui soit réservé à Dieu seul. Les saints, dit l'anonyme', (et tous ceux de sa religion nous font le même reproche,) les saints donc ont parmi nous aussi bien que Dieu, « et de l'encens et des luminaires, et des temples, » et des fêtes. Et enfin l'Eglise romaine n'a aucune » sorte d'hommage , d'honneur, et de service exté- » rieur qu'on rende à Dieu, qu'elle n'en rende aussi » un tout semblable aux saints. » Il presse cet argument d'une manière assez vive, en disant « qu'un )> turc, un païen, un américain, les simples mêmes » parmi nous, dit-iP, qui ne sont pas accoutumés » à ces raffinements d'intention, » n'y pourra rien distinguer; et à juger des choses par l'extérieur, « il prendra les saints pour autant de dieux. «Voilà ce que nous objecte l'anonyme, mêlant le vrai avec le faux, comme il paraîtra par la suite; et il y aurait quelque vraisemblance dans tout ce raisonnement , s'il était permis de détacher les cérémonies extérieures, d'avec l'esprit et l'intention qui les anime

Pour ce qui regarde les fêtes des saints , Daillé qui nous les objecte si souvent , demeure pourtant d'accord qu'on dédiait des jours solennels à la mémoire des martyrs, non-seulement dans les temps où il prétend que la corruption commençait à s'introduire dans le culte divin, mais encore dans ces siècles d'or, où il dit qu'il se conservait dans sa pureté. Car il nous produit lui-même des témoignages certains , par lesquels il conste que cet usage était établi dès le second siècle de l'Eglise. Nous verrons bientôt les passages où ce ministre demeure d'accord de cette pratique • mais nous n'avons pas besoin de reprendre ici les choses de si haut : les prétendus réformés nous vont justifier eux-mêmes.

Tout un synode de leur religion tenu en Pologne a inséré dans les Actes , qu'on s'assemblait dans le temple de la sainte Vierge. Le même synode parle encore du 25 août comme d'un jour consacré à saint Barthélemi : ce synode est imprimé à Genève dans le recueil des Confessions de foi. On ne parle point autrement parmi les protestants d'Angleterre , ni des temples ni des fêtes. Dans la Liturgie anglicane, imprimée de l'autorité de la reine Elisabeth, du roi Jacques, et du Parlement, on voit l'offlce marqué pour chaque fête des saints; et à la tète du livre il parait un dénombrement des fêtes qu'on doit observer, parmi lesquelles saint Matthias , saint Pierre, saint Jacques, la Toussaint, et les autres fêtes des saints sont marquées, avec les dimanches, avec la Circoncision, et l'Epiphanie, et enfin avec les fêtes de Notre Seigneur. Nos réformés devaientils nous inquiéter pour des choses qu'ils voient pratiquer si publiquement à leurs frères? Ils devraient avouer plutôt , que nommer du nom de

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