Lib. \,cap. 9. — 2. Nog.,pag
DU CULTE DU A DIEU
tanl valoir est fond(^c sur une équivoque. Car au fond, qn'ai-jc dit dans 1' Exposition ? .l'ai dit qui si l'honneur qu'on rend à la sainte Vierge et aux saints, peut être appelé religieux, c'est à cause qu'il se rapporte nécessairement à Dieu. Drclincuurt ' en a dit autant, sans que personne l'en ait repris dans la nouvelle rôl'orme. Et si M. Noguier est assez injuste pour censurer une expression si innocente , qu'il me perinelte de lui demander ce qu'il penserait de l'honneur des saints s'il n'était pas religieux au sens que j'ai dit; c'est-à-dire , s'il n'était pas rapporté il Dieu. Faisons, par exemple, que l'honneur des saints ne soit pas religieux en ce sens, c'est-à-dire, qu'il ne soit pas un rejaillissement sur les saints de l'honneur qu'on rend à leur Maitre. M. Noguier, qui ne peu! nier que les saints ne soient dignes de quelque honneur, approuvera-t-il qu'on leur rende un honneur qui n'ait rien de religieux , et qui ne se rapporte à Dieu en aucune sorte? L'honneur qu'on leur rendra, quel qu'il soit, en sera-t-il meilleur ou plus raisonnable , parce qu'il ne sera plus rapporté à Dieu, et qu'on les honorera pour l'amour d'eux-mêmes'? Au contraire, ce serait alors que cet honneur commencerait d'être blâmable, parce qu'il nous ferait reposer sur la créature : par conséquent ce qui le rend légitime et saint, c'est à cause qu'il est religieux au sens que j'ai dit, et qu'il se rapporte à Dieu. Loin d'avoir confondu par là le Créateur et la créature, comme il semble que M. Noguier l'ait voulu entendre, j'en ai marqué au contraire la différence la plus essentielle; puisqu'il n'y a rien de si éloigné ni de si essentiellement différent, que ce qu'on honore pour l'amour de soi, et ce qu'on honore pour l'amour d'un autre.
Que si tout l'honneur qu'on rend aux saints est de nature à se rapporter nécessairement à Dieu; si la religion en est le principe, et que personne par conséquent ne puisse nier qu'il ne soit religieux en ce sens ; l'anonyme ne devait pas défendre si sévèrement d'user de ce terme. Il veut bien aller pour les saints JMSÇM'à la vénération et au respect. Mais, dit-il -, qu'oji n'y mêle point de religion, pas même les termes. Certainement c'est bien peu entendre la religion, que de la mettre en de telles choses. Un terme quia plusieurs sens, doit être expliqué avant que de condamner celui qui s'en sert. Saint Augustin, aussi scrupuleux que l'anonyme à ne point rendre à la créature les honneurs divins, n'a pas craint de dire que les chrétiens fréquentent les mémoires ou les tombeaux des martyrs, avec une solennité religieuse. Il n'a pas prétendu déroger par là à ta maxime qu'il a si bien établie, que la religion nous unit au seul Dieu vivant , et qu'il ne faut point mettre sa religion dans le culte des hommes morts. Si les honneurs qu'on rend aux martyrs ou à leurs tombeaux , ont quelque cho.,c de religieux , c'est à cause qu'ils se rapportent à l'honneur de Dieu. Quand l'anonyme refuserait d'en croire saint Augustin, lui fera-t-il son procès comme à un idolâtre, à cause qu'il lui aura vu employer le terme de religieux en un sens si innocent? Du moins sommes-nous certains que Dieu en jugera aulre-
1. On lit h la marge du manuscrit de Pauteur, cette note écrite de sa main : Nota. Ce livre dédié aux viinistres de Ckarencon. {Edit. de Déports.) — 2. Anon., p. 83.
ment, et qu'il fera sentir sa justice à ceux qui , dans une matière si sérieuse, auront fait tant de bruit sur des mots équivoques.
Que messieurs les prétendus réformés examinent donc dans le fond les sentiments que nous avons pour les saints, et qu'ils voient si nous croyons quelque chose qui soit au-dessus de la créature : mais qu'ils ne pensent pas nous accabler par le seul terme de religieux, dont le sens est si innocent et si approuvé parmi eux-mêmes ; dont il est certain, outre cela, que le concile de Trente ni notre profession de foi ne se servent pas, et que j'ai aussi soutenu plutôt pour défendre en général l'innocence du langage humain , que pour aucune raison qui fût particulière au langage de l'Eglise.
XII. Si on retranchait des controverses les chicanes de mots et les équivoques , les objections s'évanouiraient tout à coup. Exemples. — Que si celte chicane de mots était retranchée de nos controverses, on verrait s'évanouir tout à coup une infinité d'objections, qui ne font peine à résoudre, que parce qu'on en a beaucoup à perdre le temps à expliquer des équivocfues. Par exemple, que ne dit-on point sur le terme A'adoration? Les ministres font le procès au second concile de Nicée, et à plusieurs auteurs ecclésiastiques anciens et modernes, pour avoir dit qu'on peut adorer les anges, les saints, leurs reliques, et leurs images: tous leurs livres sont pleins de ces objections. L'anonyme et M. Noguier ne reprochent rien à l'Eglise avec tant de force. Daillé répète sans cesse, que les catholiques adorent des choses inanimées, et ignorent le précepte qui ordonne de n'adorer que Dieu seul. Mais ce même Daillé, qui est des premiers à nous reprocher ce terme, avoue qu'il est équivoque, et qu'il n'a pas toujours la même force. « L'interprète latin » de la sainte Ecriture » (c'est-à-dire l'auteur de la » Vulgate) a employé, dit-il' , le mot d'adorer pour » signifier un honneur de civilité humaine , et s'en » est servi dans les lieux où on raconte que les » saints hommes se sont prosternés jusqu'à terre, » selon la coutume de l'Orient, devant les anges » qui leur paraissaient en forme humaine, et qu'ils » prenaient pour des hommes. »
Je ne sais pourquoi il dit en termes si généraux, que ces anges adorés dans la Genèse et ailleurs, n'étaient pris que pour des hommes. Car encore que d'abord ils parussent tels, ils se faisaient à la fin connaître; et il est certain, quoi qu'il en soit, qu'on ne les aurait que plus honorés en les prenant pour ce qu'ils étaient, c'est-à-dire, pour des esprits bienheureux envoyés de la part de Dieu.
Ce terme d'adorer ne s'applique pas seulement aux anges : et on raconte partout, dans l'Ecriture, des adorations rendues aux rois, aux prophètes, et en un mot à tous ceux qu'on veut beaucoup honorer.
Cette ambiguïté n'est pas seulement dans le latin. Le grec des Septante , et même l'original hébreu , ont en ces endroits le même mot , dont on se sert pour signifier l'honneur et l'adoration qu'on rend à Dieu.
Quand ce terme se trouve employé pour les
1. Dali. ndv. Lat. trad. lib. i, c. 5, p. 19; lib. m, c. 29; p. 518, 519; lib. iv, c. i, p. 587 «I alibi passim; lib. m, c. 32. p.
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créatures, les ministres veulent ordinairement qu'il se prenne pour un honneur de civilité humaine. Qu'importe, pourvu qu'ils accordent que l'Ecriture se sert du mot d'adorer, pour marquer le respect qu'on rend non-seulement à Dieu mais aux créatures, soit qu'on les honore pour des raisons humaines, comme les rois; soit que ce soit pour cause de religion, comme les anges et les prophètes. Mais il faut aussi qu'on m'avoue qu'il ne faut pas si vile faire le procès au second concile de Nicée; et que si on trouve ou dans ce concile ou dans d'autres auteurs ecclésiastiques qu'il faille adorer les images, ou les reliques, ou les saints, ou la croix de Notre Seigneur, ou son sépulcre; on ne doit plus dorénavant s'en formaliser, jusqu'à croire que par là on leur attribue l'honneur qui est du à Dieu.
Auberlin nous a sauvés de tous ces reproches; et tout ensemJjle il nous a fait voir que si l'on trouve dans quelque Père qu'il faille adorer les saints , et dans d'autres qu'il ne faille pas les adorer, il ne faut pas croire pour cela qu'ils se contredisent. Car il montre que le même auteur, et un auteur très-exact dans les matières de théologie, c'est-à-dire saint Grégoire de Nazianze, qui dit sans ditTiculté qu'on peut adorer les reliques, qu'on peut adorer la crèche; j'ajoute, qui dit qu'on peut adorer les rois et leurs statues, ne laisse pas de dire souvent qu'on ne peut adorer que Dieu. Ce n'est pas que ce grand docteur et ceux qui ont parlé comme lui aient varié dans leurs sentiments : mais ils prennent le mot d'adorer en différentes façons , n'y attachant quelquefois que les idées de respect et de soumission, et quelquefois y en joignant d'autres qui le rendent incommunicable à tout autre qu'au Créateur Le terme de mérite et de méritoire, ceux de prier et d'invoquer souffrent de semblables restrictions. C'est autre chose de prier quelqu'un de nous donner quelque grâce; autre chose, de le prier de nous l'obtenir de celui qui en est le distributeur. Le mérite que nous donnons aux saints n'est ni celui que leur attribuaient les pélagiens, ni celui que nous attribuons nous-mêmes à Jésus-Christ. Il y a une infinité de pareilles ambiguïlés dans nos controverses; et ces ambiguïtés de mois qui ne sont rien quand on veut s'entendre, causent d'effroyables difficultés, quand l'aigreur et la précipitation se mêlent dans les disputes. Les prétendus réformés ne peuvent se jusiilier d'être tombés sur ce sujet dans un grand excès.
Mais celui d'eux tous qui a poussé le plus loin celte dispute de mots, c'est sans doute ce M. Baillé tant vanlé par l'anonyme'. En voici un exemole étrange sur l'équivoque du mot de Divus que quelques-uns ont donné aux saints. On pourra voir par ce seul exemple, combien ce ministre était appliqué à nous chicaner sur tout. Il rapporle iui-nièrae un passage du cardinal Cellarmin , oii il déclare qu'il « n'a jamais approuvé le mot de Divus ni de » Diva, lorsqu'il s'agit de parler des saints, tant à » cause qu'il ne trouve pas celte exuiesslon parmi » les Pères latins, qu'à cause que ce terme parmi i> les païens ne signiiieque les dieux. » Beiiarmin a raison d'improuvtr ce terme, qui n'est point du tout ecclésiastique. Il a été introduit dans le dernier