‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 100 sur 313 · SUR LE DEVOIR PASCAL · texte numérisé non relu

SUR LE DEVOIR PASCAL

pas, eux dont il est écrit expressément qu'Us présentent à Dieu nos prières '. Cette raison n'empêche donc pas qu'on ne leur dise : Anges suints, prie» pour nous ; et il en faudrait venir à cette chicane, de distinguer les âmes bienheureuses d'avec les saints anges, avec lesquels elles sont unies par les mêmes lumières, par les mêmes grâces et par une éternelle société. Mais bissons encore une fois cette chicane: pour décider la question si nos litanies sont du déshonneur du Créateur, n'est-ce pas assez qu'il soit clairement révélé de Dieu, que celte prière : Priei Dieu pournaus, n'éloigne pas de Dieu? Mais 'a chose n'est-elle pas évidente par elle-même î A-t-on le cœur éloigné de Dieu, où met-on sa dernière fin, où met-on son cœur et sa confiance, quand on dit : Priez Dieu pour nous, si ce n'est en Dieu? Mais par qui deiuandons-nons que les saints prient, si ce n'est par Jésus-Christ? Lé concile de Trente et toutes les prières de l'Eglise ne font-elles pas foi que les sainls mêmes ne sont écoulés, et ne peuvent rien obtenir pour nous, que par Jésus-Christ? Ainsi démonstrativement, la prière que nous leur faisons de prier pour nous, loin d'affaiblir notre confiance envers Dieu et envers te Sauveur, la présuppose tout entière, autant qu'une semblable invitation que nous faisons à qos frères qui sont sur la terre.

Mais on veut que nos images, et l'honneur que nous leur rendons, fassent horreur. Encore une fois, mes Frères, ne disputons pas, ne nous jetons pas sur la controverse ; niais permettez que je parle en simplicité, et avec une cordialité fraternelle et paternelle, à ceux qui n'ont pas encore eu la force de sortir de leurs vains scrupules. Croiriez-vous faire injure à Dieu de baiser, connue nous faisons, le livre de l'Evangile, de vous lever par honneur, quand on le porte en cérémonie, et d'incliner la tête devant? Les ministres, direz-vous, ne nous ont point appris cela : je le sais, et la sécheresse de leur dévotion ne porte pas à ces actions tendres et affectueuses , encore qu'elles témoignent et qu'elles excitent la dévotion et la ferveur intérieures. Mais cela, reprendrez-vous, n'est pas écrit. Quelle erreur que de vouloir que tout soit écrit jusque dans le moindre détail ! .N'est-ce pas assez pour la perfection de l'Ecriture sainte, que les fondements le soient? et l'Eglise, fidèle interprète des fondements de la foi que l'Ecriture contient, ne peut-elle pas être une garantie suffisante de tout le reste ? Mais, mes Frères, sans disputer , je vous demande : est-il écrit quelque part qu'il soit bon de jurer sur l'Evan-

» Apec-, vir, 4.6,

^ile ? en faisait-on difficulté dans la nouvelle Réforme ? et en même temps, est-ce par l'encre ou par le papier ou par les lettres et par les caractères qu'on jure? n'est-ce pas la vérité éternelle que ces choses représentent ? Comment traiteriez-vous ceux qui craindraient de faire ce serment, et comment appellericz-vous ce vain scrupule ? ne le traiteriez-vous pas de faiblesse et de crainte superstitieuse ? Mais qu'est-ce que l'image de la croix ? Si cela n'est pas véritable , s'il n'est pas vrai (pie Jésus-Christ nous ait rachetés par la croix, qu'on cesse, comme disait un saint Pape , de le prêcher et de l'écrire. Que si c'est véritablement un mystère de foi et de piété, pourquoi ne le pas écrire en toutes les manières dont il le peut être ? Et pourquoi celle écriture des images ne serait-elle pas aussi vénérable que celle qu'on fait [sur le papier ? le papier et les caractères ne sont-ils pas, aussi bien que les traits de la sculpture et de la peinture, des ouvrages de main d'homme ? Mais qui ne voit qu'on regarde en toutes ces choses, non ce qu'elles sont, mais ce qu'elles signifient, et que ce n'est pas une moindre erreur et une moindre superstition de craindre que l'honneur qu'on rend à l'image se termine au marbre ou au métal, que de craindre qu'on s'arrête au papier et à l'encre, quand on touche l'Evangile pour jurer dessus ?

Vous vous étonnerez, mes Frères (je parle encore aux infirmes qui conservent de malheureux restes de leurs anciennes erreurs) ; vous nous étonnerez, dis-je, qu'on puisse vous traiter de superstitieux ; et vous répondrez que du moins ce n'est pas là votre vice. Mais dites- moi icpendant quelle est la crainte qui vous empêche de faire votre prière à Jésus-Christ , à genoux devant son image, aussitôt que devant un pilier ou une muraille ? car enfin, vous serez toujours devant quelque chose. Pourquoi donc ne pas choisir aussitôt une image de Jésus- Christ qu'une paroi blanche ? Cette image estelle devenue incompatible avec nos dévotions, à cause qu'elle nous en représente le plus cher objet ? Mais je vois, mes bien-aimés, ce que vous craignez : vous craignez que votre génuflexion, au lieu d'aller à Jésus-Christ, n'aille au bois ou à l'ivoire ; comme si cette génuflexion allait par elle-même à quelque chose, et que ce ne fût pas votre intention qui la dirigeât où elle va. Mais ne savez-vous pas bien que votre intention est d'adresser vos vœux à Jésus-Christ même ? Ou craignez-vous que Jésus-Christ ne le sache pas ? ou craignez-vous que ce langage du corps ne lui signifie autre chose que ce que toute l'Eglise et vous-mêmes, qui vous conformez h

138 LECTURE PASTORALE

ses intentions, avez dessein de signifier et de logue, c'est celles où l'on croit représenter la

faire ? Reconnaissez donc une bonne fois que Divinité, comme si elle était corporelle, et celles

c'est une grossière ignorance, une pitoyable fai- que l'on regarde comme si Dieu s'y démontrait à

blesse, et une véritable superstition, que de nous. On ne peut dire que nous ayons celte

craindre d'honorer, en effet, le bois, quand vous croyance, sans une insupportable calomnie. On

avez intention d'honorer Jésus-Christ. avoue que nous croyons de la nature divine et

Mais vous craignez, dites-vous, de ne prendre de la création tout ce qu'on en peut croire de

pas assez à la lettre la défense du Décalogue. A plus pur ; avec cette croyance, il est impossible

la bonne heure : prenez-la donc entièrement à que nous soyons idolâtres. Nous ne servons pas

la lettre, et dites qu'il est aussi peu permis de les images, mais nous nous servons des images

faire des images, parce qu'il est écrit*: « Tu n'en pour nous rendre plus attentifs aux pieux objets

« feras pas l , » que de se prosterner devant, à qui excitent notre foi. Quand vous dites que le

cause qu'il est écrit: « Tu ne te prosterneras peuple y attache sa confiance, vous jugez témé-

« point devant elles2. » Entendez donc, mes rairement votre frère : il est soumis à l'Eglise,

chers Frères, qu'il est défendu de faire des qui démêle si exactement ce qui appartient à

images et de se prosterner devant elles, dans l'original, d'avec ce qui appartient à la repré-

l'esprit des païens, en croyant qu'elles sont rem- sentation ; et puisqu'il est soumis à ses décrets ,

plies d'une vertu divine , ou que la divinité s'in- pourquoi ne vouloir pas croire qu'il y conforme

corpore en elles, comme les païens le croyaient; ses intentions et ses sentiments ? Si vous voyez

en un mot, dans le dessein de les servir, d'y quelquefois un cierge allumé devant l'image

mettre comme eux sa confiance, et de leur dire, d'un saint, vous voulez croire que c'est pour

avec eux : « Délivrez-moi, parce que vous êtes servir l'image. Vous vous trompez ; c'est pour

« mon Dieu 3 : » car c'était là le vrai caractère dire que ce saint est la lumière du monde, et

et le fond de l'idolâtrie , comme Isaïe nous qu'il faut en suivre la doctrine, ou imiter les

l'apprend en ce lieu , et comme toute l'Ecriture vertus. S'il arrive qu'on jette de l'encens devant

l'enseigne. Et ne dites pas que si les païens les reliques, ou, si vous voulez , devant quelque

eussent cru des choses, ils auraient été grossiers image, c'est pour dire que la doctrine et les

au-delà de toute mesure ; car c'est aussi ce qu'ils exemples des saints sont la bonne odeur de

étaient : et ce n'est pas en vain que ce saint Jésus-Christ, et qu'il faut qu'à leur exemple,

prophète ajoute, dans le passage que je viens de nous répandions devant Dieu et dans l'Eglise un

citer : « Ils ne savent pas , ils n'entendent pas, parfum semblable. Lorsque vous en jugez autre-

« ils n'ont point d'yeux , ils n'ont point de sens ment , vous jugez le serviteur d'autrui contre le

* ni d'intelligence ; ils ne font point de réflexion précepte de l'Apôtre *. Mais vous ne persuade-

« dans leur cœur, et ils ne connaissent ni ne rez jamais, nia un Français, que son langage

« sentent rien 4. » En est-ce assez pour vous vulgaire puisse signifier autre chose que ce que

faire voir que la grossièreté de l'idolâtrie allait , l'usage a voulu ; ni aux enfants de l'Eglise, que

en effet, au-delà de toutes bornes, et jusqu'à le langage des cérémonies puisse avoir une autre

incorporer la divinité, qu'elle croyait corpo- signification que celle que les décrets et l'usage

relie, dans la matière ? Lorsque dans la suite de l'Eglise y ont attachée. Et quand des particu

des temps les philosophes se sont élevés au- liers n'auraient pas des intentions assez épurées,

dessus de cette commune erreur du genre l'infirmité de l'un ne fait pas de préjudice à la

humain, il me serait aisé de vous faire voir foi de l'autre. Et quand il y aurait de l'abus dans

qu'ils y retombaient toujours par quelque en- la pratique de ces particuliers, n'est-ce pas assez

droit, et qu'en tout cas, comme l'Apôtre les en que l'Eglise les en reprenne ? Et quand on ne

convainc5, ils confirmaient l'impiété du culte les reprendrait pas assez fortement, autre chose

public en y adhérant. Mais, sans entrer dans est ce qu'on approuve, autre chose, ce qu'on

ces discussions, et pour nous tenir à l'Ecriture , tolère. Et quand on aurait tort de tolérer cet

vous voyez ce qu'elle condamne, quand elle abus, je ne romprai pas l'unité pour cela, et

défend les images. Le Catéchisme de la nouvelle pour m'éloigner d'une chose qui ne peut me

Réforme en demeure d'accord 6 : il dit, comme faire aucun mal, je ne m'irai pas plonger dans

je l'ai remarqué ailleurs 7 , et il ne m'est point l'abîme du schisme où je périrais. Saint Augustin

pénible de le répéter, puisqu'il vous est néces- avoue qu'il voyait beaucoup de praliques supers-

saire de l'entendre ; il vous dit, ce catéchisme, tilieuses qu'il ne pouvait approcher, « et qu'il

que les images que Dieu défend dans le Déca- n'osait pas toujours reprendre avec une entière

liberté, pour ne point scandaliser des personnes

' Exod., xx, 4. — J Ibid., 5. — ' Isa xuv, 17. — • Zbid., 18, 19.— 'il i

lion.., i, '^ — ' Cal- des F S-, dim. 23. — ' Avertis. delEz. ' R m-, Xiv, 4.

SUIl LE DEVOIR PASCAL. 439

ou pieuses ..h emportée! et turbulentes '. » Il ne feuille cacher aux peuples les mystères, après laissait pas d'être pur de ae qu'il y avait d'ini- que le saint concile de Trente a fait ce décret1 : <piite dam ces pratiques. « L'Eglise . » poursuit « Que de peur que les brebis ne demeurent sans le même Père, ■ au milieu de la paille et de nourriture, et qu'il ne se trouve personne pour l'ivraie où elle se trouve, tolère beaucoup de rompre aux petits le pain qu'ils demandent, les choses : mais ni elle n'approuve , ni elle ne (ait pasteurs leur expliqueront, dans la célébration ce qui est contrôla fol et les bonnes mesure. » de la Messe, principalement les dimanches et les Ce que l'Eglise tolère n'es! pas noire règle, mais fêtes, quelque chose de ce qu'on y lit, et quelce qu'elle approuve ; et ceux qui se servent de qu'un des mystères de ce très-saint sacrifice? » semblables choses pour vous aigrir contre nous, Ce n'est donc pas l'intention de l'Eglise de vous ri empêcher on aussi grand bien que celui de la cacher les mystères; mais au contraire, de vous réunion, sont maudits de Dieu. en exposer tous les jours quelque partie, avec

Pour ce qui est des cérémonies païennes etju- tant de soin, qu'ils vous deviennent connus et

daïquet, dont celle lettre emportée dit que noire familiers. Les livres qu'on nous a mis entre les

culte est rempli, ou sont-elles? Est-ce le signe mains vous expliquent tout, et ceux qui vous

de la croix ? L'avons-nous pris des juifs et des persuadent qu'on veutôterla connaissance des

païens, à qui la croix est folie el scandale ! Esl ce adorables secrets de la religion, ne songent qu'à

ï'huileque nous employons dans les sacrements, vous remplir d'aigreur et d'amertume contre vos

selon le précepte de saint Jacques ' ? Ksi-ce l'eau frères.

bénite que nous prenons en mémoire de noire Mais voici la grande plainte : c'est qu'on vous baptême, ou le pain bénit, reste précieux des fait adorer du pain. Je vous ai déjà déclaré que agapes ou festins de charité des Chrétiens, et je n'entre point dans ces controverses, mais je s\ mbole de notre union? Quand on aurait appli- vous dirai seulement que ce reproche est seinqué à de saints usages quelques-unes des céré- blable à celui que nous font les sociniens, et que monies indifférentes ou des Juifis ou des païens, nous faisaient autrefois les disciples de Paul de pour attacher les esprits à de plus saints objet- Sauiosasle. En niant la divinité de Jésus-Cbrist, serait-ce un crime? Mais peut-être que vous vous ils nous accusent d'être idolâtres, et s'imaginent plaignez de ce que te prêtre parait à la Messe, avoir un culte plus pur que le nôtre, à cause tantôt les mains élevées au ciel, selon que l'A- qu'ils ne rendent pas les bonneurs suprêmes à nôtre l'a prescrit*, tantôt les mains jointes, peur un homme. Mais, pendant qu'ils se glorifient témoigner plus d'ardeur quand leseboscs |< (Y. d'être plus spirituels que nous, et de rendre à la mandent; ou de ce que, toutes les fois qu'il ci ni- Divinité une adoration plus pure, ils sont en effet menée une nouvelle action, il se tourne vers I charnels el grossiers, parce qu'ils ne suivent que peuple pour lui donner et en recevoir le salut leurs sens et un raisonnement bumain, qui leur en signe de communion. Les ministres sont-ils persuade qu'un homme ne peut pas être Dieu. choqués des habits sacrés que leurs bères, les On vous veut rendre spirituels de la même sorte: protestants d'Allemagne, cl leurs frères, encore on se vante de purifier votre culte en vous obliplus chers, les protestants d'Angleterre, outre- géant à croire qu'il n'y a, sur la sainte table, tenus, aussi bien que la plupart des cérémonies? que le pain* que vous y vo\cz; et que le corps de et veulent-ils (pie ces eboses, qui vous paraissent Jésus-Cbrist, que vous n'y voyez pas, n'y est pas ouutUes ou indifférentes dans les pays étrangers, aussi, et n'y peut pas être. En cela, que faitesné vous inspirent de l'borreur que lorsque vous vous autre ebose que de suivre lacbairetlesang? les verrez pratiquer par vos concitoyens, et dans Que si, à l'exemple du Catbolique, vous vous l'Eglise catholique? éleviez au-dessus; si vous vous rendiez capable

Ils ne songent, en effet, qu'à répandre du ve- de croire que Jésus-Cbrist a pu se cacher lui-

nin surtout ce que nous laissons. J'auraid'aulres même sous la figure du pain, pour exercer notre

occasions de vous instruire du service en langue foi ; qui vous pourrait empêcher d'entendre aussi

vulgaire, et je l'ai déjà fait souvent de vive voix, simplement ces paroles : «Ceci est mon corps2,»

Mais que veut dire cet emporté ministre par ces que ces paroles : « Le Verbe était Dieu, et le

paroles: « Ne vous accoutumez jamais à ce lan- « Verbe a été fait ebair3?» On vous prêchait

« gage barbare, qui dérobe aux oreilles du peu- autrefois que c'était une action inhumaine et

« pie la religion, et qui ne laisse plus rien que contraire à la piété, que de manger par la bou-

« pour les yeux? » N'est-ce pas une visible ca- cbe du corps de la chair humaine, et encore la

lomnie d'imputer à l'Eglise catholique qu'elle chair de son père. Ce titre d'anthropophages et

de mangeurs de chair humain que les minis-

1 Aug. ,epist. 45, al 119 ad Iun., cap. 19, D. 34, tom II. —*Jac,

t, 14, 15. —3 /. Tim., n, 8. i Conc Trid., se^s. 22, cap. 8. iMall-, xxvi,26. — 3Jean-, l, 1, 1'»

LETTRE PASTORALE

très nous donnaient, nous faisaient passer pour des brutaux dans l'esprit de leurs aveugles sectateurs, et il n'y avait violence qu'ils ne se crussent obligés de faire aux paroles de Jésus-Christ, plutôt que d'y reconnaître un sens si barbare. Maintenant qu'on s'est radouci, et qu'en faveur des luthériens on est demeuré d'accord que cette manducation de la cbair de Notre-Seigneur, qu'on trou vaitsiodieuse,n'aaucun venin; qu'elle n'a rien qui répugne a La piété, ni à l'honneur de Dieu, ni au bien des hommes ; en sorte que les luthériens, qui la croient et la pratiquent aussi bien que nous, sont dignes de la sainte table et vrais membres de Jésus-Christ : qui vous oblige à violenter les paroles de Jésus-Christ, et d'y introduire par force une figure dont on ne trouve dans l'Ecriture aucun exemple ? Mais si nous sommes des idolâtres, à cause que nous adorons Jésus-Christ dans l'Eucharistie, que seront les luthériens ? Il n'est pas vrai, quoique l'on vous dise, qu'ils n'adorent pas Jésus-Christ dans le sacrement de la Cène. Si vous les consultez, ils vous diront que, n'y croyant Jésus-Christ que dans l'usage, ils ne l'y adorent aussi que dans l'usage, et que c'est pour l'y adorer dans l'usage qu'ils reçoivent à genoux ce saint sacrement. Mais, quand ils ne lui rendraient aucune adoration extérieure, qui ne sait que ce n'est pas dans cet extérieur que consiste le service ? L'acte de foi, d'espérance et de charité rapporté à Jésus-Christ comme présent, n'est-ce pas une parfaite adoration qu'on lui rend? Et si c'est une idolâtrie que d'adorer Jésus-Christ dans le sacrement de la Cène, celui qui l'y adore intérieurement peut-il s'exfmpler d'être idolâtre. Comment d.nc peu- -il <i\oa- part à la table de Jésus-Christ et à l'héritage céleste? Pesez, mes Frères, pesez un raisonnement si solide et tout ensemble si intelligible; vous verrez qu'on par. donne toutaux luthériens, qu'on outre tout contre nous, et qu'on ne tâche qu'à vous inspirer une horreur injuste contre notre culte.

Enfin, si c'est une idolâtrie que d'adorer Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement, où sont les vrais adorateurs depuis tant de siècles? Ne vous y trompez pas, mes Frères; l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est aussi ancienne que l'Eglise. Mais, pour ne vous dire que les choses dont on convient parmi vous, elle y est du moins établie et constamment décidée depuis Bérenger, c'est-à-dire il y a plus de six cents ans. L'enfer a-t-il prévalu durant tant de siècles? et ce qui devait toujours subsister jusqu'à la fin du monde, selon la parole de Jésus-Christ, a-t-il souffert une interruption si considérable ? Lt de peur que voi'.s nccrojiez que je vous

veuille [jeter dans une importune discussion de l'histoire des siècles passés, où étaient les vrais adorateurs, quand Zwingle et Calvin sont venus au monde? Car pour Luther, il est constanlque s'il a changé quelque chose dans l'adoration, ce n'a été que bien tard. En tout cas, où étaientils, ces adorateurs véritables, dans les commencements de Luther et du nouvel Evangile? Vous en revenez à ces sept mille inconnus au prophète Elie, qui n'avaient point fléchi le genou devant Baal. Mais enfin, ces sept mille se seront du moins déclarés, quand ils auront vu paraître les réformateurs. J'ai pressé M. Claude d'en nommer un seul qui, se joignant à ces réformateurs prétendus, leur ait dit : j'ai toujours cru comme vous; jamais je n'ai adhéré à la foi romaine, ni à la Messe, ni à la présence réelle, ni à l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie l. A cette demande si précise à ce fait si clairement posé, qu'a répondu ce ministre si fécond en subtilités2 « M. de Meaux, » dit-il2, « s'imagine-t-il que les disciples de Luther et de Zwingle dussent faire des déclarations formelles de tout ce qu'ils avaient pensé avant la réformation, et qu'on dût insérer ces déclarations dans les livres? » Vous voyez qu'il n'a eu personne à nommer; et cette réponse peut passer pour un aveu solennel, qu'en effet il ne sait personne qui ait fait une semblable déclaration. De dire que cela ne s'écrive pas, et que, pendant qu'on objectait de tous côtés et dans tous les livres aux réformateurs prétendus, que la doctrine qu'ils enseignaient était inconnue quand ils sont venus, ils ne se soient jamais avisés de dire qu'un très-grand nombre de ceux qui les suivaient avaient toujours cru comme eux, c'est une illusion manifeste. Cependant quoiqu'ils aient rempli l'univers de lettres, d'histoires, de traités et que mille et mille fois ils se soient mis en devoir de satisfaire le monde sur la nouveauté qu'on objectait, jamais ils n'ont nommé ses partisans qu'on suppose qu'ils avaient parmi nous : et encore à présent M. Claude ne les peut trouver, quoiqu'on les presse d'en nommer du moins quelques-uns. Mais, au lieu de nous contenter sur celte demande, il nous allègue le progrès soudain de la réformation, « qui marque, » ditil 3, « que la matière était expressément dispo- « sée. » Comme si le désir de s'affranchir des vœux, des jeûnes, de la continence, de la confession, des mystères qui passaient les sens, de la sujétion aux évoques qui étaient en tant de lieux princes temporels; la jouissance des biens d'Eglise; le dégoût des ecclésiastiques trop igno-

1 Con/cr., réûc.v. 13. — •' fiép.

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SI l\ LE DEVOIR PASCAL. U|

« inonde 7. » Et encore : « Il y aura toujours

rants,liélasl et trop scandaleux; le charme trom- « une Eglise, et Jésus-Christ sera toujours au

peur des plaisanteries et des invectives, el celui « milieu d'elle, baptisant avec elle et enseignant

d'une éloquence emportée et séditieuse ; le pou- « avec elle '. » Sans doute c'est par les pasteurs

voir accordé ;uix princes et aux magistrats de qu'il exercera ce ministère : c'est donc avec les

décider des affaires de la religion, et à tous les pasteurs qu'il a promis de baptiser et d'ensei-

hommes de se rendre les arbitres de leur foi, el gner. Qu'on nous explique comment peuvent

d n'en plus croire que leur propre sens, enfin mal baptiser et mal enseigner ceux avec qu:

la nouveauté même, n'avaient pas été l'alliait Jésus-Christ baptise el avec qui Jésus-Christ cn.

qui jetait en l'ouïe dans la nouvelle Réforme les scigne.

villes, les princes, les peuples, et jusqu'aux pré- M. Claude nous oppose l'expérience ; et, pour très et aux moines apostats. Pendant que les Ca- montrer que cette force invincible que nous attholiques alléguaient aux réformateurs et à leurs tribuons au ministère ecclésiastique, en vertu disciples ces causes de leur révolte, c'était le des promesses de Jésus-Christ, ne lui convient temps de répondre que ce n'était pas d'aujour- pas, il nous rapporte beaucoup de passages d'Héd'hui qu'ils avaient eu ces pensées ; ils auraient rivé, de saint Bernard, d'Alvare Pelage 8, et des dû même s'en expliquer auparavant. Car enfin autres qui, dans les siècles précédents, oïd dér on a supposé, dans de nouvelles lettres pasto- ploré les désordres du clergé, et en oui désiré la raies, que, selon la doctrine de saint Paul ', « ce réformation. Je n'entreprends pas ici d'exarai- « n'est pas assez de croire du cœur à justice ; ner ces passages; vous les pouvez lire, et, si vous « mais qu'il faut encore confesser de bouche à en trouvez un i>eul où ces auteurs se soient « salut, et glorifier Dieu du corps elde l'esprit, plaints de la transsubstantiation, ou du sacrifice, « puisqu'il est le Rédempteur de l'un et de l'au- ou de l'adoration de l'Eucharistie, ou enfin d'au- « tre. » C'est ainsi que parle la lettre adressée cun des points de doctrine sur lesquels Luther el aux tombés ; et celle qui est écrite aux oppresses Calvin ont fait rouler leur réformation, je veux de Babylone, ne s'explique pas en termes moins bien abandonner la cause. Mais si, au contraire, formels : ■ Sache/ que ce n'est pas assez de dé- parmi tant de passages ambitieusement rappor- « tester toutes ces choses de cœur, il faut les tés, il ne s'en trouve pas un seul qui regarde le a condamner de bouche, a Pourquoi donc ne moins du monde ces choses, avouez que les prépas déclarer ceux qu'on suppose avoir confessé leiulus réformateurs n'ont pris de ces hommes avant la Réforme la doctrine qu'elle enseignait? vénérables que te nom de réformation, et n'ont Cependant on n'en rapporte aucun, tant il est lait qu'abuser le inonde par un titre spécieux, vrai qu'il n'j en avait point du tout. Et il parait N'écoutez donc plus leurs dangereux discours. au contraire que les premiers réformateurs, N'appelez plus rélbnnalion un schisme affreux prêtres et moines pour la plupart, avaient été qui a désolé la chrétienté; et tournez contre les consacrés dans la foi que nous professons, ennemis de la réunion l'horreur qu'ils tâchent comme nous l'avons déjà vu ; et ceux qu'ils ont de vous inspirer pour nous. Car y a-t-il rien de cnlrainés dans leur rébellion les ont regardés plus digne d'horreur que de vous faire haul'Econune des hommes extraordinaires, qui leur glise? que vous représenter comme Babvlone apprenaient une nouvelle doctrine. Où étaient celle qui porte sur le front le nom de Jésusdonc, au nom de Dieu, ceux qui croyaient bien, Christ, et qui met en lui seul sa conliance? que pendant que tout le monde, et aussi bien les ré- de faire la mère des idolâtries et des proslituformateurs que ceux qui les ont suivis, croyaient tions celle qui, dès l'origine du christianisme comme nous? jusqu'à nos jours, ne cesse d'envoyer ses en- Cardez-vous bien, mes chers Frères, de re- fantspar toute la terre, et jusque dans les régions garder celte question comme une question inu • les plus inconnues, pour y faire adorer le seul lile ou curieuse : il s'agit de vérifier les promes- et vrai Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit? Ce n'est ses de l'Evangile. M. Claude demeure d'accord donc pas pour nous, mes Frères, qui méritons qu'en vertu de ces promesses de Jésus-Christ: cette juste horreur qu'on a pour l'idolâtrie; c'csl « Enseignez et baptisez, je serai toujours avec ceux qui nous accusent faussement. Ceux qui «vous2, » il faut entendre, je serai toujours portent contre un innocent un témoignage faux avec vous enseignants et baptisants. D'où il s'en- et calomnieux sont punis du même supplice que suit, de son aveu, que Jésus-Christ « promet à mériterait le crime dont ils ont porté le témoi- « son Eglise d'être avec elle et d'enseigner avec gnage, s'il avait été avéré : ainsi ceux qui nou «elle sans interruption jusqu'à la fin du ,. .. . . . „ . .„ . ,., __, o.

1 J i : {2 p. au dics. de M. de Coud., p. 106. — 2 Png. 103, 3o3, etc.—

1 ii.m , x, 10 —''Matin., ZXTUI, 19, 20. * Y*i 31Û et suiv.

4i2 LETTRE PASTORALE

accusent d'idolâtrie, pendant que nous contes- vant l'Eglise elle-même avait apostasie. Si on

sons avec tant de pureté le nom de Dieu, méri- lui eût reproché de moindres crimes que l'ido-

tent devant les hommes l'horreur qui est due à latrie, on n'aurait pas pu arracher du cœur des

l'idolâtrie, et en recevront devant Dieu le juste fidèles la vénération qu'ils avaient pour elle; et

supplice. ce n'était que par de tels excès qu'on en pouvait

Mais surtout de quelle horreur sont dignes venir à la rupture, ceux qui font tomber cette accusation sur toute Détestez la donc, mes Frères, et venez de tou l'Eglise, et encore sur l'Eglise des premiers votre cœur à notre unité. Commencez par la siècles? Il y a longtemps, mes Frères, que c'est confession de vos péchés pour en recevoir la péune chose avouée parmi les ministres, que dès nitence et l'absolution, conformément à cette le IVe siècle l'Eglise demandait les prières des parole : « Recevez le Saint-Esprit : ceux dont martyrs, et en honorait les reliques; et Vigi- « vousremettrez les péchés, ils leur serontremis; lance s'étant opposé à cette pratique ancienne « et ceux dont vous retiendrez les péchés, ils leur et universelle, fut tellement réprimé parles « seront retenus *. ». Ne croyez pas qu'il suffise, écrits de saint Jérôme, qu'il demeura seul dans pour accomplir cette parole, de vous annoncer son sentiment. Si c'est donc une idolâtrie de en général la rémission des péchés, comme faidemander les prières des saints et d'en honorer saient les ministres ; puisque Jésus-Christ n'a pas les reliques, cet illustre quatrième siècle, oui, dit : Annoncez, mais : Bemettez ; et qu'il ne s'agit ce siècle où les prophéties du règne de Jésus- pas de prononcer seulement en général, puis- Christ se sont accomplies plus manifestement qu'il est ordonné d'user de discernement, et de que jamais, où les rois de la terre, persécuteurs retenir aussi bien que de remettre. Mais il ne faut jusqu'alors du nom de Jésus, selon les anciens pas s'étonner que de faux pasteurs n'osent pas oracles, en sont devenus les adorateurs : ce siè- agir suivant les termes de la commission que Jécle, dis-je, servait la créature; les prophéties sus-Christ a donnée à ses véritables ministresdu règne de Jésus-Christ étendu sur les idoiï- Reconnaissez, mes chers Frères, quelle est laré. tres, s'y sont accomplies en les amenant dans formation où l'on réforme la commission donune nouvelle idolâtrie ; les Ambroise, les Au- née par Jésus-Christ même, et où l'on ôte, avec gustin, les Jérôme, les Grégoire de Nazianze, la confession et le jugement des prêtres, le nerf les Basile et les Chrysostome, que tous les Chré- de la discipline et le frein de la licence, tiens ont respectés jusqu'ici comme les docteurs Ce n'est pas un moindre attentat d'avoir rede la vérité, ne sont pas seulement les sectateurs, tranché de l'Eglise l'imposition des mains, par mais encore les docteurs et -les maîtres d'un laquelle on donne le Saint-Esprit aux fidèles, culte impie, dont le seul Vigilance s'est conservé Ce sacrement est prouvé par cesparoles expresses pur : tant le christianisme était mal fondé, tant des Actes 2 : « Quand les apôtres qui étaient à le nom d'Eglise de Jésus-Christ est peu de chose « Jérusalem eurent appris que ceux de Samarie dès les premiers siècles. « avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyè-

Pouvez-vous, mes Frères, souffrir des minis- « rent Pierre et Jean, qui, étant venus, firent des très qui déshonorent par de tels opprobres la « prières pour eux, afin qu'ils reçussent le Saintreligion chrétienne? Ce n'est pas le seul outrage « Esprit : car il n'était point encore descendu qu'ils font à l'Eglise ; et, sans sortir de la pré- « sur eux, et ils avaient seulement été baptisés tendue lettre pastorale à ceux qui sont tombés « au nom du Seigneur Jésus. Mais alors ils leur par les tourments, vous y trouverez ce blas- « imposèrent les mains, et ils reçurent le Saintphème : « Ainsi vit-on dans les premiers siècles « Esprit. » Il a plu aux nouveaux réformateurs l'Eglise tomber dans une apostasie semblable à de décider, de leur autorité, et sans aucun téla vôtre, après avoir goûté les douceurs mor- moignage de l'Ecriture, que ce sacrement, quoitelles du règne du grand Constantin. » 0 prodige que administré dans tous les siècles, et réservé inouï parmi les Chrétiens! Les saints Pères ont selon la pratique des apôtres aux évêques leurs reproché aux hérétiques qu'ils apostasiaient en successeurs, n'était dans l'Eglise que pour un se séparant de l'Eglise; mais que l'Eglise elle- temps. Sous prétexte que le Saint-Esprit ne desmême ait apostasie, qui l'entend sans horreur cend plus visiblement, ils ont prétendu qu'il n'est pas Chrétien, et vous ne pouvez regarder ne descendait plus du tout, et que cette cécomme des pasteurs ceux qui ont proféré un tel rémonie était inutile. Ils auraient pu prétendre, blasphème. Mais ce blasphème est inséparable avec autant de raison, qu'à cause que Satan n'aide la réformation prétendue. Pour pouvoir dire flige plus comme autrefois visiblement, en leur avec quelque couleur qu'il faut sortir de l'Eglise chair ceux que l'Eglise lui livre 3, elle a perdu comme d'une Babylone, il faut dire qu'auparc- i j,an., xx, 22, 23. -2 Act.. nu, un. - 3 /. c«.,v. 4, 6.

SUR LE DEVOIR PASCAL. m

le pouvoir de les lui livrer par ses censures. Ne qu'ils eu fassent consister toute la vertu dans ! s les croj ez pas, mes Frères, et ne soyez pas plus e pècesTCombien plusdoit-on être content d'une

iges que toute l'antiquité. Apprenez soigneuse- seule espèce dans l'Eglise catholique, ou la force

ment de vos pasteurs quel est l'effet de ce sacre- du sacrement est mise en Jésus-Christ même?

ment, et du saint chrême que nous bénissons à Croyez-vous que l'Eglise, cette bonne mère, vou- Cezemple de nos pères dès l'origine du christia- lût priver ses enfants de la grâce d'un sacrement,

nisme. Vous devriez déjà nous avoir demandé dont elle connaît si bien les douceurs et la vertu?

avec ardeur un sacrement qui vous esl si neces- pu que Jésus-Christ, qui lui a promis d'être tou-

sairepour fortifier votre loi naissante. Venez, jours avec elle, l'eût permis? Sur la loi de cette

mes Frères, venez le recevoir de nos main»; ve- promesse, M. Claude demeure d'accord qu'il va

nez, vous qui êtes proche; désires, vous qui êtes toujours une Eglise qui publie la foi, une Enlise

loin, et j'irai vous porter ce doi) céleste. à (/ni Jésus-Christ adonné un ministère extérieur

Mais surtout prépares- VOUS à l'aire la pâque,et et par conséquent une Eglise qui a un extérieur et h manger la chair adorable de Y Agneau sans une visibilité *. 11 avoue qu'il fout reconnaître, en tache, qui ôte le péché du monde. Qu'y a-t-il de vertu de celle promesse, une subsistance perpéplus désirable que d'exereer le droit de l*Epousej tuelledu ministère dans un état suffisant pour le de jouir du corps sacré de l*£poui céleste, de lu salut des élus de Dieu 2, pour édifier le corps du livrer le sien, afin qu'il le sanctifie, de s'unir à Christ, et pour amener tous ses t lus et ses vrai* lui corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit ; fidèles à la perfection ». S'il leur manque quelque afin d'être consommé en un avec lui ', d'être os chose d'essentiel à un aussi grand sacrement que de ses os et chair de sa chair, cl enfin deux dans celui de la communion, le ministère est-il sufune même chair, et tout ensemble dans un même lisant au salut et à la perfection des fidèles ? Estetprit avec Jésus-Christ 2. Ce n'est pas seulement ce être dans cet état, que de ne recevoir ce sal'esprit, c'est le corps qu'il faut préparer au crement qu'en violant le commandement de corps de Jésus-Christ. Car depuis que le Verbe a Jésus-Christ? C'est une vérité constante entre été fait chair, le corps qu'il a pris est le moyen nous et les ministres, que l'Eglise ne peut pas de nous unira sadivinité; et pour consommer le être où les sacrements ne sont pas. Si donc les mystère, c'est aussi en Brunissant à notre corps deux espèces sont absolument nécessaires à chaque le Filsdelueu l'ait passer sa grâce et sa vertu que fidèle, si le sacrement ne subsiste que dans dans nos âmes. Courez donc avidement au corps la distribution de toutes les deux; les ministres du Sauveur. Qu'aurez-vous à désirer davantage' devraient dire que tant qu'on n'a donné qu'une quand vous y aurez trouvé, avec la divinité et seule espèce, l'Eglise a été sans le sacrement de toute la personne de Jésus-Christ, la source de la Cène. Ils n'osent le dire néanmoins : ils sont la grâce et de la vie? forcés d'avouer qu'on se sauvait parmi nous du

Il a dit: « Qui me mange, vivra pour moi. » moins avant leur réformation, et que la vraie

11 a dit : « Qui mangera de ce pain aura la vie Eglise y était. Il faut donc qu'ils avouent néces-

« éternelle. » Il a dit : c Le pain que je donnerai sairementque le sacrement de la Cène y était

« c'est ma chair que je donnerai pour la vie du aussi, et par conséquent qu'il subsiste dans toute

« monde3. » Quelle autre grâce recevrait-on a\ec sa perfection, en ne distribuant qu'une seule

le sang précieux? Et qui ne voit que l'un et l'an- espèce.

tre, et les deux ensemble, ont une seule et même C'est aussi ce que M. Claude reconnaît d'une

vertu? Ne devez-vous pas être contents de coin- manière à ne laisser aucun doute à ceux qui le

munier comme la pieuse antiquité communiait voudront lire attentivement. Voici comme il dé-

lcs malades; comme saint Ambroiseacommunié huit l'Eglise : « l'Eglise etlesvraisfidèles qui font

en mourant, comme saint Cyprien et les autres profession de la vérité et de la piété chrétienne,

saints ont communié les enfants; comme les et d'une véritable sainteté, sous un ministère qui

martyrs ont communié dans leurs maisons, et lui fournit les aliments nécessaires pour la vie

les solitaires dans leurs retraites4; comme plu- spirituelle, sans lui en soustraire aucun4. » Il

sieurs saints ont entendu que Jésus-Christ avait n'y a rien de plus essentiel à l'Eglise que ce qui

communié les deux disciples d'Emmaùs; coin- entredanssadefinition.il entre dans la définition

me les adversaires eux-mêmes communient de l'Eglise qu'elle soit sous un ministère, c'est-à-

ceux qui ont répugiianceau vin, et ne croient pas dire sous des pasteurs qui lui fournissent tous

les priver du sacrement de Jésus-Christ, encore les aliments nécessaires pour la vie spirituelle,

sans lui en soustraire aucun. Ce ministre convient

* Rép. au dise, de M. de Cowl., q. 4, p. 102. — ■ Ibid., p. 103. — dessous, pa„- 4SI. ' lbid., p. lf-9. — • Rép. au dise, de M. de Cond., q. •, p. 129.

lJoan., xvn, 23. —-Ephes., 20. v, Cor., vl, .16. 17. — 3 Joan., vi. 52, 58, 59. — » Voy. le Traité de la Corn, sous les deux espèces, ci- » Rép. au dise, de M. de Cowl., q. 4, p. 102. — * loi '!., -.<■ 105.

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