‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 188 sur 313 · PREMIÈRE PARTIE : DISSERTATIONS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : DISSERTATIONS

qinin fuisse poccata, nisi gratis divine miscrioordia proptër Christum '. » Jam ergo Lulhe~ ranis gravissimum sublatum est oflendiculum, coin niliil tnagis Calholicis exprobrcot, quam quod se suis mentis justincari credant '2. LL brum autem Coneordia lue allegamus, prout est editus Lipsise, an. L654.

Aimcius II. — De operibus ac meritis justiflcationem conseâuU».

Neque propterea rejicienda sunl post justificationem bonorom operom mérita, quam »l<»ctrioam paucissimis vertus complexus Augusti- Dussicait: Nullane ergo sunt bona mérita justonini? simt plane, quia justi sunt, sed utjusti essent mérita non fuerunt 3. » Cui doctrinœ attestatur Arausicana secunda synodus, dicens: ■ Debetur merces bonis operibus si fiant; sed gratta, quœ non debetur, prsecedit ut liant *. Neque abea flde abludit Confessio Augustana inqua sain; bonorum operum postjustïficationcin mérita ter quaterque inculcanlur ■> , clareque docetur quomodo « suit veri cultus ac meritorn, co quod mereantur prœmia tunà in hae vila, tmn post liane vilain in vita œterna ; pnvcipne veroin liae vila mereantur donornm srvegratiœ incrementum juxtaillud: Babenti DAitmu ,!; » laudaturque Augustinus, dicens: liiledio meretw incrementum dilectionis. Heelc nain et hune recofinms saneli doctoris locum : « Restât ni mtelHgamus Spiritum sanctum habere qui diiigit, et babendo mereii ut plus habeat, et pins babendo pins diligat 7. »

Hœc igitur sunt qua) legimus in ca editionc Confessionis Augustanœ, (pue, ah ipsa origine, an. 1831, vel 32, Wittembergœ facta eStApoUhgia quoque doect 8 « de merito bonorum operum quod sint mcriloria,-non quideniremissionis peceatorum, gratis, aut juslilicationis, sed aliorum praMniorum corporalium et spiritualium et in hae vila et post liane vilain. Nain, inquit, justilia Evangelii, quoe versa lur circa promissioncm gratis, gratis aocipit jusiilicatîonem et vivilicationem; sed implelio legis, quœ sequitur post fidem, versalur eirca legem» in qua non gratis, sed pro noslris operibus offertur et debetur merces; sed qui hœc merentur priusjustificati sunt, quam legem faciant. »

Neque Lutherani refuginnt quin fidèles ipsam vitam œternam promereri possint, saltcm quoad gradus, quod sufficit; cum in illa celcbri dispu-

' Sess. 6, c. 8, 9. — J Cou/. Aug., c. 20; Apol. Conf. Aug., cap. De justif., et liesp. ad objeel., p. G2, 74, 102, 103, ut est edit. a Luth., in lib. Concord. — 3 Epist. 191. al. 105, ad Sir/., n. 6, tom. n. — * Syn. Araus, II, c. 18; Labb., tom. IV, col, 1C70. — b Art. 6, et cap. De bonis oper. — ■ Mailh., x.xv, 20. — ' Tract. 74, in Joan ., n. 2, tom. m, part. n. — ! Jicsp. ad objeel-, p. 16.

de remarquer que c'est un point convenu de part et d'autre, que la rémission des péchés est purement gratuite, et accordée aux seuls mérites de Jésus-Christ, qui est le point le plus essentiel dans celle matière.

Quoique la justification soit gratuite, il ne Tant pas pour cela rejeter le mérite des bonnes œuvres après que nous sommes justifiés; ce que saint Augustin a expliqué dans ces termes: «Les justes n'ont-ils donc aucuns mérites? Ils en ont certainement parce qu'ils sont jusles , mais ils n'en ont eu aucun pour être faits justes ' ; » et il ne devrait point j avoir de difficulté sur cet article, si l'on s'en tenait aux tenues de la Confession d' Augsbourg , où l'on

répète trois et quatre fois que « les bonnes œuvres sont de Mais cultes, et qu'elles sont méritoires, parce qu'elles méritent des récompenses et en celle vie et en l'autre, et dans la \ie éternelle 2. » Les Catholiques n'en demandent pas davantage; et parmi les dons que les bonnes œuvres méritent en cette \ie, la môme Confession d' Augsbourg marque expressément l'augmentation de la grâce; et l'on y loue un passage de saint Augustin, où il dit que la charité mérite l'augmentation de la charité, ce qui en effet est enseigné par ce saint docteur en ces termes: a Celui qui aime a le Saint- Esprit, et, en le possédant, il mérite de le posséder davantage, et conséquemment d'aimer davantage 3. »

Cette doctrine de la Confession (V Augsbourg est amplement confirmée dans Y Apologie 4, où . il est expressément porté « que les bonnes œuvres sont méritoires, non pas à la vérité de la rémission des péchés, de la grâce ou de la justification, niais de beaucoup d'autres récompenses corporelles ou spirituelles, et en cette vie et en l'autre. Car, poursuit-elle, la justice de l'Evangile regarde la promesse de la grâce, et reçoit gratuitement la justification et la vie ; mais l'accomplissement de la loi, qui se fait après la foi, regarde la loi; et à cet égard la récompense nous est offerte et nous est due, non pas gratuitement, mais selon nos œuvres; à condition toutefois que l'on reconnaisse que ceux qui méritent ces récompenses sont justifiés avant que d'avoir accompli la loi, » ce qui est très-vérita-

• Epist. 194, al. 103, n. 6, ubi sup. — 2 Con/ess. d'Augs., art. 6, et ch. Des bnnnes œuvres. — 3 Tract. 74 in Joan., ubi sup. — ' Iiip. aux objeel. dans le livre de La Concorde, p. 16.

tatione Lipsiensi, anni 1539, hoc ultro agnoverint : quod vita œterna sit illa ipsa merces toties rcpromissa credentibus; cœterum ea mérita, nedum excludant gratiam, eam supponunt et ornant; ac prœclare Augustinus : « Vita etiam œterna, quam certum est bonis operibus débitant reddi, ab Apostolo tamen gratia nuncupatur; nec ideo quia merilis non datur, sed quia data sunt ipsa mérita quibus datur *. » De augmente vero gratiœ : « Ipsa gratia meretur augeri, ut aucta mereatur perfici 2. »

Articulus III. — De promissions gratuita, deque jierfectione atque acceptatione bonorum operu m.

Quantacumque autem sint justificati hominis mérita, non tamen eis tanta deberetur merces, nisi ex promissione gratuita : quem ad locum pertinet Tridentinum decretum ex sess. 6, cap. 16, recitatum cum de tertio postulato, deque mentis bonorum operum ageremus 3.

Neque est omittendum illud quod itidem recitatum est sessionis 14, cap. 8, de bonorum operum acceptatione per Christum, addendumque illud ex sessione 6 , cap 16 : « Absit ut Christianus homo in seipso vel confidat, vel glorietur, et non in Domino, cujus tanta est erga omnes hommes bonitas, ut eorum velit esse mérita quœ sunt ipsius dona. » Sic non modo retusa, sed etiam radicitus avulsa superbia est, valetque omnino apostolicum illud : Quis te discernit? quid habes quod non accepisti? Certe accepisti mérita : Si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis 4 ?

Commemoramus autem Tridentina décréta, ne in conquirenda singulorum doctorum sententia laboremus, cum ex ipsa publica fidei declaratione testimonia suppetant.

Articulus IV. — De impletione legis.

Sane de impletione legis nullam esse difficul. tatem supra intelleximus 5 ; neque Confessio Augustana aut ejus Apologia eam unquam negarunt, ut patct capite de dilcctione et impletione legis : alioquin et ipsum negarent, Apostolum dicentem : Plenitudo, sive impletio legis est dilectio 6. Vivere autem in fidelium cordibus dilcctionem, non quidem eatenus ut peccatum in nobis plane non sit , sed certe eatenus ut in nobis non regnet, idem apostolus docet clarius quam ut quisquam Christianus inficiari possit. Potest ergo nostra vera et suo modo, non tamen absolute perfecta et sine peccato esse justitia. Denique in justis ac fidelibus

1 Epist. 101, al. 105, n. 19, toin. Il ; et J)e CJr/. et gratia, c. 13, n. 41, tom. x. — - Epist. 186, al. 106, n. 10, tom. il. — s Snp., p. 167. — * I Cor., iv, 7. — • Sup., p. 172. — l Rom., xin, 10.

ble. Et voilà, dans Y Apologie de la Confession d'Augsbourg, qui est reçue comme authentique dans tout le parti, l'expresse doctrine de l'Eglise catholique.

M. l'abbé Molanus reconnaît que ces choses sont contenues dans les écrits authentiques du luthéranisme; et pour les ramasser en peu de mots, on y voit que les bonnes œuvres des hommes justifiés sont méritoires, qu'elles méritent en cette vie l'augmentation de la grâce, et en l'autre d'autres récompenses : que ces récompenses leur sont dues et leur sont rendues, non pas gratuitement , mais à cause de leurs bonnes œuvres ; or, ces récompenses de l'autre vie, c'est ce qui s'appelle, dans l'Ecriture, la vie éternelle; laquelle aussi notre auteur avoue qu'on peut mériter, sinon pour le premier degré, du moins quant à l'augmentation ; ce qui suffit, selon lui, pour faire dire qu'on mérite la vie éternelle.

Et, en effet, saint Augustin, si souvent loué dans la Confession d'Augsbourg et dans l'Apologie, dit sans hésiter : que la vie éternelle est due « aux bonnes œuvres des saints, et qu'elle ne laisse pas d'être appelée grâce, parce qu'encore qu'elle soit donnée à nos mérites, ces mérites auxquels on la donne nous sont eux-mêmes donnés1. Voilà pour la vie éternelle. Et pour l'augmentation de la grâce, le même saint enseigne « qu'on mérite par la grâce l'accroissement de la grâce, afin que, par cet accroissement de la grâce dans cette vie, on mérite aussi la perfection dans la vie future 2. » Il est aussi décidé dans le concile d'Orange, un de ceux que notre auteur reconnaît pour authentiques, « que la récompense est due aux bonnes œuvres qu'on fait, mais que la grâce qui n'est point due précède, afin qu'on les fasse 2. »

On voit par cette doctrine qu'il n'y a point de difficulté sur l'accomplissement de la loi. Car il y a un chapitre exprès dans l'Apologie, où l'on fait voir que le juste accomplit la loi; et c'est de ce chapitre qu'est tiré le passage qu'on vient de voir sur cet accomplissement. Et en effet, pour le nier, il faudrait nier l'Apôtre même, qui dit « que celui qui aime le prochain « accomplit la loi ; » et encore : « Que la dilec- « tion ou l'amour est l'accomplissement de la « loi 4. » Ce n'est donc point une matière de dispute, si la loi peut être accomplie, puisqu'on est d'accord qu'elle l'est par la charité que le Saint-Esprit a répandue dans les cœurs 5; mais

1 Epist. 194, al. 105 ; De corr. et gratia, c. 13, n. 41, ubi sup. — 2 Epist. 186, al. 106, n. 10. — « 2 Conc. d'Orange, c. 8. — < Rom., xai, 18, 10. — * Rom., y. 4.

PRI MIÈKE PARTIE: DISSERTATIONS

ita peignât cupiditas nt charitaa prœvaleat; ac si non omnia peccata abaint, abaunt tamen en île (|nil»ns ait Joannea : Omnia qui m eo manel non peecat1; et Paulos a : Qui m faciunt, regnum Dei non post&delnmt : de peccatis autem sine quihiis hic non \ivitnr, pravlarum illud gancti Augustin! • : t Qui ea mundare operibua misericordiœ et piis operibua non neglexerit, merebitur bine eiireaine peccato, quamvia, cum hic riveret, babuil nonnulla peccata: quia sicut iata non dénieront, ita remédia quibu8 purgarentur, affileront. »

en même temps on est d'accord que cet accomplissement de la loi ne peut être poussé en cette vie jusqu'à l'entière exclusion du péché, quoique cette exclusion puisse être poussée jusqu'à en détruire le règne, selon ce que dit saint Paul l : « Que le péché ne règne point en votre « corps mortel, en sorte que vous obéissiez à « ses désirs. » Ainsi, encore que la convoitise ne cesse de combattre en nous l'amour de Dieu, elle n'empêche point qu'il ne prévale, et notre Bavant auteur le reconnaît avec nous. 11 y a donc en nous une véritable justice par Le règne «le la charité, encore qu'elle ne soit point absolument parfaite, à cause do. la répugnance et du combat de la convoitise. C'est pourquoi tous les Catholiques reconnaiasent, dans le concile de Trente 2, « qu'on ne peut pas vivre sans péché en cette fie, et qu'on j a continuellement beaoinde dire: Paitlonncz-nuus nos offenses ; » ce que Dieu permet, dit saint Augustin, afin que, dans ce oin continuel de demander le pardon de nos taules, nous n'oublions jamais notre néant.

Mais encore que noire justice ne soit jamais assez parfaite pour exclure tout péché, M. Molanus demeure d'accord qu'elle exclut les péchés mortels, et ceux qu'il appelle contre la conscience, ceux, en un mot, dont saint Jean dit : « que celui qui demeure en Dieu ne pèche « pas4; » et saint Paul : a que celui qui les l'ait « n'entrera jamais dans le royaume de Dieu5. » Par là donc, encore un coup, il y a en nous une véritable justice, et même une sorte de perfection convenable à l'état de cette vie; ce qui l'ait qu'il est si souvent parlé, dans l'Ecriture, des parfaits, des œuvres parfaites, de la parfaite charité. Et pour ce qui est de ces péchés sans lesquels on ne vit point sur la terre, saint Augustin nous donne beaucoup de courage poulies combattre et les vaincre, lorsqu'il dit : « que celui qui aura soin de les effacer par des aumônes et des bonnes œuvres, méritera de sortir de cette vie sans aucun péché, encore qu'il ne

Articulus V. — De meritis quœ vocant ex con-

digno.

De meritorum autem condignitate, etsi bene intellecta res nihil habel difficultatis, tamen ut vitentur ambigua et aliquos offensura vocabula, cum concilio Tridcntino, si libet, taceatur. Mcminerimus autem, commonente concilio Tridcntino 6, ad prajsentis vitœ justitiam pertinere apostolicum illud, momentaneum et levé ;

* l Juin., m, 6, 9. — *// Cor., vi, 9. — ! E.ùst. 157, al. 89, n. 3, loin. h. — ' / Joan-, m, 6, 9. — * // Cor., vi, 9. — ' Sess. 6, eau. 10.

soit pas sans péché durant le cours de cette vie; parce que, comme il n'est pas sans péché, ainsi les remèdes pour les effacer ne lui manquent pas :5. »

Telle est donc cette perfection à laquelle nous devons tendre en celte vie; et elle est si grande, qu'elle fait dire à saint Paul : « J'ai bien coni- « battu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi; a du reste, la couronne de justice m'est résero vée; et le Seigneur, ce juste juge, mc la ren- « dra en ce jour4; » et encore : « Dieu n'est « pas injuste, pour oublier vos bonnes œu. « vrcs5; » par où l'on voit que la couronne de justice, c'est-à-dire la vie éternelle, ne nous est pas seulement accordée par miséricorde, mais encore rendue par justice; ce (pie l'ancienne Eglise, et après elle les luthériens mêmes, dans Y Apologie, ont appelé une dette; et c'est aussi la même chose qu'on a toujours exprimée par le mot de mérite.

Il ne faut pas croire pour cela que cette dette, cette justice, ce mérite emporte avec soi, du côté de Dieu, une obligation rigoureuse de nous donner son royaume, indépendamment de sa promesse. M. Molanus attribue ce sentiment à quelques auteurs catholiques; mais il n'est pas nécessaire d'en discuter ici les sentiments, puisque nous avons une décision expresse du concile

'Jlom., vi, 13. — > Sess. 6, c. 11. <-an. 23. — ' Epis t. 157, al. e9. n. 3. - • // Tim., iv, 7, 8. — « Ilebr., vr, 10.

ad futuram autem mcrcedem referri istud ex codein Apostolo: Supra modum in sublimitate œtemum gîoriœ pondus * ; neque unquam excidat omnia mérita eorumque mercedemex gratuita promissione pendere, neque ulla opéra nostra per sese valerc, sed Cliristi capilis noslri influxu et intervcntu indesinenter indigcre, ut suit, ut persévèrent, ut Dco offerantur, ut a Deo acceptentur, ut statim diximus 2. Sane mémo. retur illud, si e re esse putcnt, poluisse a Deo pleniorcm a nobis, imo plenissimam ac perfectissimam, seu striclam exigi juslitiam; a quo jure per Novi Testamenti fœdus, proptcr Chrisli mcrita ultro decesserit. Scitum ctiam illud : non nisi a persona infinité digna, qualis erat Unigenitus Deus, dignam pro peccato satisfactionem offerri potuisse, atque hanc satislaetionem sic a Deo bono acceptari, tanquam a nobis esset exhibita, quœ quidem illa est imputatio quam et illi urgent et nos nulli relugimus, ut supra memoratum est 3. Neque vero prohibcmus quin etiam illud addant : Deum quidem ncmini, etiam justissimo, nedum peccatori, per se ac stricto jure debere posse quidquam, nisi ultro spondeat, aut pro bonitate ac sapientia sua ad bcneficentiam se inflectat; quœ etsi certissima sunt, ad ea tamen descendi forte non e re sit. Certe illud inculcandum et pleno ore prœdicandum, quod ait Augustinus : « Huic quidem misera* et egenœ mortalitati congruere, ne superbiamus, ut sub quotidiana peccatorum remissione vivamus 4, » ut est a Tiidentina synodo definitum et nobis relatum.

Si nous ajoutons à ces choses le paraon, dont le même concile décide, comme on vient de voir, que nous avons toujours besoin dans cette vie 5, il n'y aura plus rien à nous demander pour la gloire de Jésus-Christ; puisque nous n'avons rien à espérer qu'en vertu d'une promesse, d'une acceptation, d'une condonation miséricordieuse, que nous n'avons qu'en lui seul et par ses mérites.

Enfin, comment pourrait-on penser que les mérites des justes dérogeassent à la grâce, puisqu'ils en sont le fruit, « et que, par un effet admirable de la bonté de Dieu, nos mérites mêmes sont ses dons ? » doctrine que ce concile a encore prise de saint Augustin, pour conclure avec lui, « que le Chrétien n'a rien du tout par où il puisse, ou se confier, ou se glorifier en luimême ; mais que toute sa gloire est en Jésus- Christ 6. »

Tout cela fait voir aussi qu'il n'y a aucune

' // Cor., tt, 17. — • Sap., art. 3, p. 512. — • Sop., p. 512, 513. — * Cont. Rpht. Pelag., 1. iv, n. 31, t. x. — ■ Sess. 6, c. 11, c»D. 23. - ' Ibid,, cap. 16.

de Trente ', en ces termes : « Il faut proposer la Yie éternelle aux enfants de Dieu, comme une grâce qui leur est miséricordicuseinent promise à cause de Jésus-Christ, et comme une récompense qui sera rendue à leurs bonnes œuvres et à leur mérite, en vertu de celte promesse. * Le concile n'a rien oublié, puisqu'il appelle la vie éternelle une grâce, qu'il ajoute aussi qu'elle est mis&ricordieusement promise, et cela, par Jésus- Christ et à cause de lui ; et enfin, qu'elle sera rendue aux bonnes œuvres et aux mérites ; mais en vertu de cette jn-omesse de miséricorde et de grâce.

Il ne faut donc pas ici s'imaginer un titre de justice rigoureuse, qui ne peut jamais se trouver entre le Créateur et la créature, surtout après le péché; mais une justice fondée sur une promesse gratuite, à cause de Jésus-Christ, ce qui tranche en un mot la difficulté.

Et c'est pourquoi le même concile ajoute, en un autre endroit 2, « que nous, qui ne pouvons rien par nous-mêmes, nous pouvons tout avec celui qui nous fortifie ; de sorte que l'homme n'a rien de quoi il se puisse glorifier ; mais que toute notre gloire est en Jésus-Christ, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons, faisant de dignes fruits de pénitence, qui tirent leur force de lui, sont offerts par lui à son Père, et par lui sont acceptés de son Père. »

difficulté sur l'efficace de la loi justifiante, qui est établie par le concile de Trente 3; premièrement, en ce que « nous croyons que tout ce que « Dieu a révélé et promis est très-véritable, » et surtout « que c'est lui qui justifie gratuitement « le pécheur à cause de Jésus-Christ. » Voilà donc, avant toutes choses, la foi des promesses ; et en particulier celle de la gratuite rémission des péchés, embrassée par le fidèle. Secondement, cette même foi, en nous relevant des terreurs dont la justice de Dieu accable notre conscience criminelle, nous fait regarder sa miséricorde ; ce qui fait qu'en troisième lieu, « nous espérons le pardon, et nous confiant, » dit le saint concile 4, « que Dieu nous sera pro- « pice à cause de Jésus-Christ, nous commen- « çons à l'aimer comme la source de toute jus- « tice ; » c'est-à-dire comme celui qui justifie gratuitement le pécheur, ce qui fait « que nous « détestons nos péchés, et prenons la résolution

1 Ses*. 6, cap. 16. — ' Sese. 11, c. 8. — • Ibid., cap. 6. — i Sess. 6, cap. 6.

PREMIÈRE PARTfE : DISSERTATIONS.

« de commencer une vie nouvelle. » Voilà donc toute la structure, pour ainsi parler, <le la justification, Dniqnernent appuyée sur la foi, par laquelle nous embrassons en particulier la pro-

Aitriaus VI. — De /Ide justi/icante.

Quod fides justifiée! et quomodo id li.it, Apologie a saneto Augusiinosic tradit ' ; quod «is «laie diccl per fidem conciliafi justificatorem, el justificationeui (hic intpetrari ; » subdifque 1 1 eodein AugusGno paulo posti «Ex lege speramus in Deum, sed limcnlihus pœnam alisconditur gratia, sub qno timoré anima laboransper (idem confugial ad misericordiam Dei, ut det quodjubel : » En \is fldei, secundum Apologlam, « utquisconfisus gratis Domini Jesn, quo, nequé alio, sarros esse nos oporlet, EnTOcet justitiœ auctorem Deum,» dicente Apostolo 2 : Quomodo enim invoeabunt in quem non ereiliderunt ;

et : Ornais quieumque invoeaverii nomen Domini,

sulvus erit. Inde idem Auguslinus 3 : « Fide Jesu Christ! impetramus salutem, et quantum a nobis inchoatur in re, et quantum perficiendo etspectaiur in spe; » et iterum: « Per legent eognitio peccati, per fidem impetratio gratis contra peccatum, per gratiam sânatio anims a morte peccati. » lla>c igitur est doelrina Pauli, Auguslino leste, quem ipsa Apologiû laudat interpretem.

Bine diserinien inter juslitiam legis sive operum, et juslitiam Christianam, quaj est juslilia fldei, quod leijem justitiœ sortantes ad eam non perveniant, quia non ex fide, sed ex operibus *; hoc est, codem Auguslino interprète: Tànquam ex semetipsis opérantes, non in se eredentes operari Deum''; Christiana» autem justifia» seclatores, eredant in eum qui justifient impium, utique ex ea fide qua eredimus juslitiam nobit iivi- )iitus dari, non in nobit nostris viribus fieri, ut idem Auguslinus docet °.

Inde eliam aliud discrimen inter humanam moralemquejustitiam, etdivinam illam nostram sive Christianam, quod quidem in illa morali juslilia, bonis probisque operibus ac mordais consequamur; ut bumano more modoque jusli simus: at in bac nostra per (idem impetrata justitia prius justi efficiamuroportet, quam juste vivamus; mule sanctus Léo: « Nec propria quisquam justificatur \irtule, quoniam gratia unicuique principium justitia?, et bonorum Ions atque origo meritorum est 7. » Sanctus quoque Augustinus: quis enim potest juste vivere nisi

* Apol., csp. Quod remis, pecc. soin fid.% etc., p. 80; Avij , De tpir. et liUrr., cap. 20, 30, n. 51, f>2, loin. x. — ' Rom , X, 13, 11. — * Auy., loco inox en. — * Ilom., IX, 30. — ' Auy., De spir. et lifter., n. r<!>. — * II, , epist. 186, al l')G, n. 8, tora. IL — Lpiit. 6, al. 80, ad Aquil. episc.

messe de la rémission gratuite de nos péchés, à cause de Jésus-Christ, et nous y mettons notre confiance.

V Apologie nous explique comment la fol justifie ', par les paroles de saint Augustin, qui dit clairement: que c'est la foi qui « nous concilie. Celui par qui nous sommes justifiés ; que c'est par elle que nous impétrons la justification ; que la grâce esl cachée à ceux qui sont encore dans la terreur; niais que l'âme accablée de celte crainte s recours par la foi à la miséricorde de Dieu, afin qu'il nous donne la grâce d'accomplir ce qu'il commande. » Ainsi l'efficace de la loi consiste dans l'invocation, dont elle est le fondement, conformément à celle parole de saint Paul : « Comment ils invoqueront celui en « qui ils n'ont pas cru ? » El encore: « Tous ceux « qui invoquent le nom du Seigneur seront sau- « \és2 ; » ce qui l'ait dire à saint Augustin, et cet endroit est cité àan& Y Apologie: «Parla foi nous connaissons le péché ; par la foi nous impélrons la grâce contre le péché; par la grâce l'âme est guérie de la blessure du péché;» ce qui est précisément ce que nous croyons et ce que Y Apologie a pris de saint Paul, selon que saint Augustin l'a interprété, ce qui montre qu'il n'y a entre nous aucune difficulté sur cette ma. tière; puisque l'on convient de part el d'autre que c'est par la toi en Jésus-Christ, el par l'interposition de son nom, que nous obtenons toutes les Places, et en particulier celle de la rémission de nos [léchés.

On voit, par celle doctrine du concile et de toute l'Eglise catholique, quelle illusion Luther et les prétendus réformateurs ont faite à la chrétienté, lorsqu'ils ont voulu lui faire accroire que c'étaient eux qui venaient leur apprendre de nouveau la doctrine de la justification gratuite et de la vertu de la foi, et de la confiance qu'ils doivent avoir en la pure bonté de Dieu et aux mérites de Jésus-Christ; et il ne faut pas qu'ils s'imaginent que l'Eglise ait eu besoin de leurs avis pour renouveler cette doctrine dans le concile de Trente ; car on ne saurait montrer qu'elle l'ait jamais abandonnée ou affaiblie ; au contraire le P. Denis, capucin 3, dont notre savant auteur a souvent rapporté et approuvé la doctrine, a démontré par cent témoignages, nonseulement des auteurs particuliers, mais encore des rituels el des catéchismes publics, que c'a été

1 Apd., dans le livre de la Concorde, p. 80. — 2 Jiom., X, 13, 14, — 3 Dans le livre intitulé Via pacis.

îuerit justificaius J, ac sancte vivere nisi fuerit sanclihcalus, aut omnino vivere nisi fuerit vivificalus, sicut scriptum est: Justus antem ex fide vivit 2 ?

Articulus VIL — De certitudine fidei justificantis.

De ejus aulem fidei cerlitudine docet Paulus : In repromissione etiam Dei non hœsitavit diffidentia, sed confortatus est fide, dansgloriamDeo, plenissime sciens quia quœcumque promisit potens est et facere 3; quœ est illa perfectissima fidei plenitudo quam idem Apostolus toties commendat. Hinc ingeneralur animis certa fiducia in Deum, qua contra speminspem credimus 4: atque hune fidei justificantis motum synodus Tricïenlinain eo reponit, quod fidèles credant vera esse quœ divinitus revelata et promissa sunt 5 ; atque illudimprimis,aZ?eo justificariimpiumper rjratiamejus,perredemptionemquœestinChristo Jesu ; unde conterriti, Dei urgente judicio, ejus misericordia in spem eriguntur, fidentes 'Deum propter Chrîstum sibi propitium fore, eumque tamquam omnis justitiœ fontem, gratis scilicet juslificantem, diligere incipiunt; qua dilectione prions vitœ delicta detestantur. Quibus sane verbis egregie ac plane traditur fides illa justificans, qua divina etiam promissa complexi in Deo per Christum toti innitimur.

Usque eo autem spes ista ac fiducia progreditur ut absit anxius timor, absit illa turbulenta trepidanlis animi fluctuatio, adsit vero intus Spirilus sancli solatium clamantis : Abba, Pater G, insimianlisque illud : Quod si filii, et hœredes 7. Quo fit ut spe gaudentes 8 jam incœlis conversari nos confidamus 9. Neque propterea id tam cerlo credimus ut nos sahos fuluros absqueulla omnino dabitatione statuamus, neque id postulamus, ut tam de prœsente justilia quam de futura gloria cerliores simus. Id quidem sulficit, ut quantum ex Deo est, tuli de ejus promissis ac misericordia, deque Christi merito, morlis ejus ac resurrectionis efficacia numquam dubitemus, de nobis autem formidarecogamur; ita quidem ut, licet non adsit illa fidei certitudo cuinon possit subesse falsum, prœvalente tamen fiducia, Salvalore Christo fruamur et spe beali simus : quœ summa est doclrinœ a concilio Tridentino traditœ 10, cujus doclrinœ radix arliculo sequenle panditur.

• la Psal. CIX, n. 1, t. v. — ' /loin., i, 17. — ' Ibid., iv, 20, 21. » j/,,,1., . . — ' Ses». 0, c G. — ' ttam., «m, !5. - ' Ibid., 17. — • Ibid., XII, 12. — ' PhciUpp., III, iO. — " Set». G, c. 9, can. 13, 14, 15, '0.

la foi constante de toute l'Eglise, et en particulier de l'Allemagne avant Luther, de son temps, et après lui, que le Chrétien ne devait mettre son espérance pour la rémission de ses péchés, et pour son salut éternel, qu'en la miséricorde de Dieu et dans les mérites de Jésus-Christ : il ne faudrait même, pour prouver ce que j'avance, que ce que l'on dit tous les jours dans le sacrifice de la Messe : « Nous vous prions, Seigneur, de nous mettre au nombre de vos saints, non point en ayant égard à nos mérites, mais en nous pardonnant par grâce, à cause de Jésus-Christ.»

Voilà le fond de la matière de la justification, où il est aisé de voir que jusqu'ici on est parfaitement d'accord. Ce qui reste de difficulté doit d'autant moins nous arrêter, que M. l'abbé Molanus l'expose d'une manière qui ne nous laisse presque rien à désirer, sinon que tout le parti reçoive ses dispositions. Par exemple, ce serait une difficulté fort essentielle, que la doctrine qui a été embrassée de tout le parti luthérien, par une décision expresse, que les bonnes œuvres ne sont point nécessaires au salut1; mais notre illustre auteur l'abandonne, et dit même qu'il a pour lui en ce point une partie des docteurs de sa communion, ce qui me donne beaucoup de joie, et je désire avec ardeur de voir le luthéranisme purgé d'une doctrine qui introduit un si pernicieux relâchement dans la pratique de la vertu et des bonnes œuvres.

Les manières dont notre auteur a rapporté qu'on en expliquait la nécessité parmi les siens, sont de dire qu'on les reconnaît « nécessaires comme présentes, mais non pas comme opérant le salut, dont elles ne sont ni la cause efficiente et proprement dite, ni l'instrument, mais une condition sans laquelle on ne le peut obtenir. » Toutes ces expressions, à dire vrai, ne sont que des chicanes et de pures inventions de l'esprit humain, pour affaiblir la dignité ou la nécessité des bonnes œuvres, et pour éluder ce passage : « Venez, possédez, » etc., « parce que j'ai eu faim, » etc. ; et encore : « Faites ceci, et vous vivrez2 ; » et encore : « Ce « peu de souffrances, que nous enduronsen cette « vie, produit un poids éternel de gloire3, » et cent autres dont l'Ecriture est pleine.

L'Apologie a parlé plus franchement quand elle a dit4, comme on a vu5, à la vérité, que la rémission des péchés était gratuite; mais que l'accomplissement de la loi, dont elle est suivie, se faisait selon la foi, et recevait par conséquent sa récompense, non pas gratuitement, mais

1 Décis. de IVorms dans Mélanchthon,et dans le liv. de La Conc. — 2 Mallh., .yxv ; Luc, x, 28. — ' 77 Cor., iv, 17. — * Dans le liv. de La Concorde, p. 16. — 5 Sup., n. 2.

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