‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 90 sur 545 · A cl · texte numérisé non relu

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Idem. — 3. A.(. VI, de fin. Sun. — 4. Acl.

DU CULTE DES IMAGES

honneur à l'i-rnporciir; il on est Je même des chrétiens, quand ils adorent la croix.

Toutefois, comme il fallait prendre garde qu'en disant (|u'on adorait les images, on ne donnât occasion aux ignorants de croire qu'on leur rendit les honneurs divins, le concile démiMc avec soin toute l'équivoque du terme d'adoration. On y voit qu'adoration est un mot commun, que les auteurs ecclésiastiques altrihuenl à Dieu, aux saints , à la personne de l'empereur, à son sceau et à, ses lettres , aux images de Jésus-Christ et des hienheureux , aux choses animées et inanimées, saintes et prafanes. C'est de quoi les prétendus réformés, et Aubertin entre autres, demeurent d'accord. Mais le concile distingue, par des caractères certains, l'adoration qui est due à Dieu , d'avec celle qui est rendue aux images. Celle qui est duo à Dieu s'appelle dans le concile adoraJiOtt rfe latrie ; mais celle qu'on rend aux images s'appelle « salutation, ado- » ration honoraire , adoration relative , qui passe à » l'original, distincte de la véritable latiue , qui se » rend en esprit, selon la foi, et qui n'appartient » qu'à la nature divine. » Voilà les expressions ordinaires du concile et son langage ordinaire.

Ce terme de latrie signilie service; et c'est le mot consacré par l'usage ecclésiastique pour signilier l'honneur qui est dû à Dieu. Car à lui seul appartient le véritable service; c'est-à-dire la sujétion et la dépendance absolue. C'est ce qui fait dire à saint Anaslase, patriarche d'Antioche, tant de fois cité dans le concile, ces paroles remarquables : Nous adorons les antjes, mais nous ne les servons pas.

On ne peut donc reprocher ici aux Pères de ce concile de décerner aux images les honneurs divins; car ils décident positivement que ce n'est pas leur intention; et d'ailleurs ils ont agi selon cette règle indubitable : que dans toute salutation et adoration ; c'est-à-dire dans tout honneur extérieur, il faut regarder principalement le dessein et l'intention. C'est ce que dit en termes formels Léonce, évoque de Napoli , cité pour cela dans le concile; et la même chose y est confirmée par l'autorité de Germain , patriarche de Constantinople , qui, dans l'épitre qu'il a écrite pour la défense des images contre les iconoclastes, enseigne formellement, qu'en ce qui regarde le culte extérieur, « il » ne faut pas s'arrêter à ce qui se fait au dehors ; » mais qu'il faut toujours examiner l'esprit et l'in- » tention de ceux qui le font'. »

C'est la maxime certaine que nous avons établie ailleurs, de l'aveu des prétendus réformés. C'est ce qui paraît par le sentiment commun do tous les hommes. Car, comme nous avons dit, les marques extérieures d'honneur sont un langage de tout le corps, qui doit recevoir son sens et sa signilication de l'usage et de l'intention de ceux qui s'en servent.

Ainsi quand le ministre Daillé et tons les autres ministres, reprochent aux Pères de Nicée , que les honneurs qu'ils rendent aux images, sont en effet et en eux-mêmes des honneurs ditins, quoiqu'ils ne le soient pas dans leur intention et de leur aveu^, ils disent des choses contradictoires; puisque c'est l'intention qui donne lu force à toutes les

1. Gci-ffl., Epiât, ad Thom. Claudlop., Act. iv, Labb., lom, vu, col. Ï.Sy el s-'q, — 2. DaiUé , 'U Iinng., lih. m, rnp. xvii, )). 418.

marques d'honneur , qui d'elles-mêmes n'en ont aucune.

On ne peut donc point reprocher aux défenseurs des images, qu'ils leur rendaient les honneurs divins; puisqu'ils ont si hautement déclaré que ce n'a jamais été leur intention, et que, loin de s'arrêter aux images en s'inclinant devant elles, ils ne s'arrêtent pas même aux saints qu'elles représentent ; mais que l'honneur qu'ils leur font a toujours Dieu pour son objet, conformément à cette parole de Théodore dans son Epitre synodique pour les images : « Nous respectons les saints comme ser- » viteurs et amis de Dieu ; car l'honneur qu'on » rend aux serviteurs fait voir la bonne volonté » qu'on a pour le commun maitre. »

J'ai exposé les sentiments du second concile de Nicée, et les règles qu'il a suivies; par où se voit clairement le tort qu'a eu l'anonyme, aussi bien que M. Noguier, et presque tous nos réformés, de tant relever ce terme d'adoration , comme si l'on en pouvait inférer que le concile défère aux images les honneurs qui ne sont dus qu'à Dieu seul. Ils devaient avoir remarqué, avec Aubertin, que ce terme est équivoque. Nous avons rapporté ailleurs le passage entier de ce ministre; et nous avons montré que selon lui-même, le Trpoaxûvriacç du second concile de Nicée se rend mieux en notre français parle terme de vénération , que par celui d'adoration. C'est pour cela que le concile de Trente, se sert de ce premier terme et non du dernier, qui demeure aussi réservé à Dieu dans l'usage le plus ordinaire de notre langue.

Ainsi les prétendus réformés, s'ils agissent de bonne foi, ne diront plus désormais généralement et sans restriction, ([ue nous adorons les images ; puisque la langue française donne ordinairement une plus haute signiflcation au mot d'adorer. Ils ne diront pas non plus que nous les servons; car encore qu'en notre langue, on serve Dieu , qu'on serve le roi , qu'on se serve les uns les autres par la charité , selon le précepte de saint Paul, on ne sert point les images, ni les choses inanimées; et, comme nous l'avons dit, le service véritable de la religion, c'est-à-dire, la sujétion et la dépendance , n'appartiennent qu'à Dieu. Ainsi l'anonyme ne devait pas dire que servir les images, ce sont encore les termes du concile'. Le concile dit colère, qu'il faut traduire par honorer, ou avoir en vénération , comme on le tourne toujours dans les traductions de notre profession de foi. Mais ces messieurs sont bien aises de nous faire dire que nous servons les images, et de traduire toujours les expressions du concile de la manière la plus odieuse.

Je suis fâché qu'ils nous obligent à perdre le temps dans ces explications de mots : mais pour revenir aux choses, on a vu , par le concile de Trente et par celui de Nicée, les caractères essentiels qui nous séparent des idolâtres. Nous ne prions pas les images, nous n'y croyons point de divinité, ni aucune vertu cachée qui nous les fasse révérer : en elles nous honorons les originaux : c'est à eux que nous avons l'esprit attaché : c'est à eux que passe l'honneur; et tout notre culte se termine enlin à adorer le seul Dieu qui a fait le ciel et la terre.

Il est maintenant aisé d'établir l'état de la ques-

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