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DU CULTE DES IMAGES
tion, en ç ignant les paroles qui peuvent donner lieu à qu' (Ue équivoque. Il s'agit donc de savoir, s'il est ■ ;rmis et utile aux chrétiens d'avoir des images ans leurs églises , de les chérir et de les avoir er vénération, à cause de Jésus-Christ et des saints u'elles représentent , et enfin de produire au del jrs quelque marque des sentiments qu'elles nous,' ispirent. en les baisant, en les saluant, et en noua/ aclinant devant elles pour l'amour des originaui qui sont dignes de cet honneur.
Nous demandons simplement , si cela est permis et utile, et non pas, s'il est commandé et essentiel à la religion. C'est ainsi que les théologiens catholiques proposent la difficulté. Le savant Père Petau, dans le Traité qu'il a fait touchant les images , avant que d'entrer à fond dans cette matière , dit « qu'il faut établir premièrement , que les images » sont par elles-mêmes du genre des choses qu'on » appelle inditlerentes; c'est-à-dire qui ne sont point » tout à fait nécessaire à salut, et qui n'appartien- » nent pas à la substance de la religion; mais qui » sont à la disposition de l'Eglise pour s'en servir, » ou les éloigner, suivant qu'elle jugera à propos, » comme sont les choses qu'on appelle de droit po- » silif '. » C'est pourquoi il ne s'embarrasse pas de ce canon du concile d'Elvire-, tant de fois objecté aux catholiques, où il est porté, « qu'il ne faut » point avoir de peintures dans les églises, de peur » que ce qui est honoré ou adoré, ne soit peint » dans les murailles. » Il trouve « vraisemblable la I) conjecture de ceux qui répondent que dans le » temps que ce concile fut tenu, la mémoire de l'i- » dolàlrie était encore récente, et que pour cela il » n'était pas expédient qu'on vit des images dans » les oratoires ou dans les temples des chrétiens.
Ce profond théologien répond de la même sorte au fameux passage de saint Epiphane', oii ce Père raconte lui-même, qu'il déchira un voile qu'il trouva dans une église, où était peinte une image qui semblait être de Jésus-Christ , ou de quelque saint. Le Père Petau rapporte les diverses réponses des théologiens catholiques, et ne fait point difficulté d'ajouter à tout ce qu'ils disent, « que peut- 0 être dans l'ile de Chypre, où saint Epiphane était 0 évêque, il n'était point encore en usage de mettre • des images dans les églises; » ce qui peut être en effet une raison vraisemblable pour laquelle il trouve étrange d'en voir en d'autres endroits.
Au reste il est constant, comme nous le verrons dans la suite très-bien prouvé par Daillé lui-même, que du temps de saint Epiphane, en d'autres églises célèbres il y avait des images autorisées par des Pères aussi illustres; ce qui peut servir à justifier ce que dit le Père Petau, « que les images de Jé- » sus-Christ et des saints , qui n'étaient pas ordi- » naires dans les premiers temps, ont été reçues » dans l'Eglise , lorsque le péril de l'idolâtrie a été » ôté; ce qui n'a pas même été pratiqué en même » temps dans tous les lieux; mais plutôt en un en- » droit qu'en un autre, selon l'humeur diflerenteet » le génie des nations, et selon que ceux qui les » conduisaient l'ont trouvé utile. »
Sixte de Sienne avait dit la même chose*, et
1. Theol. dog. de Incar.^ lib. xv, cap. xiii, init, cap^ p. 581. — 2. En latiu, IlUberis. — 3. Ul/i suprù^ ctp. 15, p. 591. — 4. Bihl. SixI. Sin. annol. 2iT, pag. 414.
avait même rapporté un passage de saint Jean Damascène, où ce grand défenseur des images, en expliquant un passage de saint Epiphane, ne fait point de difficulté de répondre, que peut-être ce grand évêque avait défendu les images pour réprimer quelques abus qu'on en faisait'.
Le même Sixte de Sienne explique le canon du concile d'Elvire, comme a fait depuis le Père Petau. Les Pères de ce concile, selon lui-, ont défendu les peintures dans les églises, pour éteindre l'idolâtrie, à laquelle ces peuples nouvellement convertis étaient trop enclins par leur ancienne habitude de voir dans les images quelque sorte de divinité, et de leur rendre les honneurs divins. Vasquez , qui ne suit pas ces explications, ne laisse pas de les rapporter comme catholiques ; et lui-même ne nie pas qu'on ait pu ôter les images des églises, de peur de les exposer à la profanation des païens durant le temps des persécutions.
Quoi qu'il en soit, il parait que les catholiques soutiennent tellement les images, qu'ils ne les regardent pas comme appartenantes à la substance de la religion, et qu'ils avouent qu'on les peut ôter en certains cas.
Que si l'on demande ici d'où vient donc qu'ils condamnent si sévèrement ceux qui les ont rejetées , il est aisé de répondre : c'est que l'Eglise catholique, fidèle dépositaire de la vérité, veut conserver son rang à chaque chose; c'est-à-dire, qu'elle donne pour essentiel ce qui est essentiel, pour utile ce qui est utile, pour permis ce qui est permis, pour défendu ce qui l'est; et ne veut priver ses enfants, ni d'aucune chose nécessaire, ni même d'aucun secours qui peut les exciter à la piété.
Ayant de tels sentiments, elle n'a pas dû supporter ceux qui se donnent la liberté de condamner des choses utiles, de défendre des choses permises, et d'accuser les chrétiens d'idolâtrie.
C'est le principal sujet de la condamnation des iconoclastes. Nous voyons dans le septième concile, cette secte presque toujours condamnée sous le nom de l'hérésie qui accuse les chrétiens, et qui se joint aux Juifs et aux Sarrasins pour les appeler idolâlres.
Après la chose jugée, après que toute l'Eglise d'Orient et d'Occident a reconnu la calomnie des iconoclastes , les protestants sont venus encore la renouveler, et n'ont pas craint d'assurer, à la honte du nom chrétien, que toute la chrétienté était tombée dans l'idolâtrie ; quoique le seul état de la question , tel que nous l'avons proposé, suffise pour la garantir de ce reproche. Car il parait clairement que, loin de faire consister la religion dans les images, nous ne les mettons même pas parmi les choses essentielles et nécessaires au salut. Nous ne croyons pas même, comme les païens, qu'elles nous rendent la divinité plus présente, ni que Dieu en écoule plus volontiers nos prières pour avoir été faites devant une image; et enfin il s'agit de voir si nous serons idolâtres, parce que, touchés des objets que des images pieuses nous représentent , nous donnons des marques sensibles du respect qu'elles nous inspirent.