‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 15 sur 313 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que selon le sentiment du ministre on pouvait se sauver en la communion et en la croyance de l'Eglise romaine, jusqu'à l'an 1543.

Encore que la Providence divine, par des jugements terribles mais très-équitables, permette que la doctrine céleste soit en quelque sorte obscurcie par les hérétiques; néanmoins elle se réserve le droit de tirer, quand il lui plaît, de leur bouche, des témoignages illustres de ses vérités. Les exemples en sont communs dans l'antiquité chrétienne; mais nous devons au grand Dieu vivant de sincères actions de grâces, de celui qu'il fait paraître à nos yeux. Enfin, les ministres de Metz prophétisent et nous donnent des arguments très-certains, par lesquels nous leur prouvons

invinciblement que l'on se peut sauver dans l'Eglise que leurs prédécesseurs ont abandonnée. Je conjure le lecteur ebrétien déconsidérer attentivement de quelle sorte le sieur Ferry enseigne celle doctrine à son peuple.

Après avoir discouru de la réformation de l'Eglise, il propose cette question en la demande xuie de son Catéchisme: «Que croyez-vous donc « de nos ancêtres qui sont morts dans la com- « munion de l'Eglise romaine? » A quoi il répond, en premier lieu, que « les Juifs auraient pu faire « la même question aux apôtres qui les invitaient t à embrasser l'Evangile1. » Il est Irès-aisé de connaître que cette réponse n'est nullement à propos, parce qu'il n'y a pas sujet de douter qu'avant la publication du saint Evangile on ait pu se sauver dans le judaïsme; et tout homme de bon sens jugera qu'il est ridicule de comparer le changement de religion qui est arrivé du temps

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64 RÉFUTATION DU SIEUR FERRY

des apôtres, avec celui que nos adversaires ont De là il s'ensuit qu'avant ce temps-là, les fidè-

fait dans ces derniers siècles. Ceux-ci ont changé, les se pouvaient sauver en la créance de l'Eglise

comme chacun sait, la religion que leurs pères romaine : et certes, la question même, comme il

avaient professée, parce qu'elle leur semblait cor- la propose, ôte tout le doute qu'on pourrait avoir

rompue, pleine de sacrilège et d'impiété. Or, il de son sentiment sur ce sujet-là . Car ce qu'il

est clair que ce n'est point pour cette raison que veut éclaircir principalement, c'est l'estime qu'il

les saints disciples de Notre-Seigneur se sont faut faire de ceux qui sont morts en la communion

retirés de la religion judaïque; mais sachant que de VEtjlise romaine avant la réformation. Qui dit

laloi deMoïse n'était qu'uneombre et une figure, communion, dit société de créance, d'autant que

ils l'on quittée de la même sorte que l'on fait le nœud le plus ferme qui lie la communion ec-

laisser la grammaire à ceux que l'on avance aux clésiaslique, c'est la profession de la même foi.

sciences supérieures : si bien que cet exemple ne En effet, il n'est pas possible de vivre en la com-

conclut rien en laveur de notre adversaire ; aussi munion d'une Eglise, sans participer à ses sacre-

l'a-t-il touché légèrement, sans s'y être beau- ments et au service par lequel elle adore Dieu :

coup arrêté, et après il passe à d'autres réponses ce qui enferme une déclaration solennelle qu'on

qui semblent plus essentielles et plus sérieuses, approuve et qu'on reçoit sa créance. Le ministre

L allègue donc deux raisons pour lesquelles il lui-même reconnaîtra que ceux qui font la cène

ne veut pas que l'on fasse le même jugement de avec lui professent hautement, par cette action,

ceux qui meurent en la communion de l'Eglise la doctrine de ses Eglises. Il faut dire la même

romaine, et de ceux qui sont morts en son unité chose de nos ancêtres auxquels il ne dénie pas le

avant la réformation prétendue * . La première de salut; qui, toutefois, mourant, comme il le con-

ces raisons, c'est que l'ignorance, à ce qu'il fesse, en l'unité de l'Eglise romaine et en la com-

estime, a rendu nos pères plus excusables; la munion de ses sacrements, ont assez témoigné

seconde, c'est que l'Eglise romaine n'est plus par là qu'ils n'avaient point d'autre foi que la

la même qu'elle était alors. C'est ce que nous sienne. Mais ce qui achève de nous découvrir

avons à considérer : mais auparavant, posons la pensée du sieur Ferry sur ce point, c'est ce

bien le sens et la doctrine du ministre. qu'il dit en la page 98, et dans les suivantes.

Voyons, en premier lieu, jusqu'à quel temps C'est là qu'il remarque de quelle sorte l'Eglise

il dit que l'on pouvait se sauver en la commu- catholique de Metz exhortait et consolait les mou-

nion de l'Eglise romaine. Et premièrement, il ranls en l'an 1543. Il récite toutes les interroga-

est très-certain qu'il y comprend tout celui qui lions qu'on leur faisait; et après les avoir bien

s'est écoulé avant les auteurs de sa secte : et ainsi considérées, il déclare nettement qu'il ne doute

Luther n'ayant commencé à fonder ses nouvel- point qu'ils ne se pussent sauver en cette créance,

les Eglises qu'environ l'an 1521, il s'ensuit que, Examinons donc quelle était la foi qu'ils profes-

du consentement de notre adversaire, on pouvait saient jusqu'à la mort.

se sauver parmi nous, dans toutes les années La première question qu'on fait au malade et sur précédentes2. Mais il passe encore plus loin : car laquelle on lui demande son consentement, est décrivant au long la manière avec laquelle les couchée dans le Rituel, et rapportée dansleCatécurés de Metz exhortaient les agonisants, en l'an chisme, en ces termes : « Mon ami, voulez-vcus 1543, selon le manuel imprimé sous l'autorité du « vivre et mourir en la foi chrétienne, comme cardinal'de Lorraine, qui régissait alors ce dio- « vrai, loyal et obéissant fils de notre mère sainte cèse, il ne fait nulle difficulté d'avouer que l'on « Eglise? » Le malade répondait : « Oui : » et je pouvait mourir, même en ce temps-là, dans la soutiens que par cette seule parole, il faisait procommunion de l'Eglise romaine, sans préjudice fession de croire tout ce qui était cru en l'Eglise, de son salut3. Et enfin, voulant expliquer quand Le ministre dira sans doute qu'on ne lui parles choses ont commencé d'y être tellement ren- lait pas de l'Eglise romaine : et que « celle qui versées, qu'on ne peut plus y espérer la vie éler- était nommée la mère sainte Eglise n'était pas la nelle, il rapporte ce changement environ à la particulière de Rome, mais l'universelle, et n'asession îv du concile de Trente, qui fut tenue l'an "vait point d'autre nom à Metz, ni ailleurs, que de 1546 4, et veut faire croire au peuple ignorant catholique et apostolique ». » Mais certes, il s'aque, depuis celte session, et les Pères de ce con- buse visiblement s'il croit que nous restreignons cile, et les Papes, en exécutant ses décrets, ont Ie tilie d'Eglise catholique à la seule Eglise de introduit dans l'Eglise romaine une doctrine si Rome, comme il le suppose en plusieurs enpernicieuse, qu'on ne peut plus y obtenir la cou- droits. L'Eglise que nous appelons catholique ronne que Dieu a promise à ses serviteurs. n'est pas renfermée dans les murailles d'une

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ville, si grande et si peuplée qu'elle soit. Elle nous. Mais pour bien entendre cette vérité il

s'étend bien loin dans les nations. Cette même faut considérer avant toutes choses, quel était en

I lise, que nous nommons catholique etaposto- ce temps-là l'état de l'Eglise. lique, parce qu'elle a la succession des apôtres, Que la foi lût la même, je le puis justifier aisé-

et qu'elle se multiplie tous lesjours par toutes les ment par les reproches de nos adversaires. Il est

provinces du inonde, nous la désignons aussi clair que les ministres ne forment aucune accu-

par le nom d'Eglise romaine : parce qu'une Ira- salion contre nous, que leurs prédécesseurs

ditionancienne lui apprend à reconnaître l'Eglise n'aient commencée avec une pareille animosité.

de Rome comme le chef de sa communiom ; et II serait [long de citer les passages; mais il est

par là nous la distinguons plus spécialement de assez constant que la sainte messe, les imaj

toutes les sectes qui sont séparées du siège de les reliques, le purgatoire, l'invocation des saints,

l'apôtre saint Pierre, que l'antiquité chrétienne le mérite dc^ (Barres, et enfin tous les autres

a révéré dés les premiers temps comme le centre points que l'on nous objecte, ont été le sujet

de l'unité ecclésiastique. Nous ferons voir à no- de leurs inTectives : et entre les articles qui sont

tre adversaire, en un autre lieu, (pie nos pères récités en la page 37 du Catéchisme, par lesquels

nous l'ont ainsi enseigné. Maintenant il nous le ministre prétend que nous BTOns perverti

Suffit qu'il observe que c'est de cette Eglise que l'Evangile, je soutiens qu'il n'en saurait désigner

le curé parle dans les pieuses interrogations qui un seul, que ses pères n'aient déjà taxé de leur

sont apportées dans le Catéchisme. Car il est temps avec une véhémence extraordinaire. Il

clair qu'il ne parlait pas de l'Eglise luthérienne, tant donc nécessairement qu'il confesse ou que

ni de la prétendue réformée» ni de l'éthiopique, scs premiers maîtres ont été d'impudents calom-

ni de la grecque. H parlait de l'Eglise en laquelle niateurs, nubien que, si l'on nous a lait les

il était établi pasteur; où le malade voulait mêmes reproches, nous avions par conséquent

mourir, à laquelle il avait demandé le saint viati- la même doctrine.

que du divin corps de notre Sauveur, et le remède Ce qui le montre encore plus* clairement, i i

salutaire de l'extrèmc-onction; de laquelle il que les premiers docteurs de nos adversaires,

attendait les honneurs de la sépulture ecclésias- non contents de reprendre cette créance, pour

tique. Celle-là était sans doute l'Eglise que Tu- faire voir combien ils s'en éloignaient, se sont

sage commun appelle romaine. C'est de cette publiquement sépares de la communion de

Eglise que le malade se reconnaissait le vrai fils, l'Eglise romaine, prenant pour prétexte les

le fils loyal et obéissant: et ainsi ne témoignait-il mêmes causes que nos adversaires défendent

pas qu'il embrassait sincèrement sa doctrine, encore : ce que le ministre ne peut nier sans une

qu'il recevait avec humilité ses décisions, qu'il insigne infidélité. Et qui ne voit par là qu'ils

suivait de tout son cœur ses enseignements? Et jugeaient que la loi qu'on professait en l'Eglise,

toutefois le ministre avoue que le chemin du était directement opposée à celle qu'ils voulaient

ciel lui était ouvert, bien qu'il fit celle déclara- introduire?

lion en mourant. Par conséquent, il faut qu'il En effet, ils ont bien vu qu'ils se raidissaient

accorde que l'an 1543 les fidèles se pouvaient contre une créance reçue. Aussitôt qu'il paru-

sauver en la communion et en la créance de rent au monde, et (pie, sous le beau prétexte

l'Eglise romaine. de réformation, ils débitèrent leurs nouveaux

dogmes; et les évoques, et les conciles, et les

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