Chapitre premier. — De la justification
Sur ce chapitre, je remarquerai, en premier lieu, les choses dont nous sommes déjà d'accord, catholiques et luthériens également; en sorte qu'il n'est pas besoin d'y chercher de conciliation, puisqu'elle est déjà toute faite.
Premièrement donc, nous sommes d'accord qu'en quelque manière qu'il faille prendre la justification, soit comme la prennent les luthériens, pour la non-imputation du péché, et l'imputation de la justice de Jésus-Christ quia satisfait pour nous, soit pour l'infusion de la grâce sancliliante, qui, en emportant le péché,
Ncc Tridentina synodus ncgat imputari nobis Christi justiliam, aut ea imputatione ad justifîcalioncm opus esse; sed id tantum, justificari homines sola imputatione justitice Christi, exclura gratia i qua nos intus facit justos per Spiritum sanctum, diffusa in cordibuscharitateî quinetiam Christi mérita nostra esse per fidem, nec tantiun imputari nobis, sed etiam applicari et communicari eadem synodus profitetur 2t qua communicatione fit non modo ut peccata nostra tollantur, sed etiam a Christo transmissa justitia infundatur. Hœc igitur novi hominis justificatio est.
Neque ab ea sententia deflectit Augustana Confessio, quœ sanctum Augustiniun laudat 3 Apostoli dicta sic interpretantem : « Quijusti. ficat impium, id est, qui ab injusto facit justnm. »
Sane Augustinus in ea re totus est : « Legimus in Christo justificari qui credunt in eum , propter midtam communicationem et inspirationem gratiœ spiritualis 4 : » nec aliter Apostolus qui justificationem sancto Spiritui intus regeneranti et renovanti tribuit 5. Quo duce, Milevitana synodus, a viro clarissimo inter authenticas habita, docet « in parvulis regeneratione mundari quod generatione traxerunt 6; quo perspicue altribuit rege. nerationi remissionem peccatorum. Quid sit autem justificari eadem synodus Milevitana docet 7 ; neque necesse est justificationem a regeneratione et sanctificatione secerni, quas. in Apologia sœpe confundi et ipsi lutherani in libro Concordiez testantur 8. Certe Apologia passim justificationem non merœ et externœ imputationi, sed Spiritui sancto intus operanti tribuit 9 : Non tamen prohibemus ne sanctificationem, sive regenerationem ac justificationem reipsa inseparabiles, mente et, ut aiunt, ratione secernant; quanquam non placet ad hœc subtilia ac minuta, ad hœc priscis sœculis inaudita, deduci Christianœ doctrinœ et gratiœ gravitatem.
Illud autem prœcipuum est hujus articuli caput: « Gratis justificari nos, quia nihil eorum quœ justificationem prœcedunt, sive fides, sive opéra, ipsam justificationis gratiam promeren-
tlir. Si ENIM GIIATLV EST, JAM NON EX 0PER1BUS, ALIOQUIN GRATIA JAM NON EST GRATIA 10. » Per-
git sancta synodus: « ac propterea necessarium est credere neque remit ti, neque remissa un-
* Sess. 6, can. 2. — * Ib'd , can. 3, 7. — * Cap. De bonis oper. — Lib. i, De pecc. mer., <:. 10, n. 11, t. x. — ' / Cor., vi, 1 1 ; TU. ui, ,, h, 7. — ' Syii. Milrv-, H, cap. 2; Labb., loin, il, col. 1538. —
1; ■!., ' . j et seq., col. lô/J. — ' Pag. 5L'5. — • Pag. 68, 70, etc. - » Hum , XI, 6.
rende en môme temps l'âme sainte et agréable à Dieu; nous sommes, dis-je, d'accord qu'en quelque façon qu'on la prenne, elle est purement gratuite; et l'on ne peut pas nier que ce ne soit là le sentiment des Catholiques, puisque, comme dit le concile de Trente, * , « de toutes les choses qui précèdent la justification, soit la foi ou les bonnes œuvres, aucune ne la peut mériter ; autrement la grâce ne serait pas grâce ; » d'où ce concile conclut « qu'on esl obligé de croire que la rémission des péchés n'est accordée, et ne l'a jamais été, que gratuitement par la divine miséricorde, à cause de Jésus-Christ.
Il faut donc que les luthériens cessent de reprocher, comme ils le font aux Catholiques 2 , qu'ils croient être justifiés et recevoir la rémission de leurs péchés par leurs mérites, puisqu'ils font profession de ne la devoir qu'à la pure bonté de Dieu et aux mérites de Jésus- Christ. Le concile de Trente ne nie pas que les mérites de Jésus-Christ ne soient à nous, puisqu'il confesse au contraire qu'ils nous sont appliqués et communiqués, sans quoi il n'y aurait point de salut pour nous. Nous n'avions donc pas besoin de la réforme luthérienne pour nous apprendre que Jésus-Christ seul a pu satisfaire pour nos péchés, et que par la bonté de Dieu sa satisfaction nous est imputée, comme si nous avions satisfait nous-mêmes. Aussi le concile de Trente n'a-t-il pas nié que, pour être justifiés, nous eussions besoin de l'imputation de la satisfaction et de la justice de Jésus-Christ, mais seulement que nous fussions justifiés par cette seule imputation avec exclusion de la grâce 3, par laquelle nous sommes faits justes intérieurement.
Ainsi nous sommes d'accord que c'est purement à cause de Jésus-Christ et de ses mérites, que Dieu cesse de nous traiter comme pécheurs, et si nous disons qu'en nous justifiant, il fait quelque chose de plus que de cesser simplement de nous imputer nos péchés, on voit clairement que cela n'est autre chose qu'une augmentation de son bienfait. C'est ce qu'on expliquera encore plus dans la suite; mais il nous suffit à présent
1 Sess. 6, c. 8, 9. — 2 Confess. d'Augs., ch. 20; Apol, ch. De la justifie, et Ji'-p. aux object., p. G2, 72, 102, 103, dans le livre de la Concorde. — 3 Sess. 6, can. 2.