SUR LE DEVOIR PASCAL
Bouffirait dans 1m armées on César qui lui dispu- d'autres pasteurs; contre l'autorité de l'Editait l'empire1. » turc, où le Saint-Esprit ne nous proscrit ni ne Que ces faiseurs de lettres pastorales, qui se nous montre (pièce moyen de perpétuer le miparent des lambeaux de saint Cyprien, ne nistère ecclésiastique. Voilà, mes Frères, l'oriprennent-ils s;» doctrine tout entière? Puis- gine du ministère sous lequel vous étiez. Que qu'ils se servent des paroles de ce saint martyr si un Luther, un Bucer, un Zuingle, un Pierre pour vous exhorter au martyre, que ne vous Martyr, si d'autres prêtres et d'autres religieux, disent-ils avec lui 2 : « Qu'il ne peut y avoir de légitimement ordonnés dans l'Eglise catholique, martyr que dans l'Eglise; que, lorsqu'on est se- se sont faits ministres des troupeaux errants* paiv de son unité, c'est en vain qu'on répand sans parler des autres raisons qui commandent Bon sang pour la confession du nom de Jésus- leur témérité, il a fallu, pour exercer ce minis- Christ; que la tachedu schisme ne peut être lavée tère nouveau, apostasier de la foi de ceux quilcs par le sang, ni ce crime expié par le martyre: » avaient consacrés. On les avait faits prêtres en que la charité ne peut être hors de l'Eglise, et leur disant qu'on leur donnait le pouvoir de qu'ainsi, quelques tourments qu'on endure hors a transformer par leur sainte bénédiction le de .son sein, on est de ceux dont saint Paul a « pain et le vin au corps et au sang de Jésusdit : « Quand je livrerais mon corps jusqu'à 1 Christ, et de les offrir en sacrifice pour les « brûler, si je n'ai pas la charité, tout cela ne « vivants et pour les morts ' : » ils avaient été ■ me sert de rien *.» SQdonc ces prétendus pas- consacrés dans celte formais il a fallu y reteurs veulent parier le langage et s'attribuer l'au- noncer pour exercer ce nouveau ministère. toi ité des véritables pasteurs, qu'ils nous mon- Ainsi ils portent sur leur front la marque d'iniTent l'origine de leur ministère; et que, comme novalion : elles troupeaux sépares reconnaissaint Cyprien et les antres évêques orthodoxes, saient si peu l'ordination et la mission qu'ils ils nous fassent voir qu'ils sont descendus de avaient reçue dans l'Eglise, que cet imbécile quelque apôtre : qu'ils nous lassent voir parmi évêque de Troycs2 (je ne le nomme pas ainsi de eux la chaire éminente, où toutes les Eglises moi-même, c'est l'Histoire ecclésiastique de gardent l'unité, où reluit principalement la con- Bèze qui nous en donne celle idée 3), après avoir corde et la succession de l'épiscopat. Ouvrez vous- embrassé la réformation prétendue, n'obtinl mêmes, mes Frères, les livres que VOUS appeliez qu'avec peine et avec beaucoup de prières qu'on votre Histoire ecclésiastique : c'est Bèze qui l'a lui permit d'être ministre : tant on croyait inucomposée. Ouvrez l'histoire de ces faux martyrs, tilc tout ce qu'on avait reçu auparavant. Ainsi, dont on voudrait vous faire augmenter le mal- tous ces fondateurs des Eglises prétendues sont heureux nombre ; vous trouverez que les pre- des gens sans autorité et sans mission. C'est de mier qui ont dressé en France les Eglises que laque sont descendus ceux qui composent ces vous appeliez réformées, étaient des laïques, éta- lettres pastorales : et cependant si Dieu le perblis pasteurs par des laïques qui ont osé toute- met, ils feront les Cypriens et les Athanases. lois prendre la loi de Dieu en leur bouche, et Mais leur erreur est manifeste; et quoiqu'ils tâadministrer sans pouvoir les saints sacrements, client de contrefaire le langage des saints évê- Souvenez-vous de Pierre Le Clerc, cardeur de ques, puisqu'ils n'en ont ni la succession, ni l'aulaine. Je ne le dis pas par mépris de la profession, torilé, ni la doctrine, vous ne les pouvez regarni pour ravilir un travail honnête; mais pour der que « comme de faux apôtres et des ouvriers taxer l'ignorance, la présomption et le schisme «trompeurs, transformés, a comme dit saint d'un homme qui, sans avoir de prédécesseur ou Paul '*, « en apôtres de Jésus-Christ. » de pasteur qui l'ordonne, sort tout à coup de la Aussi ne voyez-vous, dans les écrits qu'ils vous boutique pour présider dans l'Eglise. C'est lui adressent, qu'un zèle amer, des sentiments ouqui a dressé l'Eglise prétendue réformée de très, et un abus manifeste de la parole de Dieu. Meaux, la première formée dans ce royaume, en L'auteur de la Lettre aux protestants tombés par l'an 1546. C'est lui qui a érigé une chaire pro- la crainte des tourments, traite ceux qui se sont fane et sacrilège contre le successeur de saint vendu» comme il parle, avant le combat, c'est-à- Faron et de saint Sainctin. Ceux qui ont fondé dire sans être tourmentés, comme desgens poulies autres Eglises n'ont rien de plus relevé : tous qui il n'y a point de miséricorde ; et leur applilaïques créés pasteurs par des laïques, contre tous quant un passage de saint Paul, par où il ne les exemples de l'antiquité contre la pratique laisse que le désespoir, il ne daigne même pas universelle de l'Eglise chrétienne, où jamais les exhjrter à la pénitence. on n'a vu de pasteur qui ne lut ordonné par , „ , .r n „ , , , , . . „ ... . .„ „,,,
r "l t 1 p, ntu., De Ord. saccrJ. —- Antoine Caracciol. — J Bue, lus!
»Ep.52,<i<iAHf.,p.69.— *.0<:u.!!Ï.£'c.,p.l9Set scq.— 'ICor.,TAU,Z. tel., iiv. il et vi. — ' // Car., ix, 13.
LETTRE PASTORALE
Un autre imprime une lettre avec ce titre : A 7ios Frères, qui gémissent sous la captivité de Babylone, et renouvelle par ce seul titre toutes es applications aussi vaines qu'injurieuses de YApocalyse, qu'on n'a cessé de vous faire pour vous rendre l'Eglise odieuse. Tout y est digne d'un commencement si emporté. Il ne vous parle que « de l'horreur que vous devez avoir du « papisme : » afin de « vous conserver, » comme il parle, « dans cette juste horreur pour le pa- « pisme, et telle qu'il mérite : n'oubliez pas, » poursuit-il, « à vous en mettre continuellement « dans l'esprit toute les laideurs; et ne les re- « gardez pas à travers ces adoucissements, « comme les docteurs du mensonge les font re- « garder aujourd'hui. » Vous entendez bien ce langage. Vous reconnaissez ce même esprit qui a faitdire aux ministres que Y Exposition de la doctrine catholique que j'ai publiée, encore qu'elle soit tirée mot à mot du saint concile de Trente, et que pour cette raison tant d'évêques, tant de cardinaux, tant de docteurs, tout le clergé de France, le Pape même et enfin toute l'Eglise l'ait approuvée, n'était pas notre doctrine véritable, mais un adoucissement trompeur, où toute l'Eglise et le Pape même était entré de concert avec moi pour vous surprendre. Quel prodige ne peut-on pas croire, quand on croit de telles choses? Mais ceux qui vous séduisaient n'avaient que ce moyen de conserver l'horreur qu'ils vous inspiraient pour nous dès le commencement de la réformation prétendue. S'ils ne vous eussent déguisé nos sentiments, il n'y eût pas eu ce moyen de pousser jusqu'au schisme cette horreur qu'il vous donnaient de l'Eglise. Une haine si violente ne peut être entretenue qu'en continuant les mêmes calomnies; et quand ils vous exhortent à jamais à rejeter les adoucissements du papisme pour en considérer sans cesse toutes les laideurs, si vous entendez leur langage, c'est-à-dire qu'il faut juger de nos sentiments, non par la profession publique que nous faisons, mais parce que nos ennemis déclarés nous imputent, et ne connaître notre religion que dans leurs calomnies. Sans cela ne voyez-vous pas ce qu'ils n'oseraient dire, comme fait cet auteur emporté, que notre religion fût la religion du démon; une religion de brutaux, toute pleine ^idolâtrie et de cérémonies judaïques et païennes?
Ouvrez les yeux, mes chers Frères : reconnaissez la malignité et le zèle amer de ceux qui, dès le commencement, vous ont voulu faire les martyrs du schisme. Je ne prétends pas ici entrer dans des controverses : mais en quelle conscience peut-il vous écrire, qu'on vous
« fait dire dans une langue barbare des litanies « à l'honneur des créatures et au déshonneur « du Créateur? » Lisez-les ces litanies, puisque vous les avez entre les mains, non-seulement dans la langue latine, que ces emportés veulent appeler barbares, mais encore dans la langue française. Est-ce dire des litanies au déshonneur du Créateur, que de dire d'abord : « Seigneur» «ayez pitié de nous: Christ, écoutez-nous: «Christ, exaucez-nous ; Père éternel, quiètes « Dieu ; Fils rédempteur du monde, qui êtes « Dieu : Saint-Esprit, qui êtes Dieu, ayez pitié « de nous : sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, « ayez pitié de nous? » Après avoir posé ce fondement de notre espérance, est-ce parler a l'honneur de la créature et au déshonneur du Créateur, que dédire : « Sainte Marie, priez pour nous : sainte « Mère de Dieu, priez pour nous : saints anges, « priez pour nous : saint Pierre, priez pour « nous : » et le reste? Cette manière dénommer les saints dans les litanies, ne les met-elle pas visiblement, comme l'ont enseigné tous nos docteurs, plutôt au rang de ceux qui prient, qu'au rang de ceux qui sont priés? Mais quelque utiles que nous paraissent leurs prières, ce n'est pas là que s'arrêtent nos dévotions. Nous revenons aussitôt à Jésus-Christ, que nous conjurons par tous ces mystères, et par tous les nomsqu'il a pris pour nous assurer de ses bontés, de nous délivrer de tous les maux, dont le plus grand et le plus terrible est la mort dans le péché. Nous continuons la litanie, en priant Dieu de bénir tous les enfants de l'Eglise, et de les combler de ses grâces, dont on fait un pieux dénombrement. Enfin on invoque par trois fois l'Agneau quiôte les péchés du monde; et après un psaume admirable, et plusieurs autres prières adressées à Dieu, le pontife lui» expose les vœux de son peuple, qu'il le prie d'écouter favorablement pour l'amour de son Fils Jésus-Christ Notre Seigneur. Voilà ces litanies qu'on chante à l'honneur des créatures et au déshonneur du Créateur. Est-ce donc s'éloigner de Dieu, est-ce faire injure au Créateur, que de commencer par lui, de finir par lui, et au milieu, de se joindre à la troupe de ses amis, afin de le prier en compagnie? Qu'a-t-on à dire après tout contre cette prière : Priez pour nous ? N'est-elle pas de mot à mot de saint Paul l en plusieurs endroits ? En est-elle plus injurieuse envers le Créateur, quand on l'adresse dans le même esprit aux saints qui vivent avec lui? Laissons à part cette chicane, s'ils nous entendent ou non : chicane, dis-je encore une fois, puisqu'on ne peut pas dire des saints anges qu'ils ne nous entendent
' /. Thés., v, 25.