‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 8 sur 545 · SUR LA BIBLIUTHÉQUE ECCLÉSIASTIQUE DE M. DUPIN · texte numérisé non relu

SUR LA BIBLIUTHÉQUE ECCLÉSIASTIQUE DE M. DUPIN

était jeté sans nécessité; à quoi il ajoute ce petit trait de ridicule pour saint Fulgence, « qu'il don- 1) nait quelquefois dans le mystique. » Une veut pas que rien lui échappe, ni qu'aucun Père sorte de ses mains sans égratignures.

Le pape saint Etienne.

M. DuPiN a traité le démêlé entre le pape saint Etienne et saint Cyprien , avec un entêtement si visible contre ce saint pape, qu'il n'y a pas moyen de le dissimuler. On pourrait remarquer d'abord que le pape est toujours Etienne, et saint Cyprien toujours saint; quoiqu'ils soient tous deux martyrs.

Si M. Dupin voulait élever la modération de saint Cyprien au-dessus de celle du pape saint Etienne , du moins ne devait-il pas le louer « de ce qu'il n'a » point prétendu faire la loi au Pape'. » Il ne restait plus qu'à le louer de ce qu'il ne l'avait pas excommunié. Il devait se souvenir que saint Etienne avait droit d'agir en supérieur, comme saint Augustin le reconnaît, mais qu'il n'en pouvait pas être de même de saint Cyprien.

D'ailleurs, il ne fallait pas dissimuler que si ça été à saint Cyprien une marque de modération si digne d'être relevée, de n'avoir point rompu l'unité, cette louange lui est commune avec saint Etienne ; puisque (laissant aux bancs la dispute sur l'excommunication prononcée par le Pape) il est bien constant qu'il n'a pas poussé la chose à bout; et saint Augustin nous apprend lui-même que la paix fut conservée de part et d'autre.

M. Dupin demeure d'accord^ que la lettre de Firmilien contre le Pape est fort emportée , et il assure que ce fait ne regarde point saint Cyprien; mais il oublie que c'est saint Cyprien qui a traduit cette lettre , qui l'a publiée en Afrique, en un mot, qui l'a approuvée et comme adoptée. La candeur et l'équité, qui doivent être inséparables de la critique, devaient porter M. Dupin à ne pas taire ces choses, et à ne pas charger saint Etienne seul, comme si saint Cyprien n'avait excédé en rien ; encore que saint Augustin, qui le ménage autant qu'il peut, ne l'ait pas excusé en tout.

Loin de conserver cette équité, M. Dupin trouve que « Firmilien est plus excusable qu'Etienne, » parce qu'il avait conçu de l'indignation contre la Il manière dont Etienne avait traité les députés de » saint Cyprien. » Ainsi Firmilien, qui avait appelé du nom de Judas, d' he're'iique et de pire qu'hérétique un pape, qui dans le fond avait raison, est pourtant , selon ce critique , plus excusable que lui.

Mais c'est que M. Dupin ne veut pas demeurer d'accord que le Pape ait eu raison. C'est là sa grande erreur. Car il est constant par saint Augustin, par saint Jérôme, par Vincent de Lérins, que l'Eglise universelle a suivi le sentiment de saint Etienne : que saint Cyprien, et les autres de son parti ne sont excusables qu'à cause qu'ils ont erré avant la définition de toute l'Eglise : qu'après cette décision , ceux qui ont suivi leurs sentiments sont hérétiques : que le décret de saint Etienne était fondé sur une tradition apostolique : que ceux qui s'y opposèrent reconnurent eux-mêmes dans la

Page 1