‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 101 sur 313 · LETTRE PASTORALE SUR LE DEVOIR PASCAL · texte numérisé non relu

LETTRE PASTORALE SUR LE DEVOIR PASCAL

sur ce fondement i, et tous les ministres en sont d'accord, qu'au moins jusqu'à la réformation prétendue, on faisait son salut sous le ministère des pasteurs latins, et de l'Eglise romaine, et que la véritable Eglise y était encore. Elle était donc sous un ministère qui lui fournissait tous les aliments nécessaires, sans lui en soustraire aucun, lors même qu'on avait cessé de donner la coupe, et la coupe nepeutpasêtrecomplée parmi ces aliments nécessaires à la vie spirituelle.

Venez donc, mes chers Frères, venez au banquet sacré de l'Eglise, et n'en faites pas consister la perfection dans les deux espèces, puisque les ministres mêmes sont forcés à reconnaître qu'on vous donne sous une seule tout l'aliment nécessaire à la vie spirituelle, sans vous en soustraire aucun. En effet, quel sujet auriez-vous de douter? Sur la foi de l'Eglise vous vous contentez de votre baptême, encore que vous l'avez reçu dans l'enfance sans l'autorité de l'Ecriture, et d'une manière à ne regarder que la lettre, si différente de celle que Jésus-Christ a ordonnée, qu'il a luimême observée 4e premier, et où ses Apôtres ont mis la mystérieuse représentation de notre sépulture aussi bien que de notre résurrection avec Jésus-Christ. Vous entendez bien que je parle de l'immersion pratiquée dans le baptême durant tant de siècles et comprise dans ces paroles de Notre-Seigneur : Baptisez, c'est-à-dire plongez et mettez entièrement sous les eaux. Si, sur la foi de l'Eglise, vous êtes en repos de votre baptême, reposez-vous sur la même foi de votre communion, et ne vous privez pas de tout le sacrement, sous prétexte d'en désirer une partie. C'est le comble de mes vœux de vous voir à la sainte table consommer le mystère de votre paix et de votre réconciliation avec l'Eglise. Mais de peur que vous n'y mangiez votre jugement, et que faute de discerner le corps du Seigneur, vous ne vous en rendiez coupables, nous désirons, autant qu'il sera possible, de vous préparer nous-mêmes li ce céleste banquet; et nous irons de paroisse en paroisse vous donner les instructions et les conseils nécessaires. Aureste, nous ne demandons point des perfections extraordinaires :pourvuqu'on apporte à l'Eucharistie un fermefoi,une conscience innocente etune sainte ferveur, nous supporterons les restes de l'infirmité, nous souvenant de cette pâque d'Ezéchias dont nous vous avons parlé au commencement de cette Instruction. Plusieurs de ceux qui étaient revenus du schisme n'avaient pas été sanctifiés autant qu'il était requis pour faire la pâque : « mais Ezéchias « pria pour eux en disant ' : Le Seigneur, qui est ■ bon, aura pitié de ceux qui recherchent de tout

'Ilép. o u d :c. de M. de Coud- , q. 1, p 1-0.— '// Parc!., xxs, 13, 10.

« leur cœur le Dieu de leurs pères, et ne leur impu- « terapas de ce qu'ils ne sont pas assez purifiés : « et le Seigneur l'écouta, et il s'apaisasur lepeu- « pie. » Pourvu donc que, revenus à Dieu de tout votre cœur, vous le serviez dans le même esprit que vos pères, dans l'Eglise où ils l'ont servi, ce qui manque à votre foi encore infirme sera suppléé par la médiation de Jésus-Christ, dont Ezéchias était la figure; et la sainte Eucharistie sera votre force.

En attendant, mes chers Frères, fréquentez les instructions et les catéchismes : envoyez y vos enfants. Que je n'entende plus dire qu'il y en ait parmi vous qui s'en éloignent, « de peur, » comme dit l'Apôtre *, « que ne vous trouvant pas « tels que je vous souhaite, vous ne me trouviez « pas aussi tel que vous souhaitez. » Répondezmoi, mes Frères : « lequel des deux voulez-vous, « que j'aille à vous avec la verge, ou avec l'esprit « de douceur2?» S'il vous reste quelque scrupule, venez à nous avec confiance : à toute heure nous serons prêts à vous écouter, et « à vous donner « non-seulement l'Evangile, mais encore notre « propre vie, parce que vous nous êtes devenus « très-chers 3. » Ainsi vous serez sur la terre ma consolation et ma joie, et vous serez ma couronne au jour de Notre-Seigneur4. Je sais que quelques esprits artificieux tâchent secrètement de vous inspirer la dissension, et vous annoncent des changements et des victoires imaginaires de la religion que vous aviez quittée. Au défaut de toute apparence, Y Apocalypse ne leur manque pas; et ils font trouver tout ce qu'ils veulent aux esprits crédules, dans ces obscurités. Mais, sans vouloir faire le prophète, j'ose bien vous dire avec confiance qu'un changement si inespéré arrivé dans tout le royaume, ressent trop visiblement la main de Dieu pour n'être pas soutenu, et que la piété du roi, visiblement protégée de Dieu, mettra fin à ce grand ouvrage. L'œuvre de la réunion s'achèvera, œuvre de charité et de paix, « qui tournera le cœur des pères vers les « enfants, et le cœur des enfants vers les pè- « res 5, » c'est-à-dire qui fera revivre la foi de nos pères dans leurs enfants, longtemps séparées de leur unité, et ramènera les enfants à l'Eglise, où leurs pères on servi Dieu, où leurs os reposent en paix, et où ils attendent la résurrection des justes.

Donné à Claye, le dimanche vingt-quatrième jour du mois de Mars mil six cent quatre-vingt-six. f BÉNIGNE, Évêque de Meaux.

Par Monseigneur, Ledieu.

' // Cor., XIi, 20. — * / Cor., IV, 21. — 3 / Thess., II, 3.— *Ibid., 19, iO. — MaUich., IV, G.

KXPLTGATIOM

DE QUELQUES DIFFICULTÉS SUR LES PRIÈRES DE LA MffSSE

A UiS NOUVEAU CATHOLIQUE

Vous souhaites, Monsieur, que je vouse\pli- charislif, la doctrine de L'Eglise catholique doii que quelques difficultés sur la Messe, que vos B*y trouver tout entière; et c'est, disent cesMesministres vous ont faites autrefois, et qui ne lais- sieurs, ce qui n'est pas. Il est vrai, poursuivezsentpas de vous revenir souvent dans l'esprit, tous, Qu'une partie de la doctrine catholique qui quelque soumis que vous so je» d'ailleurs à l'an- regarde l'Oblation ou le sacrifice, y est très-visitorité de l'Eglise catholique. ble ; et encore que les ministres tâchent d'éluder Ces difficultés, dites-vous, ne regardent pas la force du mot, en disant qu'il le faut entendre le commencement de la .Messe, qui ne contient d'une oblation ou d'un sacrifice improprement autre chose que des psaumes, de pieux canli- dit, TOUS ne vous accommodez pas de celte réques. de soûles lectures de l'Ancien et du Non- ponse. Car on dit trop distinctement et trop souveau Testament. Vosdiffienltés. dites-TOUS, conr fent, qu'on offi e à Dieu en sacrifice les dons promencenl à l'endroit qui s'appelle proprement le posés, pour nous laisser croire que ces paroles sacrifice, la liturgie el la Messe : c'est-à-dire à ne doivent pas être prises dans leur signification L'endroit de l'Oblation ou de l'Offerte, et à la naturelle; mais enfin c'est du pain etdujvin qu'on prière qui s'appelle Secrète. Kilos se continuent offre. Ce sacrifice est appelé par les anciens un dans toute la suite, c'est-à-dire dans le canon et sacrifice de pain et de vin, et c'est pourquoi ils dans tout le reste qui regarde la célébration «le l'appellent le sacrifice de Melchisédech], à cause l'Eucharistie . jusqu'à la prière qu'on appelle que, selon eux. ce grand sacrificateur du Dieu Postcommunion. En tout cela nous ne voulez pas très haut lui offrit le pain et le vin qu'il fit prenque je vous parle de la demande du secours des dre ensuite à Abraham et aux siens. Voilà une saints, sur quoi vous êtes pleinement satisfait, première difficulté. Les autres sont bien plus jusqu'à ne pouvoir comprendre sur quel fonde- grandes; caries ministres prétendent que, dans ment on a prétendu que ces demandes intéressas- toutes les prières qui regardent la célébration sent la gloire de Dieu ou la médiation de Jésus- de l'Eucharistie, il n'y a rien qui démontre la Christ, au nom duquel, comme de celui par qui présence réelle , ni la transsubstantiation ou seul on peut avoir accès, on demande à Dieu changement de substance: ce qui néanmoins qu'il les reçoive. Toutes vos dilticullés regardent étant, selon nous, le fond du mystère, est sans la célébration de l'Eucharistie; et premièrement doute ce qui doit y être le plus expressément vous voulez que je vous décide si le mot de marqué. Mais, poursuit-on, loin qu'il le soit en Messe a uneorigine hébraïque, comme plusieurs termes aussi formels qu'il serait à désirer, on y docteurs catholiques l'ont prétendu, ou s'il a une voit plutôt le contraire, puisqu'on trouve dans origine purement latine tirée du mot missio ou une Secrète du jour du Noël : « Que la substance missa, c'est-à-dire renvoi; à cause qu'au coin- a terrestre nous confère ou nous donne ce qui mencement de l'ohlation on renvoyait lescaté- « est divin1, » Elle y demeure donc cette subchumènes, les pénitents , les énergumènes ou stance, et on ne nous doit pas dire qu'elle soit possédés, et à la fin tout le peuple, dont on voit changée. Dans uneaulre prière, on demandeque encore un reste en ces mots : Itc, missa est, par « ce qu'on célèbre en figure ou en apparence, » lesquels on finit le saint sacrifice. Que si c'est là, specie , « on le reçoive aussi dans la vérité comme vous pensez, la vraie origine du mot de « même 2. » Et en effet, disent les ministres, si Messe, vous vous étonnez qu'un si grand mystère on eût cru offrir Jésus-Christ même, c'est-à-dire ait été nommé par une de ses parties des moins son vrai corps et son vrai sang, aurait-on deprincipales. Mais sans vous arrêter beaucoup à mandé tant de fois à Dieu de l'avoir pour agréala difficulté du nom, qui doit être toujours la ble? Mais on lait plus : on prie Dieu dans le camoindre, et ne mérite pas d'être comptée, la non d'avoir agréable l'oblation qu'on lui fait, grande difficulté que vos ministres vous ont faite comme il a eu agréables les présents d'Abel et le autrefois regarde le fond des prières : car la Messe sacrifice d'Abraham ou de Melchisédech; ce qui n'étant autre chose que la célébration de l'Eu- , 2 ,,-,,. , Poifcom Snhh. QMt Temp s p nnA.

montre qu'il n'y a ici que des créatures offertes, même dans l'Ordre romain, lorsqu'on y prescrit et lout au plus des figures de Jésus-Christ, non le rit de la communion, qu'on la reçoive à geplus que dans l'oblation d'Abel et des autres noux, ni qu'on y fasse le moindre acte de respect justes. Car quelle apparence de comparer le corps envers la sainte Eucharistie ; on n'y voit point et le sang de Jésus-Christ, où réside la perfec- ces génuflexions qu'on trouve dans notre Missel, tion, à des choses si imparfaites? Mais voici bien L'élévation que nous pratiquons à présent, ausplus : non contents de prier Dieu qu'il ait agréa- sitôt après la consécration, ne s'y trouve non ble l'oblation qu'on lui fait, comme si on en dou- plus; et celle qu'on y remaque en d'autres entait, on prie Dieu« de se la faire présenter par la droits, comme à l'endroit du Pater, a une tout « main de son saint ange sur son autel céleste. » autre fin que celle d'adorer Jésus-Christ, puisque Quoi ! pour faire valoir devant Dieu l'oblation les anciens interprètes du canon n'y trouvent du corps de son Fils, il y faut le ministère d'un qu'une cérémonie de l'oblation, ou la comméange ? Le Médiateur a besoin d'un médiateur, et moration de l'élévation de Jésus-Christ à lacroix. Jésus-Christ n'est pas reçu par lui-même? Cette et quelque autre mystère semblable. Ils prétenprière se fait après la consécration. Toutes lesse- dent aussi que les Grecs n'adorent non plus que crêtes sont pleines de prières qu'on fait à Dieu, nous, et qu'en général leur liturgie, dont nous d'avoir agréables nos oblations par l'intercession vantons la conformité avec la nôtre, en est tout et le mérite de ses saints. Je sais, dites-vous, à fait différente, surtout en ce qui regarde la comme il faut entendre le mot de mérite, et vous consécration, puisqu'ils la font par la prière après me l'avez assez expliqué. Je ne me fâche pas non le récit des paroles de Notre-Seigneur i, loin de plus de l'intercession des saints, que vous m'a- la faire consister comme nous dans ces paroles vez aussi très-bien fait entendre; mais je vous mêmes. Ils ajoutent que l'oblation se fait parmi prie de m'aider encore à comprendre comment eux, tant pour les saints et même pour la sainte on peut employer les saints, afin d'obtenir de Vierge, que pour le commun des morts, et ils Dieu qu'il ait agréables nos oblations, si ces obla- concluent de cette coutume, qu'il n'y a donc rien tions, lorsqu'elles sont consacrées, ne sont autre à tirer de l'oblation pour les morts en faveur du chose que le corps et le sang de Jésus-Christ, et purgatoire ou de cet état mitoyen que nous adsurtout, quel est le sens de cette prière qu'on mettons, mais que les Grecs, à ce qu'ils disent, fait en mémoire de saint Paul * : « 0 Seigneur, ne connaissent pas. Voilà les difficultés que vous sanctifiez ces dons par les prières de votre Apô- proposez. Il est vrai que les écrits des ministres, tre, afin que ce qui vous est agréable par votre et surtout l'histoire de l'Eucharistie du ministre institution, vous devienne plus agréable par la de la Roque, en sont pleins. Les voilà du moins protection d'un tel suppliant? Se peut-il faire dans toute leur force, et vous ne m'accuserez que l'institution de Jésus-Christ, ou plutôt que pas de les avoir affaiblies. Vous en demandez la Jésus-Christ même devienne plus agréable par résolution, non par des raisonnements, mais les prières d'un saint? Mais voici bien pis. Ce sa- par des faits. C'est, Monsieur, ce que je vais faire crifice qu'on offre par les prières des saints, on avec la grâce de Dieu. Le fait même résoudra le leur offre en quelque sorte à eux-mêmes, puis- tout; et vous verrez les difficultés s'évanouir dequ'on l'offre à leur honneur. Si ce qu'on offre vant vous les unes après les autres, à mesure que c'est Jésus-Christ même, peut-on l'offrir àl'hon- j'exposerai les sentiments de l'Eglise parlesterneur de ses serviteurs? Tout cela est bien bizarre, mes de sa liturgie.

pour ne rien dire de plus, disaient vos ministres. Et d'abord, pour ce qui regarde le nom de la Les habiles parmi eux sentent bien que ces prie- Messe, je vous décide, sans hésiter, quel'origine res sont très-anciennes; mais ils tirent avan- en est latine, et telle que vous l'avez remarquée, tage de celte antiquité, puisqu'elle nous est Le mot de missa est une autre inflexion du mot contraire. Ils trouvent aussi fort étrange qu'on missio. On a dit missa, congé, renvoi, pour misbénisse aveedes signes de croix le corps de Notre- sio, comme on a dit remissa pour remissio, ré- Seigneur, même après la consécration : et cette mission, pardon; oblata pour oblatio, oblation; ancienne cérémonie leur paraît encore une ascensa, pour ascensio, ascension, et peut-être preuve contre la présence réelle, puisqu'on n'au- même sécréta pour secretio, séparation; parce rait jamais béni cequ'on auraiteru être lasource que c'était la prière qu'on faisait sur l'oblation, de toute bénédiction. après qu'on avait séparé d'avec le reste ce qu'on Enfin ils demandent, dites-vous qu'on leur en avait réservé pour le sacrifice, ou après la montre l'adoration de l'hostie dans les anciens séparation des catéchumènes, et après aussi que Sacramentaires. On n'y voit point, disent-ils, ni le peuple qui s'était avancé vers le sanctuaire ou

• Die /est. Ajal rc'rc. et l'oul. Cuth. Pet., etc. ' Mss. Chnjst., etc.

SDR LES PRIÈRES DE LA MESSE. 4t;

rers l'autel, pour y porter bob ablation, s'étail ou ce renvoi solennellement par trois ou quatre

retiré à sa place; ce qui bit que cette oraison, fois, on n'appelait point le sacrifice misso seule-

appelée super «bluta dans quelques viein Sacra- ment au singulier, mais au pluriel missœ : on

mentaires, est appelée posl teereta dans les au- disait mutas faeere, missarum solemnia : et ainsi

l,Vv ll" reste, parce qu'il n'y avait pas pour un seul

Quoi qu'il en soit de cette origine de la Secrète, renvoi, et qu'après avoir renvoyé, ainsi qu'ils

celle de muêa est certaine; et il esl wai que les été dit, les catéchumènes, les possédés et les pé-

Latins ont donné et- nom au sacrifice, à cause nitents, on finissait l'action en renvoyant toutle

que, lorsqu'on venait à l'oblation, on renvoyait peuple.

les catéchumènes, les pénitents et les possèdes, Après avoir expliqué le nom, pour maintenant

et à la fin tout le peuple, par une solennelle venir au fond du mystère, souvenez-vous, avant

proclamation, comme vous l'avez remarqué. toutes choses, de l'antiquité dos prières, d'où

Ce renvoi des catéchumènes et des autres se l'on tire les difficultés qui vous embarrassent

taisait aussi par une proclamation du diacre, qui Nous parlerons en son lien d'une antiquité si

criait à haute voix : Une les catéchumènes sor- vénérable : il me snilit, quant à présent, que

lent. Ils venaient ensuite recevoir la bénédiction fous observiez que ce n'est pas sans raison (pie

du pontife, par l'imposition de ses mains, et une les ministres tâchent d'j trouver leur doctrine

prière proportionnée à leur état. Ensuite ils se sur la présence réelle, plutôt que la nôtre. Car

retiraient en grande humilité et en grand si- comme ils savent bien en leur conscience qu'el-

lencc. Les pénitents en faisaient de même, après les sont d'une grande antiquité, s'ils avouaient

qu'on leur avait aussi dénoncé qu'ils eussent à se qu'elles nous soin favorables, ils seraient en

retirer. On éloignait aussi les possédés, qu'on même temps contraints d'avouer que la date de

séparait du peuple fidèle, tant à cause que leur noire croyance esl pins ancienne qu'ils ne veu-

état, qui les soumettait au démon, avait quelque lent; c'est pourquoi ils ont raison, selon leurs

Chose de trop ravalé OU de trop suspect pour principes, de les tirer à leur sens, comme ils

mériter la vue des mystères, qu'à cause aii^i tachent aussi d'y tirer les anciens Pères, qu'on craignait qu'ils n'en troublassent lacéré- Mais pour leur ôter tout prétexte, venons au

monie ci le silence par quelque cri on par quel- fond, cl disons que la célébralionde l'Eucharislis

que action indécente. contenait deux actions principales dont vous

Celte exclusion solennelle de ces trois sorles convenez : l'oblation, dan* laquelle la consécra-

de personnes, donnait an peuple une haute idée lionest enlei nu . . el la participation pu la récep-

des saints mystères ; parce qu'elle lui faisait voir tion. Pour nous arrêter d'abordau fait, comme

quelle pureté il fallait avoir seulement pour y vous le souhaitez, el qu'il esl juste, l'oblation

comparaître et à plus forte raison pour y parti- consiste en trois choses : l'Eglise offre à Dieu

ciper. le pain el le vin; elle lui offre le corps cl le sang

Le renvoi qu'on faisait du peuple fidèle a près la de Noire-Seigneur; elle s'offre enfin elle-même solennité accomplie, n'était pas moins vénéra- etoflri à Dieu toutes ses prières en union avec ble : parce qu'il taisait aussi entendre ce qui Jésus-Christ qu'elle croit présent : voilà les faits esl aussi ordonné dans plusieurs canons, qu'il qu'il nous faut considérer. Nous remonterons n'était pas permis de sortir sans le congé de l'E après, si vous voulez, à l'Ecriture, afin de vous glise, qui ne renvoyait ses enfants qu'après les tout montrer jusqu'à la source ; mais il importe, avoir remplis de vénération pour la majesté des avant toutes choses, de bien comprendre la pramystères, et des grâces qui en accompagnaient tique; et c'est aussi ce que vous voulez, la réception : de sorte qu'ils s'en retournaient à Pour entendre ce que fait l'Eglise en offrant à leurs occupations ordinaires, se souvenant que Dieu le pain el le vin, il nous faut considérer les l'Eglise, qui les y avait renvoyés, les avertissait prières qui précèdent la consécration, non-seupar ce moyen de les faire avec la religion que lement dans le canon de la Messe, mais encore méritait leur vocation, et l'esprit dont ils étaient dans les oraisons qu'on nomme secrètes, autrepleins, ment super oblata, à cause qu'on les dit sur les

Vous voyez bien, Monsieur, que ce renvoi avait oblations ; c'est-à-dire sur le pain et sur le vin

quelque chose de plus auguste que vous ne l'aviez après qu'ils ont été mis sur l'autel. d'abord pensé. Quoi qu'il en soit, il est certain C'est là donc que nous apprenons que l'Eglise

qu'il n'y avait rien dans le sacrifice qui frappât offre, à la vérité le pain et le vin, mais non pas

davantage les yeux du peuple. C'est lui qui donne absolument et en eux-mêmes ; car dans la nou-

les noms., et il les donne par ce qui le frappe da- velle alliance, on n'offre plus à Dieu des choses

vantage; et parce qu'on dénonçait celte mission inanimées, ni autre chose que Jésus-Christ: c'es1

pourquoi on offre le pain et le vin pour en faire car ce sont les termes dont ils se servent. Ce qui

ion corps et son sang. aussi a fait dire à saint Isidore, disciple de sainl

Celte oblation se prépave dès le moment où, Chrysostome, et une des lumières du IVe siècle,

en élevant le pain et le calice qu'on doit consa- « le Saint-Esprit est vraiment Dieu, puisque dans

crer, on prie Dieu d'en avoir l'offrande agréa- le saint baptême il est également invoqué avec

ble, de la bénir, de la sanctifier, et enfin de la le Père et le Fils ; et qu'à la table mystique, c'est

consacrer pour en faire le corps et le sang de lui qui rend le pain commun , le propre corps

son Fils. Cette prière se fait souvent, et en termes dans lequel le Fils de Dieu s'est incarné L » Ce

exprès, dans l'oraison qu'on appelle Secrète; qu'il dit ensuite du sang, lorsque pour inviter les

nais elle se fait tous les jours, dans l'action* fidèles à n'abuser que du vin, il les fait ressou.

même de la consécration, où l'on prie Dieu « de venir que « le même Saint-Esprit » en consacre

bénir , de recevoir , de ratifier et de rendre « les prémices, dont il fait à la sainte table le

agréable,. en tout et partout, cette oblation, c'est- « sang du Sauveur 2. »

à-dire ce pain et ce vin, afin d'en faire pour nous Et remarquez que, comme ce corps et ce sang

le corps et le sang de Jésus-Christ son Fils bien- ont été formés la première fois par le Saint-

aimé. » Esprit agissant dans le sein de la sainte Vierge ,

Nous disons que ce corps et ce sang sont faits selon ce qui est porté dans le Symbole: « conçu

pour nous, au même sens qu'il est écrit dans du Saint-Esprit ; » c'est encore le Saint-Espril

Isaïe : « Un petit enfant nous est né, un fils qu'on invoque pour le faire ici de nouveau ;

« nous est donné ', » non point pour faire en- afin que nous entendions non une action impro

tendre, comme le prétendent les ministres, que prement dite, mais une action phjsique et aussi

les symboles sacrés ne sont faits le corps et le réelle que celle par laquelle le corps du Sau-

sang que dans les temps que nous les prenons ; veur a été formé la première fois. Au reste , on

maisafin que nous concevions que c'est pour ne peut pas douter que cette prière, où l'on de-

nous qu'ils sont faits dans ce mystère, de même mande la descente du Saint-Esprit, pour faire du

que c'est pour nous qu'ils ont été conçus et for- pain le corps, et du vin le sang de Jésus-Christ,

mes dans le sein de la sainte Vierge. ne soit très-ancienne dans la liturgie des Grecs;

Il faut donc entendre ici une espèce de pro- puisqu'on la trouve en termes formels dans saint

duction du corps et du sang dans l'Eucharistie, Cyrille de Jérusalem, auteur du IVe siècle, qui,

aussi véritable et aussi réelle que celle qui fut après l'avoir rapportée comme reçue par le

faite dans le bienheureux sein de Marie, au mo- commun usage des Eglises, en confirme la vé-

ment de la conception et de l'incarnation du rite, en disant « que ce que le Saint-Esprit tou-

Fils de Dieu : production qui lui donne en quel- « che est changé et sanctifié 3 : » par où il nous

que façon un nouvel être , par lequel il est sur montre un changement aussi réel que le con-

la sainte table aussi véritablement qu'il a été tact et l'action est puissante et efficace,

dans le sein de la Vierge, et qu'il est maintenant Et pour mieux marquer le consentement de

dans le ciel. l'Orient et de l'Occident dans cette doctrine, ce

C'est pourquoi on se sert ici du mot de faire, que les Grecs ont exprimé parla prière quenous pour marquer une véritable et très-réelle action, venons de voir, les Latins l'expriment aussi par qui se termine à faire, dans ce saint mystère, un ces paroles : « Prions, mes Frères, Jésus-Christ vrai corps et un vrai saug, et le même qui fut avec affection, que lui, qui a changé l'eau en fait au sein de Marie. C'est aussi ce que les Grecs vin, change aujourd'hui en sang le vin de nos expriment dans leur liturgie, lorsqu'en priant oblations 4. » Ce qu'on attribue en un autre en- Dieu, comme nous, de faire de ce pain et de ce droit au Saint-Esprit, par ces paroles : « 0 Seivin le corps et le sang de Jésus-Christ, ils de- gneur ! que le Saint-Esprit, votre coopérateur mandent expressément, que « ce pain soit fait coéternel, descende sur ce sacrifice ; afin que le '< te propre corps, et ce vin le propre sang de fruit de la terre, que nous vous présentons, soit « Jésus-Christ 2. » Et ils ajoutent, qu'ils le soient changé en votre corps, et ce qui est dans le cafaits « par le Saint-Esprit, qui change ce pain et lice, en votre sang 5. » Nous venir dire maintea ce vin. » Par où ils nous marquent, premiè- nant que tout ceci est figuré, outre les raisons rement, une action véritable, puisqu'ils deman- générales qui renversent cette prétention, c'est dent que le Saint-Esprit, qui est la vertu de introduire dans la prière, c'est-à-dire dans le Dieu,ysoit appliqué; et, secondement, un chan- pius simple de tous les discours, les figures les gement très-réel, qui fasse du pain et du vin le propre corps et le propre sang de Jésus-Christ; ' /««• PjIus.. ih>. i, epu îoa.p.s*. — '/M*.,epist.3is.p.64,

3 Cat. v; At'/a'ag., r>.3/.~. — ■ Miss. Golh., Missa 11, m d <-»t Bp;

M: t., '.s., 6 -- B ■' , I;7.,to-n. n.App:nd., p. 679. — '. mus. Golh., Miss. 12.

SUH LES ! MERES DE LA MESSE. 4ifl

plus violentes et plus inusitées; c'esl appeler à rien changer au dehors, parce qu'il ne vcul rien son secours les plus grands miracles, les opéra- donner au sens dans un sacrifice qui doil être lions les plus efficaces, et le Saint-Esprit lui- spirituel, il ne consume que la substance ; et enmême avec sa toute-puissance, pour vérifier des core ne la consume-t-il pas simplement pour figures et des métaphores. Le taire une lois, ce la détruire, comme l'ait le feu matériel; mais sciait trop; mais le continuer cl l'inculquera comme c'est un esprit créateur, il ne consume chaque occasion, ce serait chose trop insuppor- les dons proposés que pour en faire quelque table. C'est néanmoins ce que lait l'Eglise; et afin chose tic meilleur: c'esl pourquoi on le priait de tenir toujours un même langage, ce qu'elle de descendre, ainsi qu'on a vu, non simplement dit en célébrant les mystères, elle ledit encore pour changer le pain et le vin, mais pour en en consacrant le prêtre qui les doit offrir : car faire le corps et If sang de Noire-Seigneur. dès cette antiquité on priait Dieu, comme on fait 11 est maintenant aisé d'entendre que la ma. encore, qu'il sanctifiât ce ministre nouvellement ttère de celte oblation était véritablement le consacré, afin qu'il « transformât le corps et le corps cl le sang de Notre-Seigneur, puisqu'on « sang de Jésus-Christ, par une pure el irrépré- n'offrait le pain cl le vin que pour y être chan- « hensible bénédiction1. » gé"s par une vertu toute-puissante, c'est-à-dire

Enfin, on priait tous les dimanches « en of- la vertu du Saint-Esprit, cl c'est pourquoi ce

fiant, selon le rite de Mclchisnltrh, que, par la imstère s'appelait « la transformation du

vertu de Dieu opérant, on reçut le pain changé Saint-Esprit ' ; et la transformation du corps

au corps, et le breuvage changé au sang, en et du sang de Jésus-Christ par la vertu de celui

sorte qu'on reçût dans le calice ce même sang, qui les créait, qui les bénissait, qui les ;-ancli-

qui était sorti du côté sur la croix2: » après liait2, » c'est-à-dire qui les formait sur l'autel,

quoi on finissait en ces termes : «Seigneur pour nous yêtre, et par l'ohlalion et par la man

Jésus-Christ, nous mangeons le corps qui a été ducation, une source de bénédiction et de grâce,

crucifié pour nous, nous buvons le sang qui a Car Jésus-Christ, ayant prononcé « qu'il sesanc-

étc répandu pour nous; afin que ce corps nous tifiait soi-même pour nous, » c'est-à-dire qu'il

soit à ^al ut, et ce sang en rémission de nos pé- s'offrait et se dévouait, «afin que nous lussions

chés, maintenant et à tous les siècles des sic- « saints1 ; » nous ne craignons point de dire

clcs. » que celle sanctification et cctlc oblation de Jé-

Ce changement, opéré par le Saint-Esprit, du sus-Christ continue encore sur nos autels ; et

pain au corps et du fin au sang, était cause que c'est essentiellement dans la consécration de

ce sacrifice était regardé comme une espèce d'ho- l'Eucharistie (pie nous la faisons consister. locauste, c'est-à-dire comme une victime cou- Et il est aisé de l'entendre, puisque, poser dc-

sumée par le feu : parce qu'en effet le pain et le vaut Dieu le corps et le sang dans lesquels étaient

vin étaient consumés par le Saint-Esprit, comme changés le pain et le vin, c'était, en effet, le lui

par un feu divin et spirituel; et c'est ce qu'on offrir; c'était imiter sur la terre ce que Jésus-

exprimait par cette prière, qui se trouve dans Christ fait dans le ciel, lorsqu'il y paraît pour

tous les anciens sacrainenlaires durant l'octave nous devant son Père, comme dit saint Paul 4.

de la Pentecôte, comme on les récite encore au- C'est aussi à quoi revient ce que dit saint Jean

jourd'hui : « Nous vous prions, ù Seigneur! que dans son Apocalypse 5, lorsqu'il y vit l'Agneau

les sacrifices offerts devant votre face soient cou- devant le trône, vivant à la vérité, puisqu'il est

sûmes par ce feu divin, dont les cœurs des apô- debout, mais en même temps comme immolé et

très ont été embrasés 3. » comme mort, à cause des cica trices desesplaies,

C'est en ce sens que le sacrifice du Nouveau- et des marques qu'il conserve encore, dans la

Testament est appelé quelquefois un holocauste, gloire, de son immolation sanglante. Il est à peu

avec cette différence que le feu qui consumait près dans ce même état sur la sainte table, lors-

les victimes anciennes était un feu qui ne pou- qu'en vertu de la consécration il y est mis tout

vait que consumer et détruire, et qui, en effet, vivant, mais avec des signes de mor t, par la sé-

consumait et dévorait de telle sorte l'hostie im- paration mystique de son corps d'avec son sang,

molée avec les pains et les liqueurs qu'on jetait Alors donc il est immolé spirituelle ment, il est

dessus, qu'il n'en demeurait aucun reste, ni offert à Dieu son Père, en mém oire de sa mort, et

même aucune apparence; au lieu que le l'eu que pournousenappliquer conlinuellementla vertu, nous employons, c'est-à-dire le Saint-Esprit, ne Or, que ce soit ce corps et ce sang qu'on ait

consume que ce qu'il veut : de sorte que, sans intention d'offrir à Dieu, l'Eglise s'en explique

1 Miss. Golh., in ord.prcsbyt. — 2 Miss. Golh., in fin-, in Miss lMiss. Golh-, Miss. 66. — • Ibid., Miss. 8. — • Joan., xvn, |9. —

Dom — ' Fer 2, in Oct. Pcn'.ec. »Htbr., v.l, 25; ix, 21, 26. — * v, 6.

B .Toii. IV. *y

en termes formels dans la liturgie. C'est ce qu'on exprime dans la Secrète qu'on dit encore aujourd'hui le jour de l'Epiphanie, et qu'on trouve dans tous les Aïeux Sacramentaires : « 0 Seigneur ! recevez avec des yeux favorables ces dons de votre Eglise, par lesquels on vous offre non pas de l'or, de la myrrhe et de l'encens; mais on offre, on immole et on prend cela même qui était signifié par ces présents, c'est-à-dire Jésus-Christ Notre-Seigneur 1 .

Il est donc certain qu'on offrait non pas la figure du corps et du sang de Jésus-Christ, mais la vérité même de ce corps et de ce sang : autrement on n'offrirait pas ce qui était figuré par les présents des mages, c'était-à-dire Jésus- Christ même ; mais une figure pour une autre, et toujours des ombres, contre le génie de la nouvelle alliance.

Ce que nous venons de voir dans les plus anciens Sacramentaires, dans le romain et dans le gothique, qui était celui dont on usait principalement dans les pays que les Goths avaient occupés : nous Talions voir dans un autre rite très, conforme à celui-là, aussi ancien, aussi vénérable, qu'on appelle mozarabique ; c'est celui qu'avait mis en ordre saint Isidore de Séville, dont on se servait anciennement dans une grande partie de l'Espagne, et qu'on garde encore à présent dans quelques églises de Tolède. Nous y lisons ces paroles qui ressentent l'esprit des premiers siècles 2 : « Nous, vos indignes serviteurs et vos humbles prêtres, offrons à votre redoutable majesté cette hostie sans tache que le sein d'une mère a produite par sa virginité inviolable, que la pudeur a enfantée, que la sanctification a conçue, que l'intégrité a fait naître. Nous vous offrons cette hostie qui vit étant immolée, et qu'on immole vivante; hostie qui seule peut plaire, parce que c'est le Seigneur luimême. »

Les Eglises se communiquaient les unes aux autres ce qu'elles avaient de meilleur. Pour moi, je crois entendre dans cette prière ou un saint Ambroise, ou quelqu'un d'une pareille antiquité, d'une pareille onction, d'une pareille piété. Cette prière se disait après avoir récité les noms de ceux dont les oblations étaient reçues, et pour lesquels on allait offrir ; et on déclare en termes formels que ce qu'on allait offrir pour eux n'était rien de moins que Jésus- Christ même.

Pour nous répliquer maintenant qu'on offrait Jésus-Christ comme étant au ciel, il faudrait avoir

1 Sacr. Grtij-, Miss. Golh., in Miss. Epiph., Oral -post. Myst. — -,1/ijj. Mozarab.fin Miss. Aal. Dom., apud Mabill., De litury. Gai-, p. 4'

oublié ce qu'on a vu tant de fois, que ce qu'on offrait, on le formait sur l'autel des dons qu'on y apportait, c'est-à-dire du pain et du vin ; ce qui est inculqué partout dans ce Missel comme dans les autres.

Et afin qu'on ne doute pas du consentement des Eglises, écoutons encore une préface de l'ancien Sacramentaire de saint Grégoire, qu'on lisait autrefois dans tout l'Occident l, et qu'on trouve encore aujourd'hui dans le Missel ambrosien, tant dans l'ancien que dans le moderne; il ne se peut rien de plus exprès : « Il est juste, ô Seigneur ! » dit cette admirable préface 2, « que nous vous offrions cette salutaire hostie d'immolation, qui est le sacrement ineffable de la grâce divine, qui est offerte par plusieurs, et qui, par l'infusion du Saint-Esprit est faite un seul corps de Jésus-Christ, Chacun en particulier reçoit Jésus-Christ Notre-Seigneur, et il est tout entier dans chaque partie, il est reçu de chacun sans diminution ; mais il se donne dans chaque partie en son entier. » Ce que l'Occident disait dans cette belle préface, et ce qu'on dit encore à Milan selon le rite ambroisien, se dit dans tout l'Orient dans la Messe qui porte le nom de saint Chrysostome : « L'Agneau de Dieu, » dit-on 3, « est divisé, et n'est pas mis en pièces ; il se partage à ses membres, et il n'est pas déchiré ; on le mange, et il n'est pas consumé ; mais il sanctifie ceux qui le reçoivent. » La même chose se trouve dans la liturgie de saint Jacques, qui est celle de l'Eglise de Jérusalem, dont on sait que ce saint Apôtre fut le premier évêque; et nous aurons peut-être occasion de vous en rapporter les paroles en quelque autre endroit. Quel plaisir aurait-on eu dans une prière, malgré la simplicité naïve et intelligible qui y doit régner; quel plaisir, dis-je, d'étouiulr le monde par des paradoxes, ou plutôt par des prodiges de propositions inouïes, en disant. u>mme une merveille qu'on divise et qu'on ne divise pas; qu'on mange et qu'on ne consume yàa, que c'est dans toute l'Eglise et dans toutes les oblations particulières un seul et même corps, et dans les moindres parcelles ce corps entier sans diminution ; si tout cela ne se doit entendre que d'une présence en figure et d'une manducation en esprit, c'est-àdire de la présence la inoins divisante et de la manducation la moins consumante qu'on puisse jamais imaginer ? Mais dans la doctrine de l'E-

'Guitmond, évêque d'Averse en Italie, opposant cette préface 4 Bérenger, la lui allègue comme un monument autorisé par le suffrage de presque toutes les Eglises latines qui l'ont adoptée : Quœ per locum peneo/bem larinum habelur. [Lib. I, De veril. Euchar.] (Edii. ut Do/oris.) — * Sacr. Greg., Dom. 6, post Theoph.; Miss. Ambras. apud ramel in ead. Dom. etnov. in Dom. 6. — J Tara u Bibl. ."/'. G. L., p. 83.

élise catholique, c'est un vrai miracle qu'un sans autre raison apparente que de décharger

même corps humain soit donné à tous tout en- les Missels, et de faciliter aux églises pauvres le

tier seins la moindre parcelle : ce corps en même moyen de les avoir. Quoi qu'il en soit, on n'en a

temps est partagé et ne l'est pas ; partagé, parce réservé que sept ou huit pour les grands mystè-

quVn effet il est réellement donné à chaque rcs et les fêtes les plus illustres ; mais les autres

fidèle; non partagé, parce qu'en lui-même il sont constamment de môme antiquité, de môme

demeure entier cl inaltérable. esprit et de môme goût, et se sont dites dès les

Je ne m'arrête pas ici à vous expliquer coin- premiers siècles dans presque toutes les Eglises

ment Jésus-Christ est rompu et non rompu dans d'Occident.

l'Eucharistie, divisé et non divisé ; ce sont des • Et il ne faut pas s'imaginer que celles qui ne choses qu'on explique ailleurs par les locutions disaient pas la préface dont nous venons de parles plus simples et les plus naturelles à l'esprit 1er fussent d'une autre doctrine que les autres, humain. Ainsi, quoiqu'il fût certain qu'à la ri- puisqu'elles avaient en plusieurs endroits des gueur la troupe qui pressait Jésus-Christ ne le choses équivalentes. Témoin dans l'Eglise grectouehàt pas, et que la femme qui crut être guérie que la prière qu'on vient de voir ; témoin dans par son attouchement n'eût en effet touché que celles d'Espagne ces mots déjà rapportés: « Nous la frange du hout de sa rohe, les apôtres ne lais- vous offrons cette hostie qui vit étant immolée, sent pas de lui dire : t Maître, la presse vous et qu'on immole \ivante *;» témoin cette autre « accable, et vous demandez : Uni me touche1?» préface d'un très-ancien Sacramen taire, où en Et si l'autorité des apôtres n'est pas assez grande, parlant de ce qu'on offre sur l'autel : « C'est ici, » Jésus-Christ ajoute lui-môme : « Quelqu'un m'a dit-on 2, « ô Père éternel! l'Agneau de Dieu, votouché 2; » encore qu'il eût dit deux ou trois tre Fils unique, qui ôte le péché du monde, qui fois auparavant qu'on n'avait touché que ses ha- ne cesse de s'offrir pour nous, et nous défend bits et que les évangélistes parlent de môme continuellement auprès de vous comme notre d'un commun accord. Pourquoi cela, si ce n'est avocat; parce que, encore qu'il soit immolé, il qu'en effet on touche un homme, dans la ma- ne meurt jamais, et il vit, quoiqu'il ait été mis à mère déparier simple et populaire, quand on mort;car Jésus-Christ notre pàque a été immolé, touche les habits dans lesquels il est, et qui afin que nous immolions, non avec l'ancien font comme un inôine corps avec lui? De môme levain, ni par le sang des victimes charnelles, on est déchiré, on est mouillé, on est sali, quand mais dans les azymes de sincérité et de la vérité les habits qu'on porte le sont, encore qu'à la ri- du corps. »

gueur on ne le soit pas en soi-même. Je n'ai pas On découvre un m\ stère qu'on ne saurait assez besoin d'en dire ici davantage, et chacun peut remarquer, qui est que dans l'oblation que nous achever la comparaison des espèces sacramen- faisons du corps de Jésus-Christ, c'est lui-môme telles avec les habits, et de la personne habillée qui s'offre, mais qui s'offre continuellement ; qui avec Jésus-Christ actuellement revêtu de ces exerce parcelle oblation continuelle la fonction espèces. Ce que j'ai entrepris de faire voir, c'est de notre avocat, qui vit toujours pour être touque les locutions dont on se sert dans la liturgie, jours immolé dans l'azime de sincérité, c'est-àet autant parmi les Grecs que parmi les Latins, dire comme on l'interprète au môme lieu,. dans tendent toutes à établir une présence réelle ; et la vérité de son corps.

que, loin qu'on ait cherché, dans les derniers On voit, en d'autres endroits du même Missel,

siècles, à multiplier de tels monuments, l'anli- comment dans ce sacrifice Jésus-Christ est le

quité en avait dans ses Sacramen taires que nous véritable sacrificateur, qui s'offre encore lui-

n'avons plus aujourd'hui dans notre Missel. Car même; et on explique que c'est à cause qu'étant

on n'a pas besoin de chercher des preuves pour l'instituteur de cette oblation, c'est en son nom

des vérités qui sont venues naturellement de nos et par son autorité qu'on la continue. «Il est

pères jusqu'à nous ; ces preuves viennent toutes juste de vous louer, ô Dieu invisible ! incompré-

seules en mille endroits, et sortent comme de hensible, immense, Père de Notre Seigneur Jé-

source. Ainsi, il faut avouer, et il est vrai qu'on sus-Christ, qui, en instituant la forme d'un sa-

ne dit plus dans notre rite ordinaire la préface crifice perpétuel, s'est premièrement offert à

que j'ai récitée, non plus que celles qu'on trouve vous comme une hostie, et nous a appris le pre-

dans les anciens Sacramen taires pour tous les di. mier qu'il devait être offert 3. » On reconnaît ici

manches et pour toutes les fêtes de l'année. On que Jésus-Christ a institué un sacrifice perpétuel, lésa ôtées maintenant, comme beaucoup d'autres

rhnçpdnn'onnplais'iPnasH'annrmivprhe'nienim ' MUs- Mozarab.. sup.-' Conte.u.Mss. Pasch. fer. 4 m Mess,

enoses qu on ne laisse pas a appiomei ucautoup, Goih Miss 4l apudThom. P. 342 ; apudMabiu., ut uturg. Gai.

' Mare., v, 30, 31. — » Luc, vin, 44, 45, 46. p. 266.— 3 Miss. Mozarab., Miss. 78, Contât., pag. 297.

453 A UN NOUVEAU CATHOL1UUE

où il devait être offert, et où lui-même aussi nous offre à Dieu; et c'est visiblement Jésus-Christ

avait appris à l'offrir. Etc'est pourquoi on disait même et sa sainte chair où il nous a promis la

dans une autre prière : « 0 Dieu! à qui nous vie l, qu'on montre comme présente en disant :

offrons un sacrifice unique et singulier, après « le saint pain de vie éternelle, » aussi bien que

que vous avez fait cesser tous les divers sacrifices son sang qui nous a sauvés en disant: «et le

d'autrefois 1 ! » Et un peu après : « En rejetant « calice de salut perpétuel, » c'est-à-dire sans

toutes les ombres des victimes charnelles, nous difficulté, le calice où est contenu ce salut avec le

vous offrons, Père éternel, une hostie spirituelle sang du Sauveur.

qui est toujours immolée et qu'on offre toujours C'est la même chose que disent les Grecs dans

la même, qui est tout ensemble et le présent des leur liturgie, lorsque, après avoir prononcé les

fidèles qui se consacrent à vous, et la récompense saintes paroles du même Sauveur, ils continuent

que leur donne leur céleste Bienfaiteur; » prière en ces termes : « Nous vous offrons des choses

qu'on trouve encore et de mot à mot dans l'an- « qui sont à vous, faites des choses qui étaient à

cien Missel de Gélase 2. Mais qui n'y remarque « vous; » c'est-à-dire le corps et le sang de votre

clairement Jésus-Christ offert en personne dans Fils formé du pain et du vin qui étaient vos

un sacrifice très-véritable qui se renouvelle et se créatures.

continue tous les jours, où il est en même temps Ces paroles sont dites en ce lieu, pour expri-

le présent que nous faisons à Dieu, et la récom- mer la nature de cette oblation où l'on offrait à

pense éternelle que reçoivent ceux qui l'offrent? Dieu une substance, c'est-à-dire le corps et le

C'est un sacrifice véritable, puisqu'il est sub- sang de Jésus-Christ, formés d'une autre substitué à la place de tous les sacrifices anciens; un stance qui était celle du pain et du vin, et tout sacrifice où l'on ne cesse d'offrir Jésus-Christ ensemble pour faire voir, contre les anciens hémême en personne; un sacrifice que l'on renou. reliques, qui, dès l'origine du christianisme velleet que l'on continue tous les jours, et qui avaient distingué le Créateur de l'univers d'avec est néanmoins toujours unique, parce qu'on y le Père de Jésus-Christ ; pour, dis-je, leur faire offre incessamment la même victime; un sacrifice voir que c'était le même, et que celui qui avait d'une nature tout à fait particulière, où celui que créé le pain et le vin pour nourrir l'homme, était nous offrons est en même temps celui qui nous le même qui pour le sanctifier en faisait le corps donne tout, et lui-même le don infini qui nous et le sang de son Fils unique, rend heureux. C'est aussi ce qu'expriment les Latins, par ces

La même chose est expliquée en peu de paro- mots du canon qu'on vient de voir : « Nous vous

les, mais vives et substantielles, dans le canon « offrons cette sainte hostie faite des choses que

de la Messe que nous disons tous les jours, où, « nous tenons de vous-même : de tuis donis ac

après avoir fait la prière que nous avons rap- « datis : » ce que les Grecs exprimaient d'une

portée, où l'on demande que l'oblation sainte autre manière en disant : zàaà Uxô>va(hv,tua ex

soit faite le corps et le sang de Jésus-Christ, tuis : où l'on voit de plus en plus que les deux

après avoir récité ces saintes paroles par lesquel- Eglises parlent toujours dans le même esprit, et

les se fait la consécration et la consommation de s'accordent à célébrer le changement merveilleux

s on mystère ; l'Eglise, en exécution du comman- qui s'est fait des créatures de Dieu en descréatures

dément qu'il lui fait de le célébrer en son nom, plus excellentes; mais toujours avec un rapport

reprend la parole en cette manière : « C'est pour et une analogie parfaite, puisque c'est l'aliment

cela, ô Seigneur! que nous, qui sommes vos mi- des corps qui est changé en la nourriture dont

nistres, et tout votre saint peuple, nous ressou- les âmes sont sustentées, et les corps mêmes

venant de la passion bienheureuse, de la glo- sanctifiés et purifiés.

rieuse résurrection etde l'ascension triomphante Tout cela est confirmé merveilleusement dans

du même Jésus-Christ votre Fils Notre-Seigneur, ces paroles de notre canon, où, après avoir

nous offrons à votre sainte et glorieuse majesté nommé Jesus-Christ, comme on a fait partout,

ce présent formé des choses que nous tenons de comme celui en qui nous avons accès auprès du

vous-même, une hostie sainte, une hostie pure, Père, nous ajoutons : « Par lequel, ô Seigneur !

une hostie sans tache, le saint pain de vie éter- vous ne cessez de créer tous ces biens, vous les

nelle et le calice de salut perpétuel. » Ceux qui sanctifiez, vous les vivifiez, vous les bénissez, et

ont appris de Jésus-Christ qu'il est le pain vivant vous nous les donnez. » Par où l'on montre en

qui donne la vie éternelle 3, n'auront pas de peine Dieu , par Jésus-Christ , une création conti-

à entendre quel estee pain de vie éternelle qu'on nuelle pour faire que les dons sacrés du pain et

du vin que Dieu avait créés par sa puissance,

' Ms-Froncor. Miss. 27, p. 32 :>.— ■ Miss. Gelas., EdU. Thom., ^ i r

Miss. Si, p 117.— 3 Joan., vi, 51, C2. » Ibid.

par la même puissance soient faits une nouvelle continue le même Père, que nous « rendons

créature, et de choses inanimées et profanes de- Dieu propice « aux morts; » c'est par elle enfin

viennent une chose sainte et une chose animée, que nous consommons l'œuvre de notre salut,

qui est le corps et le sang de l'Homme -Dieu Je- C'est pourquoi le prêtre dit, dans le canon, qu'il

sus-Cluist; chose par ce moyen remplie pour offre, « et que tous les fidèles offrent avec lui,

nous de bénédiction et de grâce, pour ensuite « ce saint sacrifice de louange... pour larédemp-

nous être donnée avec tous les dons dont elle est «tionde leurs âmes;» non que ce soit là que

pleine : et qui continue à montrer que celui qui Jésus-Christ l'ait opérée ou méritée, ou qu'il y

nous a créés, et qui a créé les choses qui nous paye le prix de notre rançon ; mais parce que le

soutiennent selon le corps, crée encore de ces même qui l'a payée est encore ici présent pour

mômes choses, celles qui nous soutiennent selon consommer son ouvrage par l'application qu'il

l'esprit; et que c'est cela que nous lui offrons nous en lait.

avanl que de le prendre de sa main. Ce n'est donc pas ici, comme vos ministres

A ceci nous pouvons encore rapporter cette vous le faisaient croire, un supplément du sacri-

Secrète ' : « ODieu ! qui avez choisi lescréatures fice de la croix : ce n'en est pas une réitération,

que vousavez faites pour soulenirnolreinlinnité, comme s'il était imparfait: c'en est au contraire,

afin d'en faire les présents qu'on vous devait en le supposant Ires-parfait, une application per-

dedier, » en les faisant le corps et le sang de pétuelle, semblable à celle que Jésus-Christ en

Jésus-Christ, ainsi qu'il a été souvent expliqué, fait tous les joins au ciel aux yeux de son Père,

De douter qu'un tel sacrifice ne soit véritable-- ou plutôt c'en est une célébration continuée:

ment propitiatoire, c'estdouterque le corpsetle de sorte qu'il ne faut pas s'étonner si nous l'ap-

sang de Jésus- Christ ne so;t un objet agréable pelons en un certain sens un sacrifice de rédemp-

à Dieu, qui nous le rende favorable : c'est don- lion, conformément à cette prière que nous y

ter que le même Jésus-Christ, qui intercède faisons: « Accordez-nous, ù Seigneur ! de célé-

pour nous dans sa gloire en se présentant de- brer saintement ces mystères; parce que toutes

vaut Dieu, parcelle seule action ne l'apaise et les fois qu'on fait la commémoration de celle

ne nous le rende propice. Mais à Dieu ne plaise hostie, on exerce l'œuvre de la rédemption ' ; »

que l'Eglise croie qu'où Jésus-Chris! est présent c'est-à-dire qu'en l'appliquant, on la continue et

pour nous, il ne soit pas une oblalion propilia- on la consomme.

toire! C'est pourquoi l'Eglise ne cesse de prier il ne faut donc point nous objecter que c'est

en cette sorte dans ce sacrifice: «0 Seigneur! ici de sacrifice de commémoration, de louange,

soyez apaisé, soyez propice, soyez favorable à d'Eucharistie ou d'action de grâces, et non point

votre peuple par ces dons que nous vous of- de propilialion. Car, en avouant sans difficulté,

frons ! » Et encore : a que cette hostie purge nos connue nous taisons dans toutes les prières de la

péchés; qu'elle nous soit une intercession salu- liturgie, que c'est un sacrifice d'action de grâces

taire pour en obtenir le pardon ! » Et encore : et de commémoration, c'est par là môme que

« Recevez ce sacrifice , par L'immolation duquel nous disons qu'il est encore un sacrifice de pro-

vous avez voulu être apaisé9 . » Et encore, dans pitialion, et, pour ainsi parler, d'apaisement;

le Missel de Célase : « Que cette hostie salutaire parce que le seul moyen que nous avons d'apai-

soit l'expiation de nos péchés, et notre propilia- ser Dieu et de nous le rendre propice, c'est de

lion devant votre majesté sainte3 ! » Tout est lui offrir continuellement la même victime | ar

plein de semblables prières; et c'est ce qu'en" laquelle il a été apaisé une fois, d'en célébrer la

seigne saint Cyrille de Jérusalem, lorsqu'il dit mémoire, de lui offrir de justes louanges pour la

dans son cinquième Catéchisme aux initiés4, en grâce qu'il nous a faite de nous la donner. C'est

leur expliquant la liturgie, qu'après avoir fait le pourquoi en cette occasion le sacrifice d'action

corps et le sang de Jésus-Christ par l'opération de grâces et celui de propilialion concourent en-

du Saint-Esprit, après avoir accompli le sacrifice semble ; d'où vient aussi qu'il est appelé en cent

spirituel et ce culte non sanglant, on faisait sur endroits, dans les Secrètes, une hostie d'expia-

cette hostie de propitiation les prières de tout tion, d'apaisement et de louange: iiostias pla-

le peuple, c'est-à-dire qu'on la chargeait delous cationis et laudis2; et que dans le lieu même

ses vœux, comme étant la seule victime par du canon que nous venons de rapporter, après

laquelle Dieu est apaisé et nous regarde d'un l'avoir appelé un sacrifice de louange, on ajoute

œil favorable. C'est par elle que nous attirons les incontinent qu'on l'offre pour la rédemption de

bienfaits de Dieu sur les vivants ; c'est par elle, son âme.

Vous pouvez juger maintenant s'il y a lieu de

' Fer. 5,post Dom.Pass.— 2 Sabb. post Cin.— 'Lib. m Sacr.R. E.. r o o

Miss. 10; r/<»m.,pag. 193.—» S. CyprM., Cat.v, Myst, p 327 etsecj ' Onm. 9, post. Pent- — * Fc:.l, post Dom 5 Qnadrag., etc.

douter de la présence réelle ou du changement n'est que le commencement du sacrifice : ce de substance, dans les prières de la liturgie, qu'on exprime aussi par cette prière qu'on fait Quand il n'y aurait autre chose que celte oblation sur les dons aussitôt qu'on les amis sur l'autel: qui apaise Dieu, que cette hostie propitiatoire, « Venez, ô Dieu sanctificateur, tout-puissant et hostia pïacabilis, hostia propitiationis ; c'en serait éternel ! et bénissez ce sacrifice préparé à votre assez pour vous faire voir que ce ne peut être saint nom. » Et on le marque encore par d'auque Jésus-Christ même, n'y ayant plus pour très paroles dans les Secrètes, en lui disant, nous une autre victime que son corps et son sang, comme on fait souvent : « Nous vous offrons, ô Mais la présence en est marquée par tant d'autres Seigneur ! ces hosties qui vous doivent être déchoses, qu'il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour l'a- diées, qui vous doivent être immolées, qui vous percevoir. doivent être consacrées; dicandas, immolandas,

Vous entendez aussi par ce même moyen, sacrandas *, » non qu'elles ne soient déjà en un comment on offre le pain et le vin. On les offre certain sens dédiées, immolées et consacrées dès à la vérité, mais pour en faire le corps et le qu'on les offre sur l'autel; mais parce qu'elles sang de Jésus-Christ, comme on l'explique par- attendent une consécration plus parfaite lorstout ; sans quoi ce pain et ce vin ne seraient pas qu'elles seront changées au corps et au sang, une hostie d'expiation, ainsi qu'elle est appelée Et vous voyez maintenant, plus clair que le dans toute la liturgie. jour, que cette immolation, cette consécration,

De cette sorte, on ne voit pas la difficulté ce sacrifice est dans les paroles, par lesquelles qu'on a pu trouver dans la secrète du jour de le pain est changé au corps et le vin au sang, Noël, où l'on demande que cette substance ter- avec une image de séparation et une espèce de restre nous donne ce qui estdivin; puisqu' en effet mort, ainsi qu'il a été dit. D'où il résulte que c'était en substance du pain et du viti qu'on pré- l'essence de l'oblation est dans la présence même sentait sur l'autel pour en faire ce qui est divin, de Jésus-Christ en personne, sous cette figure c'est-à-dire le corps etlesangdeNotre-Seigneur. de mort; puisque cette présence emporte avec En quoi le mystère de l'Eucharistie a quelque elle une intercession aussi efficace que celle que chose de semblable à celui de l'Incarnation ; fait Jésus-Christ dans le ciel même, en offrant à puisque dans l'un et dans l'autre ce qui est divin Dieu les cicatrices de ses plaies, nous est communiqué par le moyen d'une sub- Je ne prétends pas nier par là que l'oblation stance terrestre, c'est-à-dire la divinité même ne soit aussi expliquée par d'autres actions du de Jésus- Christ, par le moyen d'une chair hu- sacrifice: car, par exemple, l'élévation de l'hosmaine, et cette chair où la divinité habite par le tie est une marque de son oblation, sans préjumoyen du pain qu'on emploie à la former, ainsi dice des autres raisons dont nous parlerons ailqu'il est expliqué dans cette prière. Et par la leurs: de la même manière que nous voyons même raison, il n'y a pas ombre de difficulté à dans le Lévitique2 qu'on levait devant le Seigneur dire que ce sacrifice est un sacrifice de pain et ce qu'on avait dessein de lui offrir, et que même de vin, parce qu'il se fait de l'un et de l'autre; on le lui offrait par cette action; soit que ce fût un sacrifice par conséquent selon l'ordre de la chair des victimes, ou que ce fût des pains et Melchisédech, où l'on offre encore du pain et du des gâteaux,ou lesprémices desfruits delà terre, vin, comme tous les Pères ont cru que Melchi- On réduisait autrefois la victime elles gâteaux sédech avait fait, quoique Jésus-Christ y ait qu'on offrait à Dieu en petits morceaux 3, et ajouté son corps et son sang ; ce que Melchisé- c'était une marque de l'oblation et du sacrifice dech n'a pas pu faire, étant juste que si Jésus- qu'on en faisait au Seigneur. C'est en ce sens Christ , qui est la vérité même, a quelque chose que la fraction du pain sacré, soit qu'on la fasse qui tienne de la figure, il ait aussi quelque chose pour la distribution ou pour quelque autre iraioù elle n'ait pu atteindre. C'est pourquoi au son mystique, fait partie du sacrifice, en reprépain et au vin, qui sont la figure dans le sacri- sentant Jésus-Christ sous les coups, et son corps fice de Melchisédech, il joint son corps et son rompu et percé : ce que les Grecs désignent ensang, qui sont la vérité même, mais qu'il cache core par cérémonie une plus particulière, enperencore sous les apparences du pain et du vin rant le pain consacré avec une espèce de landont il les a faits, afin que la vérité tienne tou- cette, et en récitant en même temps ces paroles jours quelque chose de la figure qu'elle accom- de l'Evangile : « Un des soldats perça son côté plit. « avec une lance 4, » et le reste.

Vous voyez donc que l'oblation du pain et du

vin nnicp fait flanc la Sprrpfp pt danc tourPC Ipc «Sccr. fer.3 post. Dna.Pass. Item.,Secr. fer5; item Secr. SS.

\in, qui se lait aans ta aecieie ei uans muies les Prirni et Fclicis ma,.tyi.uin. -j uv. mt,w, «m;.»*». v,seq. —

autres prières qui précèdent la consécration, •j&».n,B,s«j. — «/«*»., m,**.

SUR LES PlilERKS DE LA MESSE.

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Je ne dispute [tas de l'antiquité de cette cérémonie , non plus que de beaucoup d'autres ; je remarque seulement qu'elles serraient à l'immolation mystique de autre victime , en représentant sou immolation sanglante. Mais je ne dois pas omettre une ehose inséparable de ce sacrifice, qui est la consomption de l'hostie. Nous avons (lit (pie la consécration est nue espèce de création nouvelle du corps de Jésus-Christ par le Saint- Esprit ; ce sacré corps y reçoit un nouvel être ; et c'est pour cela que saint Paclen, un saint évoque du IVa siècle, célèbre par sa doctrine, appelait l'Eucharistie /<' rcnouvel louent <lu corps : innovutio corporis l. Mais ce corps nouvellement produit ne l'est que pour être consumé, et pour perdre par ce moyen ce nom cl être qu'il a reçu : ce qui est un acte de victime , qui se consume elle-même en un certain sens, encore qu'en vérité elle demeure toujours entière et toujours \i\anle.

Surtout la consomption du sang de Noire- Seigneur présente à l'esprit une idée de sacrifice: parce qu'on offrait les liqueurs en les répandant, et que l'effusion en était le sacrifice. Ainsi le sang de Jésus-Christ répandu en nous et sur nous, en le buvant , est une effusion sacrée, et comme la consommation du sacrifice de cette immortelle liqueur.

C'est tout cela joint ensemble qui consomme notre sacrifice , très-réel par la présence de la victime actuellement revêtue des signes de mort, mais mystique et spirituel , comme je pense l'avoir dit ailleurs ; où le glaive c'est la parole, où la mort ne se remontre qu'en mystère, où le feu qui consume c'est cet esprit qui change, qui purifie, mais qui élève et qui perfectionne tout ce qu'il touche, et en fait quelque chose tic meilleur.

Après cela je ne pense pas qu'on ose vous dire que la présence réelle et le changement de substance ne soient pas suffisamment expliqués dans les prières de la Messe ; et afin de le mieux entendre, comparez les autres prières de l'Eglise avec celles-ci. Elle bénit l'eau du baptême ; elle bénit le saint chrême et les saintes huiles dont elle oint les enfants de Dieu, pour leur imprimer en diverses sortes le caractère de christs et d'oints de Dieu. Les prières dont elle se sert dans ces bénédictions sont assurément de la première antiquité. Dans ces bénédictions on trouve bien que l'Eglise consacre et sacrifie ces substances 2 , c'est-à-dire cette eau et ces huiles qu'elle bénit, qu'elle les rend efficaces, et leur inspire une nouvelle vertu par la grâce du Saint. Esprit qu'elle invoque sur elles. On trouve même

» Pac, epist 1, ad Symp. — 2 Ordo Rem-, tom. x, Bibl. PP., p. 70.

dans l'Ambrosien, qu'elle les élève, et qu'elle les ennoblit ; mais on ne trouve jamais qu'elle les offre à Dieu en sacrifice ; encore moins qu'elle les change en quelque autre substance, ni qu'elle emploie pour les y changer la vertu toutepuissante du Saint-Esprit ; ces expressions sont réservées pour l'Eucharistie. Ce qui montre manifestement que le changement qui s'y fait est bien d'une autre nature que celui qui se fait dans l'eau ou dans l'huile , qui n'est qu'un changement mystique et moral ; et que le mot de sacrifice y est employé , non pas comme on le donne quelquefois à ce qui sert au culte divin, mais dans cette étroite signification dont on se sert pour exprimer un vrai sacrifice.

C'est ce qui devrait, il y a longtemps, avoir décidé nos controverses. Car outre qu'il ne convient pas à l'Eglise chrétienne de n'avoir non plus cpie les Juifs à offrira Dieu que des ombres et des figures de Jésus-Christ , et que de là il s'ensuit qu'on doit \ offrir, et par conséquent y avoir Jésus-Christ même ; il faut encore ajouter que l'Eglise s'explique si clairement sur le changement réel du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, que ceux qui ont nié ce Changement n'y ont trouvé d'autre remède que de retrancher tout d'un coup toutes ces prières.

C'est ici que je vous prie d'observer une contradiction manifeste de ces nouveaux docteurs : car d'un côté ne pouvant nier que ces prières de nos liturgies ne soient très-anciennes ; de peur de nous laisser l'avantage d'y trouver notre doctrine , ils vous ont dit , et ils tâchent de persuader à tout le monde, qu'elles sont contre nous : et de l'autre , ils sentent si bien en leur conscience qu'en effet elles sont contre eux , qu'ils n'ont osé les retenir, de peur qu'elles ne ramenassent tous les peuples à l'unité catholique.

Entendez ceci, Monsieur, et tâchez de le faire entendre à ceux qui s'endurcissent encore contre la foi de nos pères ; le conte qu'ils débitent, c'est que la présence réelle a commencé à Paschase Radbcrt , auteur du IXe siècle. Or,je dis qu'il faut avoir un front d'airain , pour nier que ces prières ne soient plus anciennes. Car les auteurs renommés pour avoir travaillé aux Sacramenlaires que nous avons produits, sont un saint Léon, un saint Gélase , un saint Grégoire ; c'est dans l'Eglise gallicane, après saint Hilaire, un Muséus, un Salvien, un Sidonius l : c'est dans l'Eglise d'Espagne, un Isidore de Séville ; auteurs dont le plus moderne passe de plusieurs siècles Paschase Radbert ; et le travail qu'ils ont fait n'a jamais tendu à rien innover dans la doc-

1 Mabill., De lilurg. Callic, lib. I, cap. 4, p. 27.

aine; on ne les en a jamais seulement soupçon- On pourrait encore alléguer le témoignage

nés. Ils ont ordonné l'Office , réglé et fixé les des Pères, quand il n'y aurait que saint Cyrille

leçons et les anliphoniers, ils ont composé quel- et saint Chrysostomc , pour ne point parler des

ques Collectes, quelques Secrètes, quelques Post- autres, où l'on trouve toutes les parties de la

communions, quelques bénédictions, quelques Messe, et mot à mot tout ce qu'on en a produit;

Préfaces , et cela sans rien dire au fond qui fût mais il faut convaincre les hommes par quelque

nouveau : on ne les aurait non plus écoutés que chose encore de plus palpable , et leur épargner

les autres novateurs, et le peuple aurait bouché la peine de raisonner et d'examiner. Dites donc,

ses oreilles. Tout ce qu'ils composaient était fait Monsieur, à tous ceux qui vous allégueront

sur le modèle de ce qu'avaient fait leurs prédé- Paschase Radbert, et la date de la présence

cesseurs ; le style même ressent l'antiquité et les réelle au IXe siècle ; dites-leur que pour les

choses la ressentent encore plus : ainsi tout était confondre non point par les Pères, ou par les

reçu avec un égal applaudissement, et les nou- histoires, ou par aucune discussion, on leur

velles prières faisaient corps, pour ainsi dire, montrera, quand ils voudront , en beaucoup de

avec les anciennes, comme étant toutes de même bibliothèques, des volumes que tout habile

esprit et de même goût. Et pour ce qui est du homme reconnaîtra pour être de neuf cents ans

canon, on en a jugé toutes les paroles d'un si et mille ans d'antiquité , où on lit et le canon et

grand poids, que la tradition a conservé les les Secrètes que nous venons de produire. Ajou-

auteurs des moindres additions qu'on y a faites ; tez que ces volumes sont copiés , pour l'usage

et on sait par exemple que c'a été saint Grégoire des Eglises sur des volumes plus anciens ; ajou-

qui a ajouté ces paroles : Diesque nostros in tua tez que ceux contre lesquels on s'est servi de ce

pacedisponas ; afin que vous conduisiez nos jours canon et de ces prières, soit hérétiques ou

dans votre paix. On sait encore, pour ne pas autres, du temps de Paschase ou de Bérenger *,

omettre les autres parties de la Messe, qui le en ont eux-mêmes reconnu l'antiquité, et n'ont

premier a fait dire Kyrie, qui le Pater, qui jamais seulement pensé que ces prières fussent

YAgnus Dd. Les ministres ont été soigneux de nouvelles ; et concluez, sans hésiter, que ces

marquer toutes ces dates, pensant conclure de pièces sont du meilleur temps. C'est pourquoi

là que la Messe était un amas de nouveautés et vous avez vu que les ministres se sont crus obli-

d'institutions humaines ; mais leur haine les a gés de les expliquer, et ensemble vous venez de

aveuglés : car puisqu'on a remarqué avec tant de voir qu'ils les expliquent si mal , qu'ils n'osent

soin les changements les plus indifférents, com- s'en servir : ils sont contraints d'en reconnaître

bien plus aurait-on remarqué les autres ? Or l'autorité, tant elles sont anciennes, et néan-

c'est ce qu'on ne voit pas : on ne nomme pas qui moins de les rejeter, tant elles leur sont con-

a ajouté ce qu'on dit pour l'oblation, ni pour la traires.

consécration, ni pour y changer le pain au corps Mais, au fond, toutes ces prières des liturgies et le vin au sang : c'est donc qu'on ne connaît ne sont autre chose qu'une explication de ce que point d'auteur de ces choses ; c'est qu'elles sont les évangélistes et l'Apôtre ont dit en six lignes : plus anciennes que tous les changements qu'on Jésus prit du pain entre ses mains sacrées, il rendit, quoiqu'ils soient déjà fort anciens, comme dit grâce dessus, il le bénit. Par ce moyen, disent on a vu ; c'est qu'elles ne sont pas des additions, les Grecs dans leurs liturgies, il le montrait à son mais au contraire qu'elles sont le corps auquel Père; car n'est-ce pas le lui montrer, et le mette reste est ajouté ; et en un mol, qu'elles sont tre devant ses yeux, que de rendre grâces dessus, aussi anciennes que l'Eglise. C'est ce qui paraît et de le bénir, comme il a fait? Toutes les liturencore par le consentement de tous les rites, gies expliquent de quelle sorte il montrait au puisque ces choses se trouvent également dans Père ce pain qu'il tenait en ses mains : ce fut , le rite grec, dans le romain, dans l'ambroisien, disent-elles toutes d'un commun accord, en levant dans le gallican, dans le gothique ou l'espagnol, les yeux au ciel 3. Toutes les fois que Jésus béen un mot dans tous les rites, comme on a vu, nissait, ou rendait grâces , ou priait devant le et non-seulement dans les rites des Eglises peuple, nous voyons la même action, et ses yeux catholiques, mais encore dans ceux des schisma- ainsi levés vers son Père. Les Eglises ont entendu tiques ; et non-seulement dans ceux des Grecs sur ce fondement, et leur tradition l'a confirmé, séparés d'avec nous depuis quelques siècles, qu'il fit la même chose en bénissant le pain ; il mais encore dans ceux des Eutychiens et des en fit autant sur le calice, et montra ces dons à Nestoriens, séparés de nous et des Grecs il y a son Père, sachant ce qu'il en voulait faire, en lui douze cents ans ; ce qui montre que tout cela „ , „ „ , .

. . x i Epist. Paschas. JîaclM; .. nd rrudeg., sub fine; Ciulm. et al.»

ne peut Venir que de la SOUl'Ce. çont Bereng. — 2 Lilurg. ae., ibid., Jfc&p-c. 37; Lilurg. Rom., etc.

endanl grâces de la puissance <|ii'il lui donnait pour l'exécuter. Le Père, qui le lui avait inspiré, et qui ne voulait pas qu'il épargnai rien pour témoigner son amour aux hommes . regarda

ivec complaisance ces dons qui allaient devenir une si grande chose. En effet, Jésus continue ; et soit ru rompant ce pain, soit après l'aroir rompu,

il dit a ses Apôtres: « Prenes, manges, ceci est « mon corps, » 11 leur présenta la coupe, en leur disant : « lluvez-en tous , ceci est mon sang. » Voilà €6 qu'il voulait l'aire de ce pain et de ce vin. Il ne roulai! pourtant pas qu'il y parut, puisque c'était un objet qu'il préparait à la foi. 11 sait se montrer et se cacher comme il lui plaît! et l'histoire des deux disciples d'Emmaûs1, l'apparition à .Marie', et lant d'autres exemples de son Evangile, nous font bien voir qu'il sait paraître quand il veut sous une figure étrangère . ou se montrer dans la sienne propre , ou disparaître tout à l'ail à nos yeux, et passer même au milieu des troupes sans que personne le vole. 11 n'avait pas besoin de se montrer en cette occasion; car il savait que ses vrais disciples l'en croiraient sur sa parole: et son l'ère, à qui il présentait ce grand objet, savait bien pourquoi il y était, et pourquoi il y était caché; et pour être caché aux hommes, il n'en était ni moins visible ni moins agréable à ses \eux.

L'Eglise a présupposé que la parole de Jésus- Christ l'ut aussitôt suivie de son effet II se lit en un instant un grand changement: il paraissait quelque chose , puisque Jésus-Christ disait : o Prenez , mangez , buvez. » Mais ce quelque chose n'était pas ce qu'il paraissait, puisqu'il disait : « C'est mon corps, c'est mon sang. » C'est une erreur insensée de croire qu'ils le soient devenus en le prenant, puisque Jésus-Christ disait : « Ceci est. » De sorte qu'il fallait le prendi e, non point pour le l'aire tel, mais au contraire pareequ'il l'était. Dans cette présupposition, qui ne voit que ce corps et ce sang étaient dès lors un objet , et leur consécration une action par elle-même agréable à Dieu? Action où Jésus- Christ mettant son corps d'un côté, et son sang de l'autre, par la vertu de ses paroles, s'exposa lui-même aux yeux de Dieu sous une image de mort et de sépulture, l'honorant comme le Dieu de la vie et de la mort , et reconnaissant hautement sa majesté souveraine, puisqu'il lui remettait devant les yeux la plus parfaite obéissance qui lui eût jamais été rendue, c'est-à-dire celle de son Fils unique, dévoué et obéissant jusqu'à la mort de la croix.

Si cette action est une oblation et un sacrifice, il ne faut plus le demander, la chose parle , et

' Luc. xxiv. — : Jean-, xx,

aussi nous avons vu que l'Eglise n'y a jamais hésité: car celle idée d'oblalion n'était pas détruite par le commandement de manger et de boire, ni parce que les apôtres mangèrent cl burent en elle! aussitôt après la consécration. Car oùa-t-on pris que l'oWation et la manduèation fessent choses incompatibles? La loi avait des oblationset des sacrifices auxquels on participait en les mangeant, n'y ayanJ rien en effet de plus convenable que de consacrer, en l'offrant à Dieu, ce qui nous devait sanctilier en le mangeant. Que nuisait à ee dessein que la consécration ait été si promptement suivie de la manducation, puisque 1res visiblement le temps n'y fait rien? C'est uses (pie les deux actions soient si clairement distinguées, et que Jésus-Christ se soit expliqué par « Ceci est. »

Il n'en a pas usé de la môme sorte de l'eau du baptême. Encore qu'il en ait fait un sacrement , il n'a rien dit ni rien fait qui nous montrât que l'eau qu'on y employait fût un sacrement hors de l'usage ; encore moins a-t-il rien dit qui nous fit penser qu'il en format une autre substance : en un mot, il n'a pas dit qu'elle lût son sang, qu'elle le représentât; mais avant qu'on mange l'Eucharistie, il a déjà dit que c'était son corps et son sang : limage de sa mort y était déjà empreinte par sa parole, et c'est pourquoi il a dit : « Ceci est mon corps rompu, ceci est « mon sang répandu pour vous. »

Ces mots nous donnent une vive idée de ce sacrifice dans l'Eucharistie : car ils n'ont pas seulement leur relation à la croix; c'est encore dans l'Eucharistie que le corps de Jésus-Christ est donné et rompu, et son sang répandu pour nous. Car il faut bien remarquer que ces mots, donné et rompu, pour le corps, l'un dans saint Luc1, et l'autre dans saint Paul 2, et ce mot répandu, pourle sang, leur conviennent également bien, tant à la croix que dans l'Eucharistie. Il convient, dis-je, à ce divin corps d'être donné pour nous à la croix, et même d'y être rompu , puisque c'est pour nous qu'il est percé et rompu de coups , et pour nous qu'il est livré à la mort; mais cela lui convient aussi dans l'Eucharistie, car il y est donné à tous les fidèles, et par ce moyen il y est distribué : ce qui s'exprime dans la langue sainte parle mot de rompre, conformément à cette parole : « Romps ton pain à celui qui a faim3; » joint qu'on rompt ce corps sacré, comme on a vu, non-seulement pour le distribuer, mais encore en mémoire des coups dont sa sainte chair a été froissée. Pour le sang, il est bien visible que s'il a été versé en la croix , il coule encore dans l'Eucharistie sous la forme

1 Luc, XXH, 19. -• / Cor., xi, 2i. — ' Isa lviu, 7.

d'une liqueur. On voit donc que notre Sauveur, voulant donner la propre substance de son corps en deux états, l'un à la croix d'une manière sensible, l'autre dans l'Eucharistie d'une manière invisible et cachée , pour exprimer la qualité, après en avoir nommé la substance, il a expressément choisi des termes qui convinssent aux deux états. S'il avait dit , par exemple : « Ceci « est mon corps mangé, » cela ne conviendrait pas au corps en la croix; et s'il avait dit : « Ceci « est mon corps attaché à une croix, » cela ne conviendrait pas au corps en tant qu'il est dans l'Eucharistie. Il a donc choisi le mot de donné , qui convient également à ce divin corps, et dans l'Eucharistie et à la croix , pour montrer que c'est partout le même; le même, dis-je, qui est aussi bien dans l'Eucharistie que dans la croix, et également donné dans l'une et dans l'autre en sa propre et véritable substance. J'en dis autant du mot de rompu, pour la raison qu'on vient de voir. Il en est de même du sang répandu, et ce qui coule encore dans notre calice est en substance la même liqueur qui a coulé du sacré côté. C'est à quoi nous mène ce choix des paroles de Jésus-Christ ; et pour le mieux faire sentir, il n'a pas dit dans le futur : « Ceci est mon corps a ou mon sang, qui seront donnés ou répandus;» mais, selon le texte original, dans le présent, « C'est mon corps qui est donné, qui est rompu,» ou « qui se donne et se rompt; et c'est mon sang qui se répand ; » pour nous montrer qu'il était actuellement donné, rompu, répandu dans l'Eucharistie.

Il est vrai que cette expression du temps présent a aussi sa relation à la mort qu'il va souffrir; car il était à la veille de son supplice, et il disait dans la Cène même : « Le Fils de l'homme « s'en va, comme il est écrit de lui1 ; etdeuxjours auparavant: « Dans deux jours ce sera la pâque, c et le Fils de l'homme est livré pour être cruo cifié 2, » comme porte l'original, à cause qu'il Fallait être; et déjà il se regardait comme un mort, lorsqu'il disait du parfum qu'on avait répandu sur lui, qu'on l'avait fait pour l'ensevelir*. A combien plus forte raison dans l'institution de l'Eucharistie devait-il dire de son corps et de son sang, même par rapport à la croix, que c'était un corps déjà immolé, et un sang déjà répandu, puisqu'il Fallait être, et que même il s'engageait de nouveau et plus que jamais, par cette action, à l'immoler et à le répandre? Mais comme il avait choisi des mots qui puissent convenir à son saint corps, tant à la croix qu'à l'Eucharistie , il en fait de même des temps; et parlant en temps présent, il ne montre pas seulement sa mort

» ilallh, xxvi, 24. -' Ibid., 2. -' Uni., 13.

prochaine, mais il montre dans son corps et dans son sang, en la manière dont ils étaient dans l'Eucharistie, un caractère de victime dont ils étaient actuellement revêtus.

Ce caractère est visible dans ces mots : pour vous; car ce sont ceux dont se sert toute l'Ecriture, pour montrer que la croix est un sacrifice où Jésus-Christ donne sa vie et verse son sang pour nous. Ainsil'action du sacrifice estmarquée dans l'Eucharistie, lorsque Jésus-Christ dit luimême, non-seulement que son corps nous y est donné, mais qu'il est donné pour nous, et que son sang répandu pour nous à la croix, se répand encore pour nous dans cette action, et devant même qu'on le boive, y paraissant sous la forme d'une liqueur toujours prête à couler pour notre salut.

Tout portait donc une idée de sacrifice dans la Cène de Notre-Seigneur, et il n'y a point à s'étonner si l'Eglise l'a si bien prise. Il ne faut point objecter que Jésus-Christ instituait un sacrement, et l'instituait pour manger et non pour offrir; ou qu'il instituait non un sacrifice, mais la commémoration d'un sacrifice ; car la raison de sacrement ne répugne point à celle de sacrifice, encore moins la manducation et la commémoration : témoin, sans aller plus loin, la fête de Pâques, qui fut à la fois aux Hébreux un sacrement et un sacrifice; une chose qu'on offrait et qu'on mangeait, comme tant d'autres hosties; un sacrifice très-véritable qu'on répétait tous les ans, et ensemble la commémoration d'un sacrifice par lequel le peuple de Dieu avait été délivré de la grande plaie de l'Egypte.

Rappelez ici en votre mémoire cette nuit si funeste aux Egyptiens, où l'ange devait passer dans toutes leurs maisons pour en exterminer les premiers-nés. Les Hébreux ne méritaient pas moins d'être frappés que les autres ; « car tous ont pé- « ché et ont besoin de la bonté de Dieu1 ; » mais Dieu les voulait épargner, et les délivrer, par un grand coup, de la servitude de l'Egypte. Vous savez que pour cela il leur ordonna de sacrifier un agneau par chaque maison, de le manger, de frotter les portes de la maison de son sang : « Je « passerai, » dit le Seigneur 2, « et je frapperai « tous les premiers-nés des Egyptiens; mais « quand je verrai le sang à la porte de vos mai- « sons, je passerai outre, et je ne vous per- « drai pas comme les autres : » au contraire, dès ce jour-là même vous sortirez de la servitude, et l'Egypte sera trop heureuse de vous renvoyer en liberté. Voilà le sacrifice de la délivrance. Faut-il encore vous raconter comme Dieu ordonna qu'on le renouvelât tous les ans? En

i Rom-, m, 23. — J Exod., xu, 12etseq.

mémoire de cotte nuit de la délivrance du peuple, on devait encore immoler on agneau, el encore en répandre le sang. Quoi I est-ce que le Seigneur va passer encore une lois avec sa main vengeresse ? Point du tout, c'est une commémoration ; et celle commémoration est connue l'autre un sacrifice, un agneau connue auparavant, et toujours du sang répandu en mémoire de la délivrance accomplie, comme autrefois pour l'accomplir.

Vous entendez bien, sans que je le dise, (pie le premier sacrifice, qui est la source et le principe, représente la mort de Jésus-Christ, el que les sacrifices qu'on répétait tons les ans représentent celui de l'Eucharistie, où par conséquent l'Agneau et son sang doivent encore se trouver aussi véritablement que dans le premier. .Mais il ne sera pas dit que la vérité n'ait rien au-dessus de la figure. 11 n'est pas permis, dans le Nouveau Testament, d'offrir un autre agneau que Jésus- Christ. Ce sera donc ici un agneau, mais toujours le même. Cet Agneau ne peut mourir qu'une lois : ainsi la seconde oblation ne sera plus qu'une mort et une immolation mystique. L'Agneau y sera néanmoins; autrement la figure qui doit cire au-dessous de la vérité, serait au-dessus. Le sang y sera encore tout entier, el il sera répandu, mais d'une manière cachée et mystérieuse, pour appliquer a chacun ce qui a été offert pour tous une seule fois. Si avec l'Agneau et son samr on trouve ici du pain et du vin qu'il faut consacrer, et dont les espèces paraissent encore, c'est que Jésus-Christ a plus d'une figure à y accomplir. Il faut qu'il accomplisse, disent tous les Pères, le sacrifice de Melchisédcch; il faul qu'il accomplisse la figure, et des pains de proposition qu'on offrait à Dieu, et du vin dont on lui faisait des effusions; il faut même qu'il accomplisse les azymes qu'on devait manger avec l'Agneau pascal comme avec les autres victimes ; et c'est une des raisons pourquoi l'Eglise latine sacrifie encore en azymes. C'est ici la pftque de la nouvelle alliance qui se célébrera, non pas tous les ans comme l'ancienne pftque, mais tous les jours; et par la même raison que le baptême, qui est notre circoncision, n'est comme la circoncision qu'un sacrement, l'Eucharistie, qui est notre pâque, doit être et un sacrement et un sacrifice.

C'était là, si nous l'entendons, cette pâque que Jésus-Christ désirait tant de manger avec ses disciples, ainsi qu'il le leur témoigne par ces paroles : « J'ai désiré d'un grand désir de manger « cette pâque avec vous devant que de mourir1 ». Cette pâque tant désirée par le Fils de Dieu n'é-

' Luc, rsii, 16.

tait pas ta pâque légale qui allait finir, que plusieurs tiennent qu'il ne put manger celte année, avant été lui-même immolé, en même temps qu'on immolait la pâque, qu'en tout cas il avait déjà mangée plusieurs fois avec ses disciples, et qui ne pouvait pas être le dernier objet de ses vœux, au moment surtout qu'elle allait être rejetée, comme tous les autres sacrements delà loi, par la croix de Jésus-Christ. L'objet véritable du Sauveur était la nouvelle pâque, qu'il allait donner à ses disciples dans son corps et dans son sang, et qu'il devait accomplir dans le royaume de son Père, lorsqu'il serai! par la claire

vue la vie et la nourriture de tous ses enfants. C'est donc ici une pftque el un sacrifice. L'Eglise l'a reconnu el c'est pourquoi elle nous a dit. dansunedesprièresdesa liturgie, que nous avons remarquée, que Jésus-Christ institua au jour de la Cène un sacrifice perpétuel où il s'offrit luimême le premier, et où il nous apprit à l'offrir.

En effet, après qu'il s'y est offert à la manière qu'on a vu, en disant : Ceci est mon corps, encore une fois donné, et mon sang, encore; une fois répandu pour vous, il continue et il dit : Faites ceci. L'Eglise a donc entendu qu'elle doit faire ce qu'il a fait ; elle prend du pain connue lui, comme lui elle le bénit, et rend grâces dessus; c'est ce que nousavonsvu dans les prières qu'elle tait sur l'Eucharistie; comme lui elle montre le pain au Père éternel, et le lui offre pour en faire bientôt après son propre corps. Elle entend bien que la bénédiction qu'elle fait dessus, doit passer à nous, et que c'est nous finalement qu'elle regarde; mais elle entend aussi que le pain luimême est bénit, connue le marque expressément l'Evangile ' ; que le calice est aussi bénit, comme le marque saint Paul 2 ; que la bénédiction affecte, pour ainsi parler, le pain et le vin; qu'ils en sont sanctifiés, qu'ils en sont changés, puisqu'ils sont faits le corps et le sang; car c'est à l'extérieur la même chose, qui subsiste par conséquent dans ses dehors, de sorlequ'elle n'est pas entièrement abolie, mais elle est changée au dedans, et tout ceci c'est la source des expressions que nous avons vues répétées dans toutes les liturgies. Tel est le sens de cette parole : Faites ceci ; mais elle mérite encore quelque réflexion.

Dans les premières paroles Jésus-Christ a dit ce que c'était que son oblation ; c'était du pain et du vin devenus son corps et son sang : dans la suite : Faites ceci, il nous déclare que nous pouvons et devons faire ce qu'il a fait. Enfin, dans ces derniers mots, en mémoire demoi, il explique dans quelle intention il l'a fait, et dans quelle disposition nous le devons faire. Ainsi, par les

» Malth., xxvi, 26s«q. — = / Cor., x, 16.

premiers mots : Ceci est mon corps, ceci est mon se souvient de Jésus-Christ, et en môme temps

sang, il dit ce que la chose est en elle-même et qu'on le croit présent.

par la parole, indépendamment de nos bonnes Quand on vous dit de le croire, on vous dit

ou mauvaises dispositions. Soyez bien ou mal tout le contraire de voir ; ainsi, croire présent

disposés, ce n'en est pas moins le corps et le le corps du Sauveur pendant qu'on ne le voit

sang; car aussi saint Paul ne dit pas que les in- pas, c'est se souvenir qu'il y est. Le Psalmiste

dignes en sont privés; mais «qu'ils en sont cou- qui dit que Dieu est partout, et le reconnaît

pables » ; » il ne dit pas qu'ils ne le reçoivent présent au couchant comme au levant, et dans

point, mais qu'Us ne le discernent point, en le l'enfer comme dans le ciel i, ne laisse pas de

mangeant comme une viande commune. Jésus- dire encore : Je me suis souvenu de Dieu 2, parce

Christ ne dit pas aussi que sans la foi on ne re- qu'il croit cette présence, et ne la voit pas, de

çoit pas sa sainte chair, mais qu'elle ne sert de sorte qu'il a besoin d'exciter son souvenir en-

rien, et que ce qui vivifie véritablement c'est vers Dieu. Souvenez-vous de Jésus-Christ de la

l'esprit 2, dont cette chair est toute remplie, es- même sorte : croyez-le présent dès qu'il a parlé,

prit auquel on ne participe qu'en ayant aussi quoique vous ne le voyiez pas, et commencez

dans son esprit des dispositions sembla! les aux par l'offrir à Dieu dans l'Eucharistie, comme

siennes. Voulez-vous donc bien recevoir l'Eu- il s'y offre lui-même, puisqu'il a dit : Faites

charistie ? Joignez les deux choses comme Jésus- ceci.

Christ les a jointes; croyez que c'est le corps et Mais il ne dit pas qu'il s'y offre; en a-t-il dit le sang, le corps donné à la croix, et le corps davantage à la croix? C'est une manière bien encore donné dans l'Eucharistie; et de même du tendre et bien efficace de dire les choses, que sang précieux; et en le croyant ainsi, souvenez- de parler, pour ainsi dire, par les choses mêvous de Jésus-Christ qui a livré son corps pour mes. L'Epoux sacré ne dit pas toujours qu'il vous, qui a versé son sang pour vous, c'est-à- aime l'épouse 3, à la fin cela tomberait dans le dire qui est mort pour vous ; et célébrez le mys- froid; mais lorsqu'il le dit le moins par ces patère de sa mort, célébrez-le en l'offrant, celé- rôles, c'est là peut-être qu'il le dit le plus par brez-le en le recevant : car vous devez suivre en ses actions. Jésus-Christ ne dit pas qu'il est le tout son intention, et faire par conséquent en Christ à Jean-Baptiste son ami, qui envoie le mémoire de sa mort la consécration, aussi bien lui demander, mais il le dit par ses actions, en que la réception, puisque, dès le moment de la faisant beaucoup de miracles devant ceux qu'il consécration, l'Eucharistie porte en elle-même lui envoie. Il est vrai que saint Paul assure que une image et une empreinte de cette mort. Jésus-Christ s'est offert une seule fois, et ensuite Ne nous arrêtons plus à cette chicane : s'il est qu'il ne s'offre plus. Mais des deux significations présent, ce n'est pas un mémorial; d'autres que du mot d'offrir, dont l'une veut dire immoler nous, et nous-mêmes, nous y avons répondu par une mort actuelle, et l'autre être mis décent fois. Voilà la chair d'une victime qu'on a vant Dieu et exposé sur son autel, saint Paul a posée sur l'autel : 0 Juifs ! souvenez-vous que pris la première comme plus propre à son sujet, c'est pour vous qu'elle a été immolée, mangez- et nous laisse la seconde libre. Après tout, est-ce la comme telle et comme entièrement vôtre; du mot que nous disputons? Ce serait une trop c'est ce qu'on pouvait dire à l'ancien peuple, et grande faiblesse, puisqu'enfin la chose est vic'est en termes formels ce que Jésus-Christ a dit sible dans l'exposition que nous en venons de et dit encore tous les jours au peuple nouveau, faire; et s'il faut nécessairement trouver le mot Mais, dites-vous, je ne le vois pas, comme on ù'oblation dans l'Ecriture, le prophète Malachie voyait cette chair posée sur l'autel. Mais Jésus- nous le fera voir dans ce passage fameux, où, à Christ vous dit que c'est lui-même, n'est-ce pas la place des sacrifices dont les victimes peuvent assez pour un chrétien? Si vous le voyiez, il être ou immondes ou imparfaites, il nous pron'aurait pas besoin de vous dire que c'est lui, met parmi les gentils, et depuis T Orient jusqu'à mais parce qu'on ne le voit pas, il craint qu'on l'Occident, une oblation toujours pure 4. Le mot ne soit assez ingrat pour l'oublier. Pourriez-vous de l'original, que nous traduisons par oblation, croire que ce soit son corps et son sang, et met- est si propre à signaler une oblation non santre dans votre esprit un si grand prodige de l'a- fiante, un présent où il n'y a point de vicmour et de la puissance de Dieu incarné, si vous time égorgée, et tel enfin que celui de l'Euchane vous souveniez que celui qui vous en assure ristie, qu'il ne faut pas s'étonner si les Pères est ce même Dieu tout-puissant qui a déjà lait l'entendent ainsi naturellement. Que s'ils ont pour vous tant de merveilles? C'est ainsi qu'on . ' . . 7J . . . „ , .

* *■ ' J'sal. cxjcxviii, 8. — 2 Psal. lxxvi, 4. — ■> jjaith., xi. 4,5. —

' /. Cor., xi, 2-, 20. — - J.an., W, 64. I Malatk., 1,2.

SUR LES PR1ÊUES Dis LA MEsSE. 461

.lit quelquefois que cette oblalion de Malaehiè plique pas plus clairement, c'est par la même est la louange du nom «I»1 Dieu, devenu grand raison que, dès le commencement de son Epiparrai les gentils par la prédication de l'Evan- tre, il a déclaré que, sur le sujet de Melchisédech, gile, c'est,! cuise «pic ces deux sens sont pat l'ai- il n'entrerait pas en beaucoup de choses trop tcuient unis, et qu'il y a dans l'Eucharistie une fortes et trop difficiles à exprimer aux infirmes1 perpétuelle commémoration de Noire-Seigneur, dont le nombre était grand encore parmi ceux ousout renfermées toutes les louanges et tous à qui il adresse cette lettre. Enfin donc voilà un les honneurs qu'au a jamais rendus à Dieu, et Intel, et par conséquent une oblation et un saqu'on lui rendra à jamais dans le genre lui- crilice, et il ne faut pas s'étonner si, dans les main. Voi à donc dans un prophète notre obla- Pères, dès les premiers siècles, et dans les lilurtion. et le mot qu'on nous demandait; et si gies les plus vénérables par leur antiquité, on Biint Paul qui, dans l'Epitre aux Hébreux, ne ne trouve qu'autels, que présents, que victimes, s'est pas proposé de traiter de celle oblalion, que sacrifices, qu'hosties. Que si les Chrétiens nous la laisse apprendra d'ailleurs, il ne laisse disent quelquefois aux païens qu'ils n'ont ni aupas de nous l'aire voir ce que peut, pour apaiser tels ni sacrifiée, c'est qu'ils n'en ont point à leur Dieu, la présence de Jésus-Christ paraissant pour mode; ils n'ont point de ces autels qui reformais devant lui ', ce qui, après tout, l'ait le tond gant de sang, ai de ces sacrifices où l'on désole

de noire oblalion dans lï'.urharislie. bien plus, le troupeau par des hécatombes. Il ne faut point sans traitera fond celte matière, dans son Epi- tout ce carnage ni celle immense dépense dans treauxllebreux.il en dit assez pour se faire les sacrifices des Chrétiens; de quelque magnienlendre à ceux qui étaient instruits dans les ficence qu'on les accompagne quelquefois, pour mystères, en disant que nous avons un autel, en imprimer la grandeur dans l'esprit des plus Je veux que la croix ne soit pas exclue de l'ex- infirmes, le fond en est simple; il ne faut qu'un plicalion de ce passage, puisqu'enfin elle est la peu de pain et un peu de vin pour l'accomplir; source de l'Eucharistie, et même qu'elle en fait le reste, qui est si grand que le ciel même en le tond, mais la suite nous mène plus loin. Il est étonné, se fait par quelques paroles. s'agissait d'établir contre ceux qui judaisaient Je n'ai plus rien à vous dire sur la nature de qu't'J faut affermir son cœur par la grâce, et non ce sacrifice dont vous connaissez le fond, dans par les viandes 2, qu'on mangeait dans les sa- les prières que l'Eglise emploie pour le célécrilices. comme si la sainteté eût élé là. Mais brer. La règle de la foi, comme disaient les saint Paul répond que ces choses n'ont servi de saints Pères, ne se trouve nulle part plus claire rien à ceux qui les ont observées: puis il con- ni plus assurée que dans la forme de prier, tinue en cette sorte : « Nous avons un autel, puisqu'il faut prier en foi pour être exaucé 2, cl « dont ceux qui sont appliqués au service du que « sans la foi il n'est pas possible de plaire à « tabernacle n'ont pas pouvoir de manger3; » « Dieu3. » Vous avez pénétré jusqu'au principe, de même que s'il disait : Ce n'est pas en par- et par les prières dont l'Eglise a de tout temps licipant à la viande de l'autel des Juifs qu'on se accompagné son sacrifice, vous êtes enfin resanelilie; c'est en prenant la viande céleste de monté à la source des Ecritures. Vous voyez l'autel qui est parmi nous, et d'où ceux qui ju- aussi la parfaite liaison de toute la doctrine cadaïsent sont exclus. Ceux-ci avaient leur autel, tholique, caractère indubitable de sa vérité, dont saint Paul avait dit ailleurs4 :« Considérez puisqu'en reconnaissant le sacrifice, comme «les Israélites charnels; ceux d'entre eux qui toute l'antiquité a fait, de votre propre aveu il i mangent de la victime immolée, ne partie*- est clair qu'on ne pouvait s'empêcher de recon- « pent-ils pas à l'autel par celte action? » Mais naître, comme on a l'ait aussi, la réalité, et que nous avons un autel auquel ils n'ont point de d'ailleurs, en avouant la réalité, comme vous part, et la victime qu'on y prend n'est pas pour voyez qu'on a fait, il n'est pas moins clair qu'on eux. Qui ne voit donc de part et d'autre un autel ne pouvait révoquer en doute le sacrifice. Aussi posé, et des victimes dessus? victimes qu'on y va voyez-vous ces deux vérités aller ensemble d'un prendre visiblement et sensiblement; mais où même pas, et passer constamment de siècle en cette loi est établie, que ceux qui paraissent à siècle. Après cela je ne doute pas qu'instruit par l'un n'ont point de part à ce qu'on donne aman- l'Eglise même, dont vous avez vu les prières ger à ceux qui paraissent à l'autre. Voilà un les plus solennelles si pleines de l'ancien essors naturel, que ceux qui étaient instruits dans prit du christianisme, vous n'entendiez plus les mystères entendaient parfaitement. Et si dévotement la sainte Messe, et que vous ne dél'on demande pourquoi saint Paul ne s'en ex- siriez plus que jamais de participer à la victime

i Helr, ix, 24. — ' Ibid., xin, 9. — » Ibid., 10. — i / Cor.x, 18. ' Hebr., v, 11. — ' Jac, i, G seq. — ' Hebr., xj, *.

qu'on y offre. Mais lorsqu'effrayé par les paroles de saint Paul, et par la crainte de manger votre jugement, vous n'oserez, malgré vos désirs, approcher de la sainte table, ce vous sera une sensible consolation de voir du moins ce que vous désirez tant de recevoir et d'assister à ce pieux et innocent renouvellement de la mort de votre Sauveur. Votre cœur s'écoulera au dedans de vous, dans un si doux souvenir, et vous souhaiterez d'offrir à Dieu un sacrifice parfait, en recevant de sa main le même gage de son amour que vous lui aurez offert pour l'apaiser : tous vos doutes, s'il vous en reste, s'évanouiront dans l'exercice de la foi. Vous verrez l'institution des deux espèces, nécessaire indépendamment de la réception; vous les verrez distinguées, et néanmoins chacune à part, pleines de la même grâce qui abonde dans toutes les deux ; vous verrez sur l'autel, en vertu des saintes paroles, le corps comme séparé d'avec le sang; ainsi, lequel des deux que vous preniez, vous le prendrez comme mystiquement séparé de l'autre, et toujours vous annoncerez la mort du Sauveur. Je ne dirai rien davantage sur ces controverses, et je me contenterai de vous marquer en passant la suite de la doctrine dont vous m'avez demandé l'explication.

Mais peut-être que je tarde trop à vous parler de l'adoration. Vos anciens préjugés reviennent, et parce qu'on vous a dit qu'anciennement on n'adorait pas Jésus-Christ dans l'Eucharistie, vous êtes tenté de croire, ou du moins de soupçonner, qu'il n'y était pas. Avant que de vous répondre dans les formes, je vous prie de peser un peu en vous-même la mauvaise foi de vos anciens maîtres. Quand il s'agit des luthériens, qui croient Jésus-Christ présent sans l'adorer, ils les excusent, en répondant que l'adoration de Jésus-Christ ne suit pas toujours sa présence. Je le veux; mais demeurez ferme, et ne concluez jamais qu'on ne croit point la réalité dans l'ancienne Eglise, sous prétexte que vous prétendez qu'on ne pratiquait pas l'adoration : autrement on vous dira que vous avez « un a poids et un poids, une mesure et une rae- « sure, » puisque vous dites tantôt que l'adoration est la suite delà présence, tantôt qu'elle ne l'est pas.

Mais vous demandez des faits; en voici de clairs dans la liturgie des Grecs : « Pour les dons offerts, sanctifiés, précieux, surcélestes, ineffables, immaculés, glorieux, redoutables, qui inspirent de la frayeur, divins l : » voilà une des exclamations que fait le diacre après la consécration. Nous en verrons bientôt le sujet : mais

en attendant, je vous demande si, à tous ces attributs des dons consacrés, le diacre avait ajouté qu'ils sont adorables, ne seriez-vous pas content? Sans doute : mais il dit plus, puisqu'en les nommant redoutables, et qui remplissent l'esprit de frayeur, il exprime le plus haut degré d'adoration, et celle qu'on rend à Dieu même : c'est pourquoi d'autres les appellent plus simplement adorables; mais en cela ils disent moins, quant à l'expression, que ne disait la liturgie.

Et pour trancher en un mot tout ce qu'il pourrait y avoir de difficulté, vous connaissez le sacrifice des présanctifiés, ainsi appelé, parce qu'aux jours où la tradition de l'Eglise grecque ne permettait pas qu'on fît la consécration, c'est-à-dire durant tous les jours du jeûne du Carême, on célébrait ce sacrifice avec des oblations déjà consacrées le dimanche précédent. Pendant donc qu'on transportait à l'autel le sacré corps du lieu où on le réservait, on priait en cette sorte : « Nous vous prions, ô Seigneur! qui êtes riche en miséricorde, de nous rendre dignes de recevoir votre Fils unique, le Roi de gloire; car voilà que son corps sans tache et son sang vivifiant entrent à cette heure, pour être posés sur cette table mystique, environnés invisiblement de la multitude de l'armée céleste 1. » Puis au moment qu'il s'avance : « Maintenant les vertus des deux adorent invisiblement avec nous ; car voilà le Roi de gloire qui entre : » ce qu'on répète par trois fois. Je demande comment on ferait pour mieux marquer l'adoration.

Il n'est pas besoin de prouver, par les plus anciens monuments de l'Eglise grecque, le sacrifice des présanctifiés; il suffit, quant à présent, que la description s'en trouve dans la chronique d'Alexandrie, sous Sergius, patriarche de Constantinople, et sous l'empereur Héraclius, en l'an 615 de Notre-Seigneur; et ce qu'il y a de plus remarquable, que la prière qui commence par Maintenant, où l'adoration des hommes et des anges pour l'Eucharistie est si marquée, y soit rapportée tout du long.

Cette Chronique constamment est composée vers ces temps-là, et pendant que la mémoire en était récente. Qu'on n'objecte pas que cette prière fut composée par le patriarche Sergius, un des chefs des monothélites; car c'est assez que l'Eglise grecque l'ait reçue alors, deux cents ans devant Paschase Radbert, pour porter un coup mortel au système des protestants. Et d'ailleurs s'est-on jamais avisé de compter l'établissement de cette prière parmi les innovations de ce patriarche? Au contraire, l'Eglise grecque

1 Lilurz.Piasanct-, p. 97.

(|iii les a toujours détestées, en continuant, êtes le Christ Fils du Dieu vivant'.» Et encore : comme elle a fait depuis ce temps-là, de dire a Je ne vous donnerai pas un baiser de traître, celte prière, n'a-t-clle pas montré, plus clair que comme Judas. » Et encore : « Je ne suis pas dite jour, qu'elle la regardait comme tirée de sa gne que vous entriez sous le sale toitde mon âme; perpétuelle et invariable tradition? En effet, ce mais, comme vous êtes entré dans Pétable et n'est que l'endroit qui commence par Mainte- dans la crèche des animaux, ne dédaignez pas nanty qu'on attribue à ce patriarche ; mais vous d'entrer dans la crèche de mon âme privée de n'avez qu'à relire toute la prière, comme nous raison, et de mon corps souillé ; de moi, dis-je, venons de la rapporter, pour y voir au fond le qui suis un mort et un lépreux. N'ayez point même sens, la môme adoration, la même d'horreur de moi, puisque vous n'en avez point croyance dans les paroles précédentes qui ve- eu de la prostituée qui baisait vos pieds avec une muent de l'antiquité : et tout cela n'était autre bouche impure. » Toutes choses qui marquent chose que ce qu'avait dit saint Chrysostome », si évidemment un attouchement et une présence que les anges étaient autour de l'Eucharistie, réelle, qu'il ne faut plus raisonner avec celui comme les gardes autour de l'empereur, dans qui ne le sent pas.

une posture de respect; et jamais le peuple fidèle Un ministre croit pourtant bien raffiner, en entendant cela n'a cru rien entendre de nou- disant que c'est à Jésus-Christ qu'on parle, et veau. C'est pourquoi, en condamnant les erreurs non pas au sacrement, puisque le sacrement que Sergius enseigna dans la suite, on a retenu n'entre pas dans l'âme \ Qui lui dit que c'est ce qu'il avait fait en conformité de la tradition, au sacrement qu'on parle, ou le sacrement qu'on et on n'est point tombé dans l'excès d'avoir prie ? On lui dit que c'est Jésus-Christ, mais arraché le bon grain en haine de l'ivraie. Jésus-Christ comme présent dans le sacrement; Et il est vrai que l'Eglise grecque pousse si car le fidèle venait de dire au prêtre : «Donnezloin l'adoration des présanctiGés, que c'est ce « moi le précieux et saint corpsde Jésus-Christ.» qui donne lieu à rendre de grands honneurs Le prêtre avait répondu: a Je vous donne le aux dons proposés avant même la consécration ; « corps précieux, saint et immaculé de Jésuscar, lorsque de la prothèse, c'est-à-dire, à peu « Christ.» Et sur cela, le fidèle s'adressant, non près de la crédence, on les porte sur l'autel où plus au prêtre, mais à Jésus-Christ qu'on lui ils vont être consacrés, l'Eglise, pleine de ce donne: «Je crois,» dit-il, a que vous êtes le qu'ils vont devenir bientôt par son ministère, o Christ. » Après, il ne parle plus que des perleur rend déjà par avance des honneurs extraor- sonnes et des lieux que Jésus-Christ a honorés de dinaires. Mais si on commence à les révérer à sa présence et par son attouchement corporel, cause qu'ils doivent être le corps et le sang, Tout ce qu'il craint , c'est de le toucher et de le quelle adoration neleur doit-on pas depuis qu'ils baiser comme un Judas, qui ne l'en toucha pas le sont? Que s'il y en a quelques-uns parmi les moins, quoique le baiser qu'il donna fût un Grecs qui portent si loin l'honneur des dons non baiser de traître. Pour éviter ce malheur, il le encore consacrés, que non-seulement ils se pros- prie d'entrer dans son âme comme dans son ternent jusqu'à terre devant eux, mais encore corps, parce qu'étant Dieu et homme, il entre qu'ils leur parlent et leur adressent des prières; en son âme comme Dieu, et dans son corps Cabasilas *, un des plus solides théologiens de comme un homme revêtu d'un corps ; afin que l'Eglise grecque depuis trois à quatre cents ans, lui étant uni corps à corps et esprit à esprit, il et au reste grand ennemi des Latins, nous fait consomme ce mariage céleste qui nous a été voir, dans un passage qui est rapporté par le mi- tant de fois annoncé dans les Ecritures, et ne soit nistre La Roque ', que celte coutume est venue qu'un même corps et un même esprit avec lui. de l'adoration très-expresse et très-bien fondée Et on croira qu'on parle ainsi à un absent qui des dons présanctifiés, qui étaient déjà le vrai tient son corps renfermé dans le ciel, et qui ne corps et le vrai sang du Sauveur. Combien donc le communique que par la pensée, ou tout au sont-ils adorables, si on adore même ce qui leur plus par sa vertu 1

ressemble? Ce qui suit n'est pas moins fort: oO Dieu 1

Si maintenant, à l'occasion des paroles de Ca- sauvez-moi, afin que je reçoive sans condamna-

basilas, qui ditqu'on parle aux dons sacrés, vous tion le corps précieux et sans tache de Jésus-

désirezde savoir quelles paroles on leur adresse Christ votre Fils, pour le remède de. mon âme

dans la liturgie ; les voici, quand on est prêt de et de mon corps : » où ce que le pécheur appré-

communier : « Je crois, ô Seigneur 1 que vous hende n'est pas de le chasser du mystère, ou

t n c . ... . . ,. , 0( d'empêcher qu'il n'y soit, mais uniquement de

1 De Sacerd., Hb. vi, n. 4, tom. i. — ■ Liluig. exp., col. 21. — r n J ' n

* dUi. de i'Euch. * Lï.urg. Chr-j".} p. fi \. — » La Ro;.. Hist. de l'Euch., p. 3S9.

l'y profaner, de l'y recevoir pour sa perte ; car il sait bien qu'il y est toujours, et même pour les plus indignes, puisque notre infidélité n'anéantit pas sa parole ni ses dons. C'est là aussi ce qu'il considère comme le comble de son crime, de ce qu'il le baise comme Judas, et le trahit tout ensemble.

On trouve de semblables prières adressées à Jésus-Christ dans toutes les liturgies des Orientaux, syriennes, arabiques^ égyptiennes et cophtes : ce qu'on ne peut plus nier sans une extrême imprudence, après tant de manuscrits très-anciens et très-authentiques qu'on en a, dont M. l'abbé Renaudot, qui possède toutes ces langues et a vu tous ces manuscrits, quelque jour nous fera voir encore mieux le sens et l'esprit i.

Mais quand nous n'aurions point toutes ces prières, dès qu'on dit que l'Eucharistie est en effet le corps et le sang, n'y a-t-il pas un acte de foi attaché à Jésus-Christ présent? un acte d'espérance, en mettant dans cette présence le fondement et le gage de la future félicité? un acte de charité, en désirant de s'unir corps à corps, aussi bien qu'esprit à esprit, à son Sauveur ? Qu'on est grossier, si on n'entend pas que c'est là la véritable adoration en esprit et en vérité, et que cette adoration est inséparable de la foi de la présence réelle?

Les ministres demandent curieusement quand est-ce qu'on a commencé l'élévation solennelle qu'on fait à présent pour adorer Jésus-Christ, incontinent après la consécration. Mais qu'importe au fond qu'on ait élevé ou qu'on n'ait pas élevé, si cependant on disait, en marquant le corps de Jésus-Christ par un signe de croix : « Voilà l'Agneau de Dieu, le Fils du Père 2 ; » et en jetant une parcelle de ce sacré corps dans le calice : « C'est ici la sainte parcelle ae Jésus-Christ, pleine de la grâce et de la vérité du Père et du Saint- Esprit; » et en divisant le resle du pain consacré pour le distribuer au peuple : « Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux, qui, partagé comme par membres, n'est pas divisé, et qui, donné à tous, n'est pas consumé. » Peut-on le montrer d'une manière plus efficace et plus éclatante?

Et pour venir à l'Eglise latine, lorsqu'au rapport de saint Ambroise, après avoir prié solennellement que le pain fût changé au corps, après avoir tant de fois déclaré qu'on l'offre, et enfin

1 C'est ce que ce savant abbé a exécuté en publiant ces liturgies orientales, en deux volumes in-40, avec des dissertations pleines d'érudition sous ce titre : Lilurgiarum orientalium colleclio, etc. Paris, 1716. On peut voir, dans la préface que l'auteura mise à la tête de cet important recueil, le jugement que Bossuet avait porté de son travail, et l'intérêt qu'il y prenait. (Préf., p. 15.) (Edit. de Dèjoriî) — 2 Liturg. Jac, p. 20.

en avoir parlé en tant de manières, on le montrait au fidèle qui allait le recevoir, en lui disant : « C'est le corps de Jésus-Christ; » et que le fidèle répondait : Amen, c'est-à-dire « cela est vrai : » que veut-on que signifie son Amen, si ce n'est un consentement à la vérité qu'on venait de lui proposer, en disant : « C'est le corps de Jésus- « Christ ? » Que si ce n'en était qu'une figure, comme l'eau est la figure du sang du Sauveur qui nous lave dans le baptême avec une vertu semblable à celle qui opère dans ce sacrement, on eût pu y exiger une profession de foi semblable à celle qu'on faisait en recevant l'Eucharistie; mais on n'y songeait seulement pas, ni on ne disait au fidèle, en lui montrant l'eau dont il allait être lavé, que c'était le sang du Fils de Dieu. Mais peut-être qu'on voulait dire, en lui disant : « C'est ici le corps du Sauveur, » qu'il le recevrait par la foi : non, on lui dit ce que c'est ; on ne lui fait pas confesser ce qui s'allait passer dans son intérieur, mais ce qu'il avait déjà présent, et ce qui était tout fait et tout accompli dans l'objet qu'on lui mettait devant les yeux. N'était-ce pas un acte de foi attaché à Jésus-Christ présent? Et que semblait faire l'Eglise lorsqu'elle exigeait cet Amen, cela est vrai ; sinon de leur dire avec saint Ambroise 1 : « Ce que vous confessez de bouche, que votre esprit le confesse au dedans ; ce que la parole énonce, que l'affection le ressente ? » ou, comme disait saint Léon 2. « La même chose qu'on croit par la foi, est celle qu'on prend par la bouche ; et c'est en vain qu'on répond Amen, si on dispute dans son cœur contre ce qu'on déclare qu'on reçoit. » Confesser Jésus-Christ de cette sorte, qu'est-ce autre chose que de l'adorer ? et saint Pierre l'adora-t-il davantage, lorsqu'il dit : « Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant 3 ? »

Mais vous voulez voir, dites-vous, une adoration dans les formes, c'est-à-dire une adoration bien marquée à l'extérieur; car elle ne devait pas être déniée à Jésus-Christ. Pourquoi me la demandez-vous? Les ministres vous l'ont marquée par des faits constants, comme vous la demandez. Aubertin et La Roque ont rapporté entre autres passages, celui de Théodoret, où il est porté qu'on « adore les sacrés symboles, » non pas comme des symboles, mais comme « étant ce qu'ils ont cru être 4 , » c'est-à-dire le corps et le sang de Jésus-Christ; et celui de saint Cyrille de Jérusalem, où il avertit le fidèle de quelle sorte et avec quel respect il doit tendre « la main sur laquelle il doit recevoir le Roi 5 ; »

' De iis qui init., c. 9, tom. II, col. 340. — ' Serm. 89, cap. 3. — *MaUh., xvi, 16. — » AUj., lib. It, p. 432, 803, 822; La Roq., Ilit. de l'Eue, part, m, c. 4, etc.; Theod., dial. 2. — * Cyril, cat. 5 myr.tag. sup.

quelle précaution il doit apporter à ne laisser barrasses d'un endroit des Psaumes * qui sempas tomber è terre la moindre parcelle du don blait porter à adorer l'escabeau des pieds du précieux; car « c'est de môme, » lui dit-il, « que Seigneur, c'est-à-dire la terre, comme ils l'ent si TOUS TOUS laissiez arracher un de TOS mem- tendaient, s'en démêlent en disant que cette « bres; » comment enfin il doit s'incliner devant terre, qu'il foui adorer, était la chair de Jésus- « le sacré calice en forme d'adoration. » Christ, « que personne ne mange, dit saint Au- Aubertin subtilise ici sur les diverses adora- guslin, qu'il ne l'ait premièrement adorée; que lions qu'il est obligé d'avouer, contre les maxi- les apôtres avaient adorée, dit saint Ambroise, mes de sa secte, les unes du premier ordre et les et qu'on adorait encore aujourd'hui dans les autres du second; et il avoue qu'on en rendait mystères. » Ils parlaient sans doute de l'adoraune à l'Eucharistie, niais du second rang l. Tous lion souveraine, puisqu'ils parlaient de celle que les ministres le suhent d'un commun accord, les apôtres rendaient à Jésus-Christ présent, et Remarquez donc le l'ail avoué et constant, qu'en de celle qu'on ne pouvait rendre à aucune créa. effet il n'\ avait pa> moyen de nier après des pa- tare, mais seulement à celui qui a créé le ciel et rôles si expresses des saints Pères. Les ministres la terre : on rendait donc, dans l'Eucharistie, à distinguent encore curieusement les marques la chair de Jésus-Christ comme présente, une d'honneur ou par le prosternement, ou par la adoration souveraine.

génuflexion, ou par une simple inclination du Non, dit-on, cette adoration était adressée a la corps; et ils prétendent que celle dernière, qu'on chair de Jésus-Christ dans sa gloire. Mais qui ne rendait à l'Eucharistie, n'était pas la plus grande voit au contraire qu'il s'agit ici d'une adoration ni par conséquent la souveraine. Voilà les der- extérieure qu'on rendait à un objet déterminé niers efforts pour éluder l'adoration de l'Eucha- et présent? Car c'est pour cela que saint Amristie. Mais quelle grossière {imagination de dis- broisc remarque que les apôtres avaient adoré tinguer la nature de l'adoration parla simple Jésus-Christ pendant qu'il était sur la terre; cl posture du corps! Le prosternement, dit-on, est qu'il dit qu'encore aujourd'hui on l'adore dans la plus grande. Eh! peut-on nier qu'on ne se V Eucharistie , pour montrer qu'il y faut trouver, soit prosterné devant Dieu, devant ses anges, comme du temps des apôtres, une adoration endevant ses prophètes, devant l'arche où il repo- vers Jésus-Christ présent, sait, devant les rois, et devant tousceux qui por- Saint Augustin a quelque chose encore de (aient le caractère de sa puissance? Qu'on me plus exprès, et quoique vous ayez lu cent fois dislingue par la posture du corps ces diverses ce passage^ trouve/ bon, je vous en conjure, que adorations. J'avoue que saint Cyrille ne parle ici je vous en représente encore une fois les paroles que d'une adoration par la seule inclination du essentielles, pour vous faire mieux observer les corps; car il parle du moment de la réception, chicanes de vos anciens pasteurs. David a dit 2 : qui n'eût pas été compatible avec le prosterne- « Adorez l'escabeau des pieds du Seigneur : » ment, quoiqu'il pût avoir précédé, comme en il a dit • que la terre était l'escabeau des pieds effet on le verra par d'autres passages. Mais sans du Seigneur. C'est par où saint Augustin comici nous y arrêter, et sans en avoir besoin, j'a- mence : puis il ajoute que cette terre qu'il faut voue sans difficulté qu'au moment de la récep- adorer comme l'escabeau des pieds du Seilion on était debout, et dans la même posture où gneur, c'est la chair unie au Verbe, « que nul tous les fidèles, excepté les pénitents, adoraient « ne mange, » dit-il, « sans l'avoir première- Dieu dans la prière publique. Alors donc on ren. « ment adorée. » Ne voyez-vous pas qu'il nous dait son adoration en s'inclinant seulement: mais parle de la marque sensible du culte que tout aussi n'est-ce pas précisément par la posture du le monde est d'accord qu'on rendait à l'Euchacorps qu'on reconnaît la nature de l'adoration, ristie en la recevant? Autrement il n'avait que c'est par l'intention et les circonstances; et ici faire de parler ici des mystères, ni de la manduon marquait l'adoration souveraine en disant, cation de la chair de Jésus-Christ; car ce n'était comme on vient de voir par des passages exprès, pas seulement à cette occasion que les fidèles qu'on adorait ce qu'on recevait comme étant le reconnaissaient la majesté souveraine de Jésusroi, le souverain même, comme étant ce qu'on Christ dans sa gloire, mais parce qu'en prenant en croyait, c'est-à-dire son corps et son sang, la la chair du même Sauveur, on lui rendait un chose du monde la plus adorable à cause de son honneur visible, et un honneur qui se terminait union avec le Verbe. à un objet présent. C'est avec beaucoup de rai-

De même pour venir aussi à l'Eglise d'Occident,

quand saint Ambroise et saint Augustin, em- ' ?" 1 > xcvm' t:.A,mhr-< De **• a- ,ib m; "p: 2'"; ™-*^

» o ■ » col.CSl, Awj., i/t Psal. xcvm, n. 9, tom. iv. — Paal. xc\iu, 5. ~-

» Alb., La Roq., tbid., » Paal. eu, 1.

B .Ton. IV. 30

son que saint Augustin fait ressouvenir ses auditeurs de cette pratique ordinaire, pour leur y faire observer une marque sensible de culte, une adoration spéciale et spécialement terminée à la chair de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi il ajoute : « Quand donc vous vous inclinez et vous pros- « lernez » (voilà en passant le proslernement qu'Aubertin nous demandait) ; mais ce n'est pas là maintenant ce que je veux vous faire observer ; disons donc : « Quand vous vous inclinez et vous « prosternez devant quelque terre que ce soit, » ad quamUbet terram, devant quelque portion que ce soit de la sainte Eucharistie, où celte chair, qui est terre, vous est présentée, ou comme ce ministre veut qu'on le traduise, car cela m'est indifférent : « Quand vous vous inclinez et vous « prosternez devant cette chair, quoiqu'elle soit « de la terre, ne la regardez pas comme de la « terre; mais regardez-y le Saint dont elle est « l'escabeau, » c'est-à-dire le Fils de Dieu, «car « c'est pour l'amour de lui que vous l'adorez. » Vous voyez donc clairement qu'en communiant on s'inclinait et on se prosternait devant quelque chose. Ce n'était pas indéfiniment par une inclination ou prostration, aussi bonne d'un côté que d'un autre, comme serait celle qu'on adresserait à Jésus-Christ dans sa gloire, où personne ne le voyait : c'était déterminément devant quelque chose qu'on vous présentait, devant quelque chose qu'on allait manger, devant quelque chose qu'il fallait nécessairement adorer avant que de le recevoir, et l'adorer comme le Saint des saints c'est-à-dire comme Dieu même, qui y résidai!, et par conséquent par un culte souverain. C'est par cette pratique ordinaire, c'est par ce culte marqué que saint Augustin établit qu'on pouvait adorer la terre ; non par une adoration du second ordre, comme on adore une image ou une relique, ainsi que le prétend Aubertin, mais comme on adore la vérité même.

Vous devez être content sur l'adoration : et quand on vous dira après cela qu'elle ne paraît ni dans l'Ordre romain, ni dans. les vieux Sacramentaires, vous conclurez, non qu'il n'y en eût point dans la célébration de l'Eucharistie, puisqu'il est constant par tant d'endroits, et même avoué par les ministres, qu'il y en avait une trèsexpresse ; mais qu'on n'avait pas besoin de marquer une chose si commune, et dont le peuple était si bien instruit par les sermons, par les catéchismes et par la pratique même. Ce qui en passant peut nous servir de preuve, que les choses les plus reçues et les plus constantes, surtou celles de pratique, ne se trouvent pas toujours dans les endroits où l'on s'imaginerait qu'elles devraient être le mieux exprimées.

Mais encore que rien n'obligeât d'énoncer dans l'Ordre romain une pratique aussi connue que celle dont il s'agit, quand néanmoins il y a eu quelque raison particulière de la marquer, on ne l'a pas oubliée. Par exemple, lorsque le Pontife allait célébrer, comme en approchant de l'autel il devait marquer son respect à l'Eucharistie qui était posée dessus, il est expressément porté dans l'ancien Ordre romain qu'en inclinant sa tétevers l'autel il y adore la sainte (c'est-à-dire visiblement l'hostie déjà consacrée, comme elle est appelée partout) ;etdemeuretoujoursinclinéjusqu'au verset prophétal1, c'est-à-dire jusqu'au verset du psaume qu'on devait chanter, comme la suite le montre. Et encore en un autre endroit2 : « Les acolytes présentent la boîte couverte avec la sainte, et le sous-diacre la tenant ouverte montre la sainte au pontife ou au diacre qui le précède : alors, dit-on, le pontife ou le diacre inclinant la tête salue la sainte; » ce qu'on ne pratique point lorsqu'on présente au pontife sur la patène les oblations qui n'ont encore été immolées 3, c'est-àdire consacrées par piersonne ; car à celles-là on ne leur rend aucun culte. Et voilà manifestement dans l'Ordre romain l'oblation déjà immolée qu'on appelait autrement formée eteonsacrée 4 ; la voilà» dis-je, réservée ( pour quelle fin? ce n'est pas de quoi il s'agit ici) et en même temps adorée avec distinction de celles qui n'étaient pas encore consacrées.

Au reste, il ne faut nullement douter de l'antiquité de ces Ordres ou livres rituels romains, tant à cause de la vénérable antiquité des volumes où on les trouve, qu'à cause aussi des circonstances du temps et du témoignage d'Amalarius qui les rapporte comme étant alors, c'est-àdire au commencement du IXe siècle, dans un usage constant, ancien et reçu.

On a encore une preuve expresse d'adoration dans un de ces vieux Sacramentaires, où vos doc teurs vous disaient qu'il n'y en avait point, puisque la sainte oblation y est appelée « le sacrifice « adorable qu'on offre pour la rémission des « péchés5. » Qu'on me dise quelle autre victime on pourrait offrir pour la rémission des péchés, si ce n'était Jésus-Christ même? Et cela étant, y avait-il rien de plus naturel que de nommer ce sacrifice adorable? Ces petits mots qui se disent naturellement sont la preuve la plus concluante d'une vérité dont on est plein, qu'on ne cherche point à dire, mais qui vient d'elle-même dans la prière.

lOrd. Rom., tom, x, Bibl. PP., p. 2 et ap. Mabill., ord. 1 Rom., p. 8 ; ord. 2, p. 43; Eucolog. Amalar., p. 551, etc. — ■ IbiiL, 13. — 'Ord. Ilom., tom. x, DM. PP., p. 9. — .* Ibid,, p. 115. — 1 Miss. Gai., vet. Miss. 39; MabiL, De litt. Gall., p. 377; ihom., p. 491.

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