Joon. Daniasc, lib. i. <idv. Icon. —2. Idem, p
DU CULTE DES IMAGES
loguc, où les imnç/es et leur culte semblent absolumenl défendus. — 11 parait d'abord incroyable qu'on accuse d'idolAtric une aclion si pieuse et si innocente. Mais comme nos réformés le font tous les jours, il est juste d'examiner s'ils ont quelque raison de le faire.
Ils prétendent que s'incliner et lléchir le genou devant une image, quelle qu'elle soit, fût-ce celle de Jésus-Christ, et pour quelque motif que ce soit, fût-ce pour honorer ce divin Sauveur, c'est tomber dans une erreur capitale; puisque c'est contrevenir à un commandement du Décalogue , et encore au plus essentiel, c'est-à-dire à celui qui règle le culte de Dieu. Voici ce commandement, que j'ai pris dans le Catéchisme des prétendus réformés, pour n'avoir rien à contester sur la version.
« Ecoute Israël ; Je suis l'Eternel ton Dieu, qui » t'ai lire du pays d'Egypte : tu n'auras point d'au- )) très dieux devant ma face; tu ne le feras image » taillée ni ressemblance aucune des choses qui » sont eh haut aux cieux, ni ici-bas en la terre; tu » ne te prosterneras point devant elles , et ne les » serviras point " . »
Soit que les paroles que j'ai rapportées fassent deux commandements du Décalogue, comme le veulent nos réformés avec quelques Pères, soit que ce soit seulement deux parties du môme précepte, comme le mettent ordinairement les catholiques après saint Augustin, la chose ne vaut pas la peine d'être contestée en ce lieu; et je la trouve si peu importante à notre sujet, que je veux bien m'accommoder à la manière de diviser le Décalogue qui est suivie par nos adversaires. Que le second commandement de Dieu soit donc, puisqu'il leur plait ainsi, enfermé dans ces paroles. Tu ne le feras, etc. Voyons ce qu'on en conclut contre nous. M. Noguier le rapporte-, et ajoute, qu'il n'y a point d'explication, point de subtilité, point d'adoucissement qui puisse ici excuser l'Eglise romaine''', « Je veux, con- » tinue-l-il '', que l'honneur que l'un rend à l'image se » rapporte à son original, que l'on n'ait point d'autre » vue que d'honorer le sujet qu'elle représente, que » l'on rcctihe si bien l'intention, que l'on ne s'ar- » rète jamais à l'image, mais que l'on s'excite lou- » jours au souvenir de l'original. Tant y a qu'il est « toujours vrai que l'on s'humilie et que l'on fléchit » le genou devant l'image; et c'est ce que le se- » cond commandement de la loi défend et con- » damne. » Il presse encore plus ce raisonnement dans les paroles qui suivent. « Ce n'est pas, dit-il, » l'intention et le cœur que ce commandement veut » régler; cela s'était fait dans le premier en ces » mots : Tu n'auras point d'autre Dieu devant moi. » Ce deuxième règle l'acte et le culte extérieur de » religion. Que l'on croie ou que l'on ne croie pas » qu'il y a une vertu ou une divinité cachée en l'i- » mage : que l'on y arrête sa vue et son culte, ou » que l'on passe plus avant, cl que l'on élève son » esprit à l'original; si l'on se ])roslerne devant l'i- » mage, si on la sert, c'est violer la loi de Dieu, » c'est aller contre les paroles du Législateur, c'est » réveiller sa jalousie et exciter sa vengeance. » Voilà l'argument dans toute la force et dans toute la netteté qu'il peut être proposé. Car encore qu'il ne soit pas vrai que nous servions les images,
1. Dfuter., V. fi. 7, 8. — 2. P. 11. — :!. p, 7.1. — -I. P. 71,
comme nous l'avons déjà remarqué, il esl vrai que nous nous mettons à genoux devant elles , et l'on nous soutient que celte action extérieure , prise en elle-même, esl précisément le sujet de celte prohibition du Décalogue.
L'anonyme ne presse pas moins cette objection : « Un croit éluder, dit-il', le sens du com- » mandement, et se distinguer des idolâtres, en » disant qu'on n'adore point les images , et qu'on » n'y croit point de divinité ni de vertu comme les » païens. » Voilà en effet noire réponse telle que je l'avais tirée du concile , et proposée dans l'Exposition; mais l'anonyme croit nous l'avoir ôlée par ces paroles : « Le concile, dit-il, ose-t-il ainsi res- » Ireindre ot modifier, s'il faut ainsi dire, les pro- » près commandements de Dieu, qui ne défend pas «seulement d'adorer les images, ou d'y croire » quelque vertu, mais absolument de les adorer, de » les servir, et de se mettre à genoux devant elles; » car les termes du commandement disent précisô- » ment tout cela. »
Et pour ne me laisser aucun moyen de m'échappcr, il me presse par cet argument tiré de mes propres principes. « M. de Condom dit ailleurs, sur )i les paroles de l'inslilulion de la Cène, que lui et » ceux de sa communion entendent ces paroles à la » lettre , et qu'il ne faut pas non plus demander, » pourquoi ils s'attachent au sens littéral, qu'à un » voyageur, pourquoi il suit le grand chemin, et Il que c'est à ceux qui ont recours au sens ligure et » qui prennent des sens détournés, à rendre raison » de ce qu'ils font. » Il ajoute, « que le sens du » Vieux Testament est sans comparaison plus littéral 1) que celui du Nouveau, et que les termes d'une » loi ou d'un commandement doivent être bien plus » exprès et plus dans un sens littéral que ceux d'un )i mystère; » et il conclut enfin par ces paroles : « Que M. de Condom nous dise donc pourquoi il » ne suit pas la lettre du commandement qui est » si expresse, pourquoi il quitte ce grand chemin » marqué du propre doigt de Dieu, pour recourir » à des sens détournés. »
Qui lui a dit que j'abandonne le sens littéral, en expliquant le précepte du Décalogue? Je suis bien éloigné de cette pensée; et je lui accorde au contraire tout ce qu'il dit sur la manière simple et littérale dont il veut qu'on écrive les commandements. Je prendrai mes avantages en un autre lieu sur cette déclaration de l'anonyme; et je lui ferai remarquer que l'institution de l'Eucharistie est un commandement de la loi nouvelle, qui, selon ses propres principes, doit être écrit simplement et pris à la lettre. Maintenant, pour me renfermer dans la question dont il s'agit, et lui accorder sans contestation ce qu'il doit raisonnablement attendre de moi, je reconnais avec lui qu'il faut entendre littéralement le précepte du Décalogue; et je renonce dès à présent aux sens détournés, où il dit que j'ai mon recours.
Mais alin de bien peser ce sens littéral, qui nous doit servir de règle, il est bon de considérer avant toutes choses une manière trop simple cl trop littérale d'entendre ce commandement, qui a été embrassée par le concile des iconoclastes tenu à Constantinople.