‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 192 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des sacrements, et premièrement du Baptême.

Nous n'avons point ici de dispute avec les luthériens, puisqu'ils conviennent avec nous de l'efficace et de la nécessité du baptême , tant à l'égard des petits enfants que des adultes.

Mais cet article nous peut servir à éclaircir le reproche qu'ils nous font d'enseigner une doctrine pharisaïque , en disant qu'on est sauvé par le seul usage des sacrements, et, comme on dit, en vertu de leur action, ex opère operato, sans qu'il soit besoin d'y apporter aucune disposition, ni d'avoir aucun bon mouvement en les recevant. C'est ce qu'on trouve répété à toutes les pages de la Confession d'Aug&bourg et de l' Apologie x, avec une exagération surprenante. Cependant nous ne disons rien qu'ils ne soient obligés dédire avec nous. S'ils disent que les adultes , pour profiter des sacrements , sont obligés d'y apporter la foi et le repentir, tous les docteurs catholiques et le concile de Trente en disent autant pour le baptême, pour la pénitence, pour la Messe, pour la communion , pour tous les sacrements en général et en particulier 2. S'ils veulent que les sacrements produisent en nous quelque chose de surnaturel, qui est au-dessus de tous nos bons mouvements, et s'ils attribuent ces bons effets à la promesse, à la parole, aux mérites de Jésus-Christ et à l'efficace de sa mort, c'est précisément notre doctrine, dans tous les endroits qu'on vient de marquer. Si nous disons que la vertu des sacrements est si grande , que leur effet s'étend jusqu'aux enfants qui n'ont pas l'usage de la raison , on voit que les luthériens en sont d'accord. L'ancienne Eglise montrait bien qu'elle avait la même opinion de l'Eucharislie, lorsqu'elle administrait aux enfants aussi bien que le baptême, par une coutume bonne en elle-même , et qui n'a été changée que par des raisons de discipline. On leur donnait la confirmation avec le baptême, quand l'évêque était présent. C'était aussi la coutume de donner la pénitence et la réconciliation à ceux qui les avaient demandées ; et l'on y reconnaissait pour eux une grâce occulte, encore que dans le temps qu'on les leur donnait ils fusssent sans connaissance. Ainsi tous les sacrements ont leur efficace, non point parles éléments qu'on emploie, mais, comme on l'a déjà dit , en vertu de la parole et des promesses, qui est ce qu'on appelle dans l'école, ex opère operato.

1 Art. 13, etc. -'Scss. f>, 13, 14, 24.

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