‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 98 sur 545 · Pag · texte numérisé non relu

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beaucoup d'autres que Dieu nous fait sentir même dans ce monde. Car on convient que le pécheur, qui veut être heureux sans dépendre de son auteur, mérite d'être malheureux et en cette vie et en l'autre, et dans un temps infini, pour avoir été rebelle et ingrat envers une majesté infinie.

Ainsi les maladies et la mort sont la juste peine du péché d'Adam. Dieu a exercé sa vengeance, en envoyant le déluge, en faisant tomber le feu du ciel, en désolant par le glaive les villes de ses ennemis. Toutefois nous sommes d'accord que toutes ces peines, et toutes celles qui finissent avec le temps, ne répondent pas à la malice du péché. La peine éternelle est la seule qui en égale l'horreur, parce qu'elle est infinie dans sa durée; de sorte que les autres maux, que nous avons à soulfrir dans le temps, sont des peines et véritables et justes, mais non des peines égales à l'énormité do notre crime.

On convient encore sans difficulté, que la peine en tant qu'elle est éternelle, ne se peut remettre à demi; parce que l'éternité est indivisible, et qu'il n'en reste rien du tout, quand elle ne reste pas tout entière. Ainsi la rémission des péchés est toujours pleine et toujours parfaite à cet égard; et l'on doit tenir pour constant que la peine qui rô-pond proprement au crime, c'est-à-dire celle qui l'égale, ne soutire point de partage.

Il n'en est pas de même des peines temporelles. Dieu les punit quelquefois avec la peine éternelle, et quelquefois il les en sépare. Dans les pécheurs impénitents , qui ont péri dans le déluge et dans l'embrasement de ces cinq villes maudites, on voit la peine éternelle attachée à la suite de la temporelle : on voit aussi qu'entre la mort et les maladies et les autres peines semblables du péché d'Adam , que nous ressentons encore après qu'il nous est remis par Jésus-Christ, il y a des peines spéciales que Dieu envoie aux pécheurs , même , après qu'il leur a pardonné leur crime. Cette vérité n'est pas contestée ; et l'on avoue que David fut puni rigoureusement de son péché, après en avoir obtenu la rémission.

Toutefois il faut essuyer ici une petite subtilité. Les ministres ne veulent pas avouer que ces maux temporels que nous ressentons, tiennent lieu de peine, du moins à l'égard des enfants de Dieu. « Ces maux servent , dit l'anonyme", pour exercer » notre foi et notre patience , et sont des elïets de » l'amour de Dieu plutôt que des peines. »

M. Noguier s'étend davantage sur cette matière, et en parle d'une manière plus claire et plus décisive. Il convient d'abord avec moi , « que nous » avons besoin des châtiments de Dieu pour être » retenus dans la crainte pour l'avenir, et pour » nous corriger du passé-; » de sorte qu'il est constant dans la nouvelle réforme , aussi bien que dans l'Eglise, que Dieu nous décharge souvent des maux éternels sans nous décharger pour cela des temporels. Cela étant , notre question se réduit ici à savoir, si ces maux temporels tiennent lieu de peine. « La question n'est pas, dit M. Noguier^, s'il nous » est salutaire d'être châtiés pour être retenus dans » le devoir, nous l'accordons; mais il s'agit de sa- » voir, si ces châtiments temporels , que les fidèles

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