‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 16 sur 313 · CHAPITRE II. universités catholiques résistèrent hautement à · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. universités catholiques résistèrent hautement à

Qu'il n'y a aucune difficulté que nous ne soyons d.ms le leurs entreprises. Chacun s'étonna de leurnou-

nn me état que nos pères en ce qui regarde la religion. vcaulé . e» ^ggj une marquc évidente que la (I« C-

C'cst ici queje lui demande quel nouveau crime trine qu'ils venaient combattre, était profondé-

a commis l'Eglise romaine, de quelle nouvelle ment imprimée en l'esprit des peuples; ce qui

hérésie s'est-elle infectée depuis l'an 1543 et 46; ne serait pas ainsi arrivé, si elle n'eût été con-

et d'où vient que depuis ce temps-là seulement firmée depuis plusieurs siècles par un consenle-

ellene peut plus engendrer des enfants au ciel? Je ment général.

n'ai pas besoin d'employer ici, ni des raisonne- Bien plus, il est certain que non-seulement

ments recherchés, ni des remarques étudiées. Je les points de notre doctrine que nos adversaire 5

ne veux seulement que le sens commun, pour contestent, étaient crus pendant ce temps-là pa

voir que notre foi ne diffère pas de celle que nos tous les fidèles qui vivaient dans notre commu-

ancètres professaient alors: et de là il est aisé nion;mais encore que pour la plupart ils avaient

de conclure que, s'ils se sont sauvés en cette déjà été définis par l'autorité des conciles contre

créance, il n'y a aucune raison de douter de diverses sectes qui s'y étaient injustement oppo-

B. Tom. IV. 5

66 RÉFUTATION DU SIEUR FERRY

sées.Le sieur Ferry ne dit-il pas lui-même que pain, tenait lieu de loi, qui ne pouvait être a dès l'an 1215, au concile de Latran, la trans- changée sans l'autorité de l'Eglise : et que tous « substantiation avait été passée en article de ceux qui seraient contraires à cette doctrine, défi foi1?» Par conséquent cet article était cru vaientêtre tenus hérétiques? Telle fut la décision dans le temps duquel nous parlons, pendant du concile, qui ayant été embrassée par toute lequel, du consentement du ministre, on pou- l'Eglise, il n'y a qu'une extrême ignorance qui vait se sauver parmi nous. Néanmoins il n'est puisse douter de sa foi sur cette matière, pas croyable combien nos adversaires l'ont en D'ailleurs, les calvinistes publient tous les horreur. Dumoulin dit, en son « Bouclier de la jours, et le ministre ne le niera pas, que les Foi, » que cette « transsubstantiation sape la vaudois et les albigeois sont leurs vénérables « piété par les fondements, et frappe droit au prédécesseurs * , qu'ils ont professé leur même « cœur de la religion 2. » Que s'ils demeurent créance, et qu'ils se sont retirés d'avec nous pour d'accord que cette créance n'a pas empêché le les mêmes causes, pour la Messe, pour l'invosalut de nos pères, ne nous font-ils pas voir cation des saints, pour le purgatoire, pour les sans difficulté qu'ils se sont emportés excessive- images, pour la primauté du Pape, pour le ment, quand ils l'ont si sévèrement censurée? et sacrement de la sainte table, et ainsi du reste, ensuite ne nous donnent-ils pas une certitude Or, il est très-certain que l'Eglise condamna ces infaillible qu'il n'y a plus aucun point de notre hérétiques sitôt qu'ils parurent. Et en condamdoctrine qui puisse nous exclure du ciel, puis- nant leur doctrine, qui ne voit que par une que celui-ci, qu'ils blâment si fort, n'en a pas même sentence, elle a proscrit celle des calexclu nos pieux ancêtres? vinistes, qui se glorifient d'être leurs enfants?

Davantage, peut-on nier que la Messe ne fût De cette sorte, quand ils sont venus, il y avait le service public de l'Eglise? Nos adversaires ne déjà plusieurs siècles que leurs principales maie contestent pas, et c'est une vérité trop con- ximes avaient été publiquement rejelées, et par nue. Or, c'est ce qu'ils ont le plus en exécration; conséquent les contraires reçues par l'autorité c'est la Messe qu'eux et leurs pères ont décriée de l'Eglise.

comme le comble de toutes sortes d'impiétés et Mais ce qui fait clairement connaître combien

d'idolâtries. Mais il faut bien qu'ils sentent en elle détestait ces opinions, c'est que Jean Viclef

leurs consciences que tous ces reproches sont et Jean Hus les ayant presque toutes ressusci-

très-injustes, puisqu'ils avouent maintenant et tées, le concile général de Constance, et le pape

qu'ils prêchent, et qu'ils enseignent même dans Martin, et toute l'Eglise renouvela contre eux

leurs catéchismes, qu'avant leur réformation le juste anathème qu'elle avait prononcé contre

prétendue, et jusqu'à l'an 1543, oùla Messe cons- les vaudois. Et après tant de condamnations,

tamment était en l'Eglise en la même vénéra- qui serait si aveugle que de ne voir pas com-

tion qu'elle est en nos joins, cette Eglise, qui la bien de points, que nos adversaires ont taxés

célébrait, ne laissait pas de contenir en son sein, d'erreur, étaient reçus en l'Eglise romaine

et d'y conserver jusqu'à la mort, les enfants de comme des articles de foi catholique, dans le

Dieu. temps où le Catéchisme confesse qu'on pouvait

Que dirai-je de l'administration de l'Eucha- y trouver la vie éternelle? ristie ? est-il rien de plus ordinaire en la bouche Encore que ces choses soient très-évidentes , je de nos prétendus réformés, qu'un de nos plus suis contraint de les expliquer au ministre, qui grands attentats contre l'Evangile, c'est de ne fait semblant de les ignorer. Qu'il lise la session pas la donner sous les deux espèces? C'est ce 8e avec la 15e du concile universel de Constance, qu'ils ne cessent de nous reprocher. Cependant, et la bulle du pape Martin V touchant la condamau temps duquel nous parlons, cette Eglise, nation des erreurs de Jean Hus et Jean Viclef , qui, selon l'avis du ministre même, conduisait deux de ses prophètes. Là, parmi les propositions si bien ses enfants à Dieu, ne les communiait censurées , il y trouvera celles-ci entre autres : que sous une espèce. Et qui ne sait que quelques « La substance du pain matériel , et semblable- Bohémiens, animés par les prédications de Jean ment la substance du vin matériel, demeure Hus, ayant rétabli la communion du sacré ca- dans le sacrement de l'autel. Jésus-Christ n'est lice, le concile général de Constance prononça 3 pas réellement en ce Sacrement en sa propre qu'il fallait croire, sans aucun doute, que tout le présence corporelle, » c'est-à-dire par la précorps et tout le sang de Notre-Seigneur était sence de son corps. « Il n'est pas fondé en vraiment sous chacune des deux espècesj; que la l'Evangile , que Jésus-Christ ait institué la Messe, coutume de communier sous la seule espèce du II n'y a aucune apparence qu'il soit nécessaire

' Pag. 67. — 2 Sect. 173.— » Sess. 13. ' Pag. 67.

qu'il y ait un chef qui régisse l'Eglise militante dans les choses spirituelles, et qui vive et soit conservé toujours avec elle. 11 n'estpas de nécessité de salut de croire que l'Eglise romaine soit la première entre toutes les antres. C'est une erreur, remarque ici le concile, si par l'Eglise romaine, il entend l'Eglise universelle, ou te concile général, ou entant qu'il nierait la primauté du souverain pontife sur les autres Eglises particulières '. »

En conséquence de ces erreurs ainsi condamnées, le Pape, avec le consentement du concile, ordonne que celui qui aura soutenu ces propositions, ou qui sera soupçonné de les croire, soit interrogé en celte manière2: «S'il croit qu'au sacrement de l'autel , après la consécration du prêtre, sous le voile du pain et du \in . ce n'est pas du pain et du vin matériel . mais le même Jésus-Christ qui a souffert à la croix, et qui est assis à la droite du Père. S'il croit et assure (pic la consécration étant faite, sous la seule espèce du pain , soit la chair de Jésus-Christ , son sang . son âme , sa divinité, cl enfin Jésus-Christ tout entier. S'il croit que la coutume de communier les laïques sous la seule espèce du pain, observée par l'Eglise universelle, et approuvée parle concile de Constance, doit être tellement gardée, qu'il n'est pas permis de la blâmer ou de la changer sans l'autorité de l'Eglise. S'il croit que le Chrétien . outre la contrition de cœur, est obligé par nécessité de salut , de s,> confesser aux seuls piètres quand il le peut, et non à aucun talque , si dévot qu'il soit. S'il croit que l'apôtre saint Pierre a été vicaire de Jésus-Christ, ayant puissance de lier et de délier sur la terre. S'il croit que le Pape élu canoniquement est successeur de saint Pierre, ayant la suprême autorité en l'Eglise de Dieu. S'il croit les indulgences. S'il croit qu'il est permis aux fidèles de vénérer les images et les reliques des saints : et généralement tout ce qui a été défini au concile général de Constance. » Telles furent les décisions de ce saint concile; reste maintenant que nous remarquions ce qu'il en résulte à notre avantage.

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