‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 80 sur 545 · Pag · texte numérisé non relu

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Gentils que les Juifs adoraient le ciel ou les nues- D'autre côté à les voir prosternés si humblement devant l'arche, les idohïtres, accoutumés à s'allacher grossièrement à l'cdijet sensible, auraient pu s'imaginer qu'ils terminaient leur adoration , ou bien à l'arche elle-même, ou à quelque chose qui était dedans, ou aux chérubins qui étaient dessus. On ne peut détruire de pareils soupçons que par la parole, et en exposant le fond de la religion. Quelqu'un des Orientaux à qui on aurait appris dès son enfance à regarder son roi comme une divinité, aurait pu croire, à en juger par l'extérieur, que David prosterné devant Saiil lui rendait un semblable hommage. Il aurait fallu lui ex|di(|ucr que la chose ne se prenait point de celle sorte parmi les Juifs, et que c'est l'usage public qui fait valoir plus ou moins ces signes extérieurs. Ainsi un prétendu réformé sera tout à fait injuste, si, pour faire la diirérence des honneurs que nous rendons au dehors à Dieu et aux saints, il ne consulte avant toutes choses l'usage et la profession solennelle de notre religion.

VIII. Itaisons particulièrea qui mettent les r.atholiques à couvert des objections dca iirétendus réformés, prises du sacrifice qui n'est offert qu'à Dieu seul. — Voilà ce que nous pouvons répondre aux prétendus réformés, touchant l'extérieur de la religion, en raisonnant avec eux sur les principes qui nous sont communs. Mais nous avons outre cela des raisons particulières qui nous mettent à couvert de leur objection : car outre que nous rendons à Dieu ces déférences extérieures dans un esprit et une intention qui les distinguent de toutes celles que nous rendons à quelque autre que ce soit; on sait encore que nous avons une cérémonie particulière, qui enferme le souvecain hommage de la religion, et qui ne peut jamais avoir que Dieu pour objet. Nous avons un sacrifice dont nous ferons voir ailleurs la sainteté, et dont il nous suffit maintenant de dire que , selon toutes les maximes de notre religion, il ne peut être offert qu'à Dieu seul. Nous fondons la nécessité de ce sacrifice sur la distinction qu'il faut faire entre Dieu et la créature. Il est juste , disonsnous, que la créature honore l'auteur de son être et de sa félicité d'une façon toute singulière, non-seulement au dedans, mais au dehors. Il est donc juste aussi, que ce premier être se soit réservé quelque marque de déférence qui ne soit que pour lui seul. Nos réformés ne devraient pas nier cette vérité; puisqu'ils nous reprochent comme un crime de rendre les mômes hommages extérieurs au Créateur et aux créatures , ils semblent exiger de nous que nous réservions à Dieu quelque marque d'honneur, tout à fait incommunicable. Les prosternements ne le sont pas, et parmi les manières de se prosterner, il n'y en a point de si humiliante ni de si profonde, qu'on ne fasse quelquefois pour les créatures. Dieu ne l'a point défendu; et il veut bien avoir des honneurs qui lui soient communs à l'extérieur avec les anges, cl avec ses autres ministres, tels que sont les prophètes elles rois. Mais non content qu'on lui rende les mômes respects dans un autre esprit, il a vu que pour nous apprendre à mieux distinguer sa grandeur de toutes les autres, il fallait qu'il consacrât à son lionnciir une action extérieure qui eut pour son objet propre la reconnaissance el l'adoration de

DU CULTE DU A DIEU

sa majesté infinie. Cette action, c'est le sacrifice, oii on lui offre quelque chose avec des cérémonies qui marquent expressément qu'il est le seul de qui tout dépend. Celte action, du consentement de tous les peuples du monde, est réservée à la Divinité. Les Juifs, qui n'adoraient qu'un seul Dieu n'ont sacrifié qu'à un seul; ceux qui ont eu plusieurs dieux, en mullipliant la Divinité, ont étendu, par la même erreur, l'aclion du sacrifice. Ainsi tout le genre humain est d'accord que la seule Divinité est capable de recevoir cet honneur. Nous offrons tous les jours à Dieu un sacrifice que les prétendus réformés ne veulent pas reconnaître : mais ils ne peuvent nier que nous ne l'offrions et que nous ne croyons tous unanimement qu'il ne doit être olTert qu'à Dieu seul. Ils savent que le concile de Trente l'a ainsi expressément déterminé; ils en ont vu le décret dans I'Exposition, et nous repasserons dessus en son lieu. Ils nous demandent souvent si de même que nous reconnaissons une espèce d'adoration relative, nous ne pourrions pas aussi reconnnilre une espèce de sacrifice relatif qui s'offrit à la créature par rapport à Dieu. Tous les auteurs répondent que non , parce que le sacrifice est un culte , qui par son institution est consacré à représenter ce qui est dû à la souveraine majesté de Dieu considérée en elle-même. Ainsi telle est la nature du sacrifice , qu'il attribue toujours la Divinité à celui à qui on l'offre : et nous l'attachons tellement à Dieu considéré en lui-même , que même nous ne croyons pas qu'on le puisse offrir à Jésus- Christ en tant qu'homme; car en cette qualité il est la victime et ne peut être celui à qui on immole : tant cette action est auguste et incommunicable; tant le mystère en est saint et la signification relevée.

Ainsi et le sacrifice, et tout ce qui s'y rapporte appartient à Dieu privalivemont à tout autre. Il n'y a que Dieu qui ait des prêtres; il n'y a que Dieu qui ait des autels; il n'y a que Dieu qui ait des temples; parce que comme le temple est pour l'autel, et l'autel pour le sacrifice, aussi le sacrifice est pour Dieu, et jamais ne peut être offert qu'à la majesté incréée.

Combien donc est-il injuste de nous accuser de rendre à Dieu et aux créatures un même genre de culte I puisque outre que nous avons des actes intérieurs qui ne regardent que Dieu, nous avons une cérémonie particulière et tout à fait incommunicable, c'est-à-dire, le sacrifice, qui, par son institution et par le consentement du genre humain, n'a pour but que de reconnaître le seul Etre indépendant et la seule Puissance absolue.

Ainsi nous regardons les génullesions comme choses qui peuvent être communes entre Dieu et la créature. La cérémonie du sacrifice est celle qui fait proprement la distinction; et les apôtres nous ont appris cette différence. Quand des peuples idolâtres s'approchèrent pour sacrifier à Paul et à Barnabe, ils rejetèrent cet honneur avec exécration : « alors, comme nous lisons dans les Actes', ils dé- )i chirèrent leurs babils, et courant au devant du » peuple ils leur criaient ; Hommes, pourquoi faites- » vous ces choses? nous sommes des mortels sem- » blables à vous , qui venons vous enseigner à

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