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S'inquiéter maintenant pourquoi on a fait l'élévation dans l'antiquité; si c'a été pour marquer l'exaltation du corps de Notre-Seigneurà la croix, oomrae le disent les uns, ou en signe d'oblation comme le veulent les autres, ou pour exciter le peuple à l'adoration, comme on le (ait a présent l.nis l'élévation aussitôt qu'on a consacré, et si cette élévation ou les génuflexions qu'on fait à présent, ont toujours été pratiquées, <>u depuis .piand on a reçu l'Eucharistie à genoux, c'est se tourmenter en vain. II suffit que l'Orient et l'Occident, et toute l'Eglise universelle aient constamment adoré Jésus-Christ comme présent dans l'Eucharistie, d'une adoration souveraine, en quelque endroit de la Messe que c'ait été. Pour moi, je croirai facilement que, durant l'action du sacrifice, l'adoration extérieure, qu'on rendait à Jésus-Christ se confondait avec celle qu'on rendait à Dieu par Jésus-Christ même : de sorte qu'on ne se niellait non plus a genoux devant Jésus-Christ, qu'on avait fait devant le Père éternel dans toute l'action du sacrifice. Mais quand il (allait faire quelque action particulière envers le corps de Jésus-Christ, connue lorsqu'on le portait de la prothèse à l'autel dans le sacrifice des présanctifiés, ou quand on s'approchait pour le recevoir, alors l'adoration était si marquée, qu'il n'y avait point à douter du sentiment de l'Eglise pour celle adorable victime. Tout le reste qu'on pourrait avoir ajouté, selon la perpétuelle coutume de l'Eglise, pour établir davantage la vérité de la présence, quand elle a élé contestée, n'est que l'effet ordinaire de la vigilance des pasteurs qui, lorsque quelque dogme a été combattu ou obscurci, n'ont jamais manqué de l'inculquer par quelque chose de si marqué et de si fort, qu'il fût capable de confondre les plus rebelles et de réveiller les plus endormis.
En tout cela on n'invente rien. Par exemple, dans celle occasion, on n'adore pas de nouveau, puisqu'on a toujours adoré, comme on vient de voir, maison rend l'adoration, ou plus sensible ou plusfréquente ; ctsiaprès tout cela on demande où l'on a piis celle adoration, qu'on le demande à l'ancienne Eglisc,où on la voit si constante.
Pour l'Ecriture, il n'y a rien de plus insensé que de nous demander d'autres passages, pour l'adoration, que ceux où il est porté que Jésus- Christ est le Fils de Dieu et une personne adorable du culte suprême. Et de trouver si étrange q Ton n'ait pas marqué dans les Evangiles l'adoration des apôtres envers Jésus-Christ caché dans l'Eucharistie, pendant qu'il n'en parait pas davantage pour* Jésus-Christ visible au milieu d'eux vous avez avoué souvent que c'est la chose du monde la plus ridicule.
Enfin, puisqu'il est constant que la foi en Jésus-Christ comme présent emporte la véritable et parfaite adoration, qui est l'intérieure; disputer pour l'extérieure, qui en est le signe, c'est trop ignorer ce que c'est que d'adorer. El c'est pourquoi tonte l'Eglise en Orient et en Occident, «1rs les siècles les plus purs, a cru trouver dans la présence réelle un fondement légitime d'adoration, non-seulement pour tous les hommes, niais encore, comme on a vu, pour tous les anges : ce qu'elle a même porté si loin, qu'elle a étendu sa vénération jusqu'aux vaisseaux sacrés qui servent au ministère de l'Eucharistie. Je ne puis ici m'empècher de vous rapporter un passage, OU saint Jérôme, un si grand docteur, loue rhéophile d'Alexandrie, de ce qu'il avait soutenu contre Origène que les choses inanimées étaient capables de sanctification : « Afin, » dit-il ', « que les ignorants apprennent avec quelle vénération il faut recevoir les choses saintes, et servir au ministère de l'autel de Jésus-Christ, et qu'ils sachent que les calices sacrés, les saints voiles et les autres choses qui appartiennent au culte de la passion de Notre- Seigneur, ne sont pas sans sainteté, comme choses vides et sans sentiment, mais que par leur union avec le corps et le sang de Jésus- Christ elles doivent êtres adorées avec une pareille majesté que le Seigneur même. » Ce ne lui est pas assez de dire «pie ces vaisseaux sont saints et sacrés, et méritent une singulière vénération : il ajoute que l'honneur d'être unis au corps et au sang de Jésus-Christ, par un contact si réel , y laisse une impression si grande et si vive de la majesté du Seigneur, qu'elle les rend dignes d'une pareille adoration; ce qui sans doute ne serait pas, si ce corps et ce sang qu'ils touchent étaient autre chose que le Seigneur même. Car c'est à la source même et à l'objet primitif de l'adoration qu'il faut être immédiatement uni, pour être ainsi associé au même culte : et c'est pourquoi saint Jérôme, regardant le sacré calice, la patène, le voile sacré où l'on enveloppe le corps de Jésus-Christ comme sanctifiés par ce contact, y voit une extension de la majesté de Jésus-Christ, qui leur attire une extension du même culte, comme l'honneur qu'on rend aux rois s'étend jusqu'aux lieux où ils habitent, et jusqu'à la chaire où on a coutume de les voir assis. En effet, il n'y a personne parmi nous, tant soit peu touché des sentiments de piété, qui , par la vue du sacré calice, de la patène et des linges où il voit tous les jours Jésus-Christ posé, ne se souvienne à quoi ils servent et à quoi
1 Episl. Hier, ad Theoph., ante cjusdem Theoph. Epist.; raseft. epist. 1, nunc epist. 88, tom. iv, part. II.
Us touchent, et ne soit porté par ce souvenir à de plusieurs grains de blé réduits en un, et de
faire paraître quelque marque et comme une la liqueur de plusieurs raisins fondus ensemble,
effusion de respect qu'il sent pour Jésus-Christ, et ils ont regardé ce composé comme une figure
Les Pères, avec qui la foi de la présence réelle de tous les fidèles réduits en un seul corps pour
nous est commune, ont senti le même respect, et s'offrir à Dieu en unité d'esprit; ce qui a fait
les protestants qui ont éteint cette foi, ne sentent dire à saint Augustin, que toute la cité rachetée
rien. était le sacrifice éternel de la Trinité sainte.
Il reste maintenant à vous expliquer les prie- Lorsqu'on portait ainsi son pain et son vin,
res de la liturgie, qu'on vous a fait croire indi- chacun portait aussi, avec ses dons, ses vœux et
gnes d'une oblation qui serait Jésus-Christ môme, ses besoins particuliers pour être offerts à Dieu
Mais il n'y aura plus de difficulté, si vous songez avec eux , et l'Eglise accompagnait cette oblation
seulement que l'Eglise, qui offre le pain et le vin par cette prière : « Soyez propice, ô Seigneur ! à
pour en faire le corps et le sang, et qui ensuite nos prières, et recevez d'un œil favorable ces
offre encore ce corps et ce sang après qu'ils sont oblations de vos serviteurs et de vos servantes;
consacrés, ne le fait que pour accomplir une afin que ce que chacun vous a offert en l'honneur
troisième oblation, par laquelle elle s'offre elle- de votre nom profite à tous pour leur salut, par
même, comme je vous l'ai déjà dit. Jésus-Christ Nofre-Seigneur *. »
Le prêtre commence le premier, et à l'exem- Quoique cette cérémonie, d'offrir en particu-
ple de Jésus-Christ, qui a été tout ensemble le lier son pain et son vin, ne subsiste plus, le fond
sacrificateur et la victime, il s'offre lui-même en est immuable ; et nous devons entendre que
avec son oblation : c'est ce que signifie la céré- ce sacrifice doit être en effet offert par tous les
monie d'étendre les mains sur les dons sacrés, fidèles à l'autel, puisque c'est toujours pour eux
comme on fait un peu avant la consécration, que le prêtre y assiste.
Autrefois, dans l'ancienne loi, on mettait la Mais lorsque les dons sont consacrés, et qu'on
main sur la victime l, en signe qu'on s'y unis- offre actuellement à Dieu le corps présent du
sait, et qu'on se dévouait à Dieu avec elle : c'est Sauveur, c'est une nouvelle raison de lui offrir
ce que témoigne le prêtre en mettant ses mains de nouveau l'Eglise, qui est son corps en un
sur les dons qu'il va consacrer. autre sens, et les fidèles qui en sont les mem-
Tout le peuple pour qui il agit entre dans son bres. Il sort du corps naturel de notre Sauveur
sentiment, et le prêtre dit alors au nom de tous : une impression d'unité pour assembler et ré-
« Nous vous prions, Seigneur, de recevoir cette duire en un tout le corps mystique, et on accom-
oblalion de notre servitude, et de toute votre plit le mystère du Jésus-Christ, quand on unit
famille; ■» où nous apprenons, non-seulement tous ces membres pour s'offrir en lui et avec
à offrir avec le prêtre les dons proposés, mais lui. encore à nous offrir nous-mêmes avec eux. Ainsi l'Eglise fait elle-même une partie de son
L'Eglise explique encore cette oblation par sacrifice ; de sorte que ce sacrifice n'aura jamais
ces paroles : « Nous vous prions, ô Seigneur ! sa perfection tout entière, qu'il ne soit offert par
qu'en recevant cette oblation spirituelle, vous des saints.
nous fassiez devenir nous-mêmes un présent Voilà une claire résolution de toute la diffi-
éternel qui vous soit offert : Nosmetipsos tibiper- culte, s'il y en avait ; car il y a dans ce sacrifice
fice munus œternum 2 : » ce que l'Eglise répète Jésus-Christ qui est offert, et il y a l'homme qui
souvent en d'autres paroles ; et c'est aussi la doc- l'offre : le sacrifice est toujours agréable du côté
trine de saint Augustin en plusieurs endroits s , de Jésus-Christ qui est offert; il pourrait ne l'être
lorsqu'il enseigne que l'Eglise apprend tous les pas toujours du côté de l'homme qui l'offre :
jours à s'offrir elle-même à Dieu, dans le sacri- puisqu'il ne peut l'offrir dignement qu'il ne soit
fice qu'elle lui offre. lui-même assez pur pour être offert avec lui,
L'ancienne cérémonie, où chacun portait lui- comme on vu. Quelle merveille y a-t-il donc que
même son oblation, c'est-à-dire son pain et son l'Eglise demande à Dieu qu'elle rende notre
vin, pour être offerts à l'autel, confirme cette sacrifice agréable en tout, et autant à proportion
vérité. Car, outre qu'offrir à Dieu le pain et le du côté des fidèles qui le présentent, que du côté
vin dont notre vie est soutenue, c'est la lui offrir de Jésus-Christ qui est présenté? elle-même comme chose qu'on tient de lui, et C'est visiblement le sens de cette prière :
qu'on lui veut rendre ; les saints Pères ont re- « Nous vous offrons, ô Seigneur ! le pain de vie,
marqué dans le pain et dans le vin un composé le calice du salut, que nous vous prions de regarder d'un œil propice, et les recevoir comme
tLetil., i, 4; ni; vin, 14, 15. — *Dom. 2post Pentee. -3 & ° Cto., lib. x, cap. 19, 20, tan. vu. iDom. 0 post Pentcc.
SUR 1ES PKIEKES DE LA MESSE. 4<sg
vous avez reçu les présents do votre serviteur le l'ange qui présente à Dieu les prières des saints juste Abel, et le sacrifice de notre père Abraham, soit Jésus-Christ même, qui souvent, disent-ils, et le saint sacrifice, l'hostie sans tache que vous est appelé ange. Mais visiblement c'est tout a offerte Kelchisédecn votre souverain sacriii- brouiller; et pour ne point ici parler des autres cateur «. » Où il est clair qu'on veut comparer, endroits de l'Ecriture, jamais dans l'Apocalypse non pas le don avec le don, puisque constam- Jésus-Christ n'est appelé de ce nom. Partout où ment l'Eucharistie, en quelque manière qu'on il y parait, il y porte un caractère de majesté la puisse prendre, est bien au-dessus des sacri- souveraine, avec le nom de Hoi des rois, et de lices anciens; mais les personnes, avec les per- Seigneur des seigneurs. Mais l'ange, qui parait sonnes, et c'est pourquoi on ne nomme que les ici pour présenter les prières, est de même nuplus sainls de tous les hommes: Abel, le pie- (me que I s autres que saint Jean l'ait agir palmier des justes; Abraham, le père commun tout dans ce divin livre, de même nature que les de tous les croyants; et on réserve en dernier sept anges dont il parle dans ce même endroit lieu Melchisédcch, qui était au-dessus de lui, dans le même chapitre vin, OÙ il est parlé de puisque lui-même il lui a offert la dime de ses l'ange de la prière, qui aussi, pour cette raidépouilles, et en a reçu en même temps, avec le son, est appelé simplement un autre ange, im pain et le vin, les prémices du sacrifice de l'Eu- ange comme les autres, et qui n'a rien de plus charistic. rélevé,
Et pour mieux entendre ceci, il faut savoir Voilà, Monsieur, quel est l'ange qui offre à
que l'esprit de ce sacrifice est qu'ayant Jésus- Dieu nos prières sur l'autel céleste. De là venait la
Christ présent, nous le chargions de nos vœux; tradition constante de toute l'Eglise, qui recon-
cc que saint Cyrille nous a déjà dit par ces pu- naissait un ange qui présidait à l'oraison et à l'o-
roles: « Nous faisons à Dieu toutes r.os deman- blation sacrée, comme on le voit dans les Pères
des sur celte hoslic propitiatoire *J » et c'est les plus anciens '. Quand on dit qu'un ange y
aussi ce que l'Eglise exprime par cctteSeerète, présidait, et présentait nos oraisons, il faut en-
à Pâques, et aux jours suivants: « 0 Seigneur! tendre que tous les saints anges se joignaient à
receves les prières de votre peuple avec l'obla- lui en unité d'esprit ; et parce que l'esprit de ce
lion de ces hosties; » c'est ce qu'on répète sans sacrifice est d'unir à Dieu toutes les créatures, et
cesse. Et on a raison de demander que, comme surtout les plus saintes, pour lui rendre en com-
les dons sont agréables, les prières qu'on oflre mun la reconnaissance de leur servitude, il ne
avec eux, et pour ainsi dire sur eux, le soient faut pass'étonner si on priait les saints anges d'y
aussi, comme l'étaient celles d'Abel et des au- intervenir.
très saints qui ont levé à Dieu des mains inno- On s'était déjà joint avec eux dès le commen-
centes, et lui ont ofiert leurs dons avec une cons- cernent du sacrifice, lorsqu'on avait chanté
cienec pure. l'hymne séraphique, c'est-à-dire le trois fois
Car la perfection de ce sacrifice n'est pas seu- saint, et qu'on avait dit dans la préface : « Il est
lement que nous offrions et recevions des choses juste, ô Père éternel ! que nous vous bénissions
saintes ; mais encore que nous, qui les offrons par Jésus-Christ Notre-Seigncur, par qui les an-
et qui y participons, soyons saints. De là cette ce- ges louent votre sainte majesté, les dominations
lèbre proclamation avant la réception des mys- l'adorent, les puissances la redoutent avec Irem-
tères: a Les chosessainles sont pour les saints. » blement : parmi lesquels nous vous conjurons
Selon la coutume de l'Eglise, on n'admettait à que vous nous commandiez de mêler nos voix,
les recevoir que ceux qui étaient admis à les en disant de tout notre cœur : Saint, saint,
offrir, c'est-à-dire ceux dont la charité venait, saint. »
comme dit saint Paul3, « d'un cœur pur, d'une La suite de cette prière demandait qu'après
« bonne conscience, et d'une foi qui ne fût pas nous être joints avec les saints anges, nous dési-
a feinte. » rassions de lesjoindre avec nous dans nos obla-
Dans cet esprit on se joignait avec les saints tions, ne doutant point qu'elles ne fussent d'au-
anges, d'autant plus qu'on savait très-bien qu'ils tant plus agréables, qu'elles sciaient encore
présentaient nos prières à Dieu sur l'autel qui offertes par leurs mains; et c'est le sens de ce! te
représentait Jésus-Christ , comme on le voit ma- prière :« Nous vous conjurons, ô Dieu tout-
nifestement dans Y Apocalypse 4. puissant ! commandez que ces choses soient por-
Vos anciens ministres qui éludent tout, et tées par votre saint ange à votre autel sublime,
jusqu'aux passages les plus clairs, veulent que afin que nous tous qui recevrons de la participa-
' Cm. Miss. — 3 Cdt. 5 mystag., ubi sup. — * / Tixi., i, 5. — ' TwU, l>e 9-al. au*, ôu.,9 Orig., Ccnl. dis., lib. vin, u. M,
* Apec, vin, 3. tnm. 1.
tion de cet autel le sacré corps et le sacré sang Jésus-Christ; mais qu'elles sont ce corps et ce
de votre Fils, nous soyons remplis de toute grâce sang avec nous tous, et avec nos vœux et nos
et de toute bénédiction spirituelle, par le même prières, et que tout cela ensemble compose une
Jésus-Christ Notre Seigneur. même oblation, que nous voulons rendre en tout
Porter jusqu'à Dieu nos oblations, les élever pointagréable à Dieu, et du côté de Jésus-Christ
jusqu'au ciel où il les reçoive, ou les faire parve- qui est offert, et du côté de ceux qui l'offrent,
nir jusqu'à son trône, c'est dans le langage et qui s'offrent aussi avec lui. Dans ce dessein,
commun de l'Ecriture les lui présenter de telle que pouvait-on faire de mieux que de demander
sorte, et avec une conscience si pure, qu'elles lui de nouveau la société du saint ange qui préside
soient agréables. Cette façon de parler est tirée à l'oraison, et en lui de tous les saints compa-
du rite des anciens sacrifices. Nous avons vu gnons de sa béatitude ; afin que notre présent
qu'on élevait la victime; c'était en quelque sorte monte promptement et plus agréablement jus-
l'envoyer à Dieu, et le prier par cette action de qu'à l'autel céleste, lorsqu'il sera présenté en cette
la recevoir : ce qui paraissait plus sensible dans bienheureuse comgagnie? Il ne sera pas inutile
les holocaustes, dont la fumée, se portant en ici de remarquer qu'au lieu que notre canon ne
haut, s'allait mêler avec les nuées, et semblait parle que d'un seul ange, on parle, dans l'Am-
vouloir s'élever jusqu'au trône de Dieu. Les brosien, de tous les anges, pour expliquer la
prières qu'on y joignait semblaient aussi aller sainte union de tous ces bienheureux esprits, qui
avec elle; et c'est ce qui faisait dire à David : en effet font tous par consentement ce qu'un
« Que ma prière, ô Seigneur ! soit dirigée jus- d'eux fait par exercice et par une destination
« qu'à vous comme l'encens 1 ! » c'est-à-dire particulière.
comme la fumée de la victime brûlée : car c'est Nous devons donc nous unir avec eux tous,
ici ce que veut dire le mot incensum, quoique avec eux nous élever à ce sublime autel de Dieu ;
nous ayons approprié notre mot d'encens, qui car c'est nous dans la vérité qui devons y monter
en vient, à cette espèce de parfum qu'on appelle en esprit. Nous nous y élevons ; nous y portons,
thus en latin. C'est pour cela que cet ange de pour ainsi dire, Jésus-Christ avec nos vœux et
Y Apocalypse paraît, un encensoir à la main; et nous-mêmes, lorsque élevés au-dessus du monde,
il est dit que la fumée de son encens 2, c'est-à- et unis aux bienheureux esprits, nous ne respi-
dire les saintes prières qui partaient d'un cœur ronsqueles choses célestes; car il mut encore
embrasé du Saint-Esprit, montaient devant Dieu entendre ici que Jésus-Christ ne vient à nous
de sa main, c'est-à-dire qu'elles lui étaient agréa- qu'afin de nous ramener à lui dans sa gloire,
blés. C'est aussi ce qu'on appelle dans l'Ecriture Nous le regardons sur l'autel ; mais ce n'est pas
le sacrifice de bonne odeur devant le Seigneur, en lui comme sur l'autel que notre foi se repose
lorsque l'oblation se faisait avec un cœur pur, et entièrement : nous le contemplons dans sa gloire,
que la prière, partant d'une conscience innocente, d'où il vient à nous sans la quitter, et où aussi
s'élevait à Dieu avec la fumée de l'holocauste. Il il nous élève; afin qu'étant avec lui à l'autel cé-
arrivait même quelquefois, comme dans le sa- leste, nous en sentions découler sur nous toutes
crificc de Manué 3, que la flamme de l'holocauste les bénédictionsetgrâces spirituelles par le même
s'élevait extraordinairement, et semblait se por- Jésus-Christ Notre-Seigneur, ainsi que porte la
ter jusqu'au ciel; et Dieu donnait cette marque fin de cette prière,
de l'agrément qu'il trouvait dans le sacrifice. Il paraît donc clairement que cette élévation
Il ne faut donc pas s'étonner si l'Eglise accou- que nous souhaitons de notre sainte victime justumée au langage de l'Ecriture, en élevant le qu'au sublime autel de Dieu, n'est pas ici decalice avant la consécration, fait cette prière : mandée par rapport à Jésus-Christ, qui est déjà «Nous vous l'offrons, ô Seigneur ! afin qu'il au plus haut des deux; mais plutôt par rapport monte devant vous comme une agréable odeur, » à nous, et aux bénédictions que nous devons rec'est-à-dire comme on a vu, que l'oblation lui en cevoir en nous élevant avec Jésus-Christ à cet plaise : et c'est encore ce qu'on demande dans autel invisible.
la prière dont il s'agit aprèsla consécration, lors- Et lorsque nous demandons l'intercession du
qu'on prie que ces choses, c'est-à-dire les dons saint ange, vous avez très-bien entendu que ce
sacrés, soient portés au ciel par les anges. n'est pas un médiateur que nous nous donnons,
Mais pour entendre le fond de cette prière, et comme si Jésus-Christ ne suffisait pas : encore
lever toutes les difficultés qu'on y peut trouver, moins le donnons-nous pour tel à Jésus-Christ
il faut toujours se souvenir que ces choses dont même, comme on nous l'a reproché, ou à son
on y parle, sont à la vérité le corps et le sang de Eucharistie, que sa seule institution rendrait très-
* not.cxL, 2.-' Apoc, nu, 4. -1 Judk. an, 20. agréable, sans que l'ange s'en mêlât. Mais ce
qui est saint par soi-même, ainsi qu'il a été dit, est encore plus agréablement reçu lorsqu'il est
offert par des saints : c'est pourquoi l'Eglise implore l'ange pour l'offrira Dieu avec elle, mais toujours par Jésus-Christ, par lequel elle a déjà reconnu, dus la préface de ce sacrifice, que les anges adoraient Dieu et louaient sa majesté sainte.
H n'yapas plus de difficulté d'associer lcssaints à cette oblation. Ainsi, quand nous demandons que ce sacrifice, agréable à Dieu par sa propre institution et par son auteur, lui soit encore plus agréable par les prières de ses saints, nous ne demandons autre chose, si ce n'est qu'à l'agrément qui vient de la chose se joigne encore l'agrément qui vient du côté de ceux qui se joignent à nous pour l'offrir : ce que l'on conclut encore, par Jésus-Christ Notre-Seigneur; afin «pie nous entendions qu'à la vérité il y a au ciel des intercesseurs qui prient et offrent avec nous; mais qu'ils ne sont écoutés eux-mêmes que par le grand intercesseur et médiateur Jésus-Christ, par qui seul tous ont accès, et autant les anges que les hommes, autant les saints qui régnent que ceux qui combattent
Et afin que vous compreniez une fois quel est l'esprit de l'Eglise dans cette intercession des anges et des saints, écoutez, Monsieur, celle préface d'une Messe qu'on trouve dans un \olumc qui a plus de mille ans ' : c 0 Seigneur ! ce bienheureux confesseur se repose maintenant dans votre paix : inspirez lui-donc, ô Dieu miséricordieux ! d'intercéder pour nous auprès de vous, afin que l'ayant rendu assoie de sa propre félicité, vous le rendiez soigneux de la nôtre : par Jésus-Christ Notre-Seigneur. »
Remarquez que c'est par Jésus-Christ qu'on demande à T)ieu, non-seulement l'effet des prières que font les saints, mais encore l'inspiration et le désir de les faire. Ceux qui vous ont l'ait sur le canon tant de mauvaises raillerie-, seront peut-être encore assez ignorants ou assez hardis pour en faire de beaucoup plus grandes sur ce circuit où l'on nous fait adresser à Dieu, afin qu'il inspire aux saints de prier pour nous; comme si ce n'était pas plus tôt fait de demander à Dieu immédiatement ce que nous voulons qu'il se fasse demander lui-même parles saints. Mais par ces raisonnements profanes, il faudrait supprimer toute prière, et celle qu'on adresse immédiatement à Dieu autant que toutes les autres ; car Dieu ne sait-il pas nos besoins ; ne sait-il pas ce que nous voulons quand nous le prions ? et n'est-ce pas lui-même qui nous inspire nos prières ? Surtout, pourquoi
'Malill, Musti liai., tom. i, part. u.
lui demande-t-on quelque chose pour les autres ? et pourquoi prier nos frères de prier pour nous? Le feront-ils comme il faut , si Dieu ne leur en inspire la volonté ? A quoi bon ce circuit avec Dieu, et n'est-ce pas le plus court de le laisser faire»? Que si on répond ici que Dieu nonobstant cela veut qu'on le prie, et qu'on le prie pour tous les autres , et qu'on prie les autres de prier pour soi ; parce qu'encore qu'il n'ait que faire de nos prières, ni pour accorder nos besoins, ni pour les savoir, il nous est bon de prier en toutes ces manières, et que nous devenons meilleurs en le faisant : qu'on n'appelle plus tout cela un circuit inutile, mais un sincère exercice de la charité, que Dieu honore constamment, lorsqu'il inspire ou qu'il exauce *de telles prières. Et parce qu'il veut établir une parfaite fraternité entre tous ceux qu'il veut rendre heureux ou dans le ciel OU dans la terre, il inspire nonseulement aux fidèles, mais encore aux saints anges et aux saints hommes qui sont dans le ciel, le désir de prier pour nous ; parce que c'est une perfection aux saints hommes qui sont nos semblables, de s'intéresser pour notre salut, et une autre perfection aux saints anges qui ne le sont pas, d'aimer et de révérer en nous la nature que le Fils de Dieu a cherchée jusqu'à s'y unir en personne. Nous pouvons donc demander à Dieu qu'il leur inspire ces prières qui l'honorent, parce que nous lui pouvons demander tous les moyens dont il lui plait de se servir pour manifester sa gloire ; mais il faut le demander par Jésus-Christ, par qui seul tout bien nous doit arriver.
Vous avez donc raison de n'écouter pas ceux qui vous disent que la doctrine , où l'on emploie les saints pour intercesseurs, ruine l'intercession de Jésus-Christ. Mais vous eussiez pu remarquer que ce qu'on blâme dans la liturgie n'est qu'une suite de celte doctrine ; puisqu'on n'y fait qu'employer et les sainls hommes et les saints anges, afin qu'ils se joignent à nous pour rendre notre oblation, en tant qu'elle vient de nous, plus sainte et plus agréable.
Quant à ce qu'on trouve si étrange que nous offrions Jésus-Christ à l'honneur des saints, c'est-à-dire pour honorer leur mémoire , et remercier Dieu de la gloire qu'il leur a donnée, c'est qu'on ne fait pas de réflexion sur la nature de ce sacrifice. Car pour qui est-ce en effet que Jésus-Christ s'est offert, si ce n'est pour nous mériter la gloire ? Que pouvons-nous donc offrir à Dieu en action de grâces pour les saints, si ce n'est la même victime par laquelle ils ont été sanctifiés ?
Que si vous voulez entendre expliquer cette
vérité à l'Eglise même, écoulez cette Secrète rendent témoignage à la gloire de votre puis-
magnilique :« Nous vous immolons, ô Seigneur, sauce; ainsi, ô Seigneur! nous vous prions
solennellement ces hosties, pour honorer le qu'ils nous fassent sentir les effets du salut qui
sang répandu de vos saints martyrs, et en celé- nous vient de vous. » Vous voyez ce que c'est
brant les merveilles de votre puissance , par la- qu'offrir pour les saints ; c'est célébrer la gran-
quelle ils ont remporté une si grande victoire1. » deur et la puissance de Dieu dans les grâces
Et encore : « Nous vous offrons, ô Seigneur ! qu'ils en ont reçues. L'Eglise ne se lasse point
dans la mort précieuse de votre martyr, ce saint d'inculquer cette vérité ; et pour rapporter
sacrifice d'où le martyre même a pris sa source2.» toutes les manières dont elle l'explique, il fau-
C'est en effet en célébrant dans ce sacrifice la drait inscrire ici tout le Missel, mémoire de la mort de Notre-Seigneur, que les Ce qu'on vous a objecté sur les bénédictions
martyrs ont appris à mépriser leur vie et à se est maintenant aisé à résoudre. Le mot de bénir
rendre avec lui les victimes du Père éternel. 11 en général marque une bonne parole : bene-
n'y a donc rien de plus convenable que d'hono- dicere. En cette sorte, on bénit Dieu lorsqu'on
rer dans ce sacrifice les vertus qui en sont l'effet célèbre ses louanges, et, en ce sens , il n'y a nul
et le fruit : l'honneur 'qu'on y rend aux saints doute qu'on ne puissse bénir Jésus-Christ ; mais
est d'y être nommés à son saint autel et devant ce n'est pas de cette bénédiction dont il s'agit,
sa face, devant Dieu en actions de grâces, et en c'est de la bénédiction dont on bénit les fidèles,
éternelle commémoration des merveilles qu'il a quand on prie sur eux, et dont on bénit les
opérées en eux. sacrements, quand on les consacre. Cette béné-
C'est en vérité être trop grossier, et avoir l'es- diction est toujours une bonne parole, et c'est
prit trop bouché aux choses célestes, que de ne dans cette parole que consiste la bénédiction de
pas voir que l'honneur des saints n'est pas tant l'Eglise. Mais on l'accompagne ordinairement
leur honneur que l'honneur de Dieu, qui est du signe de la croix , en témoignage que c'est
admirable en eux 3 , dont la mort est précieuse par la croix de Jésus-Christ que toute béné-
devant lui1* , qui ne cessent de le bénir, et de lui diction spirituelle descend sur nous. C'est ainsi
chanter qu'il est leur gloire, leur salut, leur espé- qu'on bénit les fidèles, et c'est ainsi qu'on bénit
rance, la gloire de leur vertu ; celui d'où leur les sacrements. Mais il faut ici observer que la
vient toute leur force, et le seul qui les élève5, bénédiction dont on consacre les sacrements
Aussi « est-il glorifié dans l'assemblée des s'étend plus loin ; puisqu'on ne les bénit que
« saints6 ; » c'est en lui seul qu'ils se réjouissent, pour bénir, consacrer et sanctifier l'homme qui
« parce que c'est le Seigneur qui les a élus, y participe : de sorte que cette bénédiction a
« c'est le Dieu d'Israël qui est leur roi. » L'Eglise deux effets : l'un envers le sacrement, et l'autre
répète sans cesse ces passages de l'Ecriture, et envers l'homme. Cela étant, il n'y a plus de
c'est Dieu qu'elle loue dans ses serviteurs, difficulté ; car lorsqu'on bénit les dons, c'est-
« O Dieu ! » dit-elle dans une collecte de la à-dire le pain et le vin, avant la consécration,
Messe pour un martyr 7, « ô Dieu, qui êtes la cette bénédiction a ses deux effets, et envers le
« force des combattants, et la palme des mar- sacrement même qu'on veut consacrer, et envers
« tyrs !» Et là même, dans la préface : « Il est l'homme qu'on veut sanctifier par le sacrement,
juste de vous louer, ô Seigneur ! en ce jour où Mais, après la consécration, la bénédiction déjà
nous vénérons la mémoire de votre martyr, et consommée par rapport au sacrement ne sub-
que, pour la gloire de votre nom , nous tâchons siste que par rapport à l'homme , qu'il faut de lui donner de justes louanges. » Et encore sanctifier par la participation du mystère. C'est
dans une autre Messe 8 : « Que vos œuvres vous pourquoi les signes de croix qu'on fait après la louent , 6 Seigneur ! et que vos saints vous bé- consécration, sur le pain et sur le vin consacrés, nissent, parce que vous êtes la gloire de leur se font en disant cette prière : « Afin, » dit-on, vertu et de leur force, et que c'est vous qui leur « que nous tous, qui recevons de cet autel le avez donné, et le courage de vous confesser dans corps et le sang de votre Fils, soyons remplis en le combat, et la gloire dans la victoire. » Et Jésus-Christ de toute grâce et bénédiction spiriencore plus brièvement, mais avec une égale tuelle ; » où l'on voit manifestement que ce force, dans le Missel de Gélase 9 : « Comme les n'est point ici une bénédiction qu'on fasse sur présents que nous vous offrons pour vos saints l'es choses déjà consacrées, mais une prière où , ce „.,.,„. „ , , l'on demande qu'étant saintes par elles-mêmes,
'Secret. deSS. Basilid. Cyrin. Nabor., etc., 12 Junii. — 5 Fer. 5 „ . tl \, ,,. .. . , , '
pott Dom. a Quadrages.-jy«i/. ixvu, 36. -■ Psai., cxv, i5. el es portent la bénédiction et la grâce sur ceux
Pml. F.XXXVHI. 17. 48. —s rijid.,H, 19.—' Mita. Franc, Miss. 17, fit vnd. mari. — * Jbid., Miss. 18. — * Gelas., lib. II. Sacrum.
wm.zt;Tham.,v.}». Les Grecs expriment ceci a une autre ma-
qui en seront participants.
SUa LES PfllERES DE LA U 473
nièrc. On (rouvo dans leur liturgie une prière, mystère au même sens que les Pères ont parlé qui pourrait surprendre ceux qui n'en pénétre- du sacrement de la Trinité, du sacrement de raient pas toute la suite; car ils y prient pour l'Incarnation, du sacrement de la Passion, et les dons sacrés, même après la consécration, ainsi des autres: qu'outre cela c'est un si'me après qu'ils ont répété cent fois qu'ils sont le non pointa l'exclusion de la vérité du corps et propre corps et le propre sang de Jésus-Christ, du saog, mais seulement pour marquer qu'ils y et même en les adorant comme tels, ainsi qu'il sont contenus sous une figure étrangère ■ et enparaîtra bientôt Mais voici toute la suite de fin que, dans cette vie et durant ce pèlerinage cette prière, qui en l'ait entendre le fond et lève ce qui est vérité à uo certain égard, est un <ra,re toute difficulté : « Prions, » disent-ils », « pour e't une ligure à un autre. Ainsi l'Incarnation de lesprécieirj dons offerts et sanctifiés, surcélestes, Jésus-Christ nous est la figure et le gage de noineflables, immaculés, divins, qu'on regarde tre union avec Dieu : ainsi Jesus-Chiist né, Jéavec tremblement et avec frayeur, à cause de sus-Cbristmort, Jésus-Christ ressuscité noui iileur sainteté ; afin que le Seigneur qui lésa gure en sa personne tout ce qui doit s'accomplir reçus en son autel invisible en odeur de suavité, dans tous les membres de son corps mystique et nous rende en échange le don de son Saint- en celle vie et en l'autre. Mais après avoir coin- Esprit » Par où l'on voit que celle prière ne pris des vérités si constantes, vous n'avez pas dû tend plus 5 sanctifier les dons , qu'au contraire aire embarrassé de cette Postcommunion *: on juge déjà pleins de toute sainteté, et dignes « 0 Seigneur! que vos sacrements opèrent en des plus grands respects, mais à sanctifier ceux nous ce qu'Us contiennent, afin que ce que nous qui les reçoivent. célébrons en espèce ou en apparence, » ou
C'est, comme dit un théologien de l'Eglise comme vous voudrez traduire, quod nune tpeeie
grecque3 , qu'encore que le corps sacré de notre 0£rimns,nous le recevions dans la vérité même ;
Sauveur suit plein de toute grâce, et que la vertu rertun veritate capiamt». Cela, dis-jc, ne devait
médicinale qui y réside soit toujours prêta à pas vous embarrasser; au contraire, VOUS deviez
couler, et pour ainsi dire à échapper de toutes entendre que ce que contiennent les sacrements,
paris ; néanmoins il y a des villes, connue dit c'est Jésus-Christ, la vérité même, mais la vérité
Saint-Marc *,« ou il ne peut faire plusieurs cachée et enveloppée sons des signes, suivant la
« miracles, a cause de l'incrédulité » de leurs condition de celte vie. Il ne convient pas à l'état
habitants. On prie donc dans celle vue qu'il de pèlerinage, où nous sommes, d'avoir ni de
sorte une telle bénédiction, si efficace et m abon- posséder Jésus-Christ tout pur. Comme nous ne.
danle, de ce divin corps, (pie l'incrédulité même vo\ons ces vérités que par la foi et à travers ce
soit obligée de lui céder, et soit entièrement nuage, nous ne possédons aussi sa personne que
dissipée. sous des figures. Iî ne laisse pas d'èlre tout en-
Concluez de tout ceci que les bénédictions tier dans ce sacrement, puisqu'il l'a dit; mais il
qu'on fait sur le corps de Jésus-Christ avec des y est caché à notre vue, et n'y parait qu'à notre
signes de croix, ou ne regardent pas ce divin foi. Nous demandons donc qu'il se manifeste, que
corps, mais ceux qui doivent le recevoir ; ou la foi devienne vue, et que les sacrements soient
que si elles le regardent , c'est pour marquer enfin changésen lactaire apparition de sa gloire,
les bénédictions et les grâces dont il est plein, C'est ce qu'on demande en d'autres paroles
etqu'ildésire répandre sur nous avec profusion, dans une autre oraison : « Nous vous prions, ô
si notre infidélité ne l'en empêche ; ou enfin, si Seigneur ! que nous recevions manifestement
on veut encore le prendre en cette sorte , on ce que nous touchons maintenant dans l'image
bénit en Jésus-Christ tous ses membres, qu'on d'un sacrement 2. » Vous voyez dans toutes ces
offre dans ce sacrifice comme faisant un même prières que nous n'y demandons pas d'avoir au
corps avec le Sauveur, afin que la grâce du tre chose dans la gloire que ce que nous avons
chef se répande abondamment sur eux. ici; car nous avons tout, puisque nous avons
Il n'est pas besoin de répondre ici aux cliica- Jésus-Christ, où tout se trouve ; mais nous de-
nes que l'on nous a failes sur le mot de sacre- mandons que ce tout se manifeste : que les voi-
ment: puisque vous ne proposez sur ce sujet les qui nous le cachent soient dissipés; que nous
aucune difficulté, o'est apparemment que vous voyions manifestement Jésus-Christ Dieu et
en êtes plus avant que cela. Vous savez trop que homme, et que, par son humanité, qui est le
si l'on appelle l'Eucharistie un sacrement, c'est moyen, nous possédions sa divinité, qui est la
à cause premièrement, que c'est un secret et un fin où tendent tous nos désirs.
' J.iturg. Jac, tom. il. BilUolh. PP. G. L., p. 9; Mss. Citrytos., ' Postcom. sabb. Qmt. Terap. S-p'.cmb. — 'In .i-;i4/-js., 30 Dec;
p. 81. — ' Calas., Lilurg. up., cap. 34. — 3 Marc, vi, 15. m Urd. S. Jac. apud Pamel., lom. i, pa;;. 31C.
C'est la fin où tend ce sacrifice; et c'est pourquoi toutes les Eglises, en Orient comme en Occident, sont convenues de le commencer par ces paroles: Sursum corda, le cœur en haut: à cause non-seulement qu'il faut s'élever au-dessus des sens et de toute la nature, pour concevoir Jésus- Christ présent sous des apparences si vulgaires, mais à cause principalement que Jésus-Christ ne s'y offre pour nous et ne s'y donne à nous, que pour exciter le désir d'être bientôt dans sa gloire.
Dès l'origine du monde tous ceux à qui Dieu s'est manifesté, tendaient à voir Jésus-Christ. Abraham a vu son jour, quoique de loin, et il s'en est réjoui, dit le Sauveur i. Et ailleurs : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Combien de rois et de prophètes ont désiré de voir ce que vous voyez, et ne Vont pas vu, et d'ouïr ce que vous écoutez, et ne l'ont pas ouï 2 / Jésus-Christ a parlé ainsi, encore que cette vue où on le voit en sa chair mortelle ne soit pas ce qui rassasie le le cœur de l'homme ; mais c'est enfin que notre bonheur est de le voir; et ce bonheur de le voir nous manquant dans l'Eucharistie, elle ne nous rassasie pas entièrement, elle ne fait qu'irriter notre désir. C'est quelque chose à l'épouse de savoir l'époux dans la maison, et d'en sentir déjà pour ainsi dire les parfums ; mais si on n'ouvre la porte, si on ne perce les voiles, en un mot si elle ne voit, les rigueurs de l'absence ne finissent pas, mais plutôt elles se font mieux sentir.
Jésus-Christ connaît ce langage, et en disant : a Je m'en vais, » il nous accoutume à l'entendre de sa présence sensible. Près de retourner à son Père, il dit qu'il s'en va, comme s'il avait oublié qu'il nous devait laisser son corps et son sang : mais non, car écoutez comme il parle : « Je m'en vais, et vous ne me verrez plus 3. » Quand on aime, tout le bonheur est de voir ; toute autre grâce ne contente pas ; et c'est pourquoi l'Eucharistie même, j'oserai le dire, est une absence pour un cœur qui aime et qui veut voir. « Tant que nous sommes dans ce corps, » dit saint Paul 4, « nous sommes éloignés de No- « tre-Seigneur ; car nous marchons par la foi et « non par la vue, et nous désirons sans cesse « d'èlre plutôt éloignés de ce corps, et d'être « présents à Notre-Seigneur ; » présents par la claire vue, comme il vient de dire : tout ce qui n'est point la claire vue, tout ce qui se fait par la foi est une absence pour nous, et nulle présence ne nous satisfait que celle de la claire vue» C'est pourquoi Jésus-Christ disait : « Je m'en vais,
lJoan., vin, 56.
Cor-, v, C, 7.
Luc., x, 23, 24. — s Joan., xvi. 10. — < II
« et vous ne me verrez plus; » ce qu'il inculque sans cesse dans le même endroit : « Un peu de « temps, et vous me verrez; encore un peu de « temps, et vous ne me verrez plus, parce que « je m'en vais à mon Père i ; » faisant toujours consister le mal de l'absence dans la privation de la vue. Et un peu plus bas, en parlant de son retour à la fin du monde : « Je vous verrai en- « core une fois, et votre cœur se réjouira, et « personne ne vous ôtera votre joie 2. » « Ce « sera, » comme dit saint Paul 3, lorsque « je le « connaîtrai comme j'en suis connu ; » c'est-àdire que je le verrai comme j'en suis vu ; et lors, comme dit saint Jean 4, que « nous lui serons « faits semblables, parce que nous le verrons « tel qu'il est. »
Jusqu'à ce que cela soit, nous avons beau l'avoir dans l'Eucharistie très-réellement présent ; comme nous ne le voyons pas, et que nous marchons par la foi, notre amour, j'ose le dire, le tient pour absent, parce qu'il n'a point la présence qui nous rend heureux, et qui contente le cœur : et le Sauveur, qui le sait, ne regarde pas son corps et son sang comme faisant dans l'Eucharistie notre parfaite félicité ; sa gloire nous y est cachée, et jusqu'à ce qu'elle nous paraisse, rien ne sera capable de nous rassasier. C'est pourquoi, en s'en allant, c'est-à-dire comme il l'a lui-même expliqué, en se cachant à nos yeux, et disparaissant d'avec nous selon la présence visible, » il nous laisse un autre consolateur 5, » un consolateur invisible, un consolateur au dedans, en un mot, le Saint-Esprit, qui, animant notre foi et notre espérance, adoucit nos gémissements et rend notre pèlerinage plus supportable.
Il faut avouer que les disciples de Jésus-Christ perdirent une grande consolation, quand ils perdirent sa sainte présence. Les apôtres avaient le bonheur de le voir et de l'entendre toujours; une Marthe, une Marie, un Lazare, avaient celui de le loger dans leur maison, de le nourrir, de soutenir les infirmités qu'il avait volontairement revêtues. Ce leur fut même après sa mort une espèce de consolation de le voir dans son tombeau, de l'oindre de leurs parfums, de préserver par leur baume sa sainte chair de la corruption dont les corps morts sont menacés, encore qu'une onction d'une nature plus haute préservât assez Jésus-Christ. Mais enfin la douleur des femmes pieuses s'adoucissait par ces devoirs, et Madeleine ne se consolait pas d'avoir perdu, croyait-elle, cette douce consolation avec le corps de son Sauveur 6.
i Joan., xvi, 16. — J Ibid., 22. — ' / Cor., XIII, 12. — ♦ Joan., m, 2. — k Joan., xiv, 16. — « Joan-, xx, 13.
SUR LES PRIfcKES f>E LA V,:SSE.
us Christ ;i bien senti dans ses servitf'irs Ce
plaisir de le secourir dans sa \ie mortelle, et de porter la douceur de cette assistance jusqu'à ses membres ensevelis. De là vient que dans le murmure qui s'éleva contre .Marie pour l'avoir si richement parfumé dans un festin, comm i pour commencer à l'ensevelir, lui qui prend toujours le parti des pauvres, pour qui on disait que cette dépense aurait été mieux employée: « Non, » dit-il ', « vous avez toujours les paua vresavec vous, et vous leur pourrez faire du « bien quand vous voudrez. » Remarquez cel dernière parole, que Baint Maie, ou plutôt saint
Pierre, de qui s;tint Mare Pavait appris, a aussi
à bien remarquée : ■ Mais pour moi vous n'avez « plus rien à me faire, » plus aucun secours à me 'donner; c'est ici le dernier devoir, puisque déjà on m'embaume pourm'ensevelir; tant il
sentait de consolation dans les siens, à le VOIT,
à le servir, à le 'secourir, à lui rendre tous ces
devoirs qu'on rend aux personnes qu'on voit, avec qui on vil et on converse, et qu'on croit encore voir et servir, lorsqu'on rend à leur corps mort les derniers devoirs.
Elevons donc notre cœur en haut dans ce sacriflee. C'est déjà l'élever beaucoup que de croire Jésus-Christ présent, pendant qu'on l'y voit si peu; mais il tant l'élever encore jusqu'à désirer de le voirdana sa gloire. Car si sa présence visible, durant les jours de sa chair, était si désirable et si consolante, que sera-ce de le voir tel qu'il est, et de lui devenir semblable, comme nous disait tout à l'heure son disciple bien-aimé?
C'est le sens de celle parole : « Le cœur en « haut; « elle peuple ayant répondu : «Nous « l'avons élevé au Seigneur; » on continue en disant: «Rendons grâces au Seigneur noue «Dieu;» par où non-seulement on confi que cela même qu'on a élevé son cœur à Dieu , est un effet de sa grâce, dont il fout le remercier, mais encore on reconnaît que toutes nos prières et nos sacrifices sont fondés sur l'action de grâces, parce que nous avons déjà reçu avec Jésus- Christ, où tout est, le fond de ce que nous demandons et attendons: si bien que nos demandes et nos espérances ne tendent qu'à déployer et à développer, comme il a déjà été dit, ce que nous avons déjà en Jésus-Christ. Et c'est pourquoi le sacrifice de l'Eucharislie ou d'actions de grâces est le propre sacrifice de la nouvelle alliance; ce qui, loin d'empêcher que ce sacrifice ne soit en même temps propitiatoire el impélraloire, lui donne au contraire ces qualités, dont l'action de grâces est le fondement, ainsi qu'il a été dit.
Vous voyez, par toutes les choses que j'ai rap-
> Mure-, xiv, 7.
portées, la parfaite unité d'esprit qui règne dans les liturgies de toutes les Eglises chrétiennes. On
it rapporter encore beaucoup d'autres choses, qui la marquent si parfaitement, qu'il n'j a pas moyen de douter (pie toutes ces lilur- S Deviennent dans le fond de la même source, C'est-à-dire des apôtres mêmes : et c'est aussi pour cette raison que les Eglises les ont rappor tées aux apôtres, qui ont été leurs fondateurs, Comme celle de Jérusalem à saint Jacques , et celle d'Alexandrie a saint Marc; parce qu'encore qu'on y ait ajouté beaucoup de choses accidentelles, le fond n'en peut venir que de ce principe cl qu'on n'y a rien ajouté (pie de convenable à ce qu'on > trouvait déjà.
Après cela, Messieurs, nous devez croire que la diversité qu'on nous a fait remarquer entre la liturgie romaine cl celle des Crées , touchant la consécration, n'est pas si grande (pie vous le penses: card'abordelïes conviennent toutes deux à réciter l'institution de l'Eucharistie et les paroles do Noire-Seigneur; ce qui se trouve unanimement dans toutes les liturgies, sans en excepter une seule. Secondement, elles conviennent encore, comme on a vu, à demander à Dieu qu'il change les dons au corps et au Bang de Jésus- Christ; en sorte que la différence , qu'on vous représente si grande entre les Eglises est uniquement que l'une a mis devant les paroles de Jésus-Christ celle prière que l'autre y a mise après.
Or, afin de vous faire entendre combien est légère celle différence, il faut encore savoir que, du commun consentement des deux Eglises, la vertu qui change les dons et en fait le corps et le sang, consiste essentiellement dans les paroles de Notre-Seigneur : ce qu'il serait aisé de vous faire voir par la tradition constante des Pères grecs el latins. Mais la chose est si peu douteuse, (pie les Grecs mêmes d'aujourd'hui, qui semblent mettre la forme de la consécration précisément dans la prière où on demande que le Saint-Esprit change les dons après qu'on a récité les paroles de Noire-Seigneur, ne laissent pas d'avouer que la force est dans ces paroles qu'il a prononcées, et que la prière dont il s'agit ne fait qu'en appliquer aux dons proposés la toute-puissante vertu, comme on applique le feu à la matière combustible1. Ainsi ce sont les paroles de Notre-Seignecufqui sont en effet le feu céleste qui consume le pain et le vin : ces paroles les changent en ce qu'elles énoncent, c'est-à-dire au corps et au sang, comme le dit expressément saint Chrysostome2. Et tout ce qu'on pourrait accorder aux