PREMIÈRE PARTIE : DISSERTATIONS
comme due et selon les œuvres. » Nous ne disons rien de plus fort ; et pour ce qui est des expressions de noire auteur, nous ne prétendons obliger personne à dire que les bonnes œuvres, non plus que la foi, soient la cause efficiente, ou même l'instrument du salut, qui sont des termes qu'on ne trouve point dans l'Ecriture ; mais simplement à reconnaître ce qu'on y trouve à toutes les pages : que Dieu rend à chacun selon ses œuvres : que ce sont les bonnes œuvres que Dieu récompense et qu'elles produisent ou opèrent véritablement le salut; puisqu'on vient de voir que saint Paul le dit en termes exprès f.
Ce serait aussi une question considérable de
savoir si la seule foi justifie ; mais M. Molanus la
concilie en disant que la foi qui nous justifie
AbuCULDS VIII. — Dr gratia et rooperalionc n'est pas seule ni destituée de la résolution de
liberi arbitrii. bien vivre, et au contraire, que celte foi est une
LutheranieiisUmabantita defendi a Catholi- foi vive qui opère par la charité, comme dit saint
ds in rébus dmnbliberumarbitrium, ul aliquid PauL U resle n csl 1ue c,,,Cl?ne et subtilité, et
perseTOlerel efficere quod adsalutem condu- ,c s:ivant auteur demeure d accord qu il n y a
ccret;quod cum Tridentina synodus, sess. 6, c. ricn ,à (l«i nous doive beaucoup émouvoir de
1,41,1*, I6;can. 1, 2, 3, 22, damnaverit, nibil part et d'autre.
estjam cur liberi arbitrii Deo cooperantis usus " Y aurait plus de difficultés a passer ce que et excreilium Improbeuir, Quin cum aperte Con- (li?ent les luthériens, que les péchésne sont pas msio Augustana ejusque Apologia agnoscunt, ôtés, mais seulement couverts et non imputés (liimeliam b«»uis jiislilicatioperibus iii.i itimiat- parla justification. Car, outre (|iie c'est diminuer Irihuiint ne meriloria esse concedunt. nt supra 'es bienfaits de Jésus-Christ et le faire agir d'une merooravimus articulis 2, 3, cl sequeniibns <; manière trop humaine, que de dire qu'il note placetque iterare illud Qmfemonis Augustin* , pas effectivement le péché, quand il lepardonne, capiteDf bonis operibm : « Débet autem ad bar ce ne serait pas laisser assez d'incompatibilité Dei dona accedere exenilalio uostra, quffi et entre le péché et la grâce ; ce qui donnerait lieu conservetcaet mereatur incrementum, juxta il- aux fidèles de croire qu'en demeurant pécheurs, lud : iiarenti d.vditur; et Auguslinus prœclare ils pourraient en même temps être justifiés dedixit : DiLi-cTio meretur incrément™ D1LECTIO- ™nt Dieu, et les induirait a se relâcher dans le kis; cum videlicet exercelur. » En igitur subipss *oin de purifier leur conscience de ce qui lui Dei gratia nostrum quoque exercitium sive coo- déplaît. Mais, M. l'abbé Molanus demeurant d'acperalio; nec mirum, cum etiam Apostolus dixe- cord que ce qu'on appelle rcatus, c'est-à-dircla rit .Nonego, sed gratin Deimeeum 2;quemin tache du péché, et ce en quoi il consiste, est vélocum merito Auguslinus : « Nec gratia Dei sola, ritablement ôté, cette conséquence n'a plus de necipsesolus, sed gratia Dei cum illo >.» Neque lieu.
abs re Tridenlim Patres staluunt liberum arbi- Il est vrai qu'avec tout le reste des protestants, triumilacoopcrari,uteliamdisscnlirepossil,Dei- il donne le nom de péché à la convoitise, qui que gratiam abjicere4. Neque ab co dogmatc demeure véritablement dans les justes ; mais Confessio Augustana dissentit, cum dumnet ana- comme il reconnaît que la lâche ou la conlpe en l»i)jtistas,qui'negantsemeljustificatositerumposse est ôtée, il n'y a qu'à se bien entendre et à se amittere Spiritum sanctum*; quem si inhabi- faireavouer,pourterminerceltequeslioncomme tantem amittereatquc abjicere possumus, quanto beaucoup d'autres, ou de vaines subtilités ont magis moventem atquccxcitantem, neque adhuc jeté les protestants, et que notre auteur a levées, anima} insidentem; cui doctrinœ sunt consona en tout ou en partie, dans son écrit. quaeineadem Confessione Augustana traduntur6. Ce qui reste de plus important dans cette ma- Atque lus abunde constat Spiritni et ejusgratiœ tière, c'est à savoir si nous sommes justifiés par ila repugnari possc ut etiam amitlanlur; quod une véritable justice que Dieu forme lui-même ne fiât rogandus est Deus, utvoluntatemnostram dans nos cœurs par son Esprit, comme l'ensei-
' Sup., p. 042 et scq. — * / Cor., xv, 10. — 3 Dégrada et lib. arbi'.., c. 6, n. 12, t. x.— * Sess. 6, c. 6, can. 4.— * Con/. AugVSt., art, H. — ° Iliii., art. 6, et cap. De bonis operib. ' "Cor., iv, 17.
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pro fibertate sua facile aberrantem regat. Atque hinc illa formido, quam articulo superiori memoravimus, summa cumfiducia atque allissima paceconjunctam. De Dco enim fidimus, de nobis metuimus; quod nec protestantes refugiunt monente Apostolo : Cum metu et tremore vestram salutem operamini l, ita ut illud simul valeat : Confidens hoc ipsum, quia qui cœpit in vobis bonum opus, perfîciet in diem Christi Jesu 2.
gnentlesCalboliques, ou parla seule imputation de Jésus-Christ, comme le veulent les protestants; car il paraît jusqu'ici que c'est là parmi eux un point capital, et que c'est ce qui les oblige à distinguer la grâce qui nous justifie, d'avec celle qui nous sanctifie ou nous régénère et nous renouvelle. Mais si l'on considère ce que nous accorde le savant auteur, ou de son chef, ou avec le consentement des siens, il n'y aura plus ou presque plus de difficulté. Car, premièrement, il nous accorde, et en cela il est approuvé de tout le parti, que Dieu forme dans les fidèles et y fait régner une véritable justice, une véritable sainteté; en sorte que le désordre que met en nous la concupiscence, tant qu'elle y prévaut, est effectivement ôté.
Secondement, il accorde, et ce point est trèsimportant, que le juste accomplit la loi de Dieu, autant qu'il y est obligé par l'Evangile ou par la nouvelle alliance ; d'où il résulte, en troisième lieu, et il en convient, que les péchés des justes ne leur ôtent pas la charité, qui est la véritable justice; de sorte que l'homme est fait juste, non-seulement par imputation, mais en vérité, selon les propres principes de notre auteur.
Cela étant, on ne comprend pas quelle finesse trouvent à présent les protestants à distinguer la justification de la sanctification, et à nier que nous soyons sanctifiés par l'infusion que le Saint- Esprit fait en nous de la justice, ou, ce qui est la même chose, de la sainteté. Aussi ne paraît-il pas qu'on se soit beaucoup arrêté à cette vaine délicatesse dans Y Apologie, ni même dans la Confession d'Augsbourg 3; puisqu'on y approuve la définition de la justification que saint Augustin donne en ces termes : « Justifier le pécheur, » dit-il, « c'est d'injuste le faire juste, » ce qui est l'expression de l'Apôtre, lorsqu'il dit « que « par l'obéissance d'un seul (Jésus-Christ) plu- « sieurs sont rendus justes4. » D'où vient que Y Apologie attribue perpétuellement la justification au Saint-Esprit5, comme fait aussi le même Apôtre ; ce qui montre que ce n'est pas une imputation au dehors, mais une action et un renouvellement au dedans; et celte dsitinction de la justification d'avec la sanctification ou la régénération est si peu nécessaire, que ces deux choses sont souvent confondues dans YApologie, ainsi que les luthériens en corps en sont demeurés d'accord dans leur Livre de La Concorde0.
Pour ce qui est des Catholiques, ils trouvent
1 /'Aii; ., il, 12. — ' Ibid.y i, fi. — ' Cb. Des bon. œuv. — ♦ Btm., \, 19. — * Apol., p. C8, 70, etc. - • Pag. 685.
ce raffinement, de distinguer la grâce qui nous justifie, d'avec celle qui nous sanctifie et nous régénère, non-seulement inutile, mais encore dangereux, pour des raisons que nous serons obligés de toucher en un autre lieu. II me suffit maintenant de dire que l'auteur ayant remédié à ce mal et à beaucoup d'autres en cette matière, par l'approbation qu'il donne à la doctrine du P. Denis, capucin, et d'autres auteurs catholiques, nous pouvons croire qu'il aura concilié cet article, quand on se sera déclaré pour ses sentiments.
Il n'y en a qu'un où nous ne pouvons nous accorder avec lui; et c'est celui où il soutient avec tous les siens , que nous pouvons et devons être certains de notre justification et de notre salut éternel. « Car, » dit-il, «on ne doute pas que nous ne soyons justifiés par la foi : or celui qui croit sait qu'il croit; il est donc absolument assuré de sa foi , et par conséquent de son salut. » A entendre ce raisonnement, on pourrait croire que notre auteur entre dans le sentiment des calvinistes, qui se tiennent autant assurés de leur salut à venir, que de leur justice présente, et qu'il combat directement dans ces deux points les Catholiques qui les rejettent tous deux ; mais ce qu'il ajoute donne ouverture à la conciliation, puisqu'après nous avoir dit, « qu'on est assuré absolument et « avec une certitude infaillible de sa justifica- « lion, » il ajoute, qu' « on ne l'est pas delà « même sorte de son salut, » dont, dit-il , on n'est assuré « que sous condition ; et en cas que « l'on persévère à faire ce que Dieu ordonne. » Mais pourquoi ne dira-t-on pas qu'on n'a pas plus de certitude de l'un que de l'autre , puisqu'on n'est plus assuré d'avoir fait ce qu'il fallait faire pour être justifié, que de faire ce